‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 14 sur 213 · OBSERVATIONS NAUTIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS NAUTIQUES

Avant d'entrer dans aucun détail sur l'Ile de France , je joindrai à mon journal les observations des marins les plus expérimentés sur la roule que nous venons de faire.

Quelque réguliers que soient les vents alizés et généraux , ils sont sujets à varier le long des côtes et aux environs des lies.

Il s'élève une brise ou vent de terre presque toutes les nuits , le long des grands cuntineus. L'action de ce vent , opposé au vent du large , amasse les nuages sotis la forme d'une longtie bande fixe, que les vaisseaux qui abordent aperçoivent presque toujours avant la terre.

I..es altérages sont bien souvent orageux, surfont dans le voisinage des Iles. Les vents y varient aussi. Aux Canaries, les vents du sud et du sud-ouest soufflent quelquefois huit jours de suite.

On trouve les vents alizés vers le 28* degré de latitude nord; mais on les perd souvent longtemps avant d'être à la Ligne. Il résulte des observations d'un habile marin qui a comparé plus de deux cent cinquante journaux de navigation, que les vents alizés œssent.

En janvier,

entre le 6« et 4« degré de lat nonl.

Enférrier,

entre le 9* et !(• degré.

Enmanctavtfl,

entre le S* et a* degré.

Enmai,

enU*ele6«et4*degré.

En juin,

au 40" degré.

En juillet,

au 42* degré.

En aoAt et septembre, entre le 44* degré et le 43*. Ils se rapprochent delà Ligue en octobre, noTembre rt décembre.

Entre les vents alizés et les vents généraux, qui sont les alizés <le la partie du sud, on trouve des vents variables et orageux. Les généraux régnent

VOYAGE A i;iLE DE FRANCE.

sur une plas grande étendue que les alizés. On Oxe leurs limites au 28* degré de latitude sud. Au-delà les vents sont plus varial^les que dans les mers de rEnrope : plus on s'élève en latitude, plus ils sont TÎoleiis; Us soufdent, pour l'ordinaire, du nord au iWird-ouest, et du nord-ouest à Touest-sud -ouest ; quand ils viennent au sud , le calme succède.

En approchant du cap de Bonne-Espérance , on trouve souvent des vents du sud-est et est-sud-èst. CTest une maxime générale de se tenir toujours au vent du lien où Ton veut arriver; il faut cependant se garder de tenir le plus près, la déiive est trop grande ; il fout tâcher de couper la Ligne le plus est que Ton peut, autrement on risque de s'affaler sur la côté du Brésil.

Si l'on est forcé de relâcher, on trouvera quelques rafraichissemens aux lies du Cap- Vert ; les vivres sont cliers au Brésil , et l'air y est malsain. On peut pécher de la tortue à Tile de Tristan- da- Cniûia ; on y fait de l'eau très-diffîcilement, à cause des arbres qui croissent dans la mer. Le cap de Bcmne-Espérance est , de toutes les relâclies , la meilleure. Il est dangereux* d'y mouiller depuis avril jusqu'en septembre; cependant l'ancrage est sûr à Falsebaye, qui n'en est pas loin. Si on manquait rUe-de-France , on peut relâcher à Madagascar, au fort Dauphin, à la baie d'Antongil; mais il y a des maladies épidémiques très-dangereuses^ et des coups de vent qui durent depuis octobre jusqu'en mai.

Si c'est au retour, on a Sainte-Hélène , colonie anghise, et l'Ascension , où l'on ne trouve que de la tortue. EIn temps de guerre, ces deux lies sont ordinairement des points de croisière , parce que tous les vaisseaux cherchent , à leur retour, à les reconnaître pour assurer leur route; mais le Cap est en tout temps le point de réunion de tous les vaisseaux.

Les cartes les plus estimées sont celles de M. Daprès; les marins ont aussi beaucoup d'obligation au savant et modeste abbé de La Caille; mais la géographie est encore bien imparfaite ; la longitude des Canaries et celle des lies du cap Vert est mal déterminée; entre le cap Blanc et le cap Yertylactrte marque trente-neuf lieues d'< cernent, quoiqu'8 y en ait à pefeK vingt.

On soupçonne un haut-fond au sud de la Ligne par les 20 mmutes de latitude et par les 23 degrés 40 minutes de longitude occidentale. Le vaisseau le Silhouette , commandée par M. Pintault , et la frégate la Fidèle, commandée par M. Lehoux , y éprouvèrent, l'un le 5 février 4764, et l'autre le 3 avril suivant, une forte secousse.

Les courans peuvent jeter dans des erreurs dangereuses. Il me semble qu'on ne pourra recueillir là-dessus aucime connaUsance certaine, tant qu'on n'aura aucun moyen sûr d'évaluer la dérive d'un vaisseau; l'angle même qu'il forme avec son sillage ne pourrait donner rien d'assuré, puisque le vaL<iseau et sa trace sont emportés par le même mouvement. On ne saurait trop admirer la hardiesse des premiers navigateurs, qui, sans expérience et sans carte, faisaient les mêmes voyages. Aujourd'hui , avec pliLs de connaissance, on est moins hardi : la navigation est devenue une routine; on part dans les mêmes temps, on passe aux mêmes endroits , on fait les mêmes manœuvres. Il serait à souhaiter que Ton risquât quelques vaisseaux pour la sûreté des autres.

Il est étrange que nous ne connaissions pas encore notre maison ; cependant nous brûlons tous en Europe de remplir l'univers de notre renommée : théologiens, guerriers, gens de lettres, artistes , monarques, mettent là leur suprême félicité.

Commençons donc par rompre les entraves que nous a données la nature. Sans doute nous trouverons quelque langue qui puisse être universelle ; et quand nous aurons bien établi la conmiunication avec tous les peuples de la terre, nous leur ferons lire nos histoires, et ils verront combien nous sommes heureux.

AVERTISSEMElVr.

IndépcndamineBt de rutittté des obtervations nauliquetde ce Journal J'ai cru que la forme en pourrait plaire aux marins. Us enchevêtrent lea érénemens de leur navigaUon avec les calculs de variation, de laUtude, etc., ceqni en rmd la lecture d^une séchereae insupportaUe. L'ordre que j'ai imaginé me parait plus commode; on a , d'uu calé, tout ce qui peut être utile à U route d'an «aiaaeao, et» ds TauUv, ce qui inléreMe les hommes.

VOYAGE A i;iLE DE FRANCK.

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