‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 50 sur 165 · A m"* de LLCIISIÈRE · texte numérisé non relu

A m"* de LLCIISIÈRE

A la Chênaie, le 14 février 1825.

Vous trouvez donc, mes J)onnes amies, que je suis'quitte envers les personnages que vous me nommez? Eh bien! à la bonne heure, c'est toujours cela. Il reste assez, quoi qu'on fasse, de dettes de ce genre au bout de l'an, et ce n'est pas chose facile que de tout acquitter. J'y ferai de mon mieux, c'est tout ce que je puis promettre, et après tout cela, tant pis pour ceux qui ne seront pas contents. Mandez-moi tout ce que vous entendrez dire, sûr ou non ; cela sert toujours. La voie par laquelle vous m'avez écrit est la meilleure, de toutes es façons. Continuez, mes chères sœurs, et qu'il ne se passe point de semaine que je ne reçoive de la rue des Postes un

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bulletin ciironstainii''. Je ne promets pas de répondre avec une exactitude parfaite, à cause de mes occupations, mais le cœur rendra fcràce, et c'est l'essentiel.

J'ai fait la même réflexion que vous au sujet du pauvre abbé Le Tourneur. Son avenir m'in(|uif't<'. Viendra-t-il ici? Hestera-t-il là? Peut-être ni l'un ni l'autre. 11 a de vieilles habitudes à Paris, et je crois qu'il préférera ce séjour à tous les autres. Mais encore pourtant faut-il vivre. Je prie Dieu qu'il l'éclairé et qu'il veille sur lui.

Si vous connaissez quel([ues âmes chrétiennes, quelques braves iiens ([ui fussent en état de concourir à une œuvre dont résulterait, je crois, la gloire de Dieu, je sais bien leur affaire. 11 ne s'agit que de 25,000 fr. On les cherche; les trouvera-t-on? Je ne voudrais pas en répondre, mais je ne veux pas non plus en désespérer. Mille choses à Angélique et à Constance (piand vous leur écrirez. Amitiés à M. Carissan et à M"*' Dufau. J'embrasse ma chère petite Hélène. Souvenirs à tous vos bons dcMiiestiques. M. Gerbet s'arrange très-bien de la Chênaie, et la Chênaie s'arrange à merveille de M. Gerbet'. Présentez mes compliments au bon M. Rey. Le printemps a envoyé devant lui quelques beaux jours vous visiter. Je désire qu'ils aient mis chez vous une carte en passant, car. hélas! ils ne font que passer. J'offre mes hommages à -M""*^ Dufresne, et pour vous, mes bonnes amies, je vous embrasse aussi tendrement que le permettra M. Fauvel.

A la Chênaie, le 16 féwier 18io.

Votre amitié, monsieur le marquis, vous a fait illusion sur le faible mérite de mes deux brochures; et, voyez, j'en suis

1. M. Gerbet (Olympe-Philippe), né en 1798, ci-devant vicaire généra de Paris et d'Amiens, nommé évêque de Perpignan par décret du 19 décembre 1853.

2. Xous devons à l'obligeance de M. le niarqnis de Coriolis une note biographique dont nous plaçons ici l'extrait :

•• Charles-Louis- Alexandre, marquis de Coriolis d'Espinouse, était issu

plus flatté encore que s'il y avait moins de faveur dans le jugement que vous en ])ortez, car je tiens par-dessus tout à cette estime du cu'ur (jui est si honorable, quand c'est le vôtre qui raccorde.

Je trouve que la Chambre des Pairs va, chaque jour, se surpassant elle-même; on ne sait où elle s'arrêtera. Que dites-vous de l'heureuse idée de la Commission du sacriléi^e, qui, pour être bien sûre que justice ne s'y trompera pas,

d'une des plus anciennes familles de Provence, originaire d'Italie. Il naquit à Marseille le 19 septembre 1770, et fut élevé à Juilly.

« .^es goûts littéraires l'avaient rapproché de .Jacques Delille, dont il fut long-temps l'ami et, en quelque sorte, le disciple poétique. Plusieurs écrits de lui furent insérés, sous l'Empii-e, dans divers recueils littéraires. L'un d'eux, la jtfe*>e de Minuit, parut dans le Mercure, et fut l'eproduit dans le Journal des Débats.

•' A la Restauration, il s'enrôla parmi les défenseurs du système politique inauguré par la rentrée dés Boui'bons, et se fit remarquer par Tardeur de son dévoûment. Ses relations avec l'abbé de Lamennais se formèrent au Conservateur, où ils défendaient les mêmes idées, où ils avaient des amis communs. De là une liaison étroite que ni le temps, ni les événements n'ont jamais atteinte. »

M. le marquis de Coriolis est mort dans la nuit du 7 au 8 janvier 1841. Voici la lettre que Lamennais écrivit eu cette occasion au fils de son vieil ami :

A M. LE COMTE DE CORIOLIS d'eS PINOTJSE.

