‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 30 sur 165 · A m"'' de luciniere · texte numérisé non relu

A m"'' de luciniere

A la Clieiuie, le 27 janvici- 1S20.

Je vous écris, la tête toute prise d'un gros rhume que je m'imagine avoir depuis ce matin. Selon ma coutume , je le traite avec un mépris dont j'espère qu'il ne tardera pas à s'offenser. Oue ne peut-on user de cette méthode avec tous les importuns! Nous avez, quant à vous, d'autres ressources;

lecteurs trouvoront à la suite de la Correspondance le résumé du procès auquel elle a donné lieu), cet arrêt interdit ;'i 1" Editeur-légataire de comprendre dans la présente publication aucune des lettres par lui recueillies, en dehors de celles qui lui ont été remises à titre de legs.

Sans revenir sur la discussion close par cet arrêt, — sans insister, pour le moment, sur les considérations de tout ordre qui d'aliord eussent dû empêcher le procès, et qui, plus tard, auraient pu inspirer aux magistrats d'appel une décision conforme à celle qu'avaient rendue les juges de première instance, — ceci reste simplement à dire, que nul ne peut contester : L'arrêt est fondé sur une simple présomption, savoir que la volonté du testateur a dû être de restreindre aux seuls papiers dépendants de la succession, ceux parmi les quels il entendait que le choix de l'Editeur se pût exercer.

Ceci admis, en vertu de l'axiome légal — res judicata pro veritate habe- TUB, — l'Éditeur n'avait plus qu'un parti à prendre, c'était de supprimer les lettres, en assez grand nombre, qu'il avait choisies parmi un bien plus grand nombre encore, arrivées en ses mains grâce au bon vouloir empressé des tiers auxquels elles étaient adressées : bon vouloir dont il doit témoigner ici sa vive gratitude.

Dans ce triage, en apparence fort simple, une erreur s'est glissée, qu'il sera facile d'expliquer et de comprendre.

Parmi les lettres à classer se trouvait la correspondance avec M. de YitroUes, — celle de toutes qui embrassait la plus longue série d'années — et sur laquelle, moins que sur aucune autre, on pouvait, en bonne conscience, étendre la prohibition résultant de l'arrêt. Quant à celle-ci, en effet, l'intention de Lamennais ne pouvait pas faire doute, même pour les esprits les plus obtus ou les plus prévenus.

A M. de Vitrolles, son plus ancien et son plus constant ami, Lamennais s'était tout d'abord adressé pour rentrer en possession momentanée des lettres qu'il lui avait écrites à diverses époques , les faire transcrire toutes, sans exception, — c'est ainsi qu'il agissait invariablement, — et les joindre, en cet état, au volumineux dossiei- qu'il formait peu à peu, en prévision de la publication actuelle. M. de Vitrrj^les, déjà fort âgé, et partiellement privé de la vue, avait fait dans ses cartons la recherche demandée : il l'avait faite comme le lui permettaient et son âge et l'état de ses yeux, nécessairement très-superficielle et très-incomplète, Lamennais, de son côté, ne recevant

Di; LAMi:.\XAl5. S.S

mais je ne saclie pas que vous en usiez dans ces circonstances ; ce serait pourtant quelfiuctbis beau et bien à propos. Essayez : cela réussira iKUit-r-trc. Vous me plaifitiez'donc beaucoup, mon excellento amie? Hélas! vous avez raison, puisque je suis loin de vous, loin de notre Père, loin de tous nos chers feuillantins et feuillantines. Je ne vois âme qui vive. Pour peu que cela dure, il est à croire que j'oublierai à parler, comme j'ai presque oublie à rire. Alors vous me reprendrez, et commençant au b, a, ba, j'en viendrai, par vos soins, à tant jaser, que vous rcf^retterez peut-être de m'avoir rendu la parole ; mais il ne sem plus tenq)s.

qu'une partie des lettres ainsi réclamées, dut croire que son ami avait éj^'aré ou détruit les autres. Il n'insista point, fit copier, à un iola prés, tout ce qui lui était remis, et rendit ensuite les originaux à M. de Vitrolles.

L'Editeur, ici, ne suppose rien. Il raconte. Tout ce détail est à sa parfaite connaissance, et sa parole en garantit l'exactitude.

Plus tard, légataire des écrits de M. de Vitrolles destinés à une publicité posthume, comme il avait été légataire de ceux de Lamennais, il dut, de concert avec M. Guillaume de A'itrolles, inventorier à son tour ce nouvel héritage. Naturellement, leurs recherches produisirent de tout autres résultats que celles qui avaient été faites précédemment, et dans les circonstances déjà dites. Bon nombre des lettres de Lamennais à M. de Vitrolles, qui n'étaient pas rentrées dans les mains du premier, — et que , pour cette unique raison , il n'avait pu faire transcrire, — amvèrent ainsi à l'Éditeur choisi par lui. Elles avaient été comprises dans la collection où, selon les instructions verbales dont parle expressément le testament de Lamennais, l'Editeur avait essayé de réunir tout ce qui pouvait éclairer l'opinion sur les variations tant reprochées à son illustre ami, et en même temps faire connaître, autant qu'il peut être connu, ce caractère qui jusqu'à présent semble avoir défié l'analyse.

Lorsqu'un classement nouveau dut être fait, après la décision certes bien imprévue par laquelle les attributions de l'Éditeur se trouvaient limitées, les lettres à JI. de Vitrolles, antérieures à 1830, furent laissées parmi celles qu'on livrait à l'imprimeur ; l'Éditeur, dupe d'une illusion de s?,, mémoire, i-royait n'avoir à éliminer que la portion de cette corresponàance posté rieure à la Révolution de Juillet.

