‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 98 sur 165 · I>1{ I,AMI:N\A1S · texte numérisé non relu

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sav(»ii(]iR' le ji'iiiic cleryé y penche pour les idées gallicanes. Cl'esl encore là un point sur lequel il importe d'avoii- U'<, yeux ouverts. Du reste, je suis triste el soulViant. Micliel-Ange a peint ce que j'éprouve :

Il beii, per dorai" poco,

L'aima, non men clic '1 mal, m'aggrava e preme'.

Dieu, Dieu, et Dieu seul; ôh! oui, Dieu seul! Aimonsnous (Ml lui, pour, en lui aussi, nous retrouver éternellement.

Paris, 1er janvier 1827.

Ce premier jour d'une nouvelle année ne passera point sans que ma pauvre tête fatiguée n'essaie de trouver quelques paroles, bien faibles sans doute, pour vous exprimer les vieux et les sentiments d'un cœur qui ne cessera jamais dètre à vous. Je ne demande ni pour moi , ni pour ceux que j'aime, ce qu'on ne rencontre point sur la terre, le bonheur véritable et jamais troublé qui nous est promis plus haut; mais que Dieu nous mesure l'épreuve , dans sa paternelle bonté, et nous donne la force et le courage de la supporter en vrais chrétiens. Nous approchons des jours mauvais, des jours que Job a déplorés dans sa douleur toute prophétique, et dont son âme ne pouvait soutenir le poids; mais au bout est le repos, la joie, la gloire! Encore un peu de temps, comme il est dit dans l'Évangile, et puis nous entendrons la voix de l'Époux : Venio cita. — Amen; veni, Domine Jesu! Ma grande, mon unique consolation est de méditer ces douces paroles d'espérance et de paix. J'ai tant souffert des hommes, depuis un an surtout, que le monde m'est devenu comme une perpétuelle apparition de l'enfer.

1. Xon moins que le mal, le bien, par son peu de durée, fatigue et oppresse mon âme.

Et voyez quoi avenir se déroule devant nous. La lâcheté de notre j^ouvernement qui s'est mis aux pieds de l'Angleterre, son alliance avouée et puljlique avec le parti antisocial, peut le conduire en peu de temps jusqu'à tourner ses armes contre l'Espagne, ou au moins à la forcer de subir une nouvelle révolution 1 Cependant l'Europe reste muette ; il semble qu'il ne s'agisse pas d'elle en tout cela. Oui ne reconnaîtrait dans cette apathie le symptôme d'une dissolution générale? Au fond, nulle part les trônes n'ont de base. Les souverains, en se déclarant les arbitres et les maîtres du droit, et en proclamant, sous ce rapport, leur indépendance absolue, ont délié leurs sujets du serment de fidéUté, et l'on n'aperçoit partout que le combat du despotisme et de l'anarchie. Le projet de loi sur la presse ([ue nos ministres viennent de présenter ' est un exemple, peut-êire unique, d'hypocrisie et de tyrannie. L'Empire et la Convention seraient aujourd'hui moins intolérables que la vile oppression qu'on fait peser sur la société. Du reste, cette grande et vaste question de la presse ne saurait être traitée dans une lettre, tant elle renferme d'autres questions.

Le parti gallican continue d'employer, pour faire triompher sa cause, tous les moyens que fournit le pouvoir. Il menace, il punit, il corrompt. Je ne sais ce qui en résultera, si l'autorité continue de dormir. L'évècpie d'Hermopolis disait dernièrement, en parlant du séminaire hautement catholique de Besançon, <( qu'il ne tiendrait qu'à lui de le faire fermer. » 11 a proposé aux Jésuites de renoncer à la dépendance de leur général et de se soumettre, au moins extérieurement, au régime de l'Université, et qu'à ces conditions on les protégerait. Toutes les places sont données à des gens du parti, afin, sans doute, quand le moment sera venu, d'avoir le cadre complet d'une Église nationale. M. de Trevern, nommé à

1. Ce projet de loi fut présenté le 29 décembre 1826, immédiatement après le vote de l'adresse, par M. de Peyronnet, que stimulait de tous côtés le parti religieux. On voit si Lamennais s'associait aux aveugles rancunes de ce parti, et comment il jugeait la " loi de justice et d"amour. " Ni M. Royer-Coliard ni M. Casimir Périur ne la qualifièrent aussi durement qu'il le fait ici.

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Strasbourg", (h'hufc en amionvaiit son intt'iitioii d'abolir dans ce diocèse le rite romain. Et l'on dit : (( Attendons, laissons (( faire; prenons garde d'irriter, cela se calmera. » — Avant beaucoup d'années, on saura ce que c'est que ce calme.

