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teraient setils nn Uraité particulier '^. Il y en a qui tournent en spirale autour des troncs des arbres des forêts', Comme les chèvre- feuilles; d'autres, comme les pois , ont des mains à trois et à cinq doigts , dont ils saisissent les arbrisseaux : il est très-remarquable que ces mains ne leur viennent que lorsqu'ils sont parvenus à la hauteur où ils oommencent à en avoir besoin pour s'appuyer ** ; d'autres s'attachent, comme la grenadille, avec des tire-bouchons; d'autres forment nn simple crochet de la queue de leur feuille , comme la capucine : l'cdllet en fait autant avec l'extrémité de la sienne. On soutient ces deux belles fleurs, dans nos jardins, avec des baguettes; mais ce serait un problème, digne des recherches des fleuristes, de trouver quelles sont les plantes, si je puis dire auxiliaires, auxquelles celles-ci étaient destinées à se joindre dans les lieux d'où elles tirent leur origine : on formerait |»ar leur réunion des groupes charmans.
Je suis persuadé qu'il n'y a pas nn végétal qui n'ait son opposé dans quelques parties de la terre : leur harmonie mutuelle est la cause du plaisir secret que nous éprouvons dans les lieux agrestes où
* n en est même une espèce à qui la terre est inutile , et qui etée dans les airs, y croit et s'y multiplie avec rapidité. Le, Chinois en forment des dômes de verdure qui couvrent leurs maisons , et la nature environne des guirlandes de cette plante les troncs desséchés des arbres. Ce végétal singulier a reçu le nom de vanille, fleur des airs {epidendrumflos aerU, Lin.). On a vu une de ces plantes à Paris, chez l'abbé NoDin , direc. leur des pépinières du taubourg du Roule. Elle avait été apportée de la Chine dans un panier, où die fleurissait chaque année , sans le secours d'un atome de terre. Le panier est encore dans la galerie des ustensiles qui servent au cours de culture du Muséum d'Histoire naturelle.
** Les végétaux n'ont point été créés avec les vrilles, les crochets, les épines dont parle l'auteur, et qui ne sont que des organes imparfaits ; mais la nature renouvelle sans cesse pour eux le phénomène d'une création particulière , et qu'elle approprie aux besouis de chaque plante i c'est comme une prévoyance continue qu'elle exerce, comme un travail éter* nd qu'elle s'est réservé , pour nous montrer son pouvoir et son intdligence. Ainsi un organe avorté , et qui n'est plus apte à remplir ses fonctions primitives, devient, par le fait même de cet avortement , propre à remplir d'autres fonctions indispensables à la vie du végétal. Tel est ravortement des fleurs de la vigne , qui change leurs pédoncules en vrilles propres à soutenir cet arbuste; tel est encore l'avortement de certaines branches, qui se transforment en épines pour servir de défense à la plante. On a également observé que ravortement du calice des composées forme de cet <nrgane une aigrette qui éuit indispensable pour la dispersion des graines Mais l'exemple le plus remarquable de ce genre est cdui que présentent les fleurs doubles. Ici l'avortement des anthères permet aux filets de se développer , et les change en véritables pétale»; c'est à ces métamorphoses constantes que nous devons les plus belles fleurs de nos jardins. La théorie des avortemens pourrait devenir féconde en découvertes. Elle est e:icore très-peu connue. (A.-M.)
