‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 96 sur 165 · Le cardinal Bernetti, alors à Paris · texte numérisé non relu

Le cardinal Bernetti, alors à Paris

2. Le baron de Damas, d'abord ministre de la guerre, avait, depuis deux ans, cédé ce portefeuille au marquis de Clcrmout-Tonnerre, ministre de la marine. Il était devenu ministre des atfaires étrangères. Il aimonça eflectivement aux Chambres que la France, mécontente de n'avoir pas été écoutée

pleterre usait de son droit et reni[)iissait strictement son devoir, en portant la révolution dans le Portugal; que l'Espagne, menacée dans son existence, n'avait pas la moindre raison de se jjlaindre ni de s'inquiéter; que la France le lui avait bien dit, et qu'elle s'entendrait avec l'Angleterre pour le lui faire sérieusement comprendre , s'il n'y avait pas moyen de la persuader autrement. Le parti révolutionnaire pousse des cris de joie ; il porte aux nues M. Canning, et même M. de Villèle. C'est, en effet, le plus grand triomphe qu'on lui ait ménagé depuis longtemps. Le marquis de Chaves* succombera, je n'en doute pas; les Anglais seront à Lisbonne avant lui; ils affermiront les Cortès, jetteront en Espagne les réfugiés qui se rendent en foule sur leur flotte, et la grande tragédie commencera. La Chambre des pairs est, en général, prononcée pour la politique anglaise et ministérielle. La Chambre des députés n'a d'autre politique que d'obéir. Sa servilité augmente chaque année, quels que soient les mécontentements individuels. La magistrature s'anime de plus en plus contre le clergé, pour se donner de l'importance. Elle veut le protestantisme; des magistrats me l'ont avoué franchement. 11 vient de paraître un ouvrage analogue à celui de M. de Montlosier, où, par le fait, on demande l'abolition pleine et entière de la religion catholique. L'auteur est M. Cûttu. Les journaux du libéralisme en ont fait grand bruit.

On ne saurait prévoir encore le sort de la loi sur la presse. Le résultat, si elle passe, sera désastreux pour la Religion. Des imbéciles l'ont sollicitée ; il ne sera pas étonnant que d'autres imbéciles la votent. Au milieu de cet immense désordre , la nation fatiguée tombe dans une indifférence complète. Personne ne tient au gouvernement; on le verrait

pav l'Espaojne, à qui elle avait démontré les daiif^ers d'une intervention dans les affaires du Portugal, venait de rappeler de Madrid M. de Moustiers, sou représentant.

1. Le comte d'Amarante, depuis marquis de Chaves, principal promoteur de la conspii-ation du 3 février 1823, qu'il avait organisée de concert avec la fameuse Charlotte, femme de Jean Vl et sœur aînée de Ferdinand \U. Il était encore, en 1826, à la tête du mouvement contre-révolutio)niaire.

tomber, les uns avec joie, les autres sans aucun regret. Nul n't'lt'iidrait seulement la main pour le soutenir, l'arnii U-s libéraux, lionnèles, et il y en a beaucoup de cette espèce dans les provinces religieuses, il règne une disposition d'esprit rpii serait fort heureuse en un autre temps. Ils ne voient rien à quoi se rattacher, ni doctrines, ni intérêts, et cela les rapproche de l'Kglise, rpii (^tîre seule cette stabilité qu'ils n'aperçoivent nulle part ailleurs. L'essentiel serait de leur montrer que le christianisme est compatible avec tous les désirs sages ; qu'il ne livre j)as les peuples au pouvoir comme de vils troupeaux ; qu'il protège et maintient tous les droits ; qu'en lui seul est la garantie de toutes les libertés légitimes. Ces hommes-là repoussent avec horreur le servile gallicanisme. Us prêteraient une grande force à l'ordre public, un puissant appui à l'Église, si ceux gui doivent parler croyaient à ce devoir et le remplissaient dans toute son étendue. Le monde a changé; il chercluï un maître : il est orphelin, il cherche un père. Le trouvera-t-il? Voilà la question *.

Je ferai votre commission à Mahony. Nous ne le voyons guère, attendu qu'il ne quitte guère \ ersailles ; mais on va lui écrire de ma part pour l'engager à venir.

Oserai-je vous offrir, au commencement de l'année qui va s'ouvrir, une petite médaille qu'on vient de frapper ici-? On dit (ju'il y a de la ressemblance, et vous voulez bien aimer un peu l'original. Mille v(eux et mille tendresses.

Paris, 24 décembre 1S26.

Je pense que cette lettre pourra partir par le courrier qui vous en porte une autre très-longue en réponse à celles que

1. Est-il besoin d'appeler l'attention du lecteur sur ce curieux et admirable passage? Est-il nécessaire de faire remarquer qu'il explique et justifie, mieux qu'aucune apologie, ces •• variations >• tant reprochées à l'éloquent défenseur du catholicisme, devenu, en fin de compte, un des apôtres de la foi démocratique V

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