M. de VitroUes
DL LAMliNNAIS. Mil
palioiis. J'ai appris par le Nonce votre arrivée à Turin; il tne tarde de la savoir par vous. Si vous m'avez écrit en Bretagne, vos lettres me seront renvoyées. Vous ne doutez pas que je n'aie mille et mille choses à vous dire, et vous devinerez facilement pourquoi je ne vous les dis pas. Je vais l'aire pfiraîlre la deuxième partie de mon petit ouvrage sur la HeUyion considérée dans ses rapports avec V ordre liolitique et civil. J'y traite de graves questions avec franchise et avec candeur. Cela formera environ 200 pages. Du reste, il y a un désordre profond dans les esprits : on ne s'entend sur rien ; la société des intelligences est dissoute. D'un autre côté, le clergé s'améliore , et c'est une espérance , moins cependant pour la politique que pour la lîeligion. Les bonnes doctrines ont fait l'an dernier des progrès remarquables; j'attends encore mieux de celle-ci. Le clergé séculier, et principalement le jeune clergé, est en général excellent. 11 aime ce qui est vrai, mais il était temps de le lui dire. Vous ai-je mandé que Charles était entré au séminaire de Rennes 'î Je suis très-content de lui. Les six mois qu'il a passés à la Chênaie lui ont fait beaucoup de bien. Depuis que je suis ici, je crois être à Charenton, et pis que cela. M'"*' la comtesse Riccini est à Turin ; je pense que vous la voyez. Veuillez lui dire que j'ai reçu sa lettre, que je l'en remercie de tout mon cœur, que je lui répondrai incessamment, et que je la prie d'agréer, en attendant, mes tendres et respectueux honmiages.
A quinze jours. Vous ne serez pas, je crois, tout à fait mécontent de moi ; vous verrez que je suis un homme vrai et sans dissimulation. Adieu, adieu, vous tous qui m'aimez. C'est mon cœur que je mets ici. Adieu, je suis tout à vous.
Paris, 26 févripr 1826.
Voilà près de quinze jours, mon excellent ami, que je n'ai pu vous écrire, ni à M™^ de SenfPt, ni à la comtesse Louise, quoique j'aie reçu de vous tous plusieurs lettres charmantes,
liii CORRESPONDANCE
et pleines d'une amitié que mon cœur vous rend bien. Il faut vous dire, d'abord, qu'outre mille embarras d'atikires, de visites, etc., j'éprouve un(î sorte d'indisposition ([ui me rend incapable de tout travail. C'est une angoisse babituelle qui indique, je crois, une atfection au cœur ; car le siéjie fixe de mon mal est là. Je dors peu et mal, et je suis Irès-faible. Avec cela, point de repos d'esprit. Je songe sans cesse à tout ce ([u'il y aurait à faire, et mon impuissance me tourmente. Que voulez-vous ? il faut cependant prendre patience et garder sa paix. Cela ne laisse pas d'être quelquefois difficile en ce tempsci. J'achevai, bie'r au soir, de corriger la dernière épreuve de l'ouvrage doni je vous ai parlé. Il paraîtra dans quelques jours, et vous le recevrez presque aussitôt que cette lettre. On l'attend ici avec impatience, et j'espère qu'il fera quelque bien. Il fera du moins assez de bruit. La question est de savoir si l'on m'attaquera. Cela dépendra du côté oi^i inclinera la peur du moment. Pour moi, je suis bien tranquille, et plus qu'eux, très-sùrement. Fr. ' et son conseil avaient imaginé de se servir du N. - pour m 'empêcher d'écrire. Cela m'a paru plaisant. Ils ont ensuite tâché de m'intimider par le procès dont le bon M. Waille a été l'honorable victime ^ Ce second moyen ne leur a pas mieux réussi, comme vous pouvez croire. Nous verrons la suite prochainement. Du reste, je ne puis, dans cette position, vous dire au juste quelle sera l'époque de mon départ. Je désire que ce soit en avril, mais je n'en suis pas sur. Je ferai le voyage seul. L'abbé G., qui vous offre ses hommages, restera ici pour quelques affaires dont je vous entretiendrai, et qu'on ne peut abandonner jusqu'à mon retour. Il y a beaucoup de bien à faire, mais aussi de grands obstacles; je dis beaucoup de bien dans l'ordre de la Religion, car pour les sociétés politiques, c'est fini. Le jeune clergé s'anime et s'éclaire. Il entre de cœur dans toutes les bonnes doctrines. J'espère qu'il sauvera la foi dans notre