M. l'abbé Feutrier, depuis ministre des cultes
DE LAMENNAIS. Hl
sévirent», c'csl-îi-dii""' (jui (assciil leurs Pâques la première année? Un sur i rente. Les vingt-neuf autres deviennent pires que tout ce qui sort des autres écoles. Il faudrait causer de tout cela pour remonter jusqu'à la source du mal. Ce que chaque jour apporte de lumière est merveilleux.
Mon frère , arrivé hier, me charge de vous oftrir hommages, amitiés, respects les plus tendres. Pour moi, vous savez tout ce qu'il y a dans mon pauvre cœur pour vous.
Paris, 1er avril ISλ!.
J'ai reçu, mon excellent ami, les charmantes lettres de M»"^ de Sentft et de la comtesse Louise, du 20 et du 26 mars. J'espérais, il y a quelques jours, pouvoir vous mander exactement l'époque de mon départ, et mon cœur se réjouissait dans la pensée de vous revoir liientôt. Mais voilà que Dieu me retient ici en m'y imposant de nouveaux devoirs. Le ministère, poussé par un certain nombre d'évêques et aussi par la peur que les révolutionnaires lui inspirent, s'est entin décidé à me poursuivre. Je suis traduit pom' le 20 a\Til devant le tribunal de police correctionnelle, ce qui me conduira plus tard à la cour royale. J'y comparaîtrai sans crainte, ou plutôt avec une grande joie, parce que c'est le prêtre qui s'y présentera pour y parler en prêtre. L'opinion générale de tous les partis est pour moi en cette occasion, quelle que soit la difïérence des doctrines. Cependant, une condanmation est presque inévitable. Je vais m'occuper d'un petit écrit, non pas pour ma défense, mais pour celle de la vérité. Après le jugement, il est probable que j'en publierai un autre qui, selon ce qui se sera passé, pourra avoir plus d'intérêt et plus d'importance. Les prélats, de leur côt*^^, sont en train de faire une nouvelle Déclaration. L'archevêque de Reims est furieux, bien qu'il n'ait pas même lu mon ouvrage, non plus que beaucoup d'autres. Je ne sais quelle folie ils vont imaginer. Oh! combien il serait à désirer que Rome parlât! Un mot
d'elle tuerait à jamais les fausses doctrines qui nous menacent du schisme. Bien des gens n'hésitent que parce qu'elle se tait. La faiblesse et les préventions interprètent son silence dans le sens qui les flatte le plus, et rien ne finit faute d'un mot, d'un seul mot de l'autorité. Priez Dieu que cet état cesse, et qu'il inspire à notre excellent Pape ce qui sera le plus utile à l'Église de J.-C. Le temps presse plus qu'on ne croit; nous approchons d'une crise terrible. Le moment est venu, ou jamais, de la prévoir et de s'y préparer. Ce que vous voyez, ce que vous savez, vous donne les mêmes pressentiments; on les retrouve aujourd'hui partout; et nulle part on ne s'occupe des moyens de salut. Je voudrais causer avec vous de tout cela, mais la Providence ne le permet pas. Vous avez vos épreuves aussi. Que faire? porter notre croix avec patience et avec amour. Gardons bien notre paix au milieu de ces convulsions du monde. Élevons plus haut nos yeux et nos cœurs : Sursùm corda! Il semble que Dieu prenne à tâche de nous détacher de cette terre qu'il va briser. Il y a mille détails qui vous surprendraient, si quelque chose peut surprendre encore. On n'a pu obtenir de planter une croix à Versailles à la fin des exercices du jubilé, mais on y établit un prêche. La rage des impies est au comble, et leur règne sera sanglant, au moins pendant une certaine période. Le nombre des martyrs n'est pas complet : courage donc ! Je ne puis vous en dire davantage aujourd'hui, étant accablé d'occupations. Je ne vous écrirai point avant que mon écrit ne soit achevé. Ne soyez point surpris de mon silence. Adieu, adieu ; à quoi bon vous redire combien mon cœur vous chérit ?