DE LA VUE
Tout ce que nous avons dit , en rapportant quelques lois générales de la nature, des harmonies, des consonnanccs , des contrastes et des oppositions , aboutit principalement an sens de la vue. Je ne parle pas des consonnances ; car elles appartiennent au sentiment de la raison, et sont entièrement distinctes de la matière, â la vérité , les antres relations sont fondées sur la raison même de la nature, qui nous réjouit par les couleurs et les formes génératives et engendrées , et qui nous at- Uiste par celles qui nous annoncent la décomposition et la destruction. Mais sans rentrer dans ce vaste et inépuisable sujet , je ne parlerai ici que de quelques effets d'optique qui font naître involontairement en nous le sentiment de quelques attributs de la Divinité.
Une des causes les pins ordinaires du plaisir qne nous éprouvons à la vue d'un grand arbre, vient du sentiment de l'infini qui s'élève en nous par sa forme pyramidale. Les dégradations de ses divers étages de rameaux et des teintes de verdure, qui sont toujours plus légères à l'extrémité de Parbre qne dans le reste de son feuillage, lui donnent une élévation apparente qui n'a point de terme. Nous éprouvons les mêmes sensations dans le (dan horizontal des campagnes, où nous apercevons souvent plusieurs plans de collines qui fuient les unes derrière les autres, et dont les dernières se confondent avec le ciel. La nature produit les mêmes effets dans les grandes plaines , au moyen des vapeurs qu'élèvent les rivages des lacs ou les canaux des rivières et des fleuves qui les traversent : leurs contours sont d'autant plus multipliés , qne les plaines ont plus d'étendue, comme je l'ai souvent remarqué. Ces vapeurs se présentent sur différens
plans : tantôt elles s^an^èlent comme defi rideaux sur les lisières des forêts; tantôt elles s'élèvent en colonnes le long des ruisseaux qui serpentent dans les prairies : quelquefois elles sont toutes grises; d*autres foi ^ elles sont éclairées et pénétrées par les rayons du soleil. Sous tous ces aspects , elles nous montrent, si j'ose dire, plusieurs perspectives de l'infini dans l'infini même.
Je ne parle pas du spectacle ravissant que le ciel nous présente quelquefois par la disposition de ses nuages. Je ne sache pas qu*aucun pliilosoplie ait soufiçoimé que leurs beautés avaient des lois. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il n'y a point d'animal qui vive à la lumière qui ne soit sensible à leurs effets. J'ai dit ailleurs quelque chose de leurs caractères d'amabilité ou de terreur, qui sont les mêmes que ceux des animaux et des végétaux aimables ou dangereux , conformément à ceux des jours et des saisons qu'ils nous annoncent. Les lois que j'en ai esquissées offriront des méditations délicieuses à qui voudra les étudier autrement qu'avec les moyens mécaniques de nos baromètres et de nos thermomètres. Ces instnuuens ne sont lions que pour régler les atmosphères de nos chambres; ils nous déguisent trop sjuvent l'action de la nature ; ils annoncent la plupart du temps les mêmes températures aux jours qui font chanter les oiseaux, et à ceux qui les font taire. Les liarmonies du ciel ne peuvent être senties que par le cœur humain. Tous les peuples, frappés de leur langage ineffable, lèvent les yeux et les mains vers le ciel dans le^ mouvemens involontaires de la joie et de la douleur. La raison , cependant , leur dit que la Divinité est partout. Pourquoi est-ce que nul d'en* tre eux ne tend les bras vers la terre ou à l'horizon pour l'invoquer? d'où vient ce sentiment qui leur dit que Dieu est an del? Est-ce parce que le del est le séjour de la lumière ? est-ce parce que la lumière elle-même , qui nous fait apercevoir tous les objets, n'étant point , comme nos matières terrestres, sujette ù être divisée, corrompue , détruite et renfÎMinée , semble présenter quelque chose de céleste dans sa substance ?