la nature a la liberté de les rassembler. Le sapin s'élève , dans les forêts du nord , comme une hante pyramide, d'un vert sombre et d'un port immobile. On trouve presque toujours dans son voisinage le bouleau , qui croit à sa hauteur, de la forme d^nne pyramide renversée, d'une verdure gaie, et dont le feuillage mobile joue sans cesse au gré des vents. Jje trèfle aux feuilles rondes aime à croître au milieu de l'herbe fine, et à la parer de ses bouquets de flein^. Je crois même que la nature n'a découpé profondément les feuilles de beaucoup de végétaux que pour feciliter ces sortes d'alliances, et ménager des passages aux graminées, dont la verdure et la finesse des tiges forment avec elles une infinité de contrastes. On en voit assez d'exemples dans les champs incultes, où les touffes d'herbe percent à travers les larges plantes des diardons et des vipérines. C'est aussi afin que les graminées, qui sont les plus utiles de tons les végétaux, pussent recevoir une portion des pluies dn ciel à travers les larges feuillages de ce enfans privilégiés de la nature, qui étoufferaient tout ce qui les environne, sans leurs profondes découpures. La nature ne fait rien pour le simple plaisir, qu'elle n'y joigne quelque raison d'utilité; celle-ci me parait d'autant plus marquée , que les découpures des feuilles sont beaucoup plus communes et plus grandes dans les plantes et les sous-arbrisseaux qui s'élèvent peu de terre , que dans les arbres. Les harmonies qui résultent des contrastes se retrouvent jtisque dans les eaux. Le roseau , sur le bord des fleuves, dresse en l'air ses feuilles rayonnantes et sa quenouille rembrunie, tandis que le nymphaea étend à ses pieds ses larges feuilles en cœur et ses roses dorées; l'un présente sur les eaux une palissade , et l'antre un plancher de verdure. On retrouve des oppositions semblables jusque dans les plus affreux climats. Martens de Hambourg, qui nous a donné une fort bonne relation du Spitzberg, dit que lorsque les matelots du vaisseau dans lequel il naviguait sur ces côtes tiraient leur ancre du fond de la mer, ils amenaient presque toujours avec elle une feuille d'algue fort large, de six pieds de long, et attachée à une queue de pareille longueur; cette feuille était lisse, de couleur brune, tachetée de noir, rayée de deux raies blanches , et faite en forme de langue ; il l'appelle plante de roche. Mais ce qu'il y a de singulier, c'est qu'elle était ordinairement accompagnée d'une plante chevelue , de six pieds de long, semblable à la queue d'un cheval , et formée de poils si Ans , qu'on pouvait, dit-il, l'appeler soie de roche. Il trouva sur ces tristes rivages , où Tempire de Flore est si désolé , le cocliléaria et l'oseille qui
ÉTUDE ONZIÈME
croissaient ensemble. T^ feuille du premier est arrondie en forme de cuiller, et celle de l'autre alongée en fer de flèche. Un médecin liabile, appelé Bartholin *, a observé que les vertus de leurs sels sont aussi opposées que leurs configurations ; ceux du premier sont alcalis , ceux de Tautresont acides; et de leur réunion il résulte ce (pie les médecins appellent sel neutre (qu'ils devraient plutôt appeler sel harmonique) , le plus puissant remède qu'on puisse employer contre le scorbut, qui attaque ordinairement les hommes dans ces terribles climats. Pour moi , je soupçonne que les qualités des plantes sont harmoniques comme leurs formes ; et que toutes les fols que nous en rencontrons de groupées agréablement et constamment, il doit résulter <le la réunion de leurs qualités, pour la nourriture, pour la sauté ou pour le plaisir, une harmonie aussi agréable que celle qui naît du contraste de leurs figures. C'est une présomption que je pourrais appuyer de l'instinct des animaux , qui , en broutant les herbes , varient le choix de leurs alimens; mais cette considération me ferait soitir de mon sujet.
Je ne finirais pas si j'entrais dans quelque détair sur les harmonies de tant de plantes cpie nous méprisons , parce qu'elles sont faibles ou communes. Si nous les supposioas , par la pensée , de la grandeur de nos arbres , la majesté des palmiers disjtaraltrait devant la magnificence de leiu^ attitudes et de leurs proportions. Il y en a , telles que les vi|>érines , qui s'élèvent comme de superl)es candélabres, en formant un vide autour de leur centre, et en portant vers le ciel leurs bras épineux , chargés dans toute leur longueur de girandoles de fleurs violettes. Leverbascum, au contraire, étend autour de lui ses larges feuilles drapées , et pousse de son centre une longue quenouille de fleurs jaunes , aussi douces à la poitrine qu'au toucher. Les violettes au bleu foncé contrastent, au printemps, avec les primevères aux coupes d'or et aux lèvres écarlates. Sur des angles rembrunis de rocher , à Tombre des vieux hêtres , des champignons blancs et ronds comme des dames d'ivoire s'élèvent au milieu des lits de mousse du plus beau vert.
