‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 109 sur 213 · RI · texte numérisé non relu

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monsUueineiDetil gros, est naiureileiiient creusé comme one citerne. Dans la saison des pluies , il se remplit d'eau, qu'il conserve fraidie dans les plus grandes clialeurs, au moyen du feuillage touffu qui en couronne lesommet. Enfin elle a placé, sur les rochers arides ties lies Antilles, des fonlaines Tégélales. On y trouve communément une liane, appelée liane à eau , si remplie de sève que , si on en coupe une simple branche , il en coide surle-champ autant d'eau qu'un homme en pourrait boire d'un trait : elle est très-limpide et très-pure. Dans les lagunes de la baie de Campéche, les voyageurs trouvent un autre secours : ces lagunes, au niveau de la mer, sont presque entièrement inondées dans la saison pluvieuse; et elles sont si arides dans la saison sèche, qu'il est arrivé à pltisieurs chasseurs qui s'étaient égarés dans les forêts dont elles sont couvertes, d'y mourir de soif. Le célèbre voyageur Dampier rapporte qu'il a éduippé plusieurs fois à ce malheur par le secours d'une végétation fort extraortlinaire , qu'on lui avait foit remarquer sur le tronc d'une espèce de pin qui y est très-commun : elle ressemble à un paquet de feuilles placées Tune sur l'autre par étages ; et à cause de sa forme , et de l'arbre où elle croit , il l'appelle pomme de pin. Cette pomme est pleine d'eau ; en sorte qu'en la perçant à sa base avec un couteau, il en coule aussitôt une l)onne pinte d'une eau très-claire et très-saine. Le père Du Tertre raconte qu'il a trouvé plusieurs fois un pareil rafraîchissement dans les feuilles tournées en cornet d'une espèce de balisier qui croit sur les plages sablonneuses de la Guaddoupe. J'ai ou! dire à plusieurs de nos chasseurs que rien n'était plus propre à désaltérer que les feuilles dq gai qui crott clans nos arbres*.

Telles sont en partie les précautions dont la Pro-

* Les plantes qui fournissent de l'eau sont très-commaue^, surtout dans les déserts et dans le$ pays chauds. La nature Hcoible les y avoir répandues avec profusi(m, pour servir aux besoins de l'homme et des animaux. Leurs sucs rafratchisaans se forment sons les rayons du soleil ; ils s'y conservent même contre toutes les lois de la physique, qui veut que lei fluides s'évaporent par l'action de la chaleur. Ainsi» c'est «u milieu des déserts brûlans de l'Amérique que s'élèvent lesmélocactuâ, dont les éoorces hérissées (te piquans cachent une source d'eau limpide et acidulée. Ainsi Thunherg rapporte que les Uottentots étanchentleur soif en suçant la tige humide de Valbuea major. L'Ethiopie offre encore une multitude d'arbres dout les fruits sont comme autant de coupes pleines d'une liqueur parfumée : tels sonl les gelinguet et le delebes, que les missionnaires n'ont pu décrire sans bénir la Providence. Enfin on trouve à Madagascar le ravinât ou arbre du voyageur {ravtiana madagascarientU)^ ainsi noaiméde la propriété singulière qu'il a de fournir ime grande qpmtilë de très-bonne eau douce, lorsqu'on l(* p^'rce à laWie de ^es r«M]illes. (A.-M.)

videnoe a compensé, en fiivetir de rhorome, les iiiconvéniens de chaque climat , en opposant aux qualités des élémens des qualités contraires dans les végétaux. Je ne les suivrai pas plus loin, car je les crois inépuisables. Je suis persuadé que chaf|ue latitude et cliaque saison ont les leurs qui leur sonl affectées, et que diaque parallèle les varie dans cliaqiie degré de longitude.

iiaruomes vegetales dbs plaintes avec

l'homme.

Si maintenant nous examinons les relations vé gétales des plantes avec l'homme , nous les trouverons en nombre infini; elles sont les sources perpétuelles de nos arts, de nos fabriques, de notre commerce et de nos délices; mais, à noire ordinaire , nous ne ferons que parcourir quelquesuns de leurs rapports naturels et directs , auxquels l'homme n'a rien mis du sien.