D'un autre côté, les maximes de schisme se propagent à l'étranger. Je vous ai déjà mandé qu'elles se répandaient en l'ologne. filles font encore des progrès plus alarmants en Irlande et en Angleterre. Tout récemment, dans une assemblée de catholiques du Connaught, on a professé ouvertement linditierence des religions. Un mot arrêterait le torrent de l'erreur; on le sait, mais on craint les souverains. Croyons cependant que Dieu , cpii conduit les hommes et les choses , en sait plus que nous. Il y aurait trop à gémir si les apparences ne nous trompaient pas.

Adieu, adieu. Que la bénédiction d'en haut soit sur vous maintenant et toujours !

Je réclame vos bontés pour faire passer les lettres incluses. M. Adolphe Boyer est un jeune homme employé , je crois, à la secrétairerie d'État pour les affaires étrangères. 11 paraît animé des plus nobles sentiments. Si vous savez quelrpie chose de lui , veuillez m'en faire part.

Paris, 21 janvier 1S27.

Je me plains de votre absence , monsieur le marcpiis, mais je ne vous plains nullement de n'avoir pas sous les yeux le spectacle de toutes les passions, de toutes les folies, de toute les bassesses qu'offre en ce moment la capitale des descendants de Hugues Capet. Je vous ai vu gémir, je vous ai vu sourire , je vous ai vu hausser les épaules , et avec grande raison; que feriez-vous aujourd'hui? et reste- 1- il quelque moyen d'exprimer ce qu'on sent à l'aspect d'une dégradation si honteuse et si sotte ? Les trois pouvoirs de l'Etat , comme on les appelle, semblent être une émanation directe de la Force, de Sainte-Pélagie et de Charenlon. 11 v a de tout cela

m CORRESPONDANCE

dans nos gens, avec une iierté niaise, un contentement d'euxmêmes très-curieux à contempler. Le résultat de leurs œuvres est une guerre imminente , une persécution près de commencer, et je ne sais quelle fermentation des esprits qui prend chaque jour un caractère plus alarmant. Préparez-vous à tout , car désormais tout est possible , et adesse festincmt tempora. Tout pesé, j'en ai peu de regret ; l'agonie est pour moi ce qu'il y a de pire, et je dirais volontiers à la Révolution, comme le Christ à Judas : Quodfacis,fac citiùs. Le roi pense autrement; chacun son goût. Trop courtois pour exiger de la Révolution qu'elle reste en repos et qu'elle l'y laisse , il lui suffit qu'elle n'aille pas trop vite. « Doucement , madame , doucement ! » Voilà toute sa politique , sa sagesse et son désir, qui certes n'est pas ii/trà.

La décision des pairs sur l'adresse de M. de Montlosier ' sera l'arrêt de mort des Jésuites. L'heure de l'exécution est seule incertaine encore. Puis viendront les missionnaires, puis « le parti prêtre» en masse, puis, puis... tout ce que vous devinez.

L'Espagne et le Portugal embarrassent fort M. de Villèle , et je le crois moins tranquille qu'il ne nous recommande de l'être. Le centre seul est imperturbable; c'est l'optimisme incarné. A chaque destruction nouvelle, ils disent comme le Tout-Puissant lorsqu'il créait le monde : Cela est bien ! Vidit quod hoc esset bonum. Et voilà comme la fin ressemble au commencement.

1. Après avoir, le 1'^'' mars lB2(î, publié son fameux Mémoire à consulter, M. de Montlosier, le 16 juillet, déposait au grefle de la Cour royale de Paris la Dénonciation formelle qu'il avait annoncée contre les Jésuites et leur réintégration illégale sur le territoire français. La Cour, par un arrêt du 18 août, — arrêt dont les considérants étaient hostiles à la fameuse Société, — se déclara néanmoins incompétente. Fort de cet arrêt, M. de Montlosier se décida à solliciter Tintervention du pouvoir politique. 11 adressa sa Dénonciation à la Chambi-e des pairs. Le 18 et le 19 janvier 1826, s'eng-agea un vif débat sur le i-apport de la commission nommée pour l'examiner. Ce rapport concluait au renvoi de la De'Honcmdoîi au président du conseil, •> pour la partie relative à l'établissement, en France, d'un ordre monastique non autorisé par le roi. " 31. de Bonald, le duc de Fitz-James, le cardinal de La Fare, l'évêque d'Hermopolis, combattirent en vain ce renvoi. Les conclusions du rapport furent adoptées à la majorité de 113 voix contre 73.

