A m11<5 de lucinière
A la Clienaie, le 28 mars 1825.
Je ne veux pas. mon excellente amie, perdre un moment pour vous remercier de votre bonne et aimable lettre. Ce que vous me dites de votre santé à toutes m'intéresse plus qu'aucune chose; après cela j'ai été enchanté des détails et des faits que vous m'apprenez. Je savais déjà bien qu'il fallait à
1. ...Vous devriez bien, non pour moi, mais pour la bonne cause, dérober un quart d'heure à vos travaux pour écrire quelques lignes qui précé deraient l'insertion, dans le Mémorial, de cet ancien article du Conservateur dont vous avez pris note, sur les Discours prononcés aux inhumations par les séculiers. — On a dernièrement débité d'étranges choses aux obsèques d'une madame Bufrénoy. — M, de Coriolis à Lamennais, Paris, 16 mars 1825.
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pivsent uno espî'ce décourage pour nravoucr : mais, comme je n'écris pas pour plaire aux hommes, peu m'importe ce (|u'ils peuvent j)eiiser et dire de moi. Il y aura bien du malheur si je ne leur fournis pas, avant la fin d(; l'année ' , quel([ue nouveau motif de me déserter encore davantage. C'est à peu près la seule consolation de ce monde. Quand les hommes vous maudissent, c'est alors rpie Dieu vous bénit. Je n'attends ni ne veux rien sur la terre ; ainsi , l'on ne peut rien contre moi. Il y a un lieu oii leur haine ne saurait m'atteindre, et c'est le seul où je désire aller.
Je crois conune vous (jue Talybé Le Tourneur ne restera pas longtemps II S. 11 lui faut Paris. Pour moi, je n'aime que nos champs, et nos eaux , et nos forêts. Je les aimerais beaucoup plus encore, si l'on vous y voyait quelquefois. L'idée dont vous me faites part-, et dont vous m'aviez déjà parlé, me plairait extrêmement; mais, comme je vous l'ai dit, pour que cela fût possible, il ne faudrait pas qu'on cherchât une grande fortune. 11 y a, pour notre province, de l'aisance, et voilà tout. Du reste, rien ne pourrait me faire plus de plaisir. Ce serait pour nous comme un nouveau lien , et , quoique je ne puisse vous aimer davantage, tout ce qui rapproche encore plus est doux .
Mon frère est sur son lit avec, soit une foulure, soit un petit accès de goutte au pied , nous ne savons lequel des deux ; mais nous espérons que cela n'aura pas de suite. Les deux frères disent mille choses tendres aux deux sœurs. J'embrasse ma petite Hélène. Ne m'oubliez ni auprès de M"^ Dufau, ni du bon M. Carissan, ni de Jeanne, Jeannette, Peggy et tutti quanti. L'abbé G.^ paraît se plaire ici. \oilàle beau temps qui commence; s'il continue, cela ira bien. Adieu, aimez-moi et priez pour moi.
1. Allusion très-claire à la publication du livre intitulé : De la Beliijion considérée dans ses rapports avec Vordre politique et ciril, dans lequel Lamennais attaquait la Déclaration de 1682, d'où, selon lui, résultait un schisme vainement désavoué \n\Y les gallicans. Cet ouvrage, on le veri-a. fut déféré aux tribunaux.
2. Un projet dalliance, bien évidemment, entre deux personnes apparentées, l'une à Lamennais, l'autre à M"* de Luciniére.
.3. L'abbé Gerbet.
124 CORRESPONDAxNCE
A la Chênaie, le 30 àw'û 1825.
Tout ce qui se fait, tout ce qui se dit et tout ce qu'on ne dit pas, est, monsieur le marquis, si étonnamment admirable, qu'il semble qu'on ait juré de nous tenir dans une extase continuelle. M. le préfetde l'Oise ajouterait « et homogène* », car sa nature ne varie pas plus que le symbole : c'est comme qui dirait la vision béatifique constitutionnelle. Avec tout cela, on se lasse de ce ciel, et. — pour user d'une locution familière à M. l'évéque d'Hermopolis.— Je ne suis pas de ceuxqm en sont le moins fatiifués: j'aimerais autant autre chose, à présent. Mais, patience : cette autre chose viendra, et ne viendra que trop tôt. Tout se prépare pour un changement de scène , et, pour moi. je crois toucher à la catastrophe de ce drame terrible, lorsque j'entends un député, parfait honnête homme, plein de religion, M. de la Boëssière, enfin, confiera la Chambre qu'après avoir combattu pendant vingt ans contre la révolulution armée, il vote en faveur d'une loi qui consacre les plus effroyables crimes de cette révolution pour rendre hommage mi cœur du roi. N'est-ce pas là un hommage touchant, et dont le roi a dû être flatté ? Ce serait, en vérité, un beau mot à mettre en musique dans un opéra dédié au vicomte de La Rochefoucauld. Du reste, il y a partout inquiétude , dégoût , mépris, indignation. Le mécontentement croît de jour en jour, les esprits s'aigrissent , les têtes s'échauffent : il y a de l'orage dans l'avenir. Oh ! qu'on serait heureux de pouvoir se faire, loin de l'Europe, dans une contrée paisible, s'il y en a. une petite solitude, sous un doux climat, où il fût permis, à l'abri des révolutions qui menacent le mondf^ . de réaliser chrétiennement le souhait d'Horace :
1. ...Aux portes de la ville du Roi Très -Chrétien, un magistrat qualifie ses administres catholiques de •■ population de culte homogène, •• et le ministre répète gravement dans son arrêté les termes de l'avis de M. le préfet; et le préfet, pourtant, ne se montre pas favorable " aux faibles fractions d'une population dissidente. " — Slvpele. rjentes ! — M. de Coriolis '1 Lamentiah, 20 avril 1825.
« Ouandôque licebit Nunc veteriim lilnis, mine somno, et ineitilms lions Diicere sollicit;f jucuuda oblivia vitae ? »
Quel dommage que ce ne soit qu'un rêve ! Ce qui n'en est pas un, c'est le plaisir que j'aurai de vous voir bientôt. Mes aifaires m'obligeront à me rendre à Paris dans une quinzaine de jours, et je serai encore une fois votre voisin, circonstance qui diminue beaucoup l'espèce de contrariété que j'éprouve de ce voyage.
Mon frère vous remercie de votre souvenir, et vous prie d'agréer ses sincères hommages. Votre nom est souvent prononcé dans notre retraite ; c'est une de nos consolations au milieu de tout ce que vous savez. Que dirait aujourd'hui ce pauvre chevalier d'Harmensen ? Quel sujet pour son éloquence si originale et si gaie ! Il était de ceux qui voient et prévoient, et c'est pourquoi tant d'autres pouvaient dire : Nous ne sommes pas de ceux qui le comprennent.
Respect , amitié et dévouement inaltérables.
Paris, 1825, avril ou mai. A la Chênaie, le 25 juin 1825.