A commencer par leurs parfums, l'homme nie parait le seul être sensible qui en soit alfeclé. A la vérité , les animaux , et surtout les moudios et les papillons, ont des plantes qui leur sont propres, el qui les attirent ou les rebutent parleurs émanations; mais ces affections semblent liées avec leurs besoins. L'homme seul est sensible aux parfums el à l'éclat des fleurs , indépendamment de tout appétit animal. Le chien même, qui prend, par la domesticité, une si forte teinture des monirs et des goûts de l'homme ^ parait insensible à cette jouissance-là. L'impression que font les fleurs sur nous semble liée avec quelque affection morale ; car il y en a qui nous égaient et d'autres qui nous attristent , sans que nous en puissions apporter d'autres raisons que celles que j'ai essayé d'établir en examinant quel(|ues lois générales de la nature. Au lieu de les distinguer en jaunes, en rouges, en bleues, en violettes, on pourrait les diviser en gaies, en sérieuses, en mélancoliques : leur caractère est si expressif, que les amans, dans l'Orient, emploient leurs nuances pour exprimer les divers degrés de leur passion. La nature s'en sert sonvent, par rapport à nous, dans la même intention. Quand elle veut nous éloigner d'un lieu marécageux et malsain , elle y met des plantes vénéneuses

' qui ont des couleurs meurtries et des odeurs rebutantes. Il y a une espèce d'animqui croit dans les marais du détroit de Magellan, dont la fleur présente l'aspect 4l'nn ulcère, el exhale une odeur si forte de chair pourrie , que la mouche à viande vient y déposer ses oeufs. Mais le nombre des plantes fétides n'est pas fort étendu. Les campagnes

l sont tapissées de Heurs <iiii , pour la plupart , ont

ÉTUDE ONZIÈME

des couleurs et des odeurs foit agréables.. Je voudrais que le temps me permit de dire quelque chose de la simple agrégation des fleurs ; ce sujet est si vaste et si riche , que je ne balance pas d'assurer qu'il y a de quoi occuper le plus fameux botaniste de l'Europe toute sa vie , en lui découvrant chaque jour quelque chose de nouveau, et sans l'écarter de sa maison de plus d'une lieue. Tout Tart avec lequel les joailliers assemblent leurs pierreries disparait auprès de celui avec lequel la nature assortit les fleurs. Je montrais à J.-J. Rousseau des fleurs de différens trèfles, que j'avais cueillies en me promenant avec lui ; il y en avait de disposées en couronnes , en demi-couronnes , en épLs , en gerbes, avec des couleurs variées à l'inÂni. Quand elles étaient sur leurs tiges, elles avaient encore d'autres agrégations avec des plantes qui leor étaient souvent opposées en couleurs et en Cmmies. Je lui demandai si les botanistes s'occupaient de ces harmonies : il me dit que non ; mais qu'il avait conseillé à un jeune dessinateur de Lyon d'apprendre la botanique , pour y étudier les Ibnnes et les assemblages des fleurs , et que , par 06 moyen, il était devenu un des plus fameux dessinateurs d'étoffes de l'Europe. Je lui citai à ce SQJeC un trait de Pline, qui lui fit beaucoup de [dâisir : c'est à l'occasion d'un peintre de Sicyone , appelé Pansias, qui apprit, par cette étude, à pemdre au moins aussi bien les fleurs que celui de Lyon savait les dessiner : à la vérité , il eut encore un maître aussi habile que la nature , ou plutôt qui n'endififère pas, ce fut l'Amour. Je vais rapporter ce trait dans la simplicité du langage du vieux traducteur de Pline , afin de ne lui rien <Vter de sa naïveté *. « En sa jeunesse , il fit la cour à une » bouquetière de sa ville, qui avait nom Glycera, » laquelle estait fort gentille, et avait dix mille in- » ventions à digérer les fleurs des bouquets et des » diapeaux ; de sorte que Pansias , contrefaisant le » naturel des chapeaux et bouquets de sa mais- » tresse , vint à se rendre parfaiil en cet art : Ona- » lement , il la peignit assise , et faisant un chaf» peau de fleurs ; et tient-on ce tableau pour une » des principales pièces que jamais il ait faites : il » Fappella Stephano Plocos, pour ce que Glycera^ » n'avait autre moyen de se soulager en sa pau- » vreté , qu'à vendre des chapeaux et bouquets. » Et certes on dit que L. Lucullus donna à Denys » Athénien deux talens de la simple copie de ce » tableau. » Cette anecdote a plu singulièrement à Pline , car il l'a répétée dans un auti^e endroit

* ffUMre naittrelle de PWne , lir. isit, ch^ip. xi. " Idem. liT. XXI, chap. ii.