Di: LAMENNAIS. iTi

Je li'ai pas revu, comme on vous l'a dil, le eonmicncelueiil tie ma santé. Je suis toujours faible et soull'ranl. Ne m'imitez pas, monsieur, c'est le vteu que je l'orme pour vous, et que j'étends à toutes les personnes qui vous sont chères. Veuillez en faire agréer l'expression à M'"" la marquise (le Coriolis et à M""' la vicomtesse de Maccarthy. Mille amitiés , mille respects.

Paris, 2i janvier 1827.

J'ai reçu toutes vos lettres si bonnes, si aimables, si tendres , jusqu'à celle de M"'° la comtesse de Sentit , du 14 janvier. Je suis fort en retard dans mes réponses , à cause de je ne sais combien de misères ([ui se sont succédées sans interruption : des soutlrances continuelles, des ati'aires multipliées; et puis il m'a fallu changer de chambre, et celle que j'occupe mahitenant est tellement glaciale et glacée que plusieurs jours se sont |)assés avant que mes doigts pussent tenir une plume. Je commence depuis hier à me réchauffer un peu, et je profite de ce moment pour reprendre ma narration.

Presque tout le monde ici s'accorde à regarder la guerre comme inévitable. Si elle a lieu, elle sera le fruit de la lâcheté de M. de Villèle, car l'Angleterre ne la voulait pas, et jamais elle ne se serait avancée comme elle l'a fait, si la France n'avait promis, pour elle-même et pour l'Espagne, plus qu'elle ne peut tenir aujourd'hui. L'énergie que déploie la nation espagnole , la prévoyance et le bon sens qui déterminent ses résolutions sages et hardies , sont bien remarquables dans le temps présent. La France, avec un milliard d'impôts, ne pourrait, sans emprunts, soutenir la plus petite guerre. L'Espagne désorganisée, privée de gouvernement, d'administration, de finances, fera, s'il le faut, une guerre de dix ans ; la foi , l'honneur, lui tiennent lieu de tout , et elle les oppose sans hésiter à la puissance [de l'Angleterre,

qui tremble des suites d'une pareille lutte. Est-ce assez frappant? La décision de la Chaml)re des pairs sur la pétition de M. de Montlosier présage la chute prochaine des Jésuites. Ils ne résisteront point à l'entraînement des choses, et c'est ce qu'ils ne comprennent pas. Ils n'ont rien fait, absolument rien de ce qui pouvait leur donner de la force. Il n'y a pas d'exemple d'une nullité pareille; leurs plus chauds amis en conviennent franchement, et s'étonnent de ce qui pourtant n'est pas difficile à expliquer. Je crois cette Société finie. Ses connivences avec les gallicans, avec les persécuteurs de l'Église, mille autres faits cjue je ne puis raconter, m'ont éclairé sur elle , sur les vices inhérents à son organisation, et qui l'empêcheront toujours d'opérer le l)ien que beaucoup de gens, et moi le premier, s'en étaient promis, A tout prendre, elle a fait plus de mal que de bien en France. Ses gaucheries , ses intrigues , ses petites finesses , ses petites menées sourdes, ont fait un tort infini à la Religion, à laquelle sa cause est intimement liée aux yeux du public. Rien de plus respectable , de plus exemplaire que les individus; on ne peut ni les trop louer, ni les estimer trop : mais plus je considère le Corps dans son ensemble, plus je suis persuadé que les inconvénients en passent les avantages.

Le ministère ecclésiastique continue de poursuivre les professeurs des séminaires et des collèges qui s'avisent d'être catholiques romains. Il profite pour cela de la faiblesse de certains évêques. 11 vient de faire renvoyer du séminaire de Cahors , à cause de ses bonnes doctrines , un lazariste plein de mérite, nommé M. Brioude.

Vous avez entendu parler de cette croix lumineuse qui a tout à coup paru dans le ciel , au moment même où se faisait la plantation de la croix , à la fin d'une mission près de Poitiers * . Des procès-verbaux de cet événement extraordi-

1. Le dimanche, 17 décembre 1826, à ]\Iig'né, au moment où se terminait une station du jubilé par l'érection d'une croix, — et justement lorsqu'un des prédicateurs rappelait aux fidèles la croix que virent autrefois Constantin et son tils en marchant contre Maxence, — « on vit, disent les procèsverbaux, une croix lumineuse à cent pieds du sol... Sa longueur paraissait être de quatie-vinf^ts pieds... ses proportions étaient très-répulières et ses

