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Le cardiual de Latil, pair de France depuis l'année

DI' LAMHNXAIS. i»m

L;i nia^islniliirc vi'ul un protcstantismo dont elle fera les (lofimcs et la discipline : des magistrats influents me l'ont avoué nettement. Do concession en concession, le ministère, croyant sauver je ne sais quoi, en viendra à l'Église nationale, et déjà nous y touchons. Puis on renversera ce fantôme comme une fraction du parti -prêtre; puis l'anarcliie la plus absolue, la liberté du C/obe et de M. Guizot. J'aurais mille choses à vous dire là-dessus, mais je ne puis ni n'ose les écrire. Tout est clair aujourd'hui, mais les yeux sont fermés.

Vous aurez sans doute été contents de l'ouvrage de l'abbé Gerbet. J'en attends beaucoup de bien. La vérité, au reste, pénètre peu à peu dans les masses, et même à leur insu. Sous ce rapport, les progrès sont plus rapides que je ne l'espérais. C'est plus haut qu'est raveuglement. On nous prépare une sotte loi sur la presse ; on ne voit pas qu'il est impossible d'en faire une bonne. Celle dont on nous menace ne profitera à personne, pas même aux ministres, et elle sera funeste pour la Religion.

Mon frère me charge de vous offrir ses plus tendres respects. Le jubilé fait des merveilles à Rennes. L'abbé Le Tourneur prêche. Le pauvre évèque est toujours malade.

On dit que M. Busson est nommé confesseur de Mademoiselle. Je ne l'ai pas vu depuis votre départ. Je l'aime et l'estime beaucoup, mais nos idées s'accordent rarement.

Quant au précepteur', il est encore au-dessous de ce que je m'imaginais. Vous connaissez sa figure pointue; je disais l'autre jour que toutes ses idées avaient l'air de lui sortir par le bout du nez. Par suite d'une noire intrigue, l'abbé >hu-tin garde sa place d'aumônier de l'École polytechnique, malgré une ordonnance signée qui lui donnait un successeur. Ainsi voilà une école entièrement abandonnée. Le Grand-Aumôjiier a fait des représentations au roi ; il lui a parlé des progrès de l'impiété parmi ces jeunes gens, progrès tels que cette année il n'y a eu que vingt-cinq pâques. Le roi a répondu que

1. Il nous semble qu'il s'agit ici du fougueux évèque de Strasbourg Mgr Tharin, précepteur du duc de Bordeaux.

(( c'était vrai, mais qu'on lui avait expliqué cela, et qu'il n'y avait pas de mal. »

Je désire que ma petite gazette vous intéresse. Voilà une lettre que je vous prie d'acheminer. Ah ! combien je désire vous revoir !

Paris, 8 et .. décemlire 1826.

Paris, 14 décembre 1S26.

Veuillez lire la lettre incluse et l'acheminer ensuite à sa destination. Vous devinerez aisément à qui elle s'adresse. On ne se représente en aucune manière notre position réelle ; on manque totalement de cette espèce de tact qui fait juger des impressions que telle ou telle démarche, telle ou telle parole, doit faire sur les esprits; et pourtant c'est tout. L'épaississement est tel, à cet égard, que je suis tenté d'y voir quelque chose de surnaturel.

Il est certain que le roi a signé une ordonnance pour supprimer les collèges des Jésuites. 11 est dit dans les considérants que (c les maisons qu'ils occupent sont censées être de petits séminaires, et que néanmoins on y élève des enfants pour tous les états; qu'ils empiètent ainsi sur les droits de l'Université, qui suffit surabondamment à l'éducation ordinaire. » L'ordonnance aurait été publiée sans délai, n'eût été l'opposition du baron Capelle, qui a parlé très -fortement dans le sens contraire. Ce que je vous ai mandé au sujet des missions est également vrai. Au milieu de ces événements,

1. Lettres d'afiaires. M. de Vitrolles s'était chargé de procurer à Lamennais les moyens de liquider la position pécuniaire de ce dernier. Il s'en occupait activement, et M. de la Bouillerie, intendant de la liste civile, avait entamé avec lui une négociation dans ce Lut. C'est à ceci qu'ont trait les lettres 159 et 160, précieuses à titre de documents biographiques.

DI' LAMi:.\:s AIS. 2 H

on ne sait (|iie dire ni (jue taire. Pas un mot (|ui puisse guider, pas même une insinuation. Jamais le monde ne vit rien de semblable. Heureusement cela ne saurait durer. Je continue d'être fort soutirant ; les spasmes reparaissent toutes les fois qu'à l'extrême fatigue habituelle se joint quelque inquiétude, quelque peine nouvelle un peu vive, et il s'en présente souvent.

Vous verrez, dans le Mémorial de ce mois, un document curieux sur la Belgique. Le gouvernement hollandais se joue du Saint-Siège, el il a l'extrême naïveté d'en avertir ses sujets catholiques. Quand est-ce donc que l'on comprendra qu'il est temps enfin de changer de marche? Il est vrai que, comme tout se tient, c'est un vaste ensemble à combiner. Que Dieu éclaire et fortifie ceux de qui l'avenir dépend !