« Ceux du Pek>pone3e, dit-il, furent les premiersqui » coinpassèrent les couleurs et senteurs des fletim » qu'on mettait aux chapeanx. Toutefois cela vint » de l'invention de Pausias, pemtre , et d'une » bouquetière nommée Glycera , à qui ce peintre » faisait fort la cour , jusqu'à dmtrefaire au vif les » cliapeaux et bouquets qu'elle feisait. Mais cette » bouquetière changeait en tant de sortes l'ordon- » nance de ses chapeaux, pour mieux foire resver » son peintre, que c'était grand plaisir de voir » combattre l'ouvrage naturel de Glycera contre » le savoir du peintre Pausias. »

L'antique nature en sait encore plus que la jeune Glyoère. Comme nous ne pouvons la suivre dans sa variété infinie, nous ferons au moins une observation sur sa régularité : c'est qu'il n'y a aucune fleur odorante qui ne croisse aux pieds de l'honinie, ou au moins à la portée de sa maiu. Toutes celles de cette espèce sont placées sur des herbes ou sur des arbrisseaux , comme l'héliotrope , l'œillet , la ght)flée,'la violette , la rose, le lilas. Il n'en croit point de semblables sur des arbres élevés de nos forêts; et «i quelques fleurs brillautes viennent sur quelques grands arbres des pays étrangers , comme le tulipier et le marronnier de l'Inde, elles ne sentent point bon. A la vérité , quelques grands arbres des Indes, comme les arbres à épices , sont entièrement parfumés ; mais leurs fleurs sont peu apparentes , et ne participent pas de l'odeur de leurs feuilles. Les fleurs du cannellier sentent les excrémens humaUis: c'est ce que j'ai éprouvé moimême , si toutefois les arbres qu'on m'a montrés à à l'Ile de France , dans une habitation appartenante à M. Nagon, étaient de véritables cannelliers. La belle et odorante fleur du magnolia croit dans la partie inférieure de l'arbre. D'ailleurs, le laurier qui la porte est, ainsi que les arbres à épices, un arbre peu élevé.

Je puis me tromper dans quelques-unes de mes observations ; mais quand elles sont multipliées sur le même objet, et attestées par des honmies dignes de foi , et sans esprit de système, j'en puis tirer des^ conséquences générales qui ne doivent pas être indifférentes au bonheur du genre humain , en lui montrant des intentions constantes de bienveillance dans l'Auteur de la nature. Les variétés de leurs convenances se prêtent des lumières mutuelles; les moyens sont différens, mais la fin est toujours la même. La même bonté qui a placé le fruit qui devait nourrir l'homme à la portée de sa main y a dà mettre aussi son bouquet. Noos remarquerons ici que nos arbres fruitiers sont fodles à esôUader, et diffèrent en Cela de la plupart de ceux des forêts. De plus , tous ceux qui donnent

DES PLANTKS.

des fniits moiis clans leur nialurilé , et qui auraient été exposés à se briser par leur chute , comme les figuiers, les mûriers, les pruniers, les pécliers, les abricotiers , les présentent à peu de distance de terre : ceux , au contraire , qui produisent des fruits durs, et qil n'ont rien à risquer dans leur chute , les portent fort élevés , comme les noyers , les châtaigniers et les cocotiers.

