I.'aBBK ,I. de I.AMF.NNAIS a m. DK VITUOl.LKS
r.ins. li mai 1S26.
Paris, 21 mai 1826.
Depuis ma dernière lettre, j'ai été très-souffrant d'un fort catarrhe, dont je ne suis pas encore remis. Je vous ai mandé, je crois, que j'étais allé m'établir à Versailles, chez .Mahony, pour travailler un peu. iMes affaires m'ont forcé de revenir ici pour quelque temps. H s'agit d'en finir enfin avec S' V. Mon beau-frère est venu dans ce dessein , et je suis obligé d'être près de lui. iMa position n'est pas très-douce. Je n'ai ni repos de corps, ni repos d'esprit; des occupations immenses, et nulle espèce d'asile. Les courses me tuent dans cette triste ville. J'aurais besoin de tout mon temps pour soutenir la lutte où je suis engagé, et l'on m'enlève tout mon temps. D'un autre côté, vous savez ce que c'est que l'appui que peut trouver, parmi ceux même qui l'approuvent, parmi ceux même qu'il défend, un homme pauvre, sans nom, sans place, sans pouvoir. Bien m'en prend de ne rien demander aux hommes, et de ne vouloir rien d'eux. Aujourd'hui compter sur quelqu'un, ce serait un grand mécompte. Je compte sur Dieu, et cela me sutiit. Avec lui je
ISO COUKi-Sl'ONDANCi:
me sens fort et plein d'ardenr pour continuer la fiuerre que j'ai entreprise dans Tintérêt de sa gloire. Je médite un ouvrage assez étendu où les questions que j'ai traitées reparaîtront sous un jour nouveau; ce sera comme une Théorie générale de la Société. Mais voilà qu'auparavant il faut que je réponde à l'évêque de Chartres qui, raisonnant à côté de ce que j'ai dit, et prenant des injures pour des arguments, n'a pas même essayé de me réfuter sur le fond des choses. Cette réponse ne se ferait pa§ attendre longtemps, si j'avais quelque loisir. Quant au plaidoyer de Berryer, vous l'aurez dès qu'il paraîtra. Malheureusement Berryer est fort occupé, et il retarde indéfiniment une publication qui aurait dû être prompte pour produire tout son eftét. Vous verrez, dans le 31êmorial, coml3ien l'on trompe la France et l'Europe sur les prétendues adhésions des évêques, parmi lesquels il en est très-peu qui aient adhéré réellement et complètement. Presque tous ne se sont expliqués que sur le premier article, et la plupart encore en des termes que j'approuverais sans difficulté. Je citerai particulièrement l'évêque de Nancy. Celui de Versailles s'est borné à répondre (( qu'il reconnaissait l'autorité civile du roi dans toute l'étendue de son royaume. » Les archevêques de Bordeaux et de Lyon , les évêques de Rennes, de Metz, de Nevers, de Langres et plusieurs autres ont refusé toute signature. On n'en parlera pas moins de « l'unanimité de l'épiscopat français. » Tout est imposture et déception. Du reste, les choses avancent rapidement. 11 y a eu des troubles fort sérieux à Rouen, à l'occasion du jubilé et de la mission. L'abbé Lowenbruck a failli périr. \'ous me demanderez ce qu'il faisait là : il fuyait une persécution qu'on lui a suscitée à Paris, et dont les moteurs sont à la cour. Tout le monde est alarmé, et personne ne se remue pour arrêter le mouvement qui nous emporte dans l'abîme. On dit que la censure sera rétablie immédiatement après la session'. Le ministère
1. La censure ne fut pas immédiateiuent rétablie; mais, dés le 29 décembre 1826, le lendemain même du vote de l'Adresse, M. de Pevronnet présenta sa fameuse loi <> de justice et d'amour, " votée à la chambre des députés le 12 mars 1827, après un mois entier de débats, par 233 voix Cf)ntt'e 134. Le 17 avril, effrayé des dispositions hostiles de la chambre des
croit par là prolonjier son existence ; je pense que cela hâtera bien plus tôt sa fin. Le niôpris et la haine cpi'il inspire sont au conihle. il ne subsiste que par la dilliculté de mettre (|uelque chose entre lui et la crise qui se prépare. Cette crise sera sanjilante; il y a du moins tout lieu de le craindre. Je me réjouis que vous soyez loin.
