T)F LAMI'N.NAIS
l'tVl que dans lo cas où les ijTavcs accidents que j'ai ('jn'ouvés, se ron<)u\elaiit . di''tern)inei'aient dans l'économie des lésions et un désordre ([ui n'exisleni |)as encore. Ainsi soyez sans iiKiuit'Iude. (le fini m'a t'ait beaucouj) sontï'rir, c'était l'impuissance de supporter le mouvement de la voiture, ce qui m'a oblij^é de prendre à mon retour un(^ chaise de poste ù Bordeaux, atin de pouvoir m'arrêter à volonté. Cette raison, et quelques autres encore plus fortes que je vous expliquerai de vive voix, m'empêchent de me rendre aussitôt que je le voudrais i\ votre aimable invitation. Croyez qu'il ne dépend pas de moi de suivre en cela le mouvement de mon ca'ur, et que je suis retenu (pielque temps encore par d'importants devoirs. Une heure de conversation éclairera tout. Jusque-là. croyez-moi, je vous prie, et surtout ne doutez pas de mon désir dètre près de vous.
On dit ici que le nouveau Nonce anive à la thi de novembre. Il aura une i;rande et diflicile mission; mais personne n'est en état de la remplir mieux que lui, et Dieu bénira sans doute ses vertus et ses intentions excellentes.
Les scènes de Rouen viennent de se renouveler à la mission de Brest'. Plusieurs personnes ont été grièvement blessées. Nous attendons l'issue de cette nouvelle tentative en faveur de la liberté des cultes. Du reste, rien de changé dans notre état. La société sommeille en attendant une crise; mais ce sommeil fiévreux est agité par des rêves pénibles.
Adieu, adieu, je ne puis encore écrire que peu de temps. L'abbé G. vous prie d'agréer ses respectueux hommages. Je suis à vous du fond de mon cœur.
1. (, 'es troubles eoniniencèrent, le 15 octobre, à l'occasion d'une représentation de Tartufe, réclamée par le public, et dififérée par l'autorité, à cause de la présence d'une compagnie de missionnaires, dirigée par l'abbé Guyon. A la suite de violentes rixes, le théâtre fut fermé. La lutte alors menaça de s'engager dans les églises mêmes où prêchaient les missionnaires. .' Vainement, dit Yaulabelle, les habitants les plus notables sollicitèrent l'abbé Guyon de quitter la ville. Fort de l'appui des autorités de tous les ordres, il déclare qu'il ne sortira de Brest qu'après avoir achevé la mission. Elle se termine enfin, et, le 24 octobre, les missionnaires s'éloignent sous la protection d'une forte escorte de dragons. - — Wt*/. des Deuj Heslimratioiis^ 3« éd., tome VU, p. 256-57.
l/)6. A M. LE COMTE DE SENFFT.
Paris, 25 octobre 1826.
J'ai répondu sur-le-champ par la poste, mon excellent et bien cher ami, à votre lettre du 1/j, et je profite d'une occasion ([u'on dit sûre pour vous écrire ciuelques mots fort à la hâte, car on me presse extrêmement.
Je n'ai rien su que par vous touchant la chose dont il était question dans votre dernière lettre ' . Personne non plus n'en est instruit ici, à ce que je crois. Je vous avoue qu'elle me paraît, quoi qu'en puisse penser votre amitié, bien peu vraisemblable en elle-même. Si néanmoins cela était entré dans les desseins de Dieu, il m'importerait fort de le savoir avec quelque certitude, par mille et mille raisons que je ne puis déduire ici. Veuillez donc me mander, d'une manière générale, le degré de croyance que vous y attachez vous-même, d'après la nature et la source des informations que vous avez reçues.
Je ne sais si vous avez lu les dernières brochures de Clausel , le conseiller. C'est le dernier degré de la fureur, à ce qu'on m'a dit, car pour moi je n'ai pas eu le temps d'y jeter les yeux. Les injures de ces gens-là ne nuisent qu'à euxmêmes; tout le monde sent qu'ils outragent parce (ju'ils ne peuvent répondre. Mais le pouvoir qu'ils ont en main, la crainte qu'ils inspirent, l'argent et les places qu'ils distribuent, leur donnent une influence d'autant plus dangereuse qu'elle n'a presque aucun contre-poids. Les persécutions particulières se multiplient tousies jours, en même temps qu'on cherche à corrompre, par des mesures générales, l'enseignement des collèges et des séminaires. La rage est poussée
1. Nous supposons qu'il s'agit de la promotion projetée de Lamennais au cardinalat. Ceci, pourtant, n'est qu'iuie induction, tirée des termes mêmes de la lettre qui passe sous nos yeux. Nous la soumettons au lecteur, sans prétendre lui faire partager nos idées à cet égai'd.
DE LAMI-NNAIS. l '.)'.»
à un tel point dans le niinislrrc dos aftaires ecclésiastiques, que toute (ruvri' pieuse y t'ait (»mbrai;T\ qu'on intriyue même déjà contre la Société catholique des lions-Livres, et qu'on fait tout au monde pour la détruire comme ultramontaine. L'évèque d'Herniopolis, sous des dehors froids, se prèle avec ardeur au mal ({u'on lui conseille, et prend avec les évêciues qui ne secondent passes vues un ton d'autorité violente qu'à peine se permettrait un Patriarche institué. Il commence
aussi à atta(|uer directement les J : il vient de porter un
coup funeste à leur collège de Dôle, en leur défendant d'y recevoir des externes : ils en avaient 250.
D'un autre côté, vous avez vu ce qui s'est passé à la mission de Brest; on craint également pour celle de Lyon. Le gouvernement souffre tout; l'esprit de l'armée se détériore chaque jour, et ^L de V. ' vient de donner un nouveau et grand triomphe à la Révolution en reconnaissant les républiques de l'Amérique espagnole. C'est le résultat du voyage de M. Canning à Paris. 11 n'est que trop aisé de voir quel avenir sortira d'un pareil présent. Adieu, cher et très-cher ami. Mille tendresses respectueuses à M""" de Senfft et à la comtesse Louise. Oh 1 qu'il me tarde de vous revoir tous !
Paris, Snovpmbre 18î6.
J'ai reçu avant-hier les lettres (|ue vous avez remises i\ Mali. -, et hier celle de M""' de Sentl't, du 30 octobre. Vous dire quel plaisir elles m'ont fait, c'est impossible; mais j'espère que vous le sentez. C'est comme le son lointain de vos voix. 11 me réjouit, parce (|ue c'est quehiue cliose de vous, et il m'atilige, parce que ce n'est pas vous entièrement. Ah! quand reviendront ces heures de douce causerie et d'aimable épanchement où nos cœurs s'ouvraient sans gène et sans ré-