Quand l'erreur fut reconnue, le premier volume de la Correspondance était :i moitié imprimé. Avant de subir, dans tout ce qu'elles avaient d'onéreux et de regrettable à divers points de vue, les conséquences de cette méprise ijui pesaient à la fois .sur la publication et sur lui, l'Éditeur soumit cette situation nouvelle à la famille Lamennais par deux communications .successives, dont la dernière fut adressée à M. l'abbé Jean, frère de l'illusUre défunt.

On y exposait les faits auxquels le lectp.ur vient d'être initié; on Ivaisait

Comme je sors rarement de ma chambre, et que les journaux y entrent encore plus rarement , vous me trouveriez extrcmcment liotliique si j'allais me mettre à raisonner sur les affaires du temps. Je ne connais de temps que celui qu'il fait, c'est-à-dire pluie, vent, grêle, neige, glace et tout ce qui s'ensuit. J'appelle cela ma politique, et je ne serais pas surpris qu'elle ressemblât à la vôtre.

Mais je ne vois la mienne qu'à travers mes vitres; c'est une grande et très-grande différence. Qu'en-dites vous? En

appel à l'intérêt bien entendu comme à la loyauté des héritiers du sang ; on leur demandait de ne pas exagérer encore, par d'inutiles et judaïques exigences, les rigoureuses prohibitions de l'arrêt par eux obtenu ; de ne pas méconnaître les intentions si claires, si évidentes, du pai-ent dont ils assurent que •■ les volontés leur sont sacrées, " et de la renommée duquel ils se constituent, malgré lui, les champions; de ne pas aggraver^ pour l'Éditeur, les lenteurs et les travaux d'une publication à laquelle il avait déjà consacré beaucoup de temps et de soins, peut-être dignes de quelque reconnaissance ; de lui épargner un sacrifice pécuniaire notable, et fait en pure perte, puisqu'il ne devait servir qu'à mutiler cette publication, déjà, par leur fait, rendue moins complète et moins intéressante qu'elle n'eiit pu l'être, si, — comme le testament de Lamennais le leur enjoignait expressément, — ils s'étaient abstenus d'y intervenir.

On leur offrait d'ailleurs communication des feuilles imprimées, afin qu'ils n'eussent pas à consentir aveuglément à la publication des lettres dont le maintien était sollicité.

L'Éditeur regrette d'avoir à dire que cette double démarche est restée sans résultats. A sa première demande, pour laquelle un ami commun avait bien voulu s'entremettre, et qui était adressée au représentant légal de jyjme (Je Kertangui (nièce et légataire universelle de Lamennais), il fut répoi^ du par un refus formel dont il ignore absolument les motifs, ayant dû respe^'ter, à cet égard, le silence gardé vis-à-vis de lui, jjar la personne chargét' '^^ cette délicate négociation.

A la st^'^onde, M. l'abbé Jean n'a fait ni fait faire aucune réponse. Ce silence qui s'il était volontaire et délibéré, ne serait ni d'un prêtre, ni d'un homme bien i^^, l'Éditeur se l'explique par l'état déplorable de la santé de M. l'abbé Jean. ^^ l'accepte donc, sans se permettre de le juger.

Sûr de n'avoir voulu que ce qui était juste, de n'avoir obéi qu'aux inspirations de sa conscîei-'ce, l'Éditeur n'a pas hésité à donner ces explications détaillées. Les mutilât 'ons dont il a été forcé de laisser subsister les traces, restent ainsi à la char" -® "^^ ^^^ '^^ droit. Et quant aux procédés dont il a été victime, — sans qu'on ait jamais pu songer à les justifier par un seul grief, même frivole il n'a '" '^ ^^^ caractériser, ni à les qualifier. Le premier .le ces soins serait bifîii ^-uperflu; l'autre ne convient ni à ses idées, ni à : ja mission.

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attmdanl que vous disiez, je vous dirai que j'ai eonpi'-di*' mous François, dont j'étais, depuis mon arrivée, Tort mécontent. J'ai essayé de la douceur, des caresses, de la sévérité, des menaces, rien n'a servi, (le malheureux enfant n'a pas plus d'àme ni d'esprit cpie Mako '. Je n'ai jamais rien vu de plus inepte, de plus nul de cœur; ajoutez à cela le mensouf^e, la fausseté, la paresse, vous aurez l'idée d'un fort plat et fort mauvais petit sujet. Je l'ai renvoyé chez ses parents battre qui il voudra.

Je désire vivement que l'indisposition de M""' de Cougnac n'ait pas eu de suites, non plus que l'inditmation de .M"'' de Tremereuc. J'aimerais mieux qu'elle me battit ([ue de rester fâchée. Ah çà, mon excellente amie, n'est-ce pas qu'il n'est plus question des torts que je puis avoir? Seriez-vous donc (le ceux qui comptent avec leurs amis? Kncore, si j'ai bonne mémoire, ne suis-je pas si fort en arrière qu'on me le fait entendre. Mais laissons cela; je ne me défends pas, j'avoue tout ce qu'on voudra, et plus, s'il le faut, pourvu que vous m'aimiez toujours. ÎN 'allons pas nous brouiller à cent lieues l'un de l'autre : je ne pourrais pas vous faire enrager pour me raccommoder. C'est là une puissante considération , méditez-la. Si vous n'en avez pas le temps, j'en charge ma fille ^. Elle a sans doute aussi le talent de méditer. C'est peu de chose, dans le nombre ; mais qu'est-ce que Dieu ne lui a pas donné? Mille amitiés bien tendres à la bonne M"*' de Villiers et à tous nos amies et amis. J'embrasse mes petites nièces. Souvenirs aux domestiques; et pardon de tant de folies. Adieu, adieu. — Le vilain mot!

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