‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 54 sur 165 · A M. BERRVER · texte numérisé non relu

A M. BERRVER

A la Clienaie, le 27 juillet 1825.

Mon cher ami , je prépare en ce moment un volume de

Mélanges dans lequel je voudrais faire entrer trois ou quatre petites préfaces de la liibUothèqiie des Dames Chrétiennes. Dites-moi si je le puis sans inconvénients. Je ne vois pas ce qui m'en empêcherait. J'ai sous les yeux un petit volume de Prières pour lequel M. de Saint-Victor a disposé et de mon nom et de mes travaux , sans même m'en prévenir. J'étais, dans ce temps-là, sa propriété. Ne pourrais-je pas redevenir la mienne ?

Nous avons une sécheresse désolante. Adieu mes arbres si chéris, si soignés, si bien plantés! Je n'ai pas vu de chaleurs plus fortes en Italie. Le thermomètre de Réaumur a monté au soleil à 42 degrés. Les 3 p. 100 sont moins malheureux ; ils en sont toujours à la température de glace fondante '. Je vous déclare que je désespère de plus en plus de la société, mais ce n'est pas à cause de cela. Je serais fort curieux de

1. Immédiatement après avoir fait voter un milliard d'indemnité aux émigrés, M. de Villèle proposa sa loi sur la dette publique et l'amortissement. Elle devait donner au gouvernement les moyens de supporter l'accroissement de la dette publique résultant de l'indemnité, sans aflécter le crédit ni accroître les impôts. La principale disposition de cette loi cou centrait sur le nouveau fonds à 3 0/0 toutes les ressources de la caisse d'amortissement. Par une autre clause, le ministre revenait indirectement à sa conversion des rentes, rejetée par la Chambre des Pairs ; seulement, il la sollicitait des rentiers au lieu de la leur imposer, et leur offrait du

connaître l'état des esprits à Paris. Vont-ils ? viennent-ils? ou sont-ils comme les 3 p, lUO qui ne viennent ni ne vont? Dites-m'en quelque chose, je vous prie.

.Mille hommages à M"»*' Berryer. J'eml^rasse Arthur, et vous aussi , mon très-cher, si vous le permettez.

A la Cheuaie, le 10 août 182b.

A la Chênaie, le 18 août 1825.

Oui certes , monsieur le marquis , je garde les lettres que vous me faites l'amitié de m'écrire ; je les garde pour qu'on sache un jour qu'en France, en 1825, il y avait encore de l'esprit, de la raison piquante, des sentiments élevés, et tout ce que M. de Villèle serait fort embarrassé de faire coter à la Bourse. Ne le plaignez-vous pas de l'insurrection qui a éclaté parmi ses sujets ' à l'occasion de ces tristes et malencontreux trois pour cent, qui devaient, disait-il, ravir tout le monde, lui d'abord, et ensuite ces benêts de rentiers auxquels il n'a jamais pu faire comprendre qu'avec quatre francs de revenu ils seraient bien plus riches qu'avec cinq. Mêlez-vous, après cela, de persuader les hommes ; il y a de quoi se dégoûter du raisonnement, et ce serait, selon ma doctrine, une belle occasion de revenir au sens commun. Je doute fort que ce soit l'avis de messieurs nos ministres, comme les appelle respectueusement une vieille femme de ma connaissance.

3 0 0 à 75 fr. Cette offre avait, en ce moment-là, peu de succès. Cinq mois après le vote de la loi, contrairement aux prévisions ministérielles, le 3 0/0 avait baissé de 4 fr. — \ . VHisloire den deux Beslaurations, 3* cdit., t. Vil, p. 121 et suivantes.

1. M. Dudon et plusieurs autres membres du parti ministériel avaient parlé contre la loi d'amortissement.

\ous avez vu. dans, les Débats, oonime il a plu ù M. de (iorbiîro de retrancher /|,600 fr. que l'Académie des Inscriptions employait, cliatiuc aiuiéc, en distribution de médailles aux personnes qui s'occupent avec le plus de succès de l'étude, aujourd'hui si négligée, de nos antiquités nationales. Cet homme, — pardon, je veux dire M. de Corbière, — a des idées qui ne sont (pi"à lui, et, comme ses manières ressem- 1 tient beaucoup à ses idées, je proposerais de le surnommer Dioycne- Vandale.

J'attends impatiemment le petit dialogue que M. de Salinis doit m'apporter de votre part ', et je vous remercie d'avance du plaisir que j'aurai à le lire avec deux ou trois personnes faites pour le goûter et capables de l'apprécier. Quant à l'idée d'envoyer ù Home la Prophétie que vous appelez votre Songe-, elle me paraît excellente; mais le mieux serait, sans contredit, que vous l'adressassiez directement au pape, avec une lettre, par l'entremise du nonce. Cela ne souffre aucune ditliculté, et le saint père sera certainement touché de cet honmiage dont il est digne. En allant me jeter à ses pieds, j'ai passé par votre patrie, cette ancienne Corioles, aujourd'hui nommée Bolsène. Située sur le bord du lac qui porte le même nom, la position en est charmante. On aperçoit dans ce lac deux îles, et l'une d'elles rappelle un grand crime, l'assassinat de la reine Amalasonte, que son mari Théodat fit étrangler pour régner plus à l'aise. Il faut que le pouvoir ait toujours eu bien de l'attrait. Le souvenir de cette scène horrible, dans un des lieux les plus riants que la nature ait formés, produit une impression profonde. Du reste, Corioles n'est plus qu'un misérable bourg, ^ulles traces de son antique splendeur : Etiamperiêre ruinœ. Si les Volsques revenaient au monde, ils pourraient dire comme nous: Adieu imniers, vendanges sont faites! ils ne retrouveraient pas même des

1. Psycon et Chrysès. — u ...Je voulais vous envoyer un petit dialogue en vers que j'ai lu à ces dames, et où l'on a trouvé une peinture assez naïve de ces Philintes qui nous taxent de tartuferie. .Te Tai donné à Michaud, qui croira avoir emporté Ptolémaïs s'il le fait admettre par la Quotidienne. •■ — M. de Coriolis à Lamennai.i, 12 août 1825.

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