‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 107 sur 213 · HARMONIES ANIMALES DES PLANTES · texte numérisé non relu

HARMONIES ANIMALES DES PLANTES

La nature, après avoir établi sur un sol formé de débris, insensible et mort, des végétaux doués des principes de la vie , de raccroissement et de la génération , a ordonne à ceux-ci des êtres qui avaient', avec ces mêmes facultés, la puissance de se mouvoir, des convenances pour les habiter, des passions pour s'en nourrir, et un instinct pour en faire le choix : ce sont les animaux. Je ne parlerai id que des relations les plus communes qu'ils ont avec les plantes; mais si je m'occupais de celles que leurs tribus innombrables ont avec les élémens , entre elles-mêmes , et avec l'homme , quelle que soit mon ignorance , j'ouvrirais une multitude de scènes encore plus dignes d'admiration.

La nature , dans un ordre tout nouveau , n'a point cliangé ses lois; elle a établi les mêmes harmonies et les mêmes contrastes des animaux aux plantés, que des plantes aux élémens. Il paraîtrait naturel à notre faible raison , et conséquent aux gi^ands principes de nos sciences, qui donnent tant de puissance aux analogies et aux causes physiques, que tant d'êtres sensibles qui naissent au milieu de la verdure en fussent à la longue afTtctés. Les impressions de leurs parens, jointes à celles de leur enfance, qui servent à expliquer tant de choses dans le genre humain , se fortifiant en eux de générations en générations par de nouvelles teintes , on devrait voir à la longue des bœufs et des moutons verts comme le pré qui les nourrit. Nous avons observé, dans l'Etude précédente, que comme les végétaux étaient détachés de la terre par leur couleur verte, les animaux qui vivent sur la verdure s'en distinguent à leur tour par des couleurs remt)runies , et qne ceux qui vivent sur les écorces sombres des arbres, ou sur d'autres fonds obscurs , sont revêtus de couleurs brillantes, et quelquefois vertes.

Nous remarquerons à ce sujet que plusieurs es^ pèces d'oiseaux qui vivent aux Indes dans les feuillages des arbres, comme la plupart des perroquets, beaucoup de colibris et même de tourterelles sont du plus beau vert; mais indépendamment des taches et des marbrures blanches, bleues ou rou* ges qui distinguent leurs différentes tribus, et qui les font apercevoir de loin dans les arbres, la verdure brillante de leur plumage les détache trèsavantageusement de la venlure sombre et rembnuiie de ces forêts méridionales. Nous avons vu que la nature employait ce moyen général pour affaiblir les reflets de la chaleur; mais pour ne pas confondre les objets de son tableau, si elle a rembruni le fond (le la scène, elle a rendu les habits des acteurs plus édalans.

Il parait qu'elle a réparti les espèces d'animaux les plus agréablement colorés, aux espèces <le vé* gétaux dont les fleurs sont le moins apparentes, comme une compensation. Il y a bien mmns de fleurs brillantes entre les tropiques qne dans les zones tempérées; et, en récompense^ les insectes les oiseaux, et même des qnadmpèdet, comme plusieurs espèces de singes et de lézards , y ont les couleurs les plus vives. Lorsqu'ils se posent sur les végétaux qui leur sont propres, ils y forment les plus beaux contrastes et les harmonies les pins aimables. Je me suis quelquefois arrêté, aux Iles, à considérer de petits lézards qui vivent sur les écorces des arbres j où ils prennent des mendies. Ilssontdu plus beau vert pomme, et ilsont sur ledos des espèces de caractères du rouge le plus vif, qui ressemblent à des lettres arabes. Lorsqu'im cocotier en avait plusieurs dispersés le long de sa tige, il n'y avait imint d'obélisque é^'ptien, de porphyre, avec ses liiéroglyplies, qui me parût aussi mystérieux et aussi magnifique *^. J'y ai vu aussi des volées de petits oiseaux , appelés cardinaux parce qu'ils sont tout rouges, se reposer sur des buissons dont la verdure était noircie par le soleil, et les faire paraître comme des girandoles de lampions. I^ père Du Tertre dit qu'il n'y a point, aux Antilles, de spectacle plus brillant que de voir des compagnies d'aras s'abattre au sommet d'un palmiste. Le bleu , le rouge et le jaune de leur plu* mage couvrent les rameaux de l'arbre sans fleurs du plus superbe émail. On voit des Iiamionies à fieu près semblables dans nos climats. \Ai chardonneret , à tête rouge et aux ailes bordées de jaune, parait de loin, sur un buisson, comme la fleur du chardon où il est né. Quelquefois on prend des bergeronnettes couleur d'ardoise, qui se reposent aux extrémités des feuilles d'un roseau, pour des fleurs d'iris.

Il serait fort curieux de rassembler un grand nombre de ces oppositions et de ces analogies. Elles nous mèneraient à trouver la plante qui convient le mieux à chaque animal. Les naturalistes ne se sont point occupés de ces convenances; ceux qui ont écrit l'histoire des oiseaux les ont dassés par les pieds , les becs et les narines. Quelquefois ils parlent des saisons où ils paraissent , mais presque jamais des arbres où ils vivent. Il n'y a que ceux qui , faisant des collections de papillons, sont souvent obligés de les chercher dans l'état de nym))l)e ou de chenille , qui ont quelquefois distingué ces insectes par les noms des végétaux où ils les ont trouvés. Telles sont les chenilles du tithymale, du pin, de l'orme, etc., qu'ils ont reconnues pour être particulières à ces végétaux.

DES PLANTES

Mais il n*y a point d'animal qu'on ne puisse rapporter à nne plante qoi lui est propre.

Nous avons divisé les plantes en aériennes, en aquatiques, en terrestres, comme les animaux le sont eux-mêmes, et nous avons trouvé dans les * deux classes extrêmes des oonoordauoes constantes avec leuQS élémens. On peut encore les diviser en deux classes , en arbres et en herbes, comme les animaux le sont aussi en quadrupèdes et en volatiles. La nature ne rapproche pas les deux règnes en consoonances , c'est-à-dire en attachant les grands animaux aux grands végétaux , mais elle les réunit par des contrastes, en faisant accorder la classe des arbres avec celle des petits animaux , et celle des herbes avec les grands quadrupèdes; et par ces oppositions elle donne des convenances de protectionanx &ibles,et decommodité aux puissans. Cette loi est si gâiérale que j'ai remarqué que par tout pays on les espèces de graminées sont peu variées, celles des quadrupèdes qui y vivent sont peu nombreuses , et que là où les espèces d'arhres sont multipliées , celles des volatiles le sont pareillement. C'est ce dont on peut s'assurer par les herbiers de plusieurs endroits de l'Amérique, entre autres par ceux de la Gniane et du Brésil , qui présentenfpeu de variétés dans les graminées, et qui en ofTrent un grand nombre dans les arbres. On sait que ces pays ont en cfTet peu de quadrupèdes naturels , et qu'ils sont an contraire peuplés (l'une infinité d'oiseaux et d'insectes.

