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«O roi! répondit Ophas, je vom» cJévoikrai tme partie de la politiqiie et de la philosophie de FEgypIe. Une des lois fondamentales de la nalore est que tout soit somenié par des contraires. Cest des contraires que résulte rharmonie du monde: il en est de même de celles des nations. La puissance des armes et celle de I4 relisrion se combattent chez tons les peuples. Ces denx puissances sont nécesaires pour la conter- Talion de l'état. Lorsque le peuple est opprioM* par ses cfaefe. Q se réjfusie tcts ses prêtres; et lorsqn*fl est opprimé par «es prêtres, il se réfugie Ters ses chefs;. La puts^ance des druides a donc augmenté chez tous par eeOe même des iarles ; car ce» deox pntwances se balanoef it partout, iiî TOUS Toulez donc dimirnier Tune des deox, loin d'aormemerccile qui loi est <ippoaéey aioïsi que tous FaTcz ait . y fîot , au cootrave, rafbiblir.
» n T a un Buren encore pins «mple et plan sir de dimôner à b lots les deux pniinnni'ff ^ TOUS font ombrage; e*c«l de rendre votre peopie heureux : cv iJ ulra pla>cfaerelKrdeprataetâtu b«*r^ de tous, et ees deox fiuîiiinmr te délrutront taîemdt . puiaepi'elles ne doirenft leur inflonice qo*i r<i|inioo de œ même penfiie. V«ns en Tiendrez à boni en dwanaoC anGanloû^det BWTcnç de fsidiiâiAauoe. par féCahliMcaMiat des arts qui adooôt^esii la vje, et omtoat en buaoraiA et 6ri>ori«aml rasfîonkw^. qui en e-4 leiiM»ticB. Votre peofée rrraitf dans fidiuDdanotr^ les et les dmîdes ^j tmoverwl awwL Larsces deox corps aerooieonMas de learMut^ poîm à tnwÉAer ofimémmtfkm à loor dJnioniiwi eetie
tk MBrts de iHB , qni . puur av«îr de qiMH vrae. tMl laojoors prte à servir la vioftenoe des tMis« os la flaperatiliua des noires; M réMiheni démette pdttqœ humaine que vuire pnifve punmnoe^ fHlMne de odie (Tuu fieuple que vmtt' rendKZ hejMfiu pv vus iNintt> . «néamin odledes iarles et d» dmideb. Danii iuute muuarchie hinu resiée . le imu^tiir du mi est dauh k peiqiie .«I œlui do peu)ile àa» k- nii. VtM» ramènerez alors iros nukilet> et vi» prêin» à lew> Imiflitn» naUirelies. Le^ tariez defeudmol la naiiiHi au dehuni et ne ropprimeruot plut» au dedam»: et lesdnûdes oe euuverueraot plub kt Gaulois par la terreur; maihii^ le^ ecniboîeniat etlesaideraiA,par knrs lumières et ksun> nonetls . a soppioler les maox de ia vie . aiuki que duKent Cure les niinistres de Umle relirân.
» Ceit par eetle poliltque que ff^sypte est
venue â un degré de puiMUiee et de Cdieiléqui en a bit le centre des naