‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 52 sur 165 · A M. BERRYER · texte numérisé non relu

A M. BERRYER

A la Chênaie, le 26 juin 1825.

Je ne saurais, cher ami, me refuser le plaisir de vous griffonner deux mots en arrivant. Cela ne vaut certainement pas cinq minutes de conversation; mais, faute de mieux, cela console toujours. J'avais réellement besoin du repos que je trouve ici: l'agitation du lieu où vous êtes vous ôte en partie le sentiment de la fatigue . qui n'en est pas moins réelle. Tout, à Paris, ou presque tout, est tromperie et illusion.

J'ai vu un moment mon frère à Rennes; il vous dit mille choses tendres. Ses établissements prospèreîit d'une manière

admirable. Que de choses on ferait encore si on savait et si on voulait !

Mon beau-frère, que j'ai précédé ici, aura été vous voir avant son départ. Il vous aura parlé de ce triste et interminable compte. Si, en attendant qu'il puisse vous remettre ses Observations , il vous était possible de finir avec M. Nicole ce qui regarde la Bibliothèque des Dames Chrétiennes , vous me rendriez un grand service; car il m'importe de faire imprimer mon Imitation in-32, et je voudrais bien aussi publier un deuxième volume de Mélanges où je compte insérer les diverses préfaces que j'ai fournies à M. de S.-V., et peut-être le Dialogue sur les Dangers du monde dans le premier âge.

Mille hommages respectueux à M""^ Berryer.

J'embrasse notre cher petit Arthur. Tout à vous, très-cher, du fond du cœur.

A la Chênaie, ce 3 juillet 1825.

J'éprouve le besoin, monsieur le marquis, de vous remercier des prophétiques vers que l'Apôtre des Francs vous a inspirés ' . Il n'est pas , certes , donné à tout le monde de parler avec un pareil talent ; mais si tout le monde , du moins , voulait parler avec une pareille franchise, nous ne serions pas où nous en sommes, et l'on entreverrait encore quelques espérances dans l'avenir. Au reste, les provinces commencent à être terriblement désabusées, et nos grands hommes y deviennent plus petits de jour en jour. Elles suivent tout naturellement le conseil que saint Remy donnait à Clovis , « elles brisent ce qu'elles adorèrent, » et c'est leur manière de se convertir. L'esprit de pénitence s'est même tellement répandu parmi le peuple, qu'il s'est mis à soupirer ses regTets et ses

1. Allusion à un poëme de M. de Coriolis, intitulé : Le Songe de Clovis. La suite de lu Lettre explique suffisamment le sens général de cette conception poétique.

Ulî LAMENNAIS. 127

• louleurs dans une sorte de complainte, dont jo n'ai lettiiu (lue ces trois couplets :

Or, écoutez, petits et grands, Écoutez tous la triste histoire De deux chevaliers d'écritoire Qui, pour leurs méfaits imprudents.

Furent pendus en même temps.

L'un de naissance était Gascon i Et très -versé dans le grimoire Qui la mis si bas dans la gloire, Ainsi que l'avocat breton 2, Son agréable compagnon.

Venus, hélas! et pe\i gaiment, Venus au pied de la potence.

Le greffier leur lut la sentence; Après quoi, d'un cœur pénitent, Ils montèrent en s'embrassant.

Je trouve quelque chose de fort touchant dans cette fraternité de potence; mais le peuple a un sentiment si vrai, toutes les fois qu'on ne gâte pas son goût naturel ! Mon frère vous oft're ses hommages ; il a été ravi de vos Ijeaux vers. Je ne vous parlerai point de mon tendre et inaltérable attachement; ce serait, désormais, chose superflue.

A la Chênaie, le 1" juillet 1825.

unie grâces, monsieur le marquis, et de vos vers et de votre prose ; ce ne sont , en aucun sens , ni de la prose ni des vers de ce temps-ci , mais comme on en faisait, il y a quelque cinquante ans, ou plus anciennement encore, sous ce vieux roi nommé Louis XIV, à cette grande époque de a ténèbres » ; et vous êtes un obscurant, si vous le voulez bien. M""' de Chastellus est aussi une obscurante. et M""^ de Rohan, et M""' d'Hlscars, et M-^^ de la Trémouille, malgi'é son gallicanisme, qui ne

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