Si nous jetons un coup d'œil sur les rapports des graminées aux quadrupèdes , nous trouverons que , malgré leur contraste apparent , il y a entre eux une multitude de convenances réelles. Le peu d'élévation des graminées les n^et à la portée des mâchoires des quadrupèdes , dont la tête est dans une situation horizontale, et souvent inclinée vers ia terre, l^urs gerbes déliées semblent laites pour être saisies par des lèvres larges et cliamues; leurs tendres tiges , facilement ti-anchées par des dents incisives ; leurs semences farineuses , aisément broyées par des dents molaires. D'ailleurs, leurs touffes épaisses et élastiques, sans être ligneuses, présentent de molles litières à des corps pesans.

Si au contraire nous examinons les convenances qu'il y a entre les arbres et les oiseaux , nous verrons que les branches des arbres sont fiicilement embrassées par les pieds à quatre doigts de la plupart des volatiles , que la nature a disposés de foçon qu'il y en a trois en avant et un en arrière, afin qu'ils pussent les saisir comme avec des mains. De plus , les oiseaux trouvent, dans les divers étages des feuilles^ des abris contre la pluie , le soleil et le froid, à quoi contribuent encore les épaisseurs

Beb^ardix.

des troncs. Les trous qui se forment sur ceux-ci , ■ et les mousses qui y croissent, leur donnent des logemens pour faire leurs nids, et des mate'as pour les tapisser. Les semences rondes ou alongées des arbres sont proportionnées à la forme de leurs becs. Ceux qui portent des fruits charnus logent des oiseaux qui ont les becs pointus ou courbés comme des pioclies. Dans les lies des pays situés entre les tropiques et le long des grands fleuves de l'Amérique , la plupart des arbres maritimes et fluviatiles, entre autres plusieurs espèces de palmiers , portent des fruits revêtus de coques très-dures , afin (fu'ils puissent flotter sur les eaux qui les ressèment au loin ; mais leur enveloppe ne les met pas à couvert des oiseaux. Les diverses tribus de perroquets qoi les habitent , et dont je crois qu'il y a une espèce répartie à chaque espèce de palniier, trouvent bien le moyen d'ouvrir leur graine avec des becs crochus, qui percent comme des alênes et qui pincent comme des tenailles.

La nature a encore ordonné des animaux d'un troisième ordre , qui trouvent , dans l'écorce ou dans la fleur d'une-plante , autant de commodités qu'un quadrupède en a daas une-prairie , ou un oiseau dans un arbre entier ; ce sont les insectes. Quelques naturalistes les ont divisés en six grandes tribus, qu'ils ont caractérisées, suivant leur coutume, quoique assez inutilement, par des noms grecs. Ils les classent en insectes coléoptères ou à étuis, comme les scarabées, tels que nos hannetons; en hémiptères ou à demi-étuis, comme les galliusectes , tels que le kermès ; en tétraptères ou à quatre ailes farineuses, comme les papillons ; en tétraptères qui ont quatre ailes nues, comme les abeilles ; en diptères ou à deux ailes nues , coumie les mouches communes; et en aptères ou sans ailes , comme les araignées. Mais ces six classes ont une multitude de divisions et de subdivisions qui réunissent les espèces d'insectes de formes et d'instincts les plus disparates, et qui en séparent beaucoup d'autres qui ont d'ailleurs entre elles beaucoup d'analogie.

Quoi qu'il en soit , cet ordre d'animaux parait particulièrement afï'ecté aux arbres. Pline observe que les fourmis sont très-friandes des graines du cyprès. Il dit qu'elles attaquent les cônes qui les renferment, -quand ils s'entr'ouvrent dans leur maturité, sans y en laisser une seule; et il regarde comme un miracle de la nature qu'un si petit animal détruise la semence d'un des plus grands arbres du monde. Je crois qu'on ne pourra jamais établir, dans les diverses tribus d'insectes, un véritable ordre, et dans leur étude l'utilité et l'a-

ÉTUDE ONZIÈME

I^rément dont elle est susceptible , qu'eo les rapportant aux diverses parties des végétaux. Ainsi, on rapporterait aux nectaires des fleurs les (lapil- Ions et les mouches qui ont des trompes pour en recueillir les sucs : à leurs étamines, les mouches (|ui, comme les abeilles , oui des cuillers creusées <lans leurs cuisses garnies de poils pour en serrer les poussières , et (]uatre ailes pour emporter leur butin : aux feuilles des plantes, les mouches communes et les gallinsecles , qui ont des pieux pointus et creux iiour y faire des incisions , et en boire les liqueurs : aux graines, les scarabées, comme les charançons, qui devaient s* y enfoncer pour vivre de leur forine , et qui ont leurs ailes renfermées dans des étuis pour ne pas les gâter, et des ré(ie8 pour y faire des ouvertures : aux tiges , les vers qui sont tout nus , parce qu'ils n^avaient pas besoin d*étre vêtus dans la substance du bois qui les abrite de toutes parts ; mais ils ont des tarières avec lesquelles ils viennent quelquefois à bout de détruire des forêts : enfm , aux débris de toute espèce , les fourmis qui ont des pinces, et I instinct de se réunir en corps pour dépecer et emporter tout ce qui leur convient. La desserte de cette grande table -végétale est entraînée par les pluies aux rivières, et de là à la mer, où elle présente un nouvel ordre de relations avec les laissons. Il est digne de remarque que les plus puissans appâts qu'on puisse leur présenter sont tirés du règne végétal , et particulièrement des graines ou des substances des : plantes qui ont les caractères aquatiques que nous ^snrons indiqués , telles que la coque du Levant , le soiichel de Smyme , le suc de tithymale , le nard celtique , le cumin , Tanis , l'ortie , la marjolaine , la racine d'aristolodie et la graine de chenevis. Ainsi , les relations de ces plantes avec les poissons confirment ce que nous avons dit de celles de leurs graines avec les eaux.

Ce serait en rapportant les diverses tribus d'insectes aux diverses parties des plantes que nous verrions les raisons qui ont déterminé la nature à donner à ces petits animaux des figures si extraordinaires. Nous connaîtrions les usages de leurs outils , dont ia plupart nons sont inconnus , et nous aurions de nouveaux sujets d'admirer l'intelligence dirine et de perfectionner la nôtre. D'un autre cdté, cette lumière répandrait le plus grand jour sur beaucoup de parties des plantes dont les botanistes ignorent l'utilité, parce qu'elles n'ont de convenances qu'avec les animaux. Je suis persuadé qu'il n'y a pas un végétal qui n'ait au moins un individu de chacune des six classes générales d'insectes reconnues par les naturalistes. Gomme la nature a divisé cliaqtie genre de plantes en diver-

ses espèces, pour les rendre capables de croître dans différens sites, elle a divisé de même chaque genre d'insectes en diverses espèces , pour les rendre propres à liabiter différentes espèces de plantes. Elle a peiut pour cette raison, et numéroté de mille manières diverses , mais invariables, les divisions presque infinies de la même brandie. Par exemple, on trouve constamment sur l'orme le beau papillon appelé brocateHe d'or, à cause de tA riche couleur. Celui qu'on nomme les quatre omicron , et qui vit je ne sais où, produit toujours des descendans qui portent celle lettre greoqne imprimée quatre fois sur leurs ailes. Il y a une espèce d'abeilles à cinq crochets, qui ne rit que sur les fleurs radiées ; sans ces crochets , die ne poornit se cramponner sur les miroirs plana de œs fleurs^ et se charger de leurs étamines ausri aisément que l'abeille commune, qui travaille , pour l'ordinaire, an fond de celles dont la corolle est profonde.

Ce n'est pas que je pense qu'une plante nourrisse dans ses diverses variétés toutes les branches collatérales d'une femille d'insectes. Je crois que chaque genre,. parmi ceux-ci. s'étend beaucoup plus loin que le genre de plantes qui lui sert priiicifialement de base. En ëda , la nature manifeste une autre de ses lois, par laquelle elle a rendu ce qu'il y a de meilleur le plus commtm. Comme l'animal est d'une nature supérieure au végétal , les espèces du premier sont plus multipliées et plus répandues que celles du second. Par exemple, il n'y a pas seize cents espèces de plantes dans les environs de Paris '*^ , et on y compte près de six mille espèces de mouches. Je présume donc que les diverses tribus des plantes se croisent avec celles des animaux , ce qui rend leurs espèces susce|>tibles de différentes harmotdes. On en pent juger par la variété des goAts, dans les oiseaux de la même famille. La fauvette à tète noire nkhe dans les lierres; la Ikuvette à tète rousse des murailles , dans le voisinage des chenevières ; la fauvette brune, sur les arbres des grands chemins, où elle compose son nid de crins de cheval. On en compte de douze espèces dans nos climats, qui ont diacime leur département. Nos diverses sortes d'alouettes sont aussi réparties à différens sites , aux bob , aux prés , aux bruyères , aux terres labourées et aux rivages de la mer.

Il y a des observations bien intéressantes à foire sur les durées des végétaux, qui sont inégales, quoique soumises aux influences des mêmes clémens. Le chêne sert de monument aox nations, et

* Les cryptofcames ne sont pas compris dans ce nombre.

DES PLANTES

le nosloc, qui croit à ses pieds, ne vit qu'un jour. ToQt ce que j*en peux dire en général , c'est que le temps de leur dépérissement n'est point réglé sur celui de leur accroissement^ ni celui de leur fécondité proportionné à leur faiblesse , aux climats on aux saisons,. conune on Ta prétendu. Pline'*' cite des yeuses, des planes et des cyprès qui existaient de son temps, et qui étaient pïus anciens que Rome, c'est-à-dire qui avaient plus de sept cents ans. Il dit qu'on voyait encore auprès de Troie , autour du tombeau d'Ilus, des chênes qui y étaient du temps que Troie prit le nom d'Ilium , ce qui foit une antiquité bien plus reculée. J'ai vu en Basse-Normandie , dans le cimetière d'une église de village , un vieux if planté du temps de Guillaume-le-Gonqnérant; il est encore chargé de verdure, quoique son tronc caverneux et (ont percé à jour ressemble aux douves d'un vieux tonneau. Il y a des buissons même qui semblent immortels; on trouve, en plusieurs endroits du royaume, des aubépines que la dévotion des peuples a.con8acrée8 par des images de la bonne Vierge , qui durent depuis plusieurs siècles , comme on peut le vérifler par les titres des chapelles qu'on a bAties auprès. Mais , en général , la nature a proportionné la durée et la fécondité des plantes aux besoins des animaux. Beaucoup de plantes périssent aussitôt qu'elles ont donné leurs graines, qu'elles abandonnent aux vents; il y en a , telles que les champi^ gnons, qui ne vivent que quelques jours, comme les espèces de mouches qui s'en nourrissent. D'autres conservent leur semence tout l'hiver pour Tusage des oiseaux; tels sont la plupart des buissons. La fécondité des plantes jn'est pas proportionnée à leur petitesse, mais à la fécondité de l'espèce animale qui doit s'en nourrir : le panic, le petit mil, et quelques autres graminées si utiles aux bêtes et aux hommes, produisent incomparablement plus de grains que beaucoup de ptanles plus grandes el plus petites qu'elles. Il y a beauoottp d'herbes qui ne se reperpétuent par leurs semences qu'une fois dans un an; mais le mouron se renouvelle par les siennes jusqu'à sept à huit fois, sens être inleiv rompu même par l'hiver. Il donne des grains mûrs six semaines après qu'il a été semé. La capsule qui les renferme se renverse alors veri la terre et s'entr'ouvre , pour les laisser emporter aux vents et aux pluies, qui les ressèment partout. Cette plante assure toute l'année la subsistance des petits oiseaux dans nos climats. Ainsi , la Providence est d'autant plus grande que sa créature est pinsftiible. D'autres plantes ont des relations d'autant plus

* HUtairenatnretie.Mr, iyi, cliap. xur.

toucliantes avec les animaux , que les dimatâ et les saisons semblent exercer plus de rigueur envers ceux-ci. Si ces convenances étaient approfondies « elles expliqueraient toutes les variétés de la végétation dans chaque latitude et dans chaque saison. Pourquoi , par exemple , la plupart des arbres du nord perdent-ils leurs feuilles en hiver, et pourquoi ceux du midi les conservent-ils toute l'année ? pourquoi , malgré le froid des hivers du nord , les sapins y restent-ils couverts de verdure ? Il est difGcile d'en UtHiver la cause ; mais il est aisé d'en reconnaître la fin. Si les bouleaux et les mélèzes du nord laissent tomber leurs feuilles à l'entrée et l'hiver, c'est pour donner des litières aux bêtes des forêts; et si le sapin pyramidal y conserve les siennes, c'est pour leur ménager des abris an milieu des neiges. Gel arbre offre alors aux oiseaux les mousses qui sont suspendues à ses branches, et ses cAnes remplis de pignons mûrs. Souvent , dans son voisinage , des bocages de sorbiers font briller pour eux leurs grappes de baies écarlates. Dans les hir vers de nos climats , pltisieurs arbrisseaux toujours verts, comme le lierre, l'alateme, et d'autres qui restent chargés de baies noires ou roiiges qui tranchent avec les neiges, comme les troènes, les épines et les égiantiov, présentent aux volatiles des habitations et des alimens. Dans les pays de la zone torride , la terre est tapissée de lianes fraîches, et ombragées d'arbres au large feuillage, sous lesquels les animaux trouvent de la fralcbeur. Les arbres mêmes de ces climats semblent craindre d'exposer leurs fruits aux brûlantes ardeurs du soleil : au lieu de les dresser en cènes, ou d'en couvrir la circonférence de leur tête, ils les cachent souvent sous tm feuillage épais , et les portent attachés à leur tronc ou à la naisnnce de leurs branches; tels sont les jacquiers , les palmiers de toutes les espèces, les papayers, et une multitude d'autres. Si leurs firnits n'invitent pas au dehors les animaux par des couleurs apparentes, ils les appellent par des bruits. Lès lounis cocos, en tombant de la hanteur de l'arbre qui les porte, font retentir au loin la terre. Lessiliques noires du canefider, lorsqu'elles sont mûres et que le vent les agite , font , .en se ehoqoant, le bruit du tictac d'un moulin. Qoand le fruit grisâtre du genipa des Antilles tombe dans sa maturité , il pète à terre comme mi coup de pistolet ^. A ce signal , sans doute , plas d'an convive vient diercher sa réfection. Ce fruit semble particulièrement destiné aux crabes 4e terre , qui en sont très-friands , et qui s'engraissent en très-p^ ^ temps par cette nourriture. Il leur

* ypfU toipère Da T«tr« , HUMre des .^ntUies.

ÉTUDE ONZIÈME

aurait été fort inutile de l'apercevoir dans l'arbre où ils ne peuvent grimper ; mais ils sont avertis du moment où il est bon à manger, par le bruit de sa chute. D'autres fruits , comme les jacqs et les mangues , frappent Todorat des animaux à une si grande distance, qu'on les sent de plus d'un quart de lieue , quand on est au-dessous du vent. Je crois que cette propriété d'être fort odorans est commune aussi à ceux de nos fruits qui se cachent sous leur feuillage , tels que les abricots. Il y a d'autres végétaux qui ne se manifestent, pour ainsi dire , aux animaux que pendant la nuit. Le jalap 4a Pérou, ou belle-de-nuit, n'ouvre ses fleurs, très-parfumétfs, que dans l'obscurité. La fleur de capucine, qui est du même pays, jette dans les ténèbres une lumière phospliorique, observée, dans l'espèce vivace , par la fille du célèbre Linnée. Les propriétés de ces plantes donnent une heureuse idée de ces beaux climats, où les nuits sont assez calmes et assez éclairées pour ouvrir un nouvel ordre de société entre les animaux. Il y a même des insectes qui n'ont besoin d'aucun phare qui les guide dans leurs courses nocturnes; ils portent avec eux leur lanterne : telles sont les mouches lumineuses. Elles se répandent quelquefois dans des bosquets d'orangers, de papayers, et d'autres arbres fruitiers , au milieu de ia nuit la plus sombre. Elles lancent à la fois, par plusieurs battemens d'ailes réitérés, une douzaine de jets d'un feu qui éclaire les feuilles et les fruits des arbres où elles se reposent , d'une lumière dorée et bleuâtre * : pois, cessant tout à coup leurs mouvemens, elles les replongent dans l'obscurité. Elles recommencent alternativement ce jeu pendant toute la nuit. Quelquefois il s'en détache des essaims tout brillans de lumière, qui s'élèvent en l'air comme les gerbes d'un feu d'artifice.

Si on étudiait les rapports que les plantes ont avec les animaux , on y reconnaîtrait l'usage de beaucoup de parties que l'on regarde souvent comme des productions dn caprice et du désordre de la natnre. Ces rapports sont si étendus, qu'on pent dire qu'il n'y a pas un duvet de plante, un entrelacement de buisson , une cavité , nne couleur de feuille, une épine qui n'ait son utilité. On remarque surtout ces harmonies admirables avec les logemens et les nids des animaux. S'il y a dans les pays chauds des plantes chargées de duvet , c'-est qu'il y a des teignes toutes nues qui en tondent les poils, et qui s'en font des habits. On troufte, sur les bords de l'Amazone, nne espèce de roimn de vingt-cinq à trente pieds de hauteor, dont

* Foyez le père Du Tertre , BiêMre des AnUlltt.

le sommet est terminé par nne grosse bode de terre. Cette boule est l'ouvrage des fonrmis , qui s'y retirent dans le temps des pluies et des Inondations périodiques de ce fleuve : el-'es montent et descendent par la cavité de ce roseau, et elles vivent des débris qui surnagent alors aotour d'elles à la surface des eaux. Je présume que c'est pour offrir de semblables retraites à*plu8ie«urs petits insectes, que la nature a creusé les tiges de la plupart des plantes de nos rivages^. La vallisneria ^*^, qui croit dans les eaux du Rhône, et qui porte sa fleur sur une tige en spirale, qu'eUe alonge à pit>portion de la rapidité des crues subites de ce fleuve, a des trous percés à la base de ses feuilles , dont l'usage est bien plus extraordinaire. Si on déracine cette plante , et qu'on la mette dans un grand vase plein d'eau , on aperçoit à la base de ses feuilles des masses d'une gelée bleuâtre , qui s'alonge insensiblement en pyramides d'tm beau rouge. Bientôt ces pyramides se sillonnent de cannelures , qui se détachent du sommet , se renversent tout autour, et présentent , par leur épanouissement, de très-jolies fleurs formées de rayons pourpres, jaunes et bleus. Peu à peu , cbacnne de ces fleurs sort de la cavité où elle est contenue en partie, et s'écarte à quelque distance de la plante, en y restant cependant attachée par im filet. On voit alors chacun des rayons dont ces fleurs sont composées se mouvoir d'un mouvement particulier, qui communique un mouvement circulaire à l'eau, et précipite au centre de chacune d'elles tous les petits coqis qui nagent aux environs. Si on trouble, par quelque sect)usse, ces développemens merveilleux , sur-le-cliamp chaque filet se retire , tous les rayons se ferment, et toutes les pyramides

* Toutes ces oiwcnratians sur la Tallimeria sont tirées d'un voyage en France , en Italie et aux ties de l'Ardifpel, fait par un Anglais en 1790. Mais elles renferment ptosieurs erreurs : d'abord , ces fleurs n'ont pas reçu des tiges en spirales pour se préserver des crues subites des fleuves. U y a dans ce phénomène quelque chose de phis sioguUer et de plus admirable. La vallisneria est une plante dioiqtie ; les fleurs femeUes croissent séparément sur de longs pédoncules roolés en tirvliourre. et qui ne s'alongent qu'à l'époque de la féooodatkMi. C'est alors qu'elles s'élèvent à la superificie de l'eao. Cependant les fleurs mâles, attachées à des pédoncules très-courts, n'oot pas hi (acuité de se mouvoir, et c'est Justement à cette époque que . par mie seconde prévoyance , leur tige se lirise avec effort, et que, dégagées des liens qui les retenaient loin des fleurs femelles, elles viennent les couvrir de leor poussière vivifiante. Bientôt après , les fleurs à spirales , devenues fiScondes, resserrent les anneaux de leurs tiges, et, ramenées peu à peu au fond des ejoii , elles y reprennent leur première place et y déposent leurs postérités. Cette plante, qui sera touîcurt un sulet d'éionnement pour les naturalistes, croit dans les fleuves d'Italie et du midi de la France. Les voyageurs l'ont également retrouvée dans l'Amérique septentrionale et à la Noiivelle-HoUande. (A. -M.)

DES PLANTES

renlrent dans lenrs cavités, car ces préteiidues ileurs soDt des polypes.

li y a dans certaines plantes des parties qu'on regarde comme les caractères d'une nature afçreste, qui sont, comme tout le reste de ses ouvrages, des preuves de la sagesse et de la providence de sou Auteur; telles sont les épines. Leurs formes sont variées à l'infini, surtout dans les pays chauds. Il y en a de fiiites en scies, en hameçons, en aiguilles, en fer de hallebardes, et en chausses-trapes. Il y en a de rondes comme des alênes , de triangulaires comme des carrelets, et d'aplaties comme des lancettes. Il n'y a pas moins de variété dans leurs agrégations. Les unes sont rangées sur les feuilles par pelotons, comme celles de la raquette; d'autres par rubans, comme celles des cierges. Il y en a qui sont invisibles, comme celles de l'arbrisseau des lies Antilles appelé bois de capitaine. Les feuilles de ce redoutable végétal pfh raissent en dessus nettes et luisantes ; mais elles sont couvertes en dessous d'épines très-fines , qai y sont tellement couchées, que, pour peu qu'on y porte la main , elles entrent dans les doigts. Il y a d'autres épines qui ne sont posées que sur les tiges (les plantes, d'aulres sont sur leurs branches. On n'en trouve guère, dans nos climats, que sur des buissons et sur quelques herbes ; mais elles sont répandues aux Indes sur beaucoup d'espèces d'arbres. Leurs tbrmes et leurs dispositions trèsvariées ont des relations, dont la plupart nous sont inconnues, avec les défenses des oiseaux qui y vivent. Il était nécessaire que beaucoup d'arbres (le ces pays portassent des épines, parce qu'il y a beaucoup de quadrupèdes qui y grimpent pour inanger les œufe et les petits des oiseaux, tels que les singes, les civettes, les tigres, les chats sauvages, les piloris, les opossums, les rats palmistes, et même les rats communs. L'acacia *^ de l'Asie ofTre aux oiseaux des retraite^ qui sont impénéti-ables à leurs ennemis. Il ne porte point d'épines sur son tronc et dans ses branches; mais à dix on douze pieds de hauteur, précisément à l'endroit où les braiicbes de l'arbre se divisent, il y a une ceinture de plusieurs rangs de larges épines de dix à douze pouces de longueur, et hérissées à peu près comme des fers de hallebardes. Le collet de l'arbre en est environné , de manière qu'aucun quadrupède n'y peut monter. L'acacia de rAmériqoe, appelé improprement faux acacia, a les siennes figurées en crochets et parsemées dans ses rameaux , sans doute par quelque rapport inconna d'opposition avec l'espèce de quadrupède qui Mi la guerre à l'oiseau qui l'habile. Il y a aux lies Antilles des arbres qui n'ont point d'épines, mais qui.

sont bien plus ingénieusement protégés que s'ils -en avaient. Une plante qui est connue dans ces pays sous le nom de cliardon épineux, qui est une espèce de cierge rampant, attaclie ses racines, semblables à des filamens, au tronc d'un de ces arbres, et elle court à terre tout autour, bien loin de là, en croisant ses branches l'une sur l'autre, et en formant une enceinte dont aucun quadrupède n'ose approcher. Elle porte d'ailleurs un fruit très-agréable à manger. En voyant un arbre dont le feuillage est innocent, rempli d'oiseaux qui y font leurs nids, entouré à sa racine d'un de ces chardons épineux , on dirait d'une de oes viiHft de commerce sans défense où tout paraît accessible, mais qui est protégée aux environs par une citadelle qui l'entoure de ses longs retranchemens ; ainsi l'arbre est d'un côté, et son épine de l'autre.

Les quadrupèdes qui vivent des œu& des oiseaux seraient fort embarrassés , si qudquefDis la nature ne disait croître, au haut de ces mêmes arbres, un végétal d'une forme très-extraordinaire, qni leur en ouvre l'accès. Il est en tout l'oppoaé du chardon épineux. C'est une racine de deux pieds de long, grosse conune la jambe, picotée comme si on l'eût piquée avec un poinçon , et liée à une branche de l'arbre par une multitude de filamens, à peu près comme le chardon épineux est attaché au bas de son tronc. Elle en tire, comme lui, sa nourriture, et jette dix à douze grandes feuilles en ocpur, de trois pieds de long et de deux pieds de large , semblables aux feuilles de nymphaea. Le père Du Tertre l'appelle fausse racine de Chine. Ce qu'il y a encore de plus étrange , c'est que du haut de l'arbre où elle est placée , elle jette à plomb des cordes très-fortes, grosses comme des tuyaux de plume dans tonte leur longueur, qui viennent s'enracinera terre. La plante ne sent rien , et ses cordes sentent l'ail. Sans doute , quand un singe on tel antre animal grimpant aperçoit ce large étendard de verdure, l'arbre a beau être entouré d'épines à son pied, ce signal lui annonce qn'il a des correspondances dans la place : l'odeur des cordons qui descendent jusqu'à terre lui indique son échelle, même pendant la nuit; et pen< jfet que les oiseaux dorment tranquillement sur flRrs nids, en se fiant à leurs fortifications, l'en-* nemi s'empare de la ville par les faubourgs.

Dans ces pays, les épines des arbres défendent jusqu'aux insectes. Les abeilles y font du miel dans de vieux troncs d'arbres épineux creusés par le temps. Il est bien remarquable que la nature, qui a donné cette ressource aux abeilles de l'Amérique, leur a refusé des aiguillons, comme si ceux des ariNres suffisaient à leur défense. Je crois

ÉTUDE ONZIÈME

qae c'est par cette raison, à laquelle on n'a pas &it attention, qu'on n'a jamais pn élever ant Iles Antilles des moaches à miel du pays. Sans doQte elles refusaient d'habiter les ruches domestiques, parce qu'elles ne s'y croyaient pas» en sûreté; mais elles s'y seraient peut-être déterminées, si on avait garni d'épines les roches qu'on leur a présentées.

Si la nature emploie les épines pour défendre jusqu'aux mouches des insoltes des quadrupèdes , elle se sert quelquefois des mêmes moyens pour délivrer les quadrupèdes de la persécution des ttaaches communes. A la vérité , elle a donné à ceux qui y sont le plus exposés des crinières et des queues garnies de longs crins pour les écarter; mais la multiplication de ces insectes est si rapide dans les saisons et les pays chauds et humides, qu'elle pourrait devenir funeste à tons les animaux. Une des barrières végétales que la natnre leur oppose, est la dionca musci[iuki. Cette plante porte sur une même branche des folioles opposées, enduites d'une liqueur sucrée semblable à la manne, et hérissées de pointes très-aigués. Lorsqu'une mondie se pose sur une de ces folioles, elles se rapprochent sur-le-champ comme les mâchoires d'un piège à loup, et la mouche se trouve embrochée de toutes parts. Il y a une autre dionsaqui prend ces insectes avec sa fleur. Quand mie mouche en veut sueer les neelaires , la corolle, qui est tubniée, se ferme au collet, la saii^it par la trompe, et la foit mourir ainsi. Elle croit au Jardin du Roi. Nous observerons que sa fleur en godet est blanche et rayée de rouge, et que ces deux couleurs attirent partout les moaches , qui sont très-avides de lait et de sang.

Il y a des plantes aquatiqifes qui portent des épines propres à prendre des poissons. On voit au Jardin du Roi une plante de l'Amérique, appelée martinia , dont la fleur a une odeur très-agréable, et qui, par la forme de ses feuilles arrondies, le Kné de leurs queues et de ses tiges, a tous les caractères aquatiques dont nous avons parlé. Elle a encore ceci de particulier, qu'elle transpire si fortement, qu'elle parait au toucher comme si elle était mouillée. Je ne doute donc pas que cjM^ plante ne croisse en Amérique sur le bordlMV eaux. Mais la gousse qui enveloppe ses graines A un' caractère nautique fort extraordinaire. Elle ressenû)le à un poisson à d^ml desséché, blanc et noir, avec une longue nageoire sur le dos. La queue de ce poisson est fort alongée, et finit en pointe très-aigué, courbée en hameçon. Cette queue se partage ordinairement en deux, et présente ainsi deux hameçons. La configuration de

ce poisson végétal est toot-à-feit semUable en grandeur et en forme à l'hameçon dont on se sert sur mer pour prendre des dorades, et 4 la tête duquel on figure en linge un poisson volant, excepté qne l'hameçon à dorade n'a qu'un crodiet , et que la gousse de la mailinia en a deux, ce qui doit rendre son effet plus sAr. Cette gousse renferme plusieurs graines noires ridées , et semblables à des crottes de mouton aplaties.

Comme j'ai peu de livres de botanique , j'ignorais d'oà la martinia était originaire ; mais , ayant consulté dernièrement l'ouvrage de Linnée , j'ai trouvé qu'elle venait de la Vera-Cniz. Ce fameux naturaliste ne trouve à cette gousse que l'apparence d'une tête de bécasse; mais, s'il avait vu des hameçons à dorade, il n'eAt pas balancé à y reconnidtre cette ressemblance, d'autant qne le bout de ce prétendu bec se recourbe en deux crochets qui piquent comme des épingles, et sont, ainsi que toute la gousse et la queue qui la tient à la tige, d'une matière ligneuse et cornée très^ifficile A rompre, Jean de Laet * dit que le terrain de la Vera-Cniz est an niveau de la mer, et que son port , appelé .Saint-Jeande Hulloa, est formé d'une petite Ile qui est au ras de l'eau ; en sorte, dit-il , que quand la marée est fort grosse , elle en est toute couverte. Ces inondations sont fort communes dans le fond dn golfe du Mexique, comme on peut le voir, dans la relation que Dampier nous a donnée de la baie de Campêcbe, qui est dans le voisinage. Je présume de là qne la martinia , qui croit sur les rivages inondés de la Vera-Cruz, a quelques relations qui nous sont inconnues avec les poissons de la mer; d'autant que les semences de plusieurs arbres et plantes de ces contrées, rapportées par Jean de Laet, ont des formes nautiques très-curieuses.

Il n'est pas besoin d'aller chercher dans les plantes étrangères des relAtimis vi^tales avec les animaux. Là ronce , qui donne diaifis nos champs des abris à tant de petits oiseaux, a ses éphies formées en crodiêts; de sorte que non-seulement elle empêche les troupeaux de troubler les asiles des oiseaux , mais elle leur accroche bien souvent quelques flocons de laine ou de poil propres à garnir des nids, en représailles de leurs hostilités, et ooirinie nue indemnité de leurs dommages. Pline prétend que c'est à cette occasion qu'est née la haine de la linotte et de l'âne. Ce quadrupède, dont le palais est à Tépreuve des épines , broute souvent le buisson où la linotte fait son nid. Elle est si effrayée de sa voix , qu'eue en jette, dit-il ,

* irittoére des indet orridmtalet , Vnrt v , chapitre mu.

DES PLANTES

«a<niiiàlMB;fl,q«Miii9apeliUflOBt iMKifdle- | el psiTcair à ctiiiiinon- le iiooibre (le Cflo i|iii mfnléciai,licniiietireiilde pear. MabeUe hD i font um de rafales dam Mt ciilfur». Us petit» tià la gaene à sos taur, en se jelaiil sor le^s rgra- i otsraax de nos iMMiuets lui offrent pour ee teriîsnarcii|aelaifMitlesépiDeB, eten beeiinetant ' Tîeedessecoureeiieore ploséteiidaset pll»a^çrn- ^acllaîrjys^'a■IOB.GedDitét^eanspectadeell- ' ble». Ik om toos Fiiifitinet de mre dans aOD ▼«-rie«x de jmr le coonkii de ce petH et mélodinix [ râiace et dan» celoi de ms troupeaux. Souicnt otMao coalre ee IourI et bruyant ammal, d'ail- j one seule de leurs eqièces sufGrait pour écarter leurs SMS onliee. I de ceos-cî les insectes qui les dénient en été. Il SîoneoanaÎBait lesrdatioiisaninialesdcsplan- • r a dans le noid un laon, appelé kourma par les. BOUS aoriins sur les instincts des bétes bien I les l^apons, <rstni4 rmmfiferiuus par les saraos , des hMuièies que nons n'airoos pas. Hoos saurions ! qui tourmcnle les mmes domestiques an point de rorîçiBedelenrsaHHtiésetdelenrsiniantiés,dn les fanre fuir dans les montagnes , et quelquefois quant à ccies qui se f9nncBtâHis!a société; de les finre mourir, en déposant ses œufr dapp pour celles qui sont innées, je ne cruts pas leur peau. On a fiût à f ordinaire , à ee snict « bcanffui- la cause en soit jaBMÎs révélée à aoran bom- coup de dissertations, sans rapporter de remède.

#un antre enkt et d'un anlve , Je sais persuadé qu'A doit y avoir en Laponie des

tant d'animanx soat-8s entrés j aiseaux qui délirreraiefit le» rennes de cet insecte

la Heafee des baines sans offense, des îndM- '. dangereux, si les Lapons ne tes effrayaient par le

V et des inslincu pins sifs bruit de knrs fusils. Ces armes des nations cirt-

? Gomment b puÎMBnee âectri- iaérsont rendu tnnles les campa^Ms barbares. Les

dwmée à h totpae rwiiiiMUé > oiseaux datinésàcmbcfirrbabilalion de

et la lumière même des astres à une ' i^en éfaiçnenL, an ne ^cn approchent qu'arec

? Qui a ^pris à ta puHÎse aquatique à | Inee. On devrait défendre an moins de tirer au-

urkseanx.HàaMeannecapèeede pn- I tour des pataifates troupeaux. Quand les OManx

à V aaccr sar te dm; roK et raane paar ne sont pas effirayés parles ihmct, issei-

taproiequiniltieeâtearsartee?L'affm- 1 vrem à kars iartkKts. J'ai vu soavcnt , à Fie de

enee #caa ctf cnrare phiB BK^seaK. Ele CBvi- ■ FrMce ■Kcsnèeede

d'air avec des as« se ant au an- qa'on y a apporté des lades,

et se planer au fmd dm raimeaax. on m avut snr te dm et sar les cornes des boniii

devi^arfenL Là, les nettoyer. Cesli cet oinaa que cette le est re-

àrombredesnyaqdna^sansrtea de«abte aaîaanrkai de b

d'aucun ennemi. Si, dans eetle espèce, refles^quiy «lesx mrimdm de

• et se conviennent, tes

> ^B* a Ks^cvs HBB^ OHcaux umoccns , n vusi ■

lesrfvamdeBiMes,dm «s ipftimiai, et h beifffKttc, sur te

ksftsisdeb mer. paar joairdeh dcsâenvçs. Ismmi lam de «s btefcb paar te»

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ÉTUDE ONZIÈME

de glace que Tbiver y avait aGcnroulées. Quand celte révolution , connue |>ar toute la terre sous le nom du coup de vent de Véquinoxe, est arrivée au mois de mars, le soleil tourne nuit et jour autour de notre pôle , sans qu*il y ait un seul point dans tout T hémisphère septentrional qui échappe à sa chaleur. A chaque parallèle qu'il décrit dans les cieux, une ceinture de plantes nouvelles'éclot autour du globe. Chacune d'elles parait successivement au poste et au jour qui lui sont assignés; elle reçoit à la fois la lumière dans ses fleurs, et la rosée du ciel dans son feuillage. A mesure qu'elle prend de l'accroissement , les diverses tribus d'insectes qu'elle nourrit se développent aussi. C'est à cette épo(|ue que chaque espèce d'oiseau se rend à l'espèce de plante qui lui est connue , fK)ur y faire son nid et y nourrir ses petits de la proie animale qu'elle lui présente, au défaut des semences qu'elle n'a pas encore produites. On voit bientôt accourir les oiseaux voyageurs, qui viennent Vn prendre aussi leur part. D'abord l'hirondelle vient en préserver nos maisons en bâtissant son nidàl'entour. Les cailles quittent l'Afrique, et, rasant les flots de la Méditerranée , elles se répandent par troupes innombrables dans les vastes prairies de l'Ukraine. Les francolins remontent au nord jusque dans la Laponie. Les canards, les oies sauvages , les cygnes argentés , formant dans les airs de longs triangles , s'avancent jusque dans les lies voisines du pôle. La cigogne, jadis adorée dans l'Egypte qu'elle abandonne, traverse l'Europe , et s'arrête çà et là jusque dans les villes , sur les toits de l'AUemagne hospitalière. Tous ces oiseaux nourrissent leurs petits des insectes et des reptiles que les herbes nouvelles font éclore. C'est ^%^ alors que les poissons quittent en foule les abîmes ^Kgtentrionaux de l'Océan, attirés aux emboucbu-

*~- fleuves par des nuées d'insectes qui sont

lans leurs eaux, ou qui éclosent le long rages. Ils remontent en flotte contre leurs cours , et s'avancent en bondissant jusqu'à leurs sources; d'autres, comme les nord-capers, se laissent entraîner au courant général de l'océan Atlantique , et apparaissent comme des carènes de vaisseaux sur les côtes du Brésil et sur C€4JflK de la Guinée. Les quadrupèdes même entrepMJvlh nent alors de longs voyages. Les uns vont du midi au nord avec le soleil , d'autres d'orient en occident. Il y a en qui côtoient les âpres chaînes des montagnes ; d'autres suivent le cours des fleuves qui n'ont jamais été navigues ; de longues colonnes de bœufs pâturent en Amérique le long des bords du Mécliassipi , qu'ils font retentir de leurs mugissemens. Des escadrons nombreux de che-

vaux traversent les fleuves ec les déserts de la Tartarie; et des brebis sauvages errent en bêlant au milieu de ces vastes solitudes. Ces troupeatix n'ont ni pâtres ni bergers qui les guident dans les déserts au son des chalumeaux ; mais le développement des herbes qui leur sont connues détermine les momensde leurs départs et les termes de leurs courses. C'est alors que chaque animal habite son site naturel , et se repose à l'ombre du végétal de ses pères; c'est alors que les chaînes de l'harmonie se resserrent, et que tout étant animé par des consonnances ou par des contrastes, les airs, les eaux , les forêts et les rochers semblent avoir des voix , des passions et des murmures.

