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Taris, ^<^ rionl IS^fl.
MoNSiKrn le comtk.
Je vous ('■cris au nom do M, l'alilK' IV-li ', i\ (jui l'état de sa santé no permet pas en ce moment de le faire. Mais avant d'entrer dans le détail des choses qu'il me charfic de vous dire, je m'empresse de dissiper l'inquiétude que le début de ma lettre a dû vous donner. L'indisposition que M. Féii a éi)rouv('e cette semaine est lieureusciment terminée. Seulement, il lui en reste une faiblesse qui passera bientôt ellemême, mais qui doit lui taire éviter la plus petite fatigue. Si son co'ur était lui tout entier, vous écrire ne pourrait jamais être une fatiiiue pour lui : ses nerfs, aujourd'hui, en ont ordonné autrement. L'indisposition qu'il vient d'avoir resseml)le à celle qu'il a ressentie cet hiver, et tient uni([uement à ses atiections nerveuses.
11 a re(;u vos lettres, celles de M"'" la comtesse de SenflY et de M"i« la comtesse Louise, en particulier celle du 12 août, laquelle en contenait une autre qui a été ouverte.
11 va probablement taire un voyage d'un mois dans les Pyrénées avec l'abbé de Salinis^, qui partira prochainement pour ce pays-là. Il est aussi très-possible que M. Cauchy fasse avec eux le même voyage pour sa santé. Je crois (jue M. Féli s'en trouvera bien, et, dans cette pensée, je supporlei'ai plus aisément son absence.
11 vous prie de faire ses remerciements à M"^'^ la comtesse de Riccini. L'état de la santé de M. Féli et son prochain voyage expliqueront à cette dame le retard de la réponse qu'il se propose de lui faire. Les brochures qui vous sont
1. Abréviation du nom de baptême qu'un ironique hasard avait donnù à Lamennais.
2. L'abbé de Salinis était, à cette époque, avec l'abbé Martin de Noirlieu et l'abbé Fayet, un des trois missionnaires chargés de diriger la Société des Bonnes Etudes, qui recrutait des néophytes parmi les jeunes gens de province destinés à l'étude du droit et de la médecine. Voir ce que dit Vaulabellc (Hist. des deux Restaurations, 3" éd., tom. vu, p. 250-511 de leurs réunions hebdomadaires dans la crypte de Sainte-Geneviève. Deux des ecclésiastiques que nous venons de nommer sont successivement arrivés à .,épiscopat. 1.0 troisième est tlianoine de Saint-Denis .
envoyées de Paris vous auront fait connaître la marche des controverses actuelles. M. Frli a plus de courage que jamais, et il est persuadé que la vérité ne manquera pas de défenseurs. Chargé d'être aujourd'hui l'interprète de M. Féli auprès de vous, monsieur le comte, et de M™fs les comtesses de Sentï't, je profite de cette occasion pour joindre à l'expression de ses sentiments mes hommages respectueux. Je désirais depuis longtemps cette heureuse occasion , et je l'en apprécie davantage.
Paris, .. août 1826. Lundi.
Paris, 23 août 1826.
Vous avez reçu une lettre de l'abbé G. qui vous aura sûrement un peu inquiétée ; j'étais cependant hors de tout danger lorsqu'il vous a écrit; mais j'ai été réellement fort mal. Je partirai samedi, 26 août, avec l'abbé de Salinis, pour les Pyrénées. Nous serons de retour à la fin de septembre, époque où ma présence ici sera absolument nécessaire. Ma maladie est maintenant parfaitement connue ; c'est une irritation du cœur qui produit des étoutïements, des évanouissements, et qui serait mortelle à un certain degré. De remède, il n'y en a d'autre qu'un repos d'âme que je n'aurai jamais. Du reste, le bon Dieu me fait la grâce d'être préparé à tout ce qu'il voudra.
Votre lettre du 17 août m'est arrivée hier; j'avais reçu, quelques jours auparavant, celle de la comtesse Louise; mais elle avait été ouverte; la poste n'est nullement sûre. Si vous lisez la Quotidienne, vous y aurez vu de singulières choses. Il n'y a pas de moyens qu'on n'emploie, à défaut de raisons, pour tromper et pour égarer, et l'on dédaigne trop'
1. Simple billet; annonce le voyage des Pyrénées, ordonné par les médeeins.
Dl'] I.AMI;NNA1S. |'.I3
priit-rlrc ces atlaqut'S indircdcs, (|iii ne laissent pas de pi'o- (liiirc leur l'Ili't sur les faibles et les iiiihéciles. Il est tonips ((u'on s'occupe de fixer les esprits, il serait dangereux de les laisser trop longtemps dans l'incertitude.
Je vous félicite des moments que vous avez passés avec rardievéque, et je le félicite encore plus de ceux qu'il a passés avec vous. Pour moi, j'ignore complètement l'époque où le même bonheur me sera donné. Je suis entre les mains de la Providence, qui me crée chaque jour de nouveaux devoirs. \ous n'en connaissez qu'une partie. Il faudrait se voir pour parler des autres. Priez pour moi, priez pour que le peu de temps qui me reste, peut-être, à passer sur cette terre ne soit pas tout à fait stérile. C'est, il me semble, mon seul désir. Mille et mille tendresses à mon cher comte, à la comtesse Louise. Je ne puis encore vous écrire longuement; mais jai voulu (|ue vous eussiez de mon écriture avant mon départ.
L'archevê(iue de Paris' a dû assister à la translation des reliques de saint François de Sales; de là il doit, dit-on, se rendre en Suisse pour l'anniversaire de la liberté, j'entends de la liberté de la Suisse. On lui en saura sûrement gré dans les Treize cantons, et ailleurs.
Veuillez être mon interprète près de .M"= Rie - ; parlez-lui de ma reconnaissance, de mes tendres et respectueux sentiments, et du regret que j'éprouve de ne pouvoir encore les lui exprimer moi-même.
Adieu, adieu ; je vais parcourir des lieux que vous avez vus, et, si la pensée, le souvenir des personnes chères a quelque réalité, vous y voyagerez de nouveau.
Bordeaux et Tarbes, 29 août et 10 septembre 18*6.