‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 103 sur 165 · M. Tharin · texte numérisé non relu

M. Tharin

nous le conserve! Qu'il me conserve aussi votre si douce amitié !

17/i. A LA MÊME.

Paris, le 14 avril 1827.

Mon frère vous fait part, dans la lettre qui accompagne celle-ci \ du projet conçu par quelques prélats d'une condamnation du sens commun. On cherche à y préparer les esprits par des brochures et par des mandements. C'est le moyen qu'a imaginé la faction gallicane pour attaquer, sans trop se commettre, les défenseurs du Saint-Siège et de ses doctrines, que l'évéque de Dijon appelle des doctrines diverses et étrangères. Voilà où en sont déjà quelques évoques en France. Il me semble que cela devrait faire faire des réflexions sérieuses. Je vois tout s'apprêter pour un grand combat. Le parti antiromain s'organise et s'empare peu à peudel'épiscopat. Si on le laisse user tranquillement du pouvoir qui est entre ses mains pour arriver au but qu'il se propose d'atteindre, s'il ne

1. Voici la lettre de l'abbé Jean de Lamennais. Après l'avoir lue, on ne nous demandera pas pourquoi nous la citons.

Pai'is, le 9 avril 1 827.

Mon très-cher et respectable ami ,

Une occasion de vous écrire se présente : je la saisis avec empressement, car j'ai besoin de vous dire combien nous souffrons de vous savoir toujours souffrant : les dernières nouvelles de Mme Je Senfft nous ont profondément attristés, et il nous tarde bien d'en recevoir de plus consolantes : Ah ! que ne sommes-nous plus près de vous !

Je suis venu ici pour chercher mon frère et l'emmener en Bretagne : quoique sa sauté soit meilleure, je n'ai pas voulu qu'il s'exposât à voyager seul, ni qu'il fit la route tout d'un trait : nous ne prenons donc la malle-poste quepour jusqu'à Mayenne : là, nous trouverons ma voiture et mes chevaux qui nous conduiront jusqu'à la Chênaie à petites journées, et nous coucherons tous les soirs. Moyennant ces précautions, j'ai tout lieu d'espérer que Féli n'éprouvera aucun accident. A la Chênaie , seul au milieu de ses bois et de ses livres, il jouira de quelque repos, et il en a grand besoin après tant de secousses douloureuses. Hélas! il n'en goûtera jamais un parfait. Dieu

DE LAMENNAIS. ti.iT

trouvo aucun obstacle aux projets ((u'il no craiiU j)as d'avouer, on verra le scliisnie éclater au moment même où le clerfié est plus catlioli(|ue peut-être (piil ne le fut à aucune époque de la monarchie ; car les bonnes doctrines, en tout genre, se répandent de jour en jour avec une rapidité qui m'étonne. Mais les pervers et les and)itieux, armés de la force et de l'autorité, triompheront à la tin de la conscience des masses.

M. de Trevern va définitivement à Strasbourg; j'ignore les détails de cette atiaire. Le résultat surprend tout le monde. Certaines gens y attachaient une grande importance, et se vantent de cette translation comme d'une victoire due à leur fermeté. On ne dit point si M. Tharin reprendra ses fonctions de précepteur. Peu importe, au fond. La France est jugée; il faudra qu'elle subisse son sui)plice. Il n'est personne, même parmi les plus ministériels, qui n'attende une catastrophe. Cela ne peut pas durer ; voilà le mot qui est dans toutes les bouches; et je ne sais, en vérité, si l'on trouverait quelqu'un qui désire que cela dure. Vous ne vous représentez pas à quel point on est las de ce que nous avons. Le mépris et le dégoût sont au comble. Tirez notre horoscope d'après cela.

J'ai revu le N. et j'en ai été on ne peut pas plus content. Prions Dieu; il n'y a de paix et d'espérance qu'en lui.

Adieu, adieu; je tombe de fatigue. La pensée me manque,

l'a fait soldat; sa vie est un grand combat contre tous les ennemis de la yérité, dont la haine est infatigable. Ils préparent, dit-on, une attaque nouvelle, non plus contre l'ultramontanisme, du moins d'une manière directe, mais contre le «en.s commun, que quelques prélats ont pris en une singulière aversion. Au reste, il est bien clair que ce n'est pas de cette doctrine purement philosophique qu'on s'effraie sérieusement, mais qu'on voudrait ilétrir le défenseur du Saint-Siége, afin de diminuer son autorité toujours croissante sur les esprits, et de mettre obstacle aux témoignages de haute bienveiUance (ju'il pourrait recevoir d'ailleurs. Quels hommes, et quel siècle!

Si vous reveniez à Paris, vous seriez surpris du changement qui s'est opéré dans les esprits depuis votre départ : on n'en trouve pas deux qui soient d'accord ni qui s'entendent : c'est vraiment quelque chose de prodigieux, et l'indice le plus certain d'une inévitable et complète dissolution de la société.

Adieu, mon très-cher et respectable ami : conservez-moi toujours, je vous en prie, une place dans votre souvenir et dans votre cœur. Je demande la même grâce à Mme de Senffl, et à Mme Louise, et je suis, pour la vie.

Votre tout dévoué, Jea>.

et je n'ai plus à mettre ici que mon cœur, qui vous sera toujours, toujours, si tendrement dévoué'.

A la Clienaie, le 2 mai 1827.

Me voici depuis quelques jours dans ma solitude, attendant de vos nouvelles avec impatience ; car, d'après les dernières que j'ai reçues, vous étiez encore tous bien souffrants. Mon frère est à Redon, prêchant et confessant avec ses missionnaires, à l'occasion du jubilé. Je ne le reverrai qu'au mois de juin, et pour peu de temps. L'abbé G. est à Paris, où sa présence est nécessaire ; de sorte que je suis entièrement seul. Heureusement que je m'accommode très -aisément de ce genre de vie. Je me suis remis, pour me distraire, à l'étude de ritalien : cela fait diversion à mon travail. Ce que je re-

Page 1