Les cliampignons seuls présentent une multitude de consounances et de contrastes inconnus. Cette classe est d'abord la plus variée de toutes celles des végétaux de nos climats. Sébastieu Vaillant en compte cent quatre espèces dans les environs de Paris, sans compter les fongoîdes , qui en fournissent au moins une douzaine d'autres. La nature les a dispersés dans la plupart des lieux ombragés,
* raya Cluimcl . Hutaire des plantes ututlles.
où ils forment souvent les contrastes les plus extraordinaires. Il y en a qui ne viennent que sur les rodiers nus , où ils présentent une forêt de petits (ilamens , dont chacun est surmonté de son diapiteau. Il y en a qui croissent sur les matières les plus abjectes, avec les formes les plus graves : tel est celui qui vient sur le crottin de dieval , et qui ressemble à un chapeau romain, dont il porte le nom . D'autres ont des convenances d'agrément : tel est cdui qui croît au pied de l'aune , sous la formed'un pétoncle. Quelle est la nymphe qui a placé un coquillage au pied de l'arbre des fleuves? Cette nom • breuse tribu parait avoir sa destinée attachée à celle des arbres , qui ont chacim leur clianipignon qui leur est affecté , et qu'on trouve rarehfient ailleurs : tels sont ceux qui ne croissent que sur les racines des pruniers et des pins. Le ciel a beau verser des pluies abondantes, les champignons, à couvert sous leurs parapluies, n'en reçoivent pas une goutte. Ils tirent toute leur vie de la terre, et du grand végétal auquel ils ont lié leur fortune : semblables à ces petits Savoyards qui sont placés comme des bornes aux portes des hôtels , ils établissent leur subsistance sur la surabondance d'aulrui ; ils naissent à l'ombre des puissances des forêts, et vivent du superflu de leurs magnifîques banquets.
D'autres végétaux présentent des oppositions de la force à la faiblesse dans un autre genre , et des convenances de protection plus di>tinguée. Ceux-là , comme de'grands seigneurs, laissent leurs faibles amis à leurs pieds : ceux-ci les portent dans leurs bras et sur leurs têtes. Ils reçoivent souvent la récompense de leur noble hospitalité. Les lianes qui , dans les iles Antilles , s'attachent aux arbres des forêts, les défendent de la fureur des ouragans. Le chêne des Gaules s'est vu plus d'une fois l'objet de la vénération des peuples, poiu* avoir porté le gui dans ses rameaux. Le lierre, ami des monumeas et des tombeaux , le lierre , dont on couronnait jadis les grands poètes qui donnent rimniortalité , couvre quelquefois de son feuillage les troncs des plus grands arbres. Il est une des fortes preuves des compefisalions végétale de la nature ; car je ne me rappelle pas en avoir jamais vu sur les troncs des pins, des sapins, ou des arbres dont le feuillage dure toute l'année. Il ne revêt que ceux que l'hiver dépouille. Symbole d'une amitié généreuse, il ne s'attache qu'aux malheureux ; et lorsque la mort même a frappé son protecteur, il le rend encore l'honneur des forêts où il ne vit plus : il le fait renaître en le décorant de guirlandes de fleurs et de festons d'une verdure étemelle.
La plupart des planes qui croissent à l'ombre
DES PLANTES
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ont les ooulenrs les plus apparentes; ainsi les mousses font briller leur Tert d'émeraude sur les flancs sombres des rodiers. Dans les forêts, les champignons et les agarics se- distinguent par leurs couleurs des racines des arbres sur lesquels ils croissent. IjC lierre se détadie de leurs écorces grises par son Tert lustré; le gui fait apparaître ses rameaux d'un Tert jaune, et ses fruits semblables à des perles , dans Tépaisseur de leurs feuillages ; le convoivulns aquatique lait éclater ses grandes cloches blanches sur le tronc du saule, la rigne vierge tapisse de verdure les anciennes tours, et, dans l'automne, son feuillage d'or et de pourpre semble fixer sur leurs flancs rembrunis les riches couleurs du soleil couchant. D'autres plantes, entièrenient cachées , se découvrent par leurs [larfums. C'est de cette manière que l'obscure violette appelle la main des amans au sein des buissons épineux. Ainsi se vérifie de toutes p^irts cette grande loi des contrastes qui gouverne le monde : aucune agrégation n'est dans les plantes l'effet du hasard.
