‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 156 sur 213 · PAUL ET · texte numérisé non relu

PAUL ET

le sentiment par des pensées, et Famitié par des paroles.

Cependant madame de la Tour, voyant sa fille se développer avec tant de channes, sentait augmenter son in(|uiétnde avec sa tendresse. Elle me disait quelquerois : a Si je venais à mourir , que » deviendrait Vir«:inie sans fortune? »

Elle avait en 1* rance une tante , fille de qualité, , riche, vieille et dévole, qui lui avait refusé si durement des secours lorsqu'elle se fut mariée à M. de la Tour, qu'elle s'était bien promis de n'avoir jamais recours à elle, à quelqu'extrémité qu'elle fût réduite. Mais , devenue mère , elle ne craignit plus la honte des refus. Elle manda à sa tante la mort inattendue de son mari, la naissance de sa fille, et l'embarras où elle se trouvait, loin de son pays, dénuée de support et chargée d'un enfant. Elle n'en reçut point de ré|K)nse. Elle , qui était d'un caractère élevé, ne craignit plus de s'humilier et de s'exposer aux reproches de sa parente, qai ne lui avait jamais pardonné d'avoir épousé im homme sans naissance, quoique vertueux. Elle lui écrivait donc par toutes les occasions, afin d'exciter sa sensibilité eti faveur de Virginie. Mais bien des années s'étaient écoulées sans recevoir d'elle aucune naarque de souvenir.

Enfin, en 1738, trois ans après rarrivëe de M. de La Bounlonnais dans cette Ile, madame de La Tour apprit que ce gouverneur avait à lui remettre une lettre de la part de sa tante. Elle courut au Port-Louis, sans se soucier, cette fois, d*y paraître mal vêtue, la joie niatenielle la mettant au dessus du respect humain. M. de La Bourdonnais lui donna en effet une lettre de la part de sa tante. Celle-ei mandait à sa nièce qu'elle avait mérité son sort pour a voir épousé un aventurier , un libertin; que les passions portaient avec elles leur punition ; que la mort prématurée de son mari était un juste châtiment de Dieu; qu'elle avait bien fait de passer aux Iles plutôt que de déshonorer sa famille en France; qu'elle était, après tout, dans an bon pays où tout le monde faisait fortune , excepté les paresseux. Après l'avoir ainsi blâmée , elle finissait par se louer elle-même. Pour éviter , disait-elle, les suites souvent funestes du mariage, elle a^ait toujours refusé de se marier. La vérité est qu'étant ambitieuse, elle n'avait voulu -épouser qu'un homme de grande ({ualité; mais quoiqu'elle fiU très-riche, et qu'à la cour on soit indiffèrent à tout, excepté à la fortune , il ne s'était trouvé |)erflonne qui etil voulu s'allier à une (ille aussi laide et à un cœur aussi dur.

Elle ajoutait, par posl-scriptum , que, toute réflexion faite , elle l'avait fortement recommandée

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