A m"" de tremereuc
A la Chênaie, le 7 juillet 1822.
Je viens d'apprendre par M. de Sentit la mort de M""' Jerningham. Je partage bien vivement, mon excellente amie, cette nouvelle douleur que Dieu vous envoie, et à vos clières compagnes. Qui vous aurait dit, l'été dernier, que les deux époux, si pleins de vie l'un et l'autre, n'existeraient plus dans un an? Combien leur triste famille est à plaindre! 11 faut encore, et toujours, tourner les yeux vers la Providence, qui n'abandonne jamais les siens.
Me voilà, comme vous jugez bien, fort en peine pour M""^ Dubeye. A'e pourriez-vous pas écrire soit à lady Jerningham, soit à M. Weld, s'il est à Londres, pour savoir si M'"'' Jerningham a laissé quelque disposition à cet égard? Cela n'est guère probable , mais enfin cela n'est pas impossible. Elle comptait être aidée par je ne sais quel Anglais, M. Middleton, je crois. M. Weld ne pourrait -il pas ou lui parler ou lui écrire ?
Que deviendra M'"'' Dubeye si on l'abandonne? D'un autre côté, je suis plus à l'étroit que jamais. Mes dettes sont énormes, et l'intérêt absorbe tous mes revenus. Il ne se passe guère trois mois sans que j'éprouve quelque nouvelle perte. Voyez donc ce qu'il y a de mieux à faire ; c'est une œuvre de charité.
Je pense que vous ne tarderez pas à venir en Bretagne. Voilà juillet qui s'avance, et si vous voulez retourner à Paris avant l'hiver, et passer ici ([uelques mois, vous n'avez guère de temps à perdre. Pour moi, selon toute apparence, je ne quitterai pas la Chênaie avant I8'2h. Je ne vois presque personne; mais les lettres à écrire me prennent beaucoup de
temps, et retardent mon travail. J'ai appris avec plaisir qu'Augiistine était un i>ea moins enfant. Je l'embrasse ainsi que Clara. Mille choses tendres à nos deux amies et au bon M. Carissan. Priez pour celui qui est à vous bien sincèrement du fond du cœur.
A la Chênaie, le 15 octobre 1S22.
Mon beau - frère arrive de Saint -Malo, et il repart demain pour Saint-Brieuc, où il aura, mon excellente amie, un plaisir que je lui envie , celui de vous voir. Avant d'avoir reçu votre lettre, j'avais su de vos nouvelles par le bon M. de la Boëssière, qui m'a fait l'amitié de venir passer un jour à la Chênaie. Je vous remercie de ce que vous avez fait pour M°"= Dubeye près de Tévêque de Londres. Je désire bien qu'il réussisse à pourvoir à sa pension avec M. Weld. Voici l'époque où écheoit le semestre de celui-ci. Pourriez- vous le lui rappeler? J'ai été content de (^larles, et Ton en est aussi très-content à Sainte-Anne. J'espère cju'il sera un très -bon sujet.
Je ne crois pas que mon beau-frère et ma sœur aient encore rien décidé pour Augustine. Cependant il paraît qu'ils profiteront de la permission que leur donne M"*' de Lucinière de la lui renvoyer. Je voudrais, dans tous les cas, qu'elle ne retournât qu'avec vous. Mon frère vous dira où en sont les choses, quand il aura causé avec mon beaufrère.
J'aspire au moment où, délivré des visites qui se succèdent depuis près de deux mois, je pourrai reprendre mon travail avec un peu de suite. J'ai eu Formon pendant près de trois jours. Ne vous verrai-je donc point aussi, pour me dédommager de tant de vues dont je ne me soucie guère?
Veuillez offrir mes respects à M""^ de Tremereuc, mes hommages à toute votre famille, et embrasser pour moi notre chère petite Clara. On m'appelle pour le souper. Je vous timbrasse sarîs cérémonie de tout mon cœur.
m-; LV.MK.N.NAIS. lO.i