Il n'y a pas moins de convenance dans les formes et les grosseurs des fruits. Il y en a beaucoup (|ui sont taillés pour la bouche de Thomme, comme les cerises et les prunes ; d'autres pour sa main , comme les poires et les pommes ; d'autres, l)caucoup plus gros, comme l&s melons, sont divisés par côtes , et semblent destinés à être mangés en famille : il y en a même aux Indes , comme le jacq , et chez nous la citrouille , qu'on pourrait partager avec ses voisins. La nature parait avoir suivi les mêmes proportions dans les diverses grosseurs des fruits destinés à nourrir l'homme , que dans la grandeur des feuilles qui devaient lui donner de l'ombre dans les pays diauds ; car elle y en a taillé pour abriter une seule personne , une famille entière , et tous les habitans du même hameau.

Je m'arrêterai peu aux autres rapports que les plantes ont avec l'habitation de Thonmie par leur grandeur et leur attitude , quoiqu'il y ait à ce sujet des choses très-curieuses à dire. Il en est peu qui ne puissent embellir son cliamp , hon toit on son mur. J'observerai seulement que le voisinage de l'homme est utile à plusieurs plantes. Un missionnaire anonyme rapporte que les Indiens sont persuadés que les cocotiers au pied desquels il y a des maisons deviennent beaucoup plus lieaux que ceux où il n'y en a pas, comme si ces arbres utiles se réjouissaient du voisinage des hommes.

Un autre missionnaire, canne décliaussé, appelé le père Philippe, dit positivement que, lorsque le cocotier est planté auprès des maisons ou des cabanes, il devient plus fécond par la fumée, par les cendres et par l'habitation de l'homme , et qu'il rapporte doublement du fruit ; que c'est par cette raison «{ue les lieux plantés de palmes, aux Indes, sont remplis de maisons et de logettes; que les nialtres de ces lieux donnent , au commencement, quelques écus à ceux qui veulent les habiter, et qu'ils sont obligés de leur accorder leur part, des fruits , lorsqu'on les cueille : à quoi il ajoute que quoique leurs fruits, qui sont très-gros et très^ durs, tombent souvent des arbres dans leur maturité , ou par les rats qui les rongent ou par la violence des vents , on n'a jamais ouï dire que per-

sonne de ceux qui liabitent dessous en aient été blessés. C'est ce qui ne me parait pas moins extraordinaire qu'à lui *,

Je pourrais étendre les influences de l'honime à plusieurs de nos arbres fruitiers, surtout au pommier et à la vigne. Je n'ai point vu de plus beaux pommiers, dans le pays de Caux , que ceux qui croissent autour des maisons des paysans. Il €st vrai que les soins du maître peuvent y contribuer. Je me suis arrêté quelquefois dans les rues de Fans à considérer avec plaisir de petites vignes, dont les racines sont dans le sable et sous le pavé , tapisser de leurs grappes toute la façade d'un corps-degarde. Une d'entre elles , il y a , je crois , six on sept ans , donna deux fois du fruit dans la même année, ainsi que l'ont rapporté les papiers publies.

harmonies animales des plantes avec

l'homme.

Mais il ne suffisait pas à la nature d'avoir donné à l'homme des berceaux et des tapis chargés de fniits , si elle ne lui eût fourni , dans l'ordre végétal même , des moyens de défense contre les déprédations des bêtes sauvages. Il aurait eu beau veiller, pendant le jour, à la garde de ses biepSy ils auraient été au pillage pendant la nuit. Elle lui a donné des arbrisseaux épineux pour les endore. Plus on avance vers le midi , plus on trouve de variétés dans leurs espèces. Mais , au contraire , on ne voit point, ou du moins on voit bien peu de ces arbrisseaux épineux dans le nord , où ils paraissent inutiles ; car il n'y a point de vergers. Il semble qu'il y en ait aux Indes pour toutes sortes de sites. Quoique je n'aie été, pour ainsi dire, que sur la lisière de ce pays , j'y en ai vu un grand nombre, dont l'étude offrirait bien des remarques curieuses à un naturaliste. J'en ai reman|ué un entre autres , dans un jardin de l'Ile de France , qui m'a paru propre à faire des enclos impénétrables aux plus petits quadmpèdes. Il vient de la forme d'un pieu , gros comme le bras , tout droit, sans branches , et portant pour unique verdure un petit bouquet de feuilles à son sommet. Son écorce est hérissée d'épines très-fortes ettrèj^-aiguCs. Il s'élève à sept ou huit pieds de hauteur, et croit aussi grosenhaut qu'en bas. Plusieurs de ces arbrisseaux plantés de suhe les uns auprès des autres formeraient une vraie palissade, qui n'aurait pas le moindre inter\'alle. Les raquettes et lesderges, si communs sous la zone torride , ont des épines si perçantes , qu'en marchant dessus elles traversent les semelles des souliers. Il n'y a ni tigres, ni lions,

• Vopez le Voyage d'OHent, «lu révèrent pirt* Ph\\\[}[ic, raime dèdunuwë , liv. vu , chap. v . aKt i\.

