MI MÊME
Versaillfis, le 8 juillet lS2f..
J'écris à la t'ois à M""' de Sentit, à la comtesse Louise et à mon cher comte, qui tous trois ensemble ne font qu'un. Il T a peu fie choses nouvelles i\ leur dire sur l'état de la France. Nous nous en allons tout doucement, sans résistance et sans bruit, sans regret apparent, comme un pauvre mort f[u'on porte c\ son dernier gîte. Chaque jour le gouvernement perd queUjue chose de ce qui lui restait d'autorité dans l'opinion. Il reste debout comme le tronc d'arbre qui n'a plus ni sève ni racines vivantes. Aussi les événements les plus extraordinaires, et les plus graves par leurs suites, se passent autour de nous, sans que nous ayons l'air d'y prendre seulement garde. Voyez le Portugal et sa constitution importée du Nouveau Monde*, calculez-en les conséquences pour ce malheureux pays, pour l'Espagne bientôt après, ensuite pour la France et le reste de l'Europe, et tâchez d'expliquer notre inexplicable apathie. D'une autre part, considérez les actes du roi des Pays-Bas, le protocole d'acceptation de la bulle du Jubilé, cette tendre sollicitude d'un prince calviniste pour le maintien des libertés de r Église catholique romaine belge; rapprochez cela des Déclarations des évêques français et des évêques d'Irlande et d'Angleterre; songez à ce qui peut et doit arriver en Portugal et en Espagne, quand les principes constitutionnels y auront prévalu, et voyez ce qui doit résulter de cette tendance universelle qui porte chaque église à
1. Après la mort du roi de Portugal, don Juan VI ( 10 mars), Dou Pedi'o, son tils aîné, vice-empereur du Brésil, eut à décider la question de savoir s'il conserverait les deux couronnes qui constituaient l'héritage paternel. Il ne le jugea pas possible, et après avoir confirmé par un décret du 6 avril, dans les fonctions de régente, sa sœur l'infante dona Isabel-Maria, il octroya à ses sujets, le 29 du même mois, une charte constitutionnelle. L'art. 5 de cet acte consacrait la renonciation formelle de Don Pedro à la couronne de Portugal et statuait que la dynastie régnante se continuerait, pour ce royaume, dans la pei-sonne de dona Maria da Gloria, sa fille, en faveur de laquelle il abdiquait. Ces actes furent apportés à Lisbonne, le 2 juillet, par sir Charles Stuart, chargé d'aft'aires anglais auprès de la maison de Bragauce, et dont l'influence avait eu, dit-on, un grand jioids sur les résolutions de Dou Pedro.
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stipuler t'ilc-nu'ine, sous la directiou du Kouvornement civil, ses libertés particulières. Que deviendra l'unité ? Que deviendra l'influence du chef suprême' dont le pouvoir est nié fondamentalement par de tels actes? Il serait temps, grand temps d'y penser. Les esprits peuvent encore être arrêtés dans cette voie funeste; mais ce qu'on peut aujourd'hui, le pourra-t-on demain, le pourra-t-on dans quelques années? J'en doute fort. Tous les yeux sont fixés sur R. ^. Les préjugés commentent son silence, et les passions l'expliquent à la faiblesse. Qu'elle continue de se taire, qui osera, qui pourra parler? Je vois, pour moi, un schisme efïroyable germer au sein de l'Europe. Qu'on ne fasse rien pour le prévenir, cela étonne, je l'avoue. Peutêtre faut-il qu'il arrive ; peut-être est-ce une de ces épreuves réservées aux derniers temps.
La famille Clausel remue ciel et terre en faveur du gallicanisme dont Saint-Sulpice paraît devenir le centre. Leurs écrits, pleins d'injures et vides de raison, n'ont pas, jusqu'à présent, produit beaucoup d'effet; cependant il faut répondre; c'est ce qu'on fera. J'estime que les neuf dixièmes du clergé, au moins, sont profondément attachés aux vrais principes catholiques. Quel parti on pourrait tirer de cette disposition des esprits, pour affermir le dogme et ruiner les erreurs contraires! Un mot suffirait. Le dira-t-on?
Les J toujours les mêmes, tiennent à chacun son langage
particulier. Avec eux, tout le monde a tort et tout le monde a raison .Vous ne signeriez pas les Quatre articles ? — « Ni eux non plus assurément ; hier encore le P. un tel disait qu'il se ferait plutôt couper le bras.» — Les signeriez-vous?...» Ah ! c'est autre chose. Il y a aussi plusieurs de leurs P. qui trouvent qu'on s'échauffe trop là-dessus ; on peut certainement ai)porter de fortes raisons pour et contre, et l'on a grand tort d'imaginer que la Compagnie se prononce sur cette question. » Cette politique serait très-gaie, si elle était moins affligeante.
J'ai dîné hier avec M. de Faverney, qui m'a beaucoup demandé de vos nouvelles. L'abbé G. vous offre son respect.