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A la Clieuaie, 10 novembre lèiî.
Je vous romorric de votre lioniu; lettre , mon excellonte amie. Quoique j'appreiiiie par-ci par-là de vos nouvelles, je voudrais en recevoir directement de vous plus souvent. Je pense que vous avez maintenant près de vous la Woinie M"»^ de \ illiers, à qui je vous prie d'otlrir mille tendres respects de ma part. Vous savez que la pauvre M"'" de Tremereuc a eu encore une nouvelle douleur. Dieu éprouve ceux qu'il aime ; il faut se le redire sans cesse dans ce triste monde, où les maux sont si nombreux et les consolations si rares. J'en ai eu récemment une très-grande. L'abbé Le Tourneur me mande fiue vous êtes gîtée tout juste entre le quatrième et le cintjuièun' château '. Courage, ma très-chère sœur, vous êtes dans la voie; mais ne restez pas en plein air, dans cette saison surtout. Si vous n'arrivez pas promptement au cinquième château, ce ne serait pas la peine d'être sortie de l'autre, et vous i)Ourriez vous en trouver mal. Avez-vous (les nouvelles de M"^ Constance? Parlez -lui d(; moi, je vous prie, quand vous lui écrirez. Je pense qu'Augustine ne tardera pas à vous aller rejoindre, et je le souhaite vivement pour elle. Ne perdez pas de vue la Vie de notre bon Père; rassemblez vos souvenirs, écrivez, dictez tout ce que votre mémoire pourra vous rappeler. Quant à ce que vous me demandez relativement à l'institution de Saint-Joseph 2 ce n'est pas chose facile. Trop de choses nio
1. Il faudrait être, plus que nous ne le sommes, versé dans la langue mystique, pour rendre un compte exact de l'allusion que Lamennais fait ici à tel ou tel degré de perfection religieuse, qu'il félicite évidemment son amie d'avoir atteint. Au sui'plus, les enthousiasmes se ressemblent dans leur mystérieuse symbolique, et la carte du pays de Tendi-e, les stations du pèlerinage de John Bunyan, les châteaux du P. Le Tourneur ont, dans des ordres d'idées à coup sûr bien divers, une analogie difficile à méconnaître.
2. En parlant des efforts de la propagande religieuse en 1821, M. de \aulabelle s'exprime ainsi : •• Enfin, une association de Saint- Joseph était destinée à étendre l'action de la Société parmi les ouvriers sans travail et les domestiques sans emploi. ^' (Histoire des deux Hestaurations, tom. V, p. 11 de la l'e édition. )
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détournent déjà de mon travail principal , qui n'a presque point avancé depuis le mois d'août. D'ailleurs je n'ai d'accès l)rès d'aucun journal. II peut se présenter prochainement un circonstance qui m'offre le moyen de remplir votre vœu et celui de M. de Lowenbruck. Si elle se présente en effet, soyez sûre que je la saisirai avec beaucoup d'empressement. Je n'ai rien tant à cœur que de donner aux bons et saints missionnaires, quelque marque de ma profonde vénération et de mon sincère attachement pour eux. Ne m'oubliez près d'aucune des personnes qui vous entourent. Ne m'oubliez pas surtout près de Dieu. Je suis en lui tout à vous du fond de mon cœur.
27 novembre 1822.
Vous l'avez deviné, il ne fout pas me presser. Quand vous m'écriviez cela l'article avait paru. Dites-moi si vous en êtes contente. Je le suis moins que vous ne paraissez le croire de la nomination de mon frère ' . II était heureux à Saint-Brieuc, il le quitte avec rejîret. Qui sait ce qu'il trouvera là où il va? toujours est-il qu'il vous verra, et c'est ce qui fait que je ne le plaindrai pas davantage. Comme vous voulez bien lui donner l'hospitalité en arrivant, et que j'ignore son adresse, fju'il faut qu'il me donne bien en détail, je vous envoie une lettre que j'ai reçue pour lui.
