‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 146 sur 165 · Bien évidemment, les membres de la Compagnie de Jésus · texte numérisé non relu

Bien évidemment, les membres de la Compagnie de Jésus

2. Ce fut pourtant M. de Quelen qui rédigea, du moins en grande partie, la Déclaration des Évêques^ laquelle se terminait ainsi : " Ils ont examiné dans le secret du sanctuaire, en pi'ésence du Souverain Juge, .. ce

ni: LAMI-WAIS. 383

l/\sso('i;ili(tn (;allitili(|iM' piTiid un îiccroissoiiifiil nicrvcillcux. Jt' liiiis. pour ne ])as manquer la poste. J'ai été iuteiTompu jjIus de dix t'ois en écrivant ce peu de lignes.

Veuillez oti'rir hommages, amitiés, compliments, aux personnes que j'ai connues pendant mon séjour à Turin, et particulièrement à Rodolphe, au bon marquis d'Azeglio, à Rossi, etc. Mille tendresses.

Piris, le 2r, juillet 1S28.

Je pars, mon bon ami. dans quelques heures pour lîennes. Je ne veux pas me mettre en route, sans que vous receviez quelques lignes de moi. Les trois semaines du séjour ((ue j'ai fait à Paris m'ont épuisé presque entièrement, au point de m'évanouir dans le sommeil même. Le repos de la campagne me rétablira, j'espère, quoique ce repos, selon mes projets, ne doive pas être inoccupé. Je vous écrirai de la Chênaie, avec plus de détails, sur l'étal de notre pauvre France. Les esprits sont fort effrayés sur l'avenir que nous prépare la Révolution, maîtresse désormais. On s'attend à bien des clioses qui s'accompliront dans la session prochaine. En attendant, on poursuit la Religion jusque dans les prisons et les hôj)itaux. On en a fermé l'entrée aux jeunes gens qui allaient instruire les malheureux prisonniers , pour l'ouvrir exclusivement à « M.NL de la Morale chrétienne. » Ainsi rien n'est oublié, rien n'est négligé. J'aurais mille choses semblables à vous dire, mais on les devine assez. Avec tout cela, je me sens plein d'espérance et de courage. La vérité , plus forte

qu'ils devaient à César comme ce qu'ih dei-aient à Dieu. Leur conscience leur a répondu qu'il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes... Ils ne résistent point; ils ne profèrent pas tumultueusement des paroles hardies... Ils se contentent de dire avec respect, comme les Apôtres : Xon possumus — Nous ne pouvons pas. >•

Ce document était ainsi signé : les Cardinaux, Archevêques et Évêques de France ; — A. J., cardinal de Clermont -Tonnerre, archevêque de Toulouse, doyeu des évêques de France, au nom de l'épiscopat francj-ais.

que les hommes, triomphera dans cette guerre, qui rappelle, sous tant de rapports , ce qui est prédit des derniers temps. Non donniet, neque dormitet qui custodit Israël.

Mille et mille tendres hommages à W^^ de Sentit et à la comtesse Louise. Tout à vous, cher ami, du fond de mon cœur.

A la Cbenaie, le 7 août 182S.