ÉTUDK ONZIÈME.

ni élëplians qui osenl en approdier. Il y a une autre sorte d'épine dans l'Ile de Ceylan , dont on se sert pour se défendre des hommes mêmes , qui franchissent toutes sortes de barrières. Robert Knok , que j'ai déjà cité, dit que les avenues du royaume de Candie, dans Tile de Ceylan, ne sont fermées qu'avec des fagots de ces épines , dont les babltans bouchent les passages de leurs montagnes. L'homme trouve dans les végétaux non-seulement des protections contre les bétes féroces, mais contre les reptiles et les insectes. Le père Du Tertre nconte qu'il trouva un jour dans l'Ile de la Guadeloupe, au pied d'un arbre, une plante rampante dont les tiges étaient figurées comme desserpens. Mais il fut bien autrement surpris quand il aperçut sept ou huit couleuvres qui étaient mortes autour d'elle. Il l'indiqua à un chirurgien, qui fit, par son moyen, des cures merveilleuses, en l'employant contre les morsures de ces dangereux reptitei. Elle est fort répandue dans les autres Iles Antilles , où elle est connue sous le nom de bois de couleuvre. On la retrouve encore aux Indes orientalea. Jean-Hugues Linschoten lui attribue la itiéme flgure et les mêmes propriétés. Nous avons dans nos dimats des végétaux qui ont des convenances et des oppositions fort étranges avec les reptiles. Pline dit que les serpens aiment beaucoup le genévrier et le fenouil; mais qu'on n'en trouve |)oint 80I18 la fougère, le trèfle, le frêne et la rue, et que la bétoine les fait mourir. D'autres plantes, comme nous l'avons dit, détruisent les mouches, telles que les dionées. Thévenot assure qu'aux Indes le« paleAreniers garantissent leurs chevaux des mouches ^n les frottant, tous les matins, avec des fleurs de dtrouille. L'herbe aux puces, cpii a des graines noires et luisantes , semblables à des puces, chasse ces insectes d'une maison, selon Dioscoride. La vipérine, qui a ses semences faites (»mme des tètes de vipères, fait mourir ces reptiles. Il est prol)able que C'est à des configurations semblables que les premiers honmies auront reconnu les relations et les oppositions des plantes avec le^ animaux. Je pense que chaque genre d'insecte a son végétal destructeur que nous ne connaissons pas. En général , toules les vermines fuient les parfums.

La nattire nous a encore donné dans les plantes les premiers patrons des filets pour la chasse et pour la pêche. Il croit dans quelques landes de la Chine une espèce de rotin si entrelacé et si fort qu'il s'y prend des cerfs tout en vie. J'ai vu n:oimême, sur les sables du bord de la mer, à l'Ile de France , une sorte de liane , appelée fausse patale , qui couvre des arpens entiers , comhie un grand filet de pêciicur. Elle est si propre aux mêmes

usages , que les nègres s'en servent pour pédier du poisson. Ils en font, avec les tiges et 1^ feuilles, de longs cordons qti'lls jettent à la mer; et, après en avoir formé une chaîne qui renferme sur Peau une grande enceinte , ils la tirent , par les denx extrémités, au rivage. Ils ne manquent guère d'y amener quelque poisson '^ ; car les poissons s'effraient non-seulement d'un filet qui les enveloppe, mais de tout corps inconnu qui fait de l'ombre à la surface de l'eau. C'est avec une ûidustrie aussi simple et à peu près semblable que les habiians des Maldives font des pêches prodigietises , en n'employant, pour amener les poissons dans leurs réservoirs, qu'une corde qui flotte sur l'eaa avec des bâtons.

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