Cest au sentiment de l'Infini que nous inspire la vue du ciel, qu'il faut attribuer le goût de tous les peuples pour bâtir des temples sur les sommets des montagnes, et le penchant invincible qu'avaient les Juils à adorer, comme les autres nations, sur les lieux élevés. Il n'y a point de montagne dans les lies de l'Archipel qui n'ait son église , ni de coteau à la Cldne qui n'ait sa pagode. Si , comme le prétendent quelques philosophes, nous ne jugions jamais de la nature des dioses que par des résultats mécaniques de comparaisons d'elles à nous, la
ÉTUDE DOUZIÈME
hantenr des montagnes devrait tuinnliei* noire petitesse. Si nous voyions leur étendue en profondeur , les cheveux nous en dresseraient à la tête, lyoù viennent des sensations si difTérenles de la grandeur en élévation et de la grandeur en abîme? Le danger est égal pour des êtres aussi faibles que nous. C'est parce qne ces grands objets , en s'élevant vers le ciel , y élèvent nos âmes par le sentiment de rinûni, et qu'en nous éloignant de la terre ils nous portent vers des beautés plus durables.
Les ouvrages de la nature nous présentent souvent plusieurs sortes d'infinis à la fois : ainsi , par exemple, un grand arbre, dont le tronc est caverneux et couvert de mousse, nous donne le sentiment de l'infini dans le temps, comme celui de 1 infini en hauteur. Il nous offre un monument des siècles où nous n'avons pas vécu. S'il s'y joint l'infini en étendue, comme lorsque nous apercevons à travers ses sombres rameaux de vastes lointains, notre respect augmente. Ajoutez-y encore les divers groupes do sa masse , qui contrastent avec la profbndeur des vallées et avec le niveau des prairies ; ses demi-jours vénérables , qui s'opposent et se jouent avec l'azur des cieux; et le sentiment de notre misère qu'il rassure par les idées de protection qu'il nous présente dans l'épaisseur de son Ironc inébranlable comme un rocher , et dans sa cime auguste agitée des vents , dont les majestueux murmures semblent entrer dans nos peines : un arbre , avec toutes ces harmonies , nous inspire je ne sais quelle vénération religieuse. Aussi Pline dit que les arlires ont été les premiers temples des dienx.
L'impression sublime qu'ils produisent est encore plus profonde lorsqu'ils nous rappellent quelque sentiment de la vertu , comme le souvenir des grands hommes qui les ont plantés , ou de ceux dont ils ombragent les tombeaux. Tels étaient les chênes d'Iulus , à Troie. C'est par un effet de ce sentiment que les montagnes de la Grèce et de ritalie nous paraissent plus respectables que celles du reste de l'Europe, quoiqu'elles ne soient i>as plus anciennes dans le monde , parce que leurs monumens, tout minés qu'ils sont, nous rappellent les vertus de ceux qui les ont habitées. Mais ce sujet n'est pas de cet article.
En général , les diverses sensations de l'infini augmentent par les contrastes des objets physiques qui les font naître. Nos peintres ne sont pas assez attentif} au choix de ceux qu'ils mettent sur les devans de leurs tableaux. Ils donneraient bien plus d'effet au fond de leurs scènes , s'ils lui en opposaient le frontispice, non-seulement en couleurs et en formes, comme ils font quekiuefois, mais en
nature. Ainsi , par exemple, si Ton veut donner beaucoup d'intérêt à un paysage riant et agrébMe, -il faut qu'on l'aperçoive à travers un grand are de triomphe , miné par le temps. Au contraire , une ville remplie de monumens étrasques ou égyptiens parait encore plus antique , quand on la voit de dessous im berceau de verdure et de flears. Il fiiot imiter la nature, qui ne fait janiab venir les plantes les phis aimables , dans tonte leur beauté, telles que les mousses , les violettes et les roses , qu'au pied des rustiques rochers.
Ce n'est pas que les consonnanoes ne produisent aussi de grands effets, surtout quand elles rapprochent des objets qui sont étrangers les uns aux antres. C'est ainsi , par exemple, que la coupole du collège des Quatre-Nàtions présente un point de vue magnifi(iue, lorsqu'on l'aperçoit du milieu de la cour du Louvre, à travers l'arcade de ce palais qui est vis-à-vis ; car alors on la voit tout entière avec une partie du ciel, sous les claveaux de la voûte, comme si elle était une partie du Louvre. Mais dans cette oonsonnance même, qui donne tant d'étendue à notre optique , il y a encore un contraste de la forme concave de l'arcade à la forme convexe de la coupole.