Voilà bien des jours déjà que je n'ai reçu de vos nouvelles, et je ne vous ai pas écrit moi-même depuis mon départ de Paris, ayant été obligé de m'arrêter à Rennes, où je suis arrivé épuisé de fatigue. Je n'ai pas encore recouvré mes forces, et cependant il m'a fallu me remettre au travail ; jamais je ne m'y étais senti moins disposé; aussi n'avancé-je guère, et cela me contrarie. Je ne sais quel temps vous avez à Saint- Gervais; ici, nous en avons un qui nous désole. Il n'a pas cessé de pleuvoir depuis l'Ascension. Dans la Beauce et la Normandie, la récolte est presque entièrement perdue; en Bretagne, il ne reste plus d'espérance que pour les blés noirs: il ne nous manquait que la disette, la voilà. L'année 1829 sera triste sous plus d'un rapport. J'ai trouvé dans tous les esprits un grand effroi de la session prochaine, et je crois qu'en effet elle nous conduira bien près de la catastrophe inévitable. On ne sait pas encore quel parti prendront les évêques sur l'ordonnance relative aux petits séminaires. La plupart se sont montrés disposés à la résistance; mais de toutes ces velléités il n'est encore résulté que peu de chose. Feutrier, comme vous l'avez vu, a publiquement annoncé aux Chambres qu'ils plieraient. 11 pourrait bien s'y tromper, pourtant. Cet homme s'enfonce dans le mal tout naturellement , comme une pierre descend dans l'eau. Presque tout l'épiscopat a rompu avec lui ; il n'est entouré que de prêtres déshonorés dans l'opinion, et de quelques jacobins qui mangent ses diners, et vont ensuite se moquer de lui aux cafés du Palais-Royal. Il s'est trouvé cependant quelques prélats

plus complaisants, notammcnl Frayssinous, l'archevêque de Bordeaux, et, je le dis à regret, le cardinal Isoard. Il semble que la [)Ourpre romaine ne puisse être, en France, que prostituée.

Vous avez, je pense, pr^s de vous le bon évêque de Pignerol. Veuillez bien lui offrir mon tendre respect. L'abbé Gerbet vous présente les siens. Je l'ai ramené avec moi à la Chênaie, où il se porte mieux qu'à Paris.

\oiU\ une bien pauvre lettre; mais je n'ai rien à vous mander d'intéressant, et ma tête est comme vide à force de lassitude.

A la Chênaie, le 14 août 1828.

Je suis charmé d'apprendre que Tair des montagnes ait rendu à M"^ de Scnfft ses premières forces, que les excessives chaleurs de Turin commençaient à épuiser. J'espère que la santé de la comtesse Louise s'en sera bien trouvée aussi. Pour nous, il faut désormais que nous renoncions à l'été. Depuis deux mois, nous n'avons pas eu un seul jour sans pluie, et l'on n'aperçoit encore aucune apparence de changement. La récolte de l'avoine est entièrement perdue ; celle du froment sera très-faible, et, si le sarrasin manque, il faut nous attendre à une forte disette, dont les conséquences sont très-ditliciles à apprécier en ce moment. L'année prochaine s'annonce sous de tristes auspices. On doit prévoir le développement de la persécution religieuse, et de grands pas faits vers l'accomplissement de la révolution politique. Rien ne saurait arrêter désormais ceux qui veulent l'opérer; ils ont les Chambres, ils ont le ministère, ils ont le Roi et son successeur immédiat. Il faut donc nous préparer à de grands événements. Au reste, je ne les crois pas seulement inévitables, mais encore nécessaires pour sauver la société, si elle doit être sauvée un jour. Les évêques ont présenté des réclamations au Roi , ou plutôt des protestations qu'on dit énergiques et bien faites. Je ne les ai pas vues; il faut espérer 1. %J

qu'on les rendra publiques, sans quoi elles perdraient la plus grande partie de leur effet. Je regarde la fermeté du corps épiscopal comme une chose tout à fait de Providence.

Si vous avez occasion d'écrire à M. de Bonald, veuillez avoir la bonté de lui dire combien je suis sensible à son souvenir. Je vous recommande aussi l'affaire dont nous avons causé à Turin, et dont je continue de m 'occuper très-activement. Je ne sais ce que Dieu a décidé du monde, mais il y a certainement une belle carrière ouverte aux chrétiens. Cette pensée me console et m'affermit. La foi a cela de beau qu'elle fait qu'on n'a pas Ijesoin du présent : tout l'avenir est à elle ; le temps est son point de départ, et l'éternité son domaine.

L'abbé Gerbet vous offre son respect , et moi mille hommages et mille tendresses.

Je reçois, mon bon ami, votre lettre du 2h juillet, à temps pour vous adresser la mienne à Turin. Je vous répondrai bientôt plus à loisir. Mille et mille tendresses.

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