Les .Jésuites
DE LAMKNNAIS. 100
L'abi)c G. vous oflh' sa roconnaissance et ses hommages. 11 est nécessaire qu'il reste ici. pour quelque chose d'essentiel, dont je ne puis vous entretenir i)ar lettres, et qui exigera aussi ma présence un peu plus tard. Adieu, cher ami, parlez-moi de votre santé» de celle de M"" de S. et de la comtesse Louise. Vous savez tous avec quelle tendresse je vous suis et vous serai toujours dévoué.
Paris, le 18 mars.
Cette lettre vous parviendra un peu tard, mon cher et respectable ami, mais enfin elle vous parviendra. Je la confie à un jeune homme qui va voyager en Italie, et qui doit s'arrêter six ou sept jours à Lyon. Vous m'avez écrit, le 6 mars, quelques lignes qui m'ont fait grand plaisir.
Vous avez raison d'attendre du bien de la mission de M?^ L. Cependant, je crois que vous en concevez un peu trop d'espérance. Il n'arrêtera rien, et ne suspendra rien. Son influence sur le gouvernement sera nulle ; on se moquera de ses paroles ; on se défiera de ses conseils, s'il lui est permis d'en donner ; et, quand on les écouterait, ils ne retarderaient pas l'avenir d'un moment. Cet avenir est tout entier dans Tétat moral des peuples, état qui n'est lui-même que le développement naturel et progressif de doctrines qui remontent bien haut dans le passé. Il faudrait que le Pouvoir, pour se sauver, changeât sa propre essence, chose impossible, et qu'en tout cas il ne comprendra jamais. Ce qui est vicieux radicalement ne se réforme jamais soi-même; et je ne parle pas ici des, fornies du Pouvoir, seule question qui occupe aujourd'hui les esprits, peut-être parce qu'il n'y en a pas de plus vaine. La société se meurt ; on se dispute , on se bat pour savoir de quelle manière on habillera le moribond, car il est bien clair que la maladie est dans son habit ; les sages ne cessent de le dire d'un bout de l'Europe à l'autre. Mon ami, à quoi sort de
se tromper? Nous sommes au commencemont d'une immense révolution, qui se terminera par la mort ou la renaissance des peuples, mais qui durera, quoi qu'il arrive, aussi longtemps qu'il restera quelque débris apercevable du grand cadavre dont la dissolution a commencé en 1789.
Pour revenir au N.', le bien qu'on peut attendre de lui est de faire connaître l'état réel des choses en ce pays d'oii tout part et d'oîi tout aboutit comme à son centre ^. Ceci est possible, ceci est facile, si toutefois Von prend les moyens nécessaires jJour cela. Il y a un voile à soulever. L'illusion serait complète pour celui qui croirait qu'on dit ce qu'on dit, qu'on fait ce qu'on fait, et que c'est là la France.
On assure de nouveau que M. Tharin^ ne veut pas reprendre ses fonctions d'instituteur, et que l'évêque de Béarnais * lui succédera. Cela est fort égal en soi. Le cardinal de Latil s'emporte quand on dit que l'évêque de Strasbourg pourrait retourner dans son diocèse, dont il ne s'était pas démis entre les mains du Pape. Cela lui paraît être la violation de toutes les règles, attendu que le Roi ne recule pas.
S'il ne recule pas, ses ministres avancent. Si vous lisez VÉtoile, vous y aurez vu une belle déclaration de protestantisme fondamental, donnée comme la doctrine du pur catholicisme. Voilà où nous en sommes, voilà où nous mène le ministère d'Hermopoîis , plus ardent que jamais dans la théorie et dans la pratique de ses maximes. Il y a eu dernièrement des révoltes dans quatre collèges. Savez-vous ce que disait le Grand-maître ? Qu'il était étonné qu'il n'y en eût pas dans tous. Est-ce beaucoup mieux ailleurs? Jugez-en par les faits. Combien pensez-vous, par exemple, que parmi les jeunes gens qui sortent de Saint-Acheul, il y en ait qui « per-