Le grand art d'émouvoir est d'opposer des objets sensibles aux intellectuels. L'ame prend alors un grand essor. Elle passe du visible à l'invisible, et jouit , pour ainsi dire , à sa manière, en s'élendant dans les vastes champs du sentit'nent et de l'intelligence. Chez certains peuples de la Tartarie , quand un grand est mort , son écuyer, après l'enterrement , prend par la bride le dieval qu'il avait coutume de monter ; il met dessus l'iiabit de son maître , et le promène en silence devant l'assemblée , que ce spectacle fait fondre en larmes.
Quand les sous-entendus se multiplient et se lient à quelque affection vertueuse, les émotions de l'ame redoublent. Ainsi lorsque, dans l'Enéide *^ Iule promet des présens à Nisus et à Euryale , qui vont chercher son père à Palantée, il dit à Nisus :
Bina dabo argento perfccta atque aspera aignis Pocula , (levicta genitor qux cepit Arisha ; Et tripodas gcminos ; auri duo magna lalenta; Cratera antiqnum, quem dat Sidonia Dido.
• Je vons donnerai deux amphores d'argent, avec des figu- » res en relief d'une ci^lnre partiitc. Mon père s'en rendit » maître i la prise d'Arisba. J'y joindrai deux trépieds pareils. > deux grands talens d'or , et une coupe antique que m'a doii- 9 née la reine Didon. •
Il promet à ces deux jeunes gens, que l'amiiié rendait si unis, des présens doubles : deux amphores, deux trépieds pour les poser à la manière
• Ub. IX. Y. 2B«.
DE LOLIE.
des ancieiis, deux talens d'or pour les remplir de vin , mais une seule coupe pour le boire ensemble. Encore quelle coupe! il n'eu vante ni la matière, ni le travail , comme dans les autres pr^ns ; il y attache des qualités morales bien plus précieuses pour des amis. Elle est antique; elle n'a point été le prix de la violence , mais elle est un présent de l'amour. Sans doute Iule l'avait reçue de Didoo, lorsqu'elle crut avoir épousé Enée.
Dans toutes les scènes de passions, où l'on veut produire de grandes émotions , plus l'objet principal est circonscrit , plus le sentiment intellectuel qui en résulte est étendu. Il y en a plusieurs raisons , dont la plus importante est que les contrastes accessoires, comme ceux de la petitesse à la grandeur, de la faiblesse à la force, du fini à l'infini , concourent à augmenter le contraste du sujçt. Quand le Poussin a voulu £siire un tableau do déloge nniversçl , il n'y a représenté qu'une Cunille. On Y voit un vieillard à cheval , qui se noie ; et , dans un bateau , un bomme qui est peut-être son fils présente à sa femme, grimpée sur on rocher, nn petit enfant vêtu d'une oHte rooge, qui, de son côté , diercbe à s'aider <le ses petits pieds poor parvenir sur la roche. Le fond du paysage est allreux par sa noire mélancolie. Les beiî)es et les arbres y sont trempés d'eau , la terre même en est pénétrée, coomie on le voit par ce long serpent qui s'empresse de quitter son souterrain. Les torrens poolent de tous côtés; le soleil parait dans le dd oomoie un œil crevé. Mais les plus grands intérêts y portent sur le plus faible objet : un père et une mère, près de périr, ne s'occupent que do salot de leor en&nt. Tous les sentimeiis sont éteints sur la terre, et Fanioor maternel vit encore. Le genre i humain est détruit à cause de ses crimes, et l'inoocenoe va être enveloppée dans sa ponitîon. Ces eaox dâiordées , ces terres noyées, cette notre atmosphère, ce soleil éteint, ces solitodes désolées, cette famille fugitive, tous les efletsde cette mine universelle do monde se réunissent sor un enfuit. Cependant il n'y a personne qui, en voyant le petit groupe de personnages qui Fenvironne, ne s'écrie : « Voilà le dâuge universel. » TeOe est la nature de notre ame. Loin d'être matérielie , elle ne saisit que les convenances. Moins vous lui montrez d'objets physiques , plus vous lui faites naître de seotimens intellectueis.
DE L'OdR.