Mais ce vaste concert ne peut être saisi que par des intelligences célestes. Il suffit à l'homme , pour étudier la nature avec fruit, de se borner à l'étude d'un seul végétal. Il fendrait, pour cet effet, choisir un arbre antique dans quelque lieu solitaire. On jugerait aisément , aux caractères que j'ai indiqués , s'il est dans son site naturel , mais encore mieux à sa beauté et aux accessoires dont la nature l'accompagne toujours quand la main de l'homme n'en dérange point les opérations. On observerait d'abord ses relations élémentaires, et les caractères frappans qui distinguent les espèces du même genre, dontles unes naissent aux sources des fleuves, et les autres à leurs embouchures. On examinerait ensuite ses convolvul us , ses mousses, ses guis, ses scolopendres, les champignons de ses racines, et jusf|u'aux graminées qui croissent siHis son ombre. On apercevrait dans chacun de ces végétaux de nouveaux rapports élémentaires , convenables aux lieux qu'ils occupent, et à l'arbre qui les porte ou qui les abrite. On donnerait ensuite son attention à toutes les espèces d'animaux qui viennent y habiter, et on serait oonvainai que, depuis le limaçon jusqu'à l'écureuil, il n'y en a pas un qui n'ait des rapports déterminés et caractéristiques avec les dépendaiices de sa végétation. Si cet arbre se trouvait au milieu d'une forêt bien ancienne elle-même, il est probable qu'il aurait dans son voisinage l'arbre que la nature feit contraster avec lui dans le même site ; comme , par exemple , le bouleau avec le sapin. Il est encore probable (|ue les végétaux accessoires et les anhnaux de ceux-ci contrasteraient pareillement avec ceux du premier. Ces deux sphères d'observations s'éclaireraient mutuellement, et répandraient le plus grand jour sur les moeurs des animaux qui les fréquentent. On aurait alors un chapitre entier de cette immense et sublime histoire de la nature, dont nous ne connaissons pas encore ral|»liabet.

4)ES PLANTES

Je suis silr que, sans fatigue et presque sans peiue, on ferait les découvertes les plus curieuses: quand on n'en étudierait qu'un seul , on y trouverait une fouie d'Iiarmonies ravissantes. Pour jouir de quelques tableaux imparfaits en ce genre, il faut avoir recours aux voyageurs. Nos ornitbologiâles , enchaînés par leurs méthodes, ne songent qu'à grossir leur catalogue , et ne connaissent dans les oiseaux que les pâtes et te bec. Ce n'est point dans les nids qu'ils les ol)servent, mais à la chasse et dans leur gibecière. Ils regardent même les couleurs de leurs plumes comme des accidens. Cependant ce n'est pas au hasard que la nature a peint, sur les rivages du Brésil, d'un beau rouge incarnat et qu'elle a bordé de noir l'extrémité des ailes de l'ouara , espèce de corlieu qui habite le feuillage glauque des palétuviers qui naissent au sein des flots, et qui ne portent point de fleurs apl^arentes. Le savia , autre oiseau du même climat, a le ventre jaune et le reste du plumage gris. Il est de la grosseur d'un moineau , et il se perche sur les poivriers, dont les fleurs sont sans éclat , mais dont il mange les graines, qu'il ressème partout. A ces convenances il £iut joindre celles du site , qui tire lui-même tant de beauté du végétal qui l'ombrage. Ces harmonies sont rapportées par le père François d'Abbeville. Suivant VHisioire des Foyaqes de Tabbé Prévost, il y a sur les bords du Sénégal un arbre fluviatile dont les fenilles sont épineuses, et les brandies pendantes en arcades. Il est habité par des oiseaux appelés kurbalos on pêcheurs, delà taille d'un moineau, et variés de plusieurs sortes de couleurs. Leur bec est fort long, et armé de petites dents comme une scie. Ils fiint leurs nids de la grosseur d^une poire. Ils les composent de terre , de plumes, de pailles, de mousse, et les attachent à un long iil, à Textrémité des branches qui donnent sur la rivière, afin de se mettre à l'abri des serpens et des singes , qui trouvent quelquefois les moyens d'y grimper. Il n'y a personne qui ne prenne ces nids, à quelque distance, pour les fruits de l'arbre. Il y a de ces arbres qni en ont jusqu'à raille. On voit ces kurbalos voltiger sans cesse sur l'eau ^ et rentrer dans leurs nids avec un mouvement qui éblouit le» yeux. Suivait le père Charlevoix , il croit en Virginie, sur les bords des lacs, un smilax à feuilles de laurier, qui pousse de sa racine plusieurs tiges dont les branches embrassent tous les arbres qui l'environnent, et montent à plus de seize pieds de hauteur. Elles forment en été nne ombre impénétrable , et en hiver une retraite tempérée pour les oiseaux. Ses fleurs sont peu apparentes , et ses fruits viennent en grappes ronde»*, diargées de

grains noirs. Ce smilax a fjour habitant prindpal un geai fort beau. Cet oiseau porte sur sa tête une longue crête noire qu'il dresse quand il veut. Son dos est d'un pourpre sombre. Ses ailes sont noires en dedans, bleues en dehors, et blanches aux extrémités, avec des raies noires à travers chaque plume. Sa queue est bleue et marquée des mêmes rairs que ses ailes ♦ et son cri n'est pas désagréable. Il y a des oiseaux qui ne logent pas sur leur plante favorite , mais vis-à-vis. Tel est le colibri , qui se niche souvent, aux lies Antilles, sur un fétu de la couverture d'une case , pour vivre sous la protection de l'homme. Dans nos climats , le rossignol place son nid à couvert dans un buisson , en choisissant de préférence les lieux oà il y a des échos, et en observant de l'exposer au soleil du matin. Ces précautions prises, il se place aux environs, contre le tronc d'un ari)re ; et là , confondu avec la couleur de son écorce, et sans mouvement, il devient invisible. Mais bientôt il anime de son divin ramage l'asile obscur qu'il s'est choisi , et il efface par l'édat de son chant celui de tous les plumages.

Mais, quelques charmes que puissent répandre les animaux et les plantes sur les sites qui leur sont assignés par la nature, je ne trouve point qu'un paysage ait toute sa beauté, si je n'y vois au moins nne petite cabane. L'habitation de l'homme donne à chaque espèce de végétal un nouveau degré d'intérêt ou de majesté. Il ne faut souvent qu'un arbre pour caractériser dans un pays les bCvSoins d'un peuple et les soins de la Providence. J'aime à voir la famille d*un Arabe sous le dattier du désert , et le bateau d'un insulaire des Makiives, chargé de cocos , sous les cocotiers de leurs grèves sablonneuses. La hutte d'un pauvre nègre sans industrie me \AdM sous un calebassier qui porte toutes les pièces de son ménage. Nos hôtels fastueux ne sont, à la ville, que des maisons bourgeoises ; à la campagne , ce sont des diâteaux, des palais, des temples. Les longues avenues ^qui les annoncent se confondent avec celles qui font communiquer les empires. Ce n'est pas, à la vérité, ce que je trouve de plus intéressant dans nos paysages. Je leur ai référé souvent la vue d'une petite cabane de peur, bâtie sur le bord d'une rivière. Je me suis reposé quek]uefois avec délices à l'oralire des saules et des peupliers où étaient suspendues des nasses faites de leurs propres rameaux.

Nous allons, à notre ordinaire , jeter im coup d'œil rapide sur les harmonies des plantes avec l'homme ; et afin de mettre au moins un peu d'ordre dans une matière aussi abondante , nous diviserons encore ces harmonies, |Kir rapport à l'homme

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ÉTUDE ONZIÈME

mèuie, en élémetitaii-es , en végétales, en animales, et en humaines proprement dites, on alimentaires. «

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