Saiote-Pélagip, 19 janvier 1841.

J'étais loin de m'attendra, Monsieur, au funeste événement qu'un billet de M. deVitiolles m'annonça, il y a quelques jours, dans ma prison. Si j'avais pu concevoir une crainte de ce genre, j'aurais certainement essayé, malgré les embarras de mon procès, de revoir encore une fois l'ami si constant et si bon que je ne cesserai jamais de regreltiT. Croyez, Monsieur, que personne ne s'associe plus vivement que moi à votre douleur. Plus vous avez vu longtemps, et de près, celui qui en est l'objet, plus elle doit être profonde. Ses aimables et solides qr.ilités ne sauraient s'effacer de la mémoire d'aucun de ceux qui ont eu le bonheur de le connaître, et je compterai toujours parmi les circonstances les plus heureuses de ma vie, qui n'en offre pas beaucoup de semblables, les douces relations qui, pendant vingt ans, ont subsisté, sans nuages, entre Ji. votre père et moi. Ce sont des pertes qui ne se réparent point. Mais si elles augmentent la tristesse du vieil âge, elles font aussi qu'on en prévoit le terme avec une espérance pleine de joie.

Veuillez, vous et M. votre frère, recevoir, Monsieur, l'assurance de mes sentiments ^ffectueirx et dévoués.

F. Lamennais.

IH-; I. ^.Mh.N.NAIS. H9

ih' ivcoiiiuiit (If piDiaiialioii^ (|iic (•rll<'.> (|iii aiinnit ('h' cnmluises en présiuici' du fmblic, sans <loule \mv celui (jui, — n'ayant \yas de père, — serait pourtant bien aise d'expérimenterce que c'est que le supplice des parricides. On lui inditiue cliaritahlement les moyens à prendre pour s'en passer la fantaisie. Il fera sonner les cloches, il assemblera voisins et voisines, convoquera même, pour plus de sûreté, les notables du lieu et les autorités dites constituées; [)uis. ([uand tout le monde stu'a bien attentif, il se mettra en devoir de forcer le tabernacle et de profaner les saintes hosties, en disant ;\ ceux qui seront h\ : « Regardez bien, vous autres, ahn que je ne perde pas mon temps, et que vous puissiez h'galement déposer du fait. »

Si, après cela, il avait le malheur d'être privé de la potence, il n'y aurait pas au moins de sa faute, car il serait parfaitement en règle, au jugement de M. de Breteuil. Pour c«ux qui refuseront de prendre toutes ces précautions, ditticiles à la vérité, mais nécessaires, la Chambre prononce contre eux la peine du remords.

Imaginez-vous, monsieur le marquis, quatre cents —

je ne sais que dire, le mot me manque pour désigner celte espèce d'êtres. — qui écoutent gravement des choses de cette force, et délibèrent, et volent, et croient sérieusement faire une loi.

Mon frère, qui est à Paris pour quelques jours, aura ('It' fort empressé d'avoir l'honneur de vous voir, ,1e ne sais. moi. quand j'aurai ce plaisir, et pourtant il serait bien doux de causer avec vous une heure ou deux. Les sujets ne manqueraient pas; il n'y en a que trop d'un certain genre. Je m'attends à ouïr de belles choses de la part de nos députés. Si vous savez ce qu'est devenu le bon sens, faites-moi la grâce de me le mander.

\'ous voyez assez souvent M"^'' la marciuise de Talaru; oserais-je vous prier de lui offrir mes respectueux hommages? Elle est du nombre, chaque jour plus petit, de ceux (jui voient et qui entendent. Je vous quitte à regret, monsieur -. veuillez quelquefois penser à moi comme à l'une des personnes du monde ((ui vous respectent et vous aiment le plus.

120 COKKESIHJNDANCE

La Chênaie, 21 mars 1825.

A la Chênaie, le 13 mars 1825.

Il est tout naturel qu'on vous néglige, monsieur le marquis, quand on accueille messieurs tels et tels ; il en est plus de trois que je pourrais nommer, et, pourtant, je ne sais pas le nom de tous; il s'en faut, grâce à Dieu.