Platon appelle l'ooie et la vue les sens de famé. Je crois qoll les qualifie particulièrement de ce nom , parce que la vue est affectée de la lumière ,
qui n'esl point une mstièrt; à prxjprement parler.
et l'ouïe, des modulations de l'air, qui ne sont point en elles-mêmes des corps. D'ailleurs, ces deux sens ne nous apportent que le sentiment des convenances et des harmonies , sans ikhis mêler avec la matière, comme l'odorat, qui n'est affecté que des émanations des corps; le goût , de leor fluidité; et le toucher, de leur solidité, de leur mollesse, de leur chaleur, et de leurs autres qualités pliysiques. Quoique l'ouïe et la vue soient les sens directs de l'ame , il n'en faut pas conclure cependant qu'un honmie né sourd et aveugle serait imbécile , comme on l'a prétendu. L'ame voit et entend par tous les sens. C'est ce que prouvent les princes aveugles de Perse, dont les doigts ont tant d'intelligence, au rapport de Chardin, qu'ils tracent et calculent toutes les figures de la géométrie sur des tablettes. Tels sont encore les sourds et muets, auxquels M. l'abbé de l'Epée apprend à converser.
Je n'ai pas besoin de m'étendre sur les rapports mtellectuels de roiiîe. Ce sens est Forgane immédiat de rintelligence; c'est lui qui reçoit la parole qui n'appartknl qu'à l'honmie, et qui est, par ses modulations infinies, Texpression de toutes les convenances de la nature et de tous les sentimens du cœur humain. Mais il y a un autre langage qui parait appartenir plus particulièrement encore à ee premier principe de nous-mêmes, qilk nous avons appelé le sentiment : c'est la musique. Je ne m'étendrai pas sur le pouvoir incomprâiensible qu'elle a de calmer et d'exciter les passions d'une manière indépendante de la raison , et de faire naître des affections sublimes, dégagées de toute perception inteOectueDe ; ses effets sont assez connus. J'observerai seulement qu'elle est si naturelle à Fliomme, que les premières prières adressées à la Divinité, et les premières lois, diez tous les peuples , ont été mises en chanL L'homme n'en perd le goôt que dans les sociétés polioées, dont les langues mêînes perdent à la longue leurs accens. Cest qu'une multitude de relations sociales y détruisent les convenances naturelles. On y raisonne beaucoup , et on n'y sent presque plus.
L'auteur de la nature a jugé rharmonie des sons û nécessaire à rhomme , qu'il n'y a point de site sur la terre qui n'ait son oiseau chantant. Le serin des Canaries fréquente ordinairement , dans ces Iles, les ravines caiflouteuses des montagnes. Le chardonnerpt se plaît dans les dunes sablonneuses; Palooette, dans les prairies; le rossignol, dans les bocages , le long des ruisseaux ; le bouvreuil, dont le ehant est si doux, dans Fépine Uanciie; la grive, b buvette, le verdier, et tous les oiseaux qui chantent , ont leur poste Civori. Il est très-remarqualjlr que pvlout ib ont Finstinct
ÉTUDE DOUZIÈxVIE.