Mon frère me charge de vous offrir ses })lus tendres respects. Son évêque est toujours malade, et cela nous inquiète l)eaucoup. S'il venait à manquer, ce serait une perte irréparable.

Le Portugal occupe en ce moment les esprits*. Il paraît constant (jue les royalistes triompheraient sans aucun doute, si l'Angleterre ne mettait tout le poids de son épée du côté de la Révolution.

C'est uniquement ce qui rend encore la question indécise.

Adieu, adieu, priez pour nous. Je vous manderai tout ce qui se passera d'intéressant.

1. Le 15 novembre 1826, deux corps de réfugiés portugais (royalistes anti-coiistitutiomielsl, organisés en Espagne avec le concours indirect de Ferdinand ^'11, entrèrent en Portugal par les deux extrémités du royaume, la province de Tras-os-Montes et les Algarves. Ils s'emparèrent d'abord de quelques villes ouvertes et parurent avoir quelque chance de succès. Mais, la régente ayant imploré le secours de la Grande-Bretagne, (.'anning prit aussitôt les mesures les plus énergiques, et quinze à dix-huit régiments anglais, pré^jarés à l'avance, s'embarquèrent immédiatement pour aller défendre en Portugal, non pas seulement le régime constitutionnel, mais rintluence acquise par l'Angleterre et les relations commerciales fort avantageuses que cette influence avait permis d'établir. Le contraste entre la guerre de Portugal faite par Canning, et la guerre d'Espagne décidée par M. de Villèle sous la pression du parti religieux, a été relevé, depuis lors, avec amertume, par plus d'un liistorien. — V. ^Hisi. des deux Beslauralions, t. vil, p. 262, 3^ éd.

Pari!-, 18 décembre 1826.

Je suis charmé, mon cher et respectable ami, du jugement que vous portez sur l'ouvrage de Tabbé G. J'en attends beaucoup de bien. Il me semble impossible qu'on n'ouvre pas enfin les yeux sur le danger d'une philosophie destructive de la foi, et dont on fait la base de l'enseignement catholique, quoiqu'elle soit la négation même de son principe fondamental. Je crois que , dans un autre temps , l'autorité se serait hâtée davantage de prendre connaissance d'une question si importante, et de retirer l'École des voies protestantes où elle s'est imprudemment engagée. Cela viendra ; mais auparavant que de maux auront été faits ! Ce n'est plus la pensée qui préside au gouvernement du monde; on ne sait rien voir ni rien prévoir. Les événements agissent seuls, et la société est uniquement soumise à cette puissance aveugle et nécessaire qu'on appelle la force des choses : l'intelligence a abdiqué.

On s'échauffe ici de plus en plus sur la question du Portugal; grande question, en effet, et qui aura de graves conséquences, de quelque manière qu'elle soit résolue. >sotre ministère est divisé : quatre d'un côté, quatre de l'autre; M. de Villèle, M. de Chal3rol, M. de Corbière, M. de Doudeauville, soutiennent la politique anglaise, et il est à présumer qu'ils l'emporteront. Les libéraux les appuient avec chaleur; ils vont même jusqu'à hasarder des prédictions sinistres, dans le cas où le roi ne se prononcerait pas en faveur de la révolution dans la Péninsule. Ils répondent à l'appel de M. Canning. On ne sait comment la session se passera. Les députés désertent la Chambre. Jl lui a fallu s'assembler trois fois pour être en état de délibérer; on ne pouvait atteindre au nombre voulu. C'est le commencement d'une sorte de décomposition amenée par l'indifférence, la lassitude et le dégoût. Les pairs, moins ennuyés de leur position, à ce qu'il paraît, se préparent •d pousser vivement le ministère qui a sur eux un peu moins d'influence. On ne saurait dire encore ce (jui résultera de tout cela.

DK LAMENNAIS. 2i:î

Toiir moi, je suis (•oitinic l'iùmnx', inaladi- cl soutlVaiil. Jo ne sors point de ma chaml)rp, ne pouvant ni marcher lonj;tcmps ni aller en voiture. Ce que mes tristes affaires m'ont donné de tourment ne saurait se peindre. J'ai l'espoir de r.-trouver, par un arrangement procliain , une situation plus supportable. Je ne serai pourtant pas encore entièrement débarrassé, quoique je fasse le sacrifice de toute ma fortune. Il n'y a de paix ciue dans le tombeau.

Je vous embrasse, mon bon ami, de toute la tendresse de mon cœur.

i'aris, 19 décembre 1826.

Paris, le 22 décembre 1S26.

M. de Haller m'envoie à l'instant les lettres dont vous l'aviez chargé pour moi. Si nous avions été brouillés, il aurait pris un sûr moyen de me raccommoder avec lui. Mon cœur, habituellement si serré et si triste, s'épanouit à la seule vue de vos écritures. Oh ! oui, je vous aime ; je vous aime comme personne ne vous aima jamais. Puisse, puisse le bon Dieu nous réunir ici-bas, et ensuite dans cette belle éternité, qui doit nous être sans cesse présente, et oii toutes nos douleurs seront consolées! — Euntes ibant et flebant, mittentes semina sua, venientes autem venient cum exultatione , portantes manipulas suas.