Moquons-nous de notre siècle, monsieur, et rions-en, toutes les fois qu'il voudra bien nous le permettre, en n'excitant pas l'horreur. On ne sait trop à quoi s'en tenir à cet égard avec nos députés; ils penchent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, en cherchant leur juste milieu, qui n'est pas le milieu de la justice. Je ne crois pas que, depuis le commencement du monde, on ait rien vu, rien entendu de semblable à ce que nous entendons et à ce que nous voyons. Il faudrait remonter plus haut que Petit-Jean pour trouver un terme de comparaison. Cependant !\I. de Villèle, avec sa loi d'indemnités, ne ressemble pas mal au serpent montrant à Eve la pomme fatale; et, comme il ne manque pas de fils d'Eve dans la Chambre, la pomme de M. de Villèle leur paraît aussi quelque chose de bonum ad visendum, et pulchrum oculis,

\. Lamennais s'expliq\ie sur raccueil fait à ses deux derniers écrits : ]o Du projet de loi sur le Sncriléfje, Paris, au bureau du Mémorial catholique ; in-8o de 19 pages réimprimé, en 1826, dans les Nouveaux Mélanges. 2° Du projet de toi sur les Coiujré'julions religieuses de femmes, présenté à la T'hambre lies pairs, le 4 janvier 1825; in-8o de 30 pages, publié de même, et réimprimé, en 1826, dans le même recueil. — " ...Le duc de Brissac me conta, mercredi dernier, que, dînant chez le Garde des sceaux, celui-ci ne l'entretint, tout le temps du dîner, que de votre brochure, qui lui tient fort au cœur. Après cela, voulez-vous savoir ce qu'on en dit dans le grand monde ? (Jn dit que " vous avez raison, mais que c'est trop fort. >. Je m'y attendais, et vous vous y attendiez. Laissez-les dire, et dites. •- — M. de Coriolis à Lamennais, 4 février 182-5.

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aspcctuque delectabile. Après cela, le reste vient de soimême : Et tulit de fructu illius, et comndit : deditque viro suo (la Chambre des |)airs) qui comedit. Avouez, Monsieur, qu'en ce triste monde la lin répond bien au conniiencement.

Mon frère a vivement senti le plaisir de passer avec vous quelques moments toujours trop courts. Ces moments-là sont loin de moi, et, plus ils s'éloignent, plus je les regrette. 11 existe aujourd'hui si peu de gens qui aient une langue commune ! Ce n'est cependant pas la confusion de Babel : il y a la ditlérence de la division à la destruction.

Quoiqu'on ne sache plus que croire aujourd'hui , croyez , monsieur le marquis , que vous avez au fond de la Bretagne quelqu'un qui vous est, et à jamais, bien tendrement dévoué.

La Chênaie, le 21 mars 1823.

A la Chênaie, le 28 mars 1825.

Il est bien vrai , monsieur le marquis , que lorsque vous m'avez fait l'honneur de me mar([ucr un attachement qui m'est si doux et dont je suis si lier, ce n'était pas la faveur publique qui vous entraînait. Je ne crois pas qu'homme ait été plus en butte aux injures et aux criailleries que je le suis depuis quelque temps, et tout cela pour avoir eu raison contre deux prélats en crédit qui , pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand avantage de la Religion, avaient jugé à propos de faire publi({uement une demi-abjuration du christianisme. J'éprouve tous les jours une chose que j'aurais crue

1. Consolations à l'occasion de la mort de M"^ de Vitrollcs more).

impossible, c'est un ac^^roissement de mépris pour les hommes de ce temps. Je n'aurais jamais pensé que la nature humame pût descendre si bas; elle a passé mes conjectures et mes es[)érances. J'ai beau chercher dans ma mémoire, je ne trouve rien à comparer, même de loin, an spectacle que nous offre la Chambre des députés. Cela est certainement nouveau sous le soleil. Jamais on n'avait vu une dégradation si burlesque et une corruption si bête. Je défie l'avenir de croire au Moniteur de cette année; il n'y a point de caractère officiel qui puisse rendre vraisemblable une bassesse pareille et un pareil idiotisme. Bon Dieu, où allons-nous? et qu'y a-t-il au bout de ce chemin-là? Je le dirais bien peut-être, mais vous le savez mieux que moi.

J'écris aux rédacteurs du Mémorial pour leur annoncer que vous voulez bien permettre qu'on réimprime dans leur recueil votre bel article- sur l'indécent usage que des laïques prononcent des discours aux inhumations ' . J'ai envoyé quelques lignes pour joindre à vos réflexions. Force m'a bien été d'être court , car vous n'avez laissé rien à dire.

Mon frère est extrêmement touché de votre souvenir ; il me charge de vous prier d'agréer ses hommages. Recevez aussi les miens , et l'assurance d'une amitié qui ne s'affaiblira jamais.

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