Je vous prie de ne pas trop haïr ma pauvre petite Augustine. Vous et M"*' de Villiers vous êtes dures pour elle; vous avez pris cette enfant en grippe, je ne sais pourquoi. Songez donc qu'à douze ans, on peut ne pas être dans le cinquième château; et que, lorsqu'on y est, il y en a encore deux autres où l'on n'est pas, atin qu'on regarde devant soi avec humilité, et derrière avec charité. Sur ce j'embrasse, non pas vous puisque papa Fauvel le défend, mais Augustine si vous
1. Comme vicaire général de la Grande-Aumônerie de France, entraînant résidence à Paris. L'abbé Jean se démit de ces fonctions en 1824, à la suite des élections, où il avait voté, à Saint-Brieuc, contre le candidat ministériel.
DK LA.MI-NNAIS. 10.1
le voulez bien. Je ne la crois pas encore sous sa haute juridiction, tlu moins immédiate. Où uvez-vous pris, s'il vous plaît, que mon manteau était un petit manteau? Au reste, grand ou petit, je conçois que vous ririez de le voir sur mes épaules; mais c'est une satisfaction, ma chère demoiselle, que vous n'aurez pas prochainement, et j'ai trop de choses sur mes épaules pour les surcharger encore d'un manteau. Quand j'irai à Paris, vers la fin de l'été prochain, vous me reverrez tel que vous m'avez vu. Je vous en avertis afin que votre surprise ne soit pas trop humiliante pour moi. J'admire la justesse de vos conjectures, ou, pour mieux dire, l'esprit de prophétie qui est descendu sur vous dans le cinquième château. Je ne i^ense pas que notre sémillante jeunesse ose faire tapage, la leçon de l'année dernière a été trop forte. Effectivement, on a seulement failli assassiner les missionnaires; — mais ce n'est pas là faire tapage, n'est-ce pas, chère sœur?
J'embrasse sœur Ninette, sœur Villiers, frère Carissan et enfin toute la bonne famille que j'aime si tendrement. Dites mille choses de ma part à sœur Constance, quand vous lui écrirez. Adieu, priez pour moi. Pour les prophéties, je vous en dispense, et, je crois, le bon Dieu aussi.
A la Chênaie, le 2 décembre 1822.
S9. A Mlle
A M"'= DE LUCINIERE.
10 janvier 1S23.
Bon jour, bon an, comme disait, il y a huit jours, à ses gardes du corps le Roi très-chrétien, il y a bien des choses dans ces mots-là, ma bonne amie, si tous les vœux que je forme pour vous et pour les personnes (jui vous entourent y sont renfermés; et quant à moi, je suis persuadé que votre
silence n'est pas moins expressif. Développez un peu, je vous prie, mes paroles royales à M"« de Villiers, à M. Carissan, à M"^ Dufau, à Aug:ustine, à Jeanne, Jeannette, Pcggy, entin à tous les habitants de votre château de la rue des Postes, et par la poste aussi daignez en faire passer un commentaire aimable et tendre jusqu'à Valogne, à qui bien vous savez.
J'ai reçu dernièrement des nouvelles de votre chère Angélique: elle se portait bien, elle et sa bonne mère, et Clara, et, comme on dit ici, toute la maisonnée. Du reste, il n'est bruit à Saint Brieuc que de votre perfection toujours croissante, ce qui me charme extrêmement. Je vous vois avec autant de joie monter vers le ciel sur les épaules... qu'est-ce que je dis? sur les ailes de votre père Fauvel, que Bradamante eut de douleur quand elle vit son cher Roger s'envoler dans les mêmes régions, sur le dos de l'Hippogriffe. Et puisque me voilà sur le chapitre des voyages, je suis bien aise d'annoncer à la pauvre petite Augustine qu'elle ne tardera pas à voir son père, qu'une affaire appelle à Paris. On a été fort content à Saint-Malo de sa dernière lettre. On a trouvé que l'enfant avait fait des progrès dans l'écriture, item dans l'orthographe, item dans les pensées, itein dans le style: et si vous me demandez ce que j'en pense moi-même, je vous répondrai: itei7i. Qu'il est donc agréable de savoir le latin, et qu'un jeune homme ou une jeune fille qui a le cœur bien placé, et l'esprit de même, doit de grâces à ses chers parents qui lui ont fait apprendre cette belle langue!
Adieu, chère bonne amie, je suis pour toujours et bien tendrement tout à vous.