de se rapprocher de riiabitalion de l'homme. S'il y a une cabane dans une forêt, tous les oiseaux chantans du voisinasse viennent s'établir aux environs. On n'en trouve même qu'auprès des lieux habités. J'ai fait plus de six cents lieues dans les forêts de la Russie , et je n'y ai jamais vu de petits oiseaux qu'aux environs des villages. En faisant la visite des places, dans la Finlande russe , avec les généraux du corps du génie où je servais y nous faisii ns quelquefois vingt lieues dans un jour, sans rencontrer sur la route ni village ni oiseaux. Mais, quand nous apercevions voltiger, des moineaux dans les arbres, nous jugions que nous étions près de quelque lieu habité. Cet indice ne nous a jamais trompés. Je le rapporte d'autant plus volontiers, qu'il peut quelquefois sei-vir à des gens égarés dans les bois. Garcilasso de la Vega raconte que son père , ayant été détaché du Pérou avec une compagnie d'Espagnols, pour faire des découvertes au-delà des Cordillères , pensa mourir de faim au milieu de leurs vallées et de leurs fondrières inliabitées. Il n'en serait jamais sorti, s'il n'eût aperçu en l'air une volée de perroquets, qui lui Gt soupçonner qu'il y avait des habitations quelque part aux environs. Il se dirigea sur le nmib de vent qu'avaient suivi les perroquets , et parvint , après des fatigues mcroyables, à une peuplade d'Indiens qui cultivaient des champs de mais. Nous obsen'erons que la nature n'a donné aucun chant agréable aux oiseaux de marine et de rivière, parce qu'il eût été étouffé par le bruit des eaux , et que l'oreille humaine n'eût pu en jouir à la distance où ils vivent de la terre. S'il y a des cygnes qui chantent , comme on l'a prétendu , leur chant ne doit avoir que peu de modulations , et ressembler aux cris des canards et des oies. Celui des cygnes sauvages qui sont veims dernièrement s'établir à Chantilly n'a que quatre ou cinq notes. Les oiseaux aquatiques ont des cris perçans, propres à se faire entendre dans les régions des vents et des tempêtes qu'ils habitent , et qui ont des convenances parfaites avec leurs sites bruyans et leurs solitudes mélancoliques. Les mélodies des oiseaux de chant ont de pareilles relations avec les sites qu'ils occupent , et même avec les distances où ils vivent de nos liabitations. L'alouette, qui fait son uid dans nos blés, et qui aime à s'y élever à perte de vue*, se fait entendre en l'air, lors même qu'on ne l'aperçoit plus. L'hirondelle , qui frise en voant les parois de nos maisons , et qui se repose sur nos clieniinées, a un petit gazouillement doux, qui n'est point étourdissant , comme serait celui des oiseaux de boc«nges; mais le rossignol solitaire se fuit ouïr à plu ^ dune demi-lieue. Il se méfie du
voisinage de l'homme ; et cependant il se place toujours à la vue de son habitation et à la portée de son ouïe. Il choisit, pour cet effet, les lieux les plus retentissans, afin que leurs échos donnent plus d'action à sa voix. Quand il s'est établi dans son orchestre , il chante alors un drame inconon , qui a son exorde , son exposition, ses récits, ses événemens , entremêlés tantôt des sons de la joie la plus éclatante , tantôt de ressouvenirs amers et lamentables, qu'il exprime par de longs soupirs. Il se h\i entendre au commencement de la saison on la nature se renouvelle, et semble présenter à l'homme un tableau de la carrière inquiète qu'il doit parcourir.
Chaque oiseau a une voix convenable an temps et an poste où il se montre, et relative aux besoins de l'homme. Le cri perçant du coq le réveille, au [M)int du jour, pour les travaux ; le chant gai de l'alouette, dans la prairie , invite les bergères aux danses ; la grive gourmande , qui ne parait qu'en automne , appelle aux vendanges les rustiques vignerons. L'homme seul , de son côté , est attentif aux accens des oiseaux. Jamais le cerf, qui versa des larmes sur ses propres mallieurs, ne soupira à ceux de la plaintive Philomèle. Jamais le bœuf laboureur, mené à la boucherie après de pénibles services, ne tourna sa tête vers elle , en lui disant : « Oiseau solitaire , voyez comme l'homme récom- » pense ses serviteurs! » fa nature a répandu ces distractions et ces consounances de fortunes spr des êtres volatiles, afin qtie notre ame, susceptible de tous les maux , trouvant partout à les étendre , pût partout en affaiblir le poids. Elle a rendu ca- [Mtbles de ces communications les corps jnéme insensibles. Souvent elle nous présente, au railiea des scènes qui affligent notre vue , d'autres scènes qui réjouissent notre ouïe , et nous rappellent dlntéressans ressouvenirs. C'est ainsi que , du sein des forêts , elle nous transporte sur le bord des eaux par les frémissemens des trembles et des peu-^ pliers. D'autres fois elle nous apporte, sur le bord des ruisseaux , les bruits de la mer et des manœuvres des navires , par les murmures des roseaux agités par les vents. Quand elle ne peut séduire notre raison par des images étrangères , elle l'assoupit par le charme du sentiment : elle fait sortir du sein des'forêts, des prairies et des vallons, des bniits ineffables , qui excitent en nous de douces rêveries , et nous plongent dans de profonds sommeils.
DU TOOCHBR.
Je ne ferai que (pielques réflexious ^nr le toucher. Il est le plus obtus de nos sens, et cependant