A m"*' de LUC I mère
La Chênaie, le 19 février 1824.
Nous voici donc au mardi gras; j'espère, ma bonne amie, que vous aurez fait le vôtre en santé et liesse. Ma sœur, mon beau-frère et mon frère sont ici depuis samedi avec tous les enfants. Je vous assure que c'est un beau bruit; deux mois de travail forcé ne m'auraient pas tant fatigué. Nous avons beaucoup parlé de vous et de ces dames, et même nous avons bu à votre santé, ce qui fait que je ne doute pas que vous ne vous portiez parfaitement bien
Vous m'avez envoyé le chocolat que je vous avais priée de garder, ce qui me contrarie , parce qu'il m'est inutile ici.
1. Même sujet que les lettres 53 et suiv. Quand l'idée du journal est écartée, Lamennais expose kM. de Vitrolles sa manière de voir sur le rôle politique que ce dernier pourrait et devrait prendre. Lettres, à notre avis, d"uu jïvand intérêt.
\euillez avoir la bonté de prendre soin de ma garde-robe, et de la garantir des vers. Je vous recommande ceci parce qu'il n'est pas probable que je retourne à Paris avant deux ans.
Je vous engage à rassembler toutes les notes dont j'aurai besoin pour la Vie de M. Garron. Vous le devez à sa mémoire. Il n'y a que vous qui sachiez bien tout ce qu'il a fait en Angleterre, et tous les traits particuliers qui peignent son caractère et font aimer et admirer ses vertus. 11 faut que vous vous concertiez pour cela avec M"*" de Villiers et M"* deTremereuc. Vous avez les papiers envoyés par la famille ; il serait bien qu'ils fussent mis en ordre. ÎM. le baron de Saint-Germain en avait promis d'autres; vous pourriez le lui rappeler.
N'oubliez pas de me donner votre adresse quand vous irez habiter votre nouvelle maison. Mille choses tendres à ces dames et à M. Garissan. ^Souvenirs aux domestiques. J'embrasse les petites filles, et vous aussi, ma bien bonne amie, si vous me le permettez. Tout le monde ici vous présente respects, amitiés, tout ce qui part du cœur. Yoursfor ever.
Saint-Malo, Î6 février. Genève, 10 avril, et 14 mai (824.
6^. — A m"^ de llcinière.
Genève, 15 mai 1824.
Je ne sais pas, mes bonnes amies, si cette lettre vous trouvera encore réunies, car vous vous avisez aussi quelquefois de courir le monde. Ge n'est pourtant pas ce qu'on peut faire de mieux. Le plus grand agrément des voyages, à mon avis, c'est qu'on est toujours à peu près sûr de quitter promptement l'endroit où l'on est. Rien n'est doux comme de se dire : « — Voici un lieu où jt' ne resterai pas. » J'ai surtout une espèce d'horreur pour la ville d'où je vous écris. Tout
1, l'a'cits <le vovafi;e.
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m'y déplaît, et j'aimerais mioux cent lois vivre chez les Turcs, qu'au milieu de son abominable population. Le reste de la Suisse n'est liuère meilleur, et puis je doute qu'il y ait au monde un i)ays plus enmiyeux. Quant aux curiosités naturelles, montag:nes, vallées, lacs, torrents, cascades, ce sont des choses bientôt vues, et qui ne séduisent pas autrement. Je vous demande un peu la belle merveille qu'un rocher pointu avec de la neige dessus! J'aime mieux mes tisons. Ce climat d'ailleurs est extrêmement rude. J'ai eu presque (îonstannnent, depuis mon départ, un temps d'iiiver. Comme j'ignore combien de mois il me faudrait attendre une autre saison, je trouve plus sur d'aller chercher l'été en Italie, d'imiter Annibal et de passer les Alpes. C'est ce que je ferai sur la tin de ce mois. Si vous avez (luekjuc velhHté de venir me rejoindre, nous pourrons nous donner rendez-vous soit à Turin, soit à Milan, Gênes, Florence, Rome ou Naples; car mon dessein est d'honorer toutes ces ca{)itales de ma présence. De cette sorte, j'aurai parcouru toute l'Europe dans un sens, car vous vous souvenez bien que Londres a eu aussi le bonheur de me posséder.
Il faut, mes bonnes amies, que je vous dise un secret; mais, de grâce, ne le répétez pas : c'est que vous êtes bien heureuses dans votre charmant petit ermitage de la rue des Postes. Soyez sûres que vous feriez trois fois le tour de la terre avant de trouver mieux, Êtes-vous toujours fermes sous le drapeau des bons missionnaires de France ? Veuillez me rappeler à leur souvenir, et très-particulièrement à celui de M, Lowenbruck. Je rencontre partout avec une grande joie la renommée de saint Joseph'. Si vous aviez quelques communications avec l'abbé Le Tourneur, vous m'obligeriez beaucoup de me mettre en rapport avec lui. Vraiment je devrais lui avoir écrit; mais écrire est une chose qui me devient de jour en jour plus pénible. Enfin donc mille amitiés à tout ce qui vous entoure, à M. Carissan, et à vos chères petites nièces que j'embrasse. Souvenirs à Jeanne, Jeannette,
t. Il s'agit de l'institution dont nous avons déjà parlé^ et qui était une des oeuvres de la Congrégation.
ni CORRESPONDANCE
hîf^î^y. Kriey, {)Oiir moi ccjitiine pour le j)lu.s tendre et le ])lus (Jévoué de vos amis.
Gen^Te, IS mai. Gènes, 12 juin. Rome, 28 juin 1B24.