13 février 1823.
J'étais, il est vrai, un peu peiné de votre silence, ma bonne amie ; mais enfin, puisque votre cœur est toujours le même pour moi, je ne me plaindrai point, et je ne gronderai point, et dites à la bonne M"^ de Villiers que je l'enveloppe aussi dans mon amnistie.
DK LAMENNAIS. 407
J'attends mon ùi'W Ir 20. Il restera ici trois jours, i-i puis il reprendra «-n poste le chemin de la rue des Postes, avec deux compaimons de voyage, l'abbé de Lesquen et l'abbé H«jtrel; quant ù celui dont vous me parlez, je ne le crois pas près de sortir de son trou. Sa destinée est singulière et pas des plus gaies.
Remerciez, je vous prie, de ma part, le bon .M. Lovvenbruck du joli présent qu'il a fait à Augustine, que j'embrasse par parenthèse. Remerciez aussi M. Aubert d'avoir bien voulu me destiner un exemplaire de son livre. Je le lii'ai avec l'intérêt que m'inspire ce qui vient de lui, et avec le respect bien sincère que j'ai [jour tout ce qui tient aux missions et aux missionnaires.
Pourquoi ne me dites-vous rien de ma terre de Trémigon? C'est peut-être parce que ce n'est plus ma terre. Je l'ai revendue à mon beau-frère, et je reste Gros -Jean comme devant. .Mes atiaires avec mon coquin de libraire ont mal tourné; d'autres pertes sont survenues, j'ai pris le parti de licjuider mes dettes , et me voilà avec deux mille trois ou quatre cents francs de rente; c'est toujours cela. Mais vous m'avouerez qu'en cette position il est un peu piquant de voir M. ^Veld se renfenner dans un oubli ou dans un silence si complet, le tout pour trois misérables cents francs qu'il s'était engagé à compter chaque année à M"*® Dubeye. Vanteznous encore vos Anglais!
Je plains bien la pauvre Constance; mais aussi de quoi s'avise-t-elle d'avoir un père? Qui l'en priait? Est-ce raisonnable? On a comme cela des idées Celle de William était
d'être sous-préfet: il avait dit : a Je le serai ; » il l'avait juré. Cela était là; il se couchait, il se levait avec cette pensée; il la portait partout, et même où vous savez. \'ous croyez peutêtre qu'il l'y laissait? Point du tout : ce sont de ces choses qui ne sortent point, qu'on garde en soi , qu'on ne rend, qu'on ne perd jamais. Enfin le ciel couronne sa persévérance. La mienne est une persévérance de tendresse et d'amitié pour tout ce qui s'est jamais appelé feuillantine.
Adieu.
3/). — A m"* de tuemereuc.
A la Chênaie, le 12 mars 1823.
Me voilà encore une fois, ma bonne et ch^re amie, dérangé dans mes projets, et forcé d'aller à Paris pour regarder un peu à mes affaires qui ne finissent point. Je compte profiter du temps que je serai là pour faire imprimer deux volumes de mon ouvrage, si je puis le faire avec sûreté, ce dont je ne suis pas encore certain. Je partirai probablement le 25; j'ai écrit pour qu'on m'arrêtât une petite chambre, mais comme il est possible que cela ne soit pas fait quand j'arriverai, j'irai peut-être demander l'hospitalité à nos amies de la rue des Postes. Ne leur en dites rien, cependant, car c'est une chose fort incertaine. Ce qui m'arrange dans ce dérangement, c'est que je vous reverrai plus tôt que je ne l'espérais. Je suis enrhumé et souffrant ; à peine vois-je ce que j'écris, et à peine aussi pourrez-vous le lire. Ce sont de bonnes raisons pour abréger. Nous causerons dans un mois, et cela me fera grand bien. Remerciez, je vous prie, de ma part, M"^ de Tremereuc de son obligeant souvenir, et présentez-lui mon tendre respect. J'embrasse Clara. Adieu, bien chère amie ; vous avez raison de dire qu'il y a beaucoup de tristesse dans mon âme; cela est né avec moi. Mais il s'y trouve aussi pour vous une inaltérable amitié.
35 à 51. — A M. LE BARON DE VITROLLES.
Taris, 1823.