Je vous ai déjà dit ce qui me retient ici : le devoir, un devoir rigoureux. Je suis honteux de le dire, — mais je ne crois pas y mettre d'amour-propre, — par le pur etîet des circonstances je me trouve être le centre de ceux qui aiment et défendent la Religion dans ce pays. Moi parti, tout se dissou-

1 . Simple billet relatif à l'affaire dont nous avons dit que M . de Vitrolles s'occupait avec zèle pour le compte de Lamenuais.

drait. Je travaille à ce que le bien que j'ai eu le désir de faire me survive, et j'ai l'espoir d'y réussir, malgré d'innombrables obstacles. Si j'abandonnais l'œuvre, elle tomberait à l'instant. N'en répondrais-je pas alors devant Dieu? Il y a beaucoup d'éléments du bien , mais ils sont épars et faibles ; c'est comme un germe qu'il faut cultiver soigneusement pour qu'il se développe. Je donnerais tout au monde pour en causer deux heures avec vous. Il faut que je vous parle maintenant de notre état reKgieux et de notre état politique.

Sur le premier point, le gouvernement est disposé à faire tout ce que les révolutionnaires demanderont, pourvu qu'ils ne le poussent pas trop vite. On a défendu à tous les employés civils et militaires de Lyon d'assister à la plantation de la croix, ce qui fait qu'elle n'a pas eu lieu. Les préfets sont chargés de surveiller strictement le clergé, et d'envoyer des notes sur tous les prêtres. C'est une mesure préparatoire. On n'est pas décidé encore à agir contre les missions, malgré ce qui avait

très-certainement été résolu dans le conseil.Pour les J ,

leur sort est fixé; l'exécution seule embarrasse. L'évêque d'Hermopolis demandait dernièrement à l'évêque d'Amiens ' quelle serait sa conduite dans le cas où l'on dissoudrait Saint- Acheul. Le prélat répondit « qu'il suivrait l'exemple des autres évêques. » Cela n'est pas trop effrayant pour l'administration. D'un autre côté, les J s'aliènent peu à peu tous leurs partisans, et particulièrement le clergé, par leur extrême faiblesse, leurs petites ruses, leur dissimulation visible, leur séparation absolue de tout ce qui n'est pas eux, etc., etc., etc. ; de sorte qu'on les regrettera généralement très -peu. Ils succomberont sans aucun doute, et ils succomberont sans honneur. Ces chutes -là sont mortelles pour les Corps. L'opinion presque universelle est que c'est un Ordre fini, et qui n'a rien en soi qui réponde à l'état et aux besoins actuels de la société.

Quant au clergé séculier, la masse est eîccellente ; il est dif-

1. M. (le Chabons, évêque d'Amiens. Il avait été fait pair en 1824, en même temps que M. le comte de Villéle, ai'chevèque de Bourges, et M. Salmon du Châtellier, évoque d'Évreux.

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ticilf (le s'iniiiiiinor à (|ii('l point loutos los dorlriiifs callioliqiios ont pi-iit-tiv dans les ('si)i'ils depuis un an. Plus j'y pens*', plus j y voisqui'l([u»' chose de merveilleux. Le nond)re des prêtres dévoués paraît le double de ce qu'il était jadis, et (•ha(iue jour la vérité fait dos projirès. Mais voici le revers de la médaille. Le ministère ecclésiastique travaille avec ardeur à corrompre toutes les sources de l'enseiiinement. Il menace, destitue les uns, séduit les autres, et ce système, u la longue, doit amener des conséquences fâcheuses , surtout lorsque l'épiscopat. déjà si faible, aura été constitué selon les vues du gouvernement. Deux évéques viennent d'être nommés : l'un, M. Savy, était proviseur du collège de Toulouse, établissement détestable; l'autre, M. de Villeneuve, vivait plus en laïque qu'en prêtre, se promenant à Paris en pantalons, etc. Toutes les places sont données à des gens de cette espèce.

Un autre mal très-grand, c'est Saint-Sulpice, où l'on élève des jeunes gens de tous les diocèses. Le gallicanisme y domine, et de là il donne la main à tous ses partisans dans les provinces.

M"'«^ de S. m'engage à voir le C. B*' *. Il faudrait pour cela le rencontrer, et je ne vais nulle part. iNotre position, d'ailleurs, est très-singulière. On flatte les ennemis; tous les égards, toutes les caresses sont pour eux. Vous sentez à combien de réserve une politicjue si sage et si élevée nous oblige. Et puis, pour conserver la seule force que nous ayons, il y a une chose dont nous ne devons jamais faire le sacrifice, la dignité du courage et de l'abnégation. La lâcheté, l'aveuglement, lesprit de vertige est partout aujourd'hui, et c'est là le symptôme le plus marqué d'un avenir terrible.

Je viens à la politique. 11 n'est question en ce moment que du Portugal. Le conseil, comme je vous l'ai mandé, était divisé. M. de Villèle l'a emporté, et cela devait être. Le baron de Damas- a été chargé d'annoncer à l'Europe que l'An-

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