‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 132 sur 165 · La uomiuatiou de ]\L de fceufft à Tauibassade de Uome · texte numérisé non relu

La uomiuatiou de ]\L de fceufft à Tauibassade de Uome

n'sultat ; toutefois, je pense que le ministère aura encore la majorité, quoique le contraire m'étonnàt peu, à raison de la haine qu'il inspire. Ce n'est plus de la haine seulement, c'est de la rage ; et celte rage commence à s'adresser directement au trône même. Vous connaissez l'usage des spectacles gratis le jour de la fête du roi; on ne manque pas de composer pour ce jour-là des pièces analogues à la circonstance. Elles ont été, cette année, sifïlées outrageusement à tous les théâtres. Notre position n'a rien d'agréable. On ne peut attendre désormais, si le ministère tombe, qu'un ministère libéral, n'importe les noms qu'on lira dans l'ordonnance. Si le ministère actuel se soutient, il faudra qu'il multiplie les infamies et les violences, lesquelles amèneront bientôt une épouvantable catastrophe. On entend aujourd'hui les plus tranquilles et les plus honnêtes gens du monde dire avec un grand sangfroid : « Mous allons encore essayer une fois, et, si cela ne réussit pas, nous nous révolterons ; n comme ils diraient de leur cuisinier : <( Je le chasserai, s'il brûle le rôt encore une fois. » Cela fait naître bien des réflexions.

Je voudrais pour beaucoup que l'on me donnât une réponse nette aux questions suivantes :

Pourquoi l'idée de renverser un gouvernement qui déplaît paraît-elle aussi simple aujourdlnii que celle de renvoyer un domestique dont on est mécontent?

Pourquoi n'y a-t-il pas maintenant l'ombre de déshonneur attaché à ce qu'on appelle « les crimes politiques » , quand il ne s'y mêle pas d'atrocités individuelles? J'observe que, là où il existe un pouvoir bien reconnu et dont la légitimité ne peut souff"rir le plus léger doute , — comme celui du Pape , par exemple, — il en est tout autrement. Qu'on s'avise quelque part de créer un anti-Pape, et l'on verra si la conscience catholique du monde entier hésite un seul instant. 11 y a plus ; les auteurs du schisme sauront très-parfaitement qu'ils n'ont pas fait un Pape. Je vois mille réponses que l'on se hâtera de faire à mes demandes; mais, dans toutes ces réponses, je ne vois pas une solution.

Il est évident qu'il n'y a plus de conscience européenne en pohtique, ou que \ei données fondamentales ont changé.

DI' LA.MKNNAIS. 299

L'événenKMit de Navarin ' pourra c'liaiif;('r bien (raulrcs choses. En attendant, il en fait dire de passablement sinj^'ulières, et c'est encore nous, je veux dire notre gouvernement, qui en a la gloire.

Le Moniteur vient de nous apprendre ([ue la destruction de la Hotte tur(|ue était un itonlieur tout particulier pour Mahmoud et pour Méhémet-Ali : pour Mahmoud, parce (ju'il sentirait les douceurs de la paix ; pour Méhémet-Ali , parce qu'il pourrait s'occu|itM" plus tran(piillement de civiliser l'Kgypte. Ses vaisseaux lui donnaient des distractions, comme les journaux en donnent à nos ministres. Ces réflexions sont officielles; je jurerais même, s'il le fidlait. qu'elles émanent directement du génie de M. de Damas. Après cela, dormons en paix.

On ne m'a rien mandé de Paris sur le pauvre L -; je

doute même qu'il y soit, du moins publi([uement. \ous me feriez grand plaisir de m'apprendre que ses nouvelles folies n'ont pas eu de suites désagréables pour vous.

Oserai-je vous prier de témoigner au P. Grady comljien je suis sensible à ses attentions ol)ligeantes? Je voudrais bien qu'il me fût possible de suivre son conseil, et il y a longtemps que je me le serais donné moi-même, si je ne croyais à un ordre opposé. Du reste, Dieu me fait la grâce de m'accommoder ik merveille de ma vie d'ermite. 11 n'y a que le ca'ur qui souffre de certaines séparations. Mais c'est le sacrifice; il faut l'accomplir.

1. La bataille de Xavariu cominença le 20 octobre, dans l'après-midi, vers deux heures et demie; à sept heures, la flotte turque était détruite. Les escadres coalisées ne perdirent que 140 morts, et pas même une chaloupe. Il y eut de plus 300 blessés. Trois vaisseaux de ligne, 16 frégates, 26 corvettes, 12 bricks et 5 brûlots détruits, plus 6,000 hommes tués, telles furent , dit-on , les pertes de la marine turque. D'après ce simple exposé, ne semble-t-il pas que l'affaire de Navarin , pas plus que celle de Sinope, ne mérite le nom de ■< bataille ? « L'histoire jjourtant le lui conserve.

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