‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 121 sur 165 · Grand voyage est eu cette petite vie · texte numérisé non relu

Grand voyage est eu cette petite vie

vous auriez tort de vous affecter à un certain point d'un mal désormais sans remède. Le mieux est d'en tirer une leçon utile pour notre avenir personnel :

Poi che voi ed io più volte abbiam provato Come '1 nostro sperar torne fallace ; Dentr' a quel sommo ben che mai non spiace Levate '1 core a più felice stato '.

Je ne compte plus rien sur la terre. Il y a eu une sentence prononcée contre les peuples et les rois; elle s'accomplit chaque jour, et notre destin est d'assister à cette terrible exécution où les criminels sont eux-mêmes les bourreaux. Là, d'où le salut aurait pu venir, on dort, ou l'on tremble -. Ce qui paraissait fort se montre tout d'un coup la faiblesse même. On disait du successeur : (c — II ne ressemblera pas à celui qu'il remplace , » mais voilà que les ordres viennent ; on ne veut point changer de système : il faut plier, il faut flatter; puis la séduction des grandeurs dont l'éclat en impose , dont la faveur, ([ui n'est au fond qu'une profonde indifférence , éblouit et amollit; puis enfin une position personnelle à ménager : en voilà plus qu'il n'est nécessaire pour rejeter à la fin des temps les espérances de la Foi. Je ne puis vous dire combien je désirerais causer avec vous et de cela et de mille autres choses , combien surtout il me serait doux de tâcher d'adoucir, par tout ce que l'amitié a de plus vif et de plus tendre, les peines si multipliées de M. de Senfft. Dieu sait avec quel sentiment de bonheur je consacrerais à un ami si vrai , si dévoué , si admirable à tous égards , le reste de ma misérable vie! Mais je suis arrêté par des liens que nulle volonté humaine ne peut rompre. Je ne parle pas de ma santé qui ne supporterait pas encore le voyage , mais des devoirs rigoureux que la Providence m'impose. Persuadé qu'en me

1. Puisque vous et moi bien des fois avons éprouvé, — combien notre espoir se montre décevant, — en attendant ce bien suprême qui jamais n'est déplaisant , — élevez votre cœur vers une condition plus heureuse.

2. Encore un passage à souligner. Et n'oublions pas qu'en 1827, Lamennais était encore dans toute la ferveur du catholicisme. Son catholicisme, il est vrai , ne ressemblait en rien à celui que nous avons vu , que nous voyous.

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tirant des bras de la Mort, où j'étais déjà (iomnio endormi , elle n'a voulu (|ue nie donner le temps de rappeler à la société des vérités qu'elle oublie , je croirais commettre un crime et manquer directement à ce que Dieu exigée de moi, si, pour ma satisfaction personnelle, ou même pour celle des amis qui me sont le plus cbers, jinterronqiais un seul instant le travail dont je suis chargé, quelque nuls que puissent d'ailleurs en être les résultats. J'espère être, sous peu de semaines, en état de m'y livrer; et ce lieu est le seul où il me soit possible de l'achever, ii cause des livres que j'ai sous la main, et du loisir qu'on ne trouve que dans la solitude. Du reste , ne pensez pas ([ue mon existence y soit fort douce; l'abbé

G retourne à Paris, et l'état de mes atiaires ne me permet

pas même de conserver un domestique. Avec tout cela, je suis content, et j'espère que Dieu me fera la grâce de continuer de l'être tant ([ue je serai dans l'ordre de ses volontés.

J'ai vu , dans un fort plat journal , une espèce d'analyse du roman de iManzoni. Je vous serais extrêmement redevable si vous aviez la comjdaisance de me le faire adresser au bureau du Mémorial. Ce ([ue vous m'en dites me fait singulièrement désirer de le lire. Cionnue vous avez sans doute , de temps en temps, quelques demandes à faire à Paris, j'aurais soin que le prix de ces volumes fût remis à la persoinie que vous désignerez. Mille tendres respects.

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