La nature a établi dans les nombreuses tribus du règne végétal une multitude d'habitudes dont la fln nous est inoonnoe. Il y a des plantes , par exemple, dont les sexes sont sur des individus différens , comme par les animaux; il y en a d'autres qu'on trouve toujours réunies en plusieurs touffes, comme si elles aimaient à vivre en société*^ ; d'autres, au contraire, se rencontrent presque toujours seules. Je présume que plusieurs de ces rapports sont liés avec les mœurs àcs oiseaux qui vivent de leurs fniits, et qui les ressèment. Souvent les herbes représentent dans les prairies le port des arbres des forêts ; il y en a qui , par leurs feuillages et leurs proportions, ressemblent au pin , au sapin et au chêne : je crois même que chaque arbre a une consonnance dans les herbes. C'est par cette magie que de petits espaces nous offrent l'étendue d'un grand terrain. Si vous êtes sous un bosquet de chênes, et que vous aperceviez sur un tertre voisin des touffes de germandrées, dont le feuillage leur ressemble en petit, vous éprouverez les effets d'une perspective. Ces dégradations de proportions s'étendent même des arbres jusqu'aux mousses , et sont les causes , en partie , du plaisir que nous éprouvons daus les lieux agrestes , quand la nature a eu le loisir d'y disposer ses plans. L'effet de ces illusions végétales y est si certain , que si on les iàii défriclier, le terrain , dépouillé de ses végétaux
* M. de Hamholdt a doiiiié qaelqae développeinent à œttc idée , au commcnceinent de sa Géograpliie de* plante», ouvra^ dont toutes les idées fondamentales sont en^>nuitées aai Étude t de In nature.
naturels, parait beaucoup plus petit qu'auparavant.
La nature emploie encore des dégradations de verdure qui , étant plus légères au sommet des arbres qu'à leur base, les fait paraître plus élevés qu'ils ne le sont. Elle affecte encore la forme pyramidale à plusieurs arbres de montagnes , afin d'augmenter à la vue l'élévation de leur site; c'est ce qu'on peut recounaitre dans les mélèzes , les sapins , les cy{>rès, et dans plusieurs plantes qui croissent sur les liauteurs. Quelquefois elle réunit dans le même lieu les effets des saisons ou des climats les plus opposés. Elle tapisse, dans les pays cliands, des flancs entiers de montagnes de cette plante qu'on appelle glaciale , parce qu'elle semble toute couverte (ie façons : on croirait , au milieu de l'été, que Borée y a soofllé tous les frimas du nord. D'un autre côté, on trouve en Russie des mousses au milieu de l'hiver, qui, [>ar la couleur rousse et enfumée de leurs fleurs , fiaraissent avoir été incendiées. Dans no.^ climats |)Iuvieux, elle couronne les sommets des coteaux de genêts et de romarins, et le haut des vieilles tours de giroflées jaunes : au milieu du jour le plus sombre , on croit y voir luire les rayous du soleil. Dtins un autre lieu, elle produit les elTets du vent au milieu du plus grand calme. Il ne faut, en Amérique , qu'un oiseau qui vienne se poser sur une touffe de sensitives , pour en faire mouvoir toute la lisière , qui s'étend quel(|uefois à un demi-quart de lieue, l.e voyageur européen s'arrête, et s'étonne de voir l'air tranquille et rherl)e eu mouvement. Quekiuefois moi-même j'ai pris dans nos bois le murmure des peupliers et des trembles pour celui des ruisseaux : plus d*une fois , assis sous leurs ombrages au bord des prairies, dont les vents Élisaient ondoyer les herbes , ce double frémissement a fait passer dans mon sangla fraîcheur imaginaire des eaux. Souvent la nature emploie les vapeurs de l'air pour donner plus d'étendue à nos paysages. Elle les répand au fond des vallées, cl les arrête aux coudes des fleuves, en laissant entrevoir par intervalles leurs longs canaux éclairés du soleiL Elle en multiplie aussi les plans, et en prolonge retendue. Quelquefois elle enlève ce voile magique du fond des vallées, et, le roulant sur les montagnes voisines, on elle le teint de vermillon et d'azur, elle confond la circonférence de la teiTC avec la voAte <les cieux. C'est ainsi qu'elle emploie les nuages, aussi légers que les illusions de la vie , à nous élever vers le ciel; qu'elle répand au milieu de ses mystères les sensations ineffables de l'infini , et qu'elle 6te à nos sens la vue de ses ouvrages, pour en donner à I notre ame un plus profcmd sentiment.