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naire ont vie oiivoyës par le préfet au niinistt're , (jui s'est bien imvdc de les publier. M. le I)au|)liiii a |)aru surpris tpie Dieu montrât si pt'u di' i)ru(leiiee dans ee nionient-ei : — (( dépendant, a-t-il ajouté, il est bien le maître. »

Encore un trait pour la comtesse Louise. Le graveur de ma médaille me racontait que son père lui avait fait faire sa première comtnu)no)i deux fois. — « C'est une fois de plus que de coutume, lui dis-je. — Oui, reprit-il; mais, comme c'était pendant la révolution, il me fit recommencer deux ans après. )>

Le frère de M'"'- la duchesse d'Anhalt ma fait llionneur de venir me voir hier. C'est un esprit très-distingué et une âme bien droite. Il m'a dit (|ue c'était l'Essai qui l'avait converti.

Je v»us quitte, car mes doigts sont tout engourdis par le froid. Si l'on n'avait besoin que du cœur pour écrire , ce serait bien plus doux; mais je ne finirais jamais. Je compte sur vos bontés pour acheminer les lettres ci-jointes'.

contours déterminés avec la plus grande netteté sur un ciel sans nuages. Le phénomène dura, sans altération, durant une demi-heure, et la croix disparut seulement lorsque la procession rentra dans l'église. »

Un rapport, en date du 22 décembre, signé de trois ecclésiastiques, du maire de Migné et de son adjoint, de deux membres de la fabrique, d'un maréchal-des-logis de gendarmerie, d'un ancien adjudant sous-ofRcier, et de quarante et un autres témoins, établit que les choses se sont ainsi passées devant deux à trois mille spectateurs. — •■ Il y a des miracles tant qu'on y croit, a dit quelque part Lamennais. Dés qu'on cesse d'y croire, il n'y en a plus. "

1. La lettre suivante de M. l'abbé Gerbet, nous paraît curieuse, à plus d'un titre :

l'abbé gerbet a m. le comte de senfft.

Paris, 10 février 1827.

ilONSIEDR LE COMTE ,

M. Féli se proposait de vous écrire aujourd'hui : une migraine l'en einpècbe. 11 me charge de vous donner de ses nouvelles , en attendant qu'il réponde aux lettres qui doivent lui parvenir par occasion particulière : ce qu'il fera sitôt qu'il les aura reçues.

Depuis environ trois semaines, ses amis ont remarqué une amélioration très-sensible dans sa santé. Il se porte décidément beaucoup mieuï, et a repris de la gaieté. Nous attendons M. l'abbé Jean dans la première ou la seconde semaine du carême.

Monseigneur Lambruschini est arrivé à Paris avant hier. Rien de nouveau ici : 1. 15

Paris, 14 février 1827.

Je suis bien en retard avec vous, et sans qu'il y ait de ma faute. Le froid m'a fait beaucoup de mal, et dans un moment où j'étais accablé d'affaires. Puis j'attendais les lettres que vous m'aviez annoncées. Je lésai reçues enfin dimanche dernier, c'est-à-dire il y a trois jours. Maintenant, j'ai tant de choses à vous dire que je ne sais par où commencer. Avant tout, cependant, il faut que je vous répète combien je suis heureux de votre si douce et si excellente amitié. Vous êtes bien certainement mon appui, ma consolation sur cette triste terre : c'est vers vous que mon cœur se tourne pour trouver un peu de repos, car vous êtes du petit nombre de ceux qui savent aimer.

Je me conçois absolument rien aux errantes destinées de ma lettre du 1" janvier. Elle avait été remise à la même personne par qui celle-ci vous parviendra. Je n'emploie nulle autre voie, quand je ne vous écris point parla poste. Peutêtre l'aura-t-on confiée à quelque voyageur.

J'ai éîé trois fois chez le Nonce, et je n'ai pu que ce matin avoir avec lui une courte conversation. Je l'ai trouvé tel que vous me l'annoncez; aussi j'espère beaucoup que Dieu bénira sa mission. Il en sent les difiicultés; peut-être même se les exagère-t-il un peu. Mais cet excès, si c'en est un, est très-préférable à l'excès contraire. 11 a été, comme toujours, parfait pour moi. Ce qu'il m'a dit fortifie l'opinion dont

nous sommes toujours en Éolie ; tous les vents soufflent à la fois. Le Qitos ego n"est plus. Depuis quelque temps on répand parmi le peuple les bruits les plus absurdes. On lui fait croire que le roi est prêtre, évêque, moine in parlibus, jésuite, qu'il dit la messe dans ses appartements : ou fait des caricatures analogues. Au milieu des tristes scènes dont nous sommes témoins, c'est pour M. Féli une bienheureuse distraction que sa correspondance avec Turin. Je suis heureux moi-même qu'il m'y associe de temps en temps, et fournisse ainsi une échappée à mes hommages.

