M. DE CORIOLIS A JLAMENNAIS
Paris, 14 mars 1828.
J'ignore comment le Roi, qui s'est montré si chatouilleux
1. Ou retrouve dans la lettre du 21 mars (à Jl^e de Seufft) quelques fragments de celle-ci. Nous les supprimons, cela va de soi.
sur le (( déplorable système ' , » a si aisément passé condamnation sur les (( graves ressentiments ^ » à l'égard du pouvoir; il me semble que l'expression : la religion du Roi surprise, d'un si fréquent usage autrefois, eût tout concilié, en ménageant le prince sans ménager son conseiller, et c'est le mot,| à mon avis, qui devait se présenter le premier à la pensée, si l'on pensait, aujourd'hui, à la Religion.
J'en parlai lundi à M. Hyde de Neuville, qui trouva l'expression «admirable ». — «Mais, ajouta-t-il, on ne pense pas à tout. )) — « Je le vois bien, repartis-je, car on ne pense à rien. »
Pour ce qui est des « graves ressentiments, » les commissions nous promettent d'y pourvoir. C'est quelque chose, quand on n'est pas gouverné depuis quatorze ans, de l'être enfin... par des commissaires.
N'admirez-vous pas aussi avec quel rare bonheur on a fait arriver, dans un paragraphe, les libertés de l'Église gallicane? Il est vrai de dire que M. Delalot (comme vous savez, principal rédacteur de l'Adresse ) avoue en gémissant que ce mot (( lui a été arraché ». C'est comme M. de Vatimesnil, qui « gémit » aussi sur sa circulaire , car on ne voit que gens qui « gémissent » sur ce qu'ils ont dit ou fait, hormis cependant M. de Leyval, qui reste, dit-on, aussi content de lui qu'il l'est du contentement universel^. Il a bien, en effet, le droit d'en prendre sa part que je ne me sens pas disposé à lui disputer. Dieu fasse paix à ce digne homme !
Je ne connais aujourd'hui qu'une tête de monarque, et elle est sous un turban. Qui sait s'il n'entre pas dans les profonds desseins de la Providence de nous sauver de l'hérésie par la guerre et par la peste, et de châtier l'irrésolue chrétienté par la résolution mahométaiîe ? Je ne confie
1 . Expressions de l'Adresse présentée par la Chambre des députés, employées pour caractériser l'administration de M. de Yilléle.