Mon frère part dans deux heures pour retourner en Bretafjrne; il vous offre respects et tendresses. Je vous quitte pour aller dîner avec lui rue des Postes. Adieu, adieu; ayez toujours pour moi un peu de cette bonté (jui m'est si chère.
12'.). — A M. LK COMTE DE SLNFl-T.
Paris, 14 juiu 1826.
J"ai revu jiar Lyon, mon excellent ami, votre lettre du 29 mai, et celles de M""' de Senffl de même date et du 5 juin. Je suis certainement très-touché de ce qu'elles contiennent. 11 est consolant de savoir qu'on ne s'est pas mépris en cherchant à faire quelque bien. Si l'on savait combien les esprits sont préparés à ce qui finirait tout', combien ils le désirent, combien ils s'étonnent du silence et de l'indécision, je ne doute pas qu'on ne profitât d'une circonstance qui peut ne se représenter de longtemps, pour proscrire à jamais des erreurs funestes qui, presque éteintes en France, font d'année en année des progrès alarmants en Irlande et en Angleterre. \'ous ne sauriez vous figurer à quel point le
pairs, M. de Peyroimet i-etira son projet de loi. Un innuense cri de joie accueillit la défaite miuiritérielle. Suivit la revue de la garde nationale (29 avril 1827 i, où éclatèrent des manifestations hostiles qui exaspérèrent les ministres. Alors seulement ils rétablirent la censure (le 24 juin, quarante-huit heures après la dôtui-e de la session). Ils avaient besoin du silence de la presse pour les mesures extrêmes auxquelles ils allaient demander la prolongation de leurs pouvoirs. Mais, en dépit de tout, les élections leur donnèrent tort, et l'administration congréganiste succomba. 1. Nous devons croire qu'il s'agit ici d'une décision solennelle, émanée du ?()uvf'r;iin l'ontife.
m CORRESPONDANCE
clergé, î, sauf un petit nombre d'exceptions, est heureusement disposé, et avec quelle chaleur de foi il s'attache à tout ce qui est véritablement catholique. Je crains fort qu'o» ne soit mal, très -mal instruit de tout cela et de beaucoup d'autres choses. Les discours de l'évèque d'Herm. ont produit le meilleur effet; ils ont été jugés sur-le-champ par tout le monde : il est ditiîcile qu'un homme soit plus bas dans l'opinion ; aussi ne trouve-t-il d'appui et de défenseurs que dans sa famille. Les trois Clausel ont écrit; l'abbé Boyer, autre parent, écrit aussi, et son ouvrage va, dit-on, paraître. Mais ils luttent en vain contre la vérité, contre le sentiment universel, chaque jour plus prononcé, qui les accable. Quelle immense carrière l'Église a devant elle ! Quel ascendant béni des peuples on pourrait prendre, si l'on voulait, sur un monde qui cherche, sans le savoir, une raison qui le conduise et une main qui le gouverne ! Attendons en paix les moments de Dieu.
M™" de Sentft a bien raison quand elle m'engage à finir à tout prix mes affaires; mais je ne puis, par malheur, les finir à aucun prix. C'est là ce qui me désole. Tout est arrêté dans le monde commercial. Une crise est fort à craindre; on ne trouverait pas un seul écu à emprunter en ce moment. J'espérais et j'espère encore en finir prochainement avec M. de Saint-Y. Mon beau-frère est'ici pour cela. Mais un nouvel et triste incident est venu compliquer ma position. Les banquiers ont failli, et auparavant ils ont remis en circulation pour 100,000 francs de billets payés par moi, et qui restaient en dépôt entre leurs mains. J'ai l'espoir, à raison de quelques circonstances particulières, d'empêcher que ce vol ne soit consonnné : mais je ne puis rien faire au milieu de ces inquiétudes et de ces soins qui prennent tout mon temps et usent ma santé. J'aspire à un peu de repos pour répondre à ce qu'on a écrit dernièrement contre moi, et pour m'occuper ensuite de l'ouvrage important que je médite sur le même sujet. Priez le bon Dieu pour moi; j'ai grand besoin de prières. Mille tendres respects à M"''' de S. et à la comtesse Louise.
Tuissii/n/n in Chrislo ex infinio corde.
i)K i.ami-:nna is. m