P. S. J'ai oublié de vous direen commençant que M. Féli a arrangé ses affaires, de manière à n'avoir plus à porter le poids de cette montagne classique.

DE LAMENNAIS. -lil

vous nie parlez '. Je vous avoue que je suis très-loin de trouver en nioi-nième le courage de m'en réjouir. Fermer les yeux et attendre en |)aix c^ que Dieu décidera, voilà où j'en suis.

Priez, priez pour un j)auvre prêtre que tout rapj)elle au sentiment de son insutlisance, et qui peut avoir, dans cet état, une jïrande et importante détermination à prendre.

J'ai jM-ésenté d'abord au Nonce, sur l'état de la société, des vues i^énérales (pi'il m'a paru saisir et approuver. Ce n'eût pas été la marche à suivre avec un autre. Et, pourtant, impossible sans cela de s'entendre sur tout le reste, et de comprendre quelque chose, et à ce qui se passe, et au plan qu'il faudra bien tôt ou tard adopter pour sauver les débris de l'ordre du naufraiie universel. Je ne sais si je me trompe, mais il me seml)le qu'à présent tout est clair. Je fais chaque jour (juclque essai de la vérité sur des hommes de toutes les opinions, et j'aperçois dans les esprits une disposition qui m'étonne à la reconnaître dans toute sa rigueur. Les obstacles qu'elle rencontre dans la prati([ue viennent du dehors, et avec le temps ils disparaîtront. Il est vrai qu'il y aura auparavant de grandes catastrophes. Il est nécessaire de se le dire d'avance pour n'en être pas abattu, et pour en tirer les avantages que Dieu cache au fond de toutes les calamités. Les bons sont en retard, très en retard, et c'est là le plus fâcheux de nos maux. Ils se sont engourdis dans un repos factice. Les événements qui s'approchent peuvent seuls les éclaircir pleinement et les réveiller.

Je dis les événements qui s'approchent, car tout le monde ici pressent une crise. Je ne la crois cependant pas tout à fait immédiate, parce qu'il y a faiblesse aussi de l'autre côté. Elle naîtra des choses, bien plus qu'elle ne sera amenée par les efforts et la volonté active des hommes. Ce ne sera point une conspiration, mais une dissolution. Le ministère a perdu la tête ; il ne fait plus que des sottises, sottises inouïes, sottises gratuites et absolument incompréhensibles. Je voudrais

1. Encore une allusion, ce nous semble, au cardinalat que la cour de Rome projetait d'offrir à Lamennais.

causer avec vous de tout cela. Ou'est-ce qu'une lettre? une espèce d'énigme quand il s'agit d'objets si étendus, si compliqués; et voilà ce qui me désole en vous écrivant. Je n'ose vous parler du Portugal ni de l'Espagne, sur lesquels il y a tant à dire. Que fait dom Miguel? etc., etc. Après tout, je m'explique mille circonstances inexplicables, en méditant sur les hautes questions de la Providence et de l'avenir considéré dans les lois immuables qui gouvernent le monde.

L'intérêt que vous avez la bonté de prendre à ce qui me regarde m'autorise à vous annoncer qu'enfin j'ai réussi à me débarrasser de la Librairie Classique. Elle est entre les mains de fort honnêtes gens. 11 me reste à terminer avec les banquiers et MM. *** et de *** Ce sont encore trois cruelles

épines; mais le plus difficile est fait, et le reste le sera, j'espère, prochainement. Je perds à peu près tout ce que je possédais, et je le perds sans regret si je dois recouvrer quelque tranquillité. Il me tarde au moins autant de savoir la vôtre assurée, au degré où elle peut l'être en ce monde, par le déplacement dont nous nous sommes entretenus tant de fois. Espérons, espérons ! Dieu veille sur vous.

Paris, 18 février 1827.

J'adresse cette lettre à M. Vuarin ', qui trouvera certainement le moyen de vous la faire parvenir. L'affaire d'A. ^ commence à s'apaiser un peu. Je ne vous cache point qu'elle a produit un très-fâcheux effet. La nation s'est crue blessée, et ce sentiment subsiste surtout dans l'armée.

Au dernier bal de l'am., il n'y avait pas un militaire, pas un pair, personne enfin , excepté les ministres , à Frayssinous près; mais le garde -des -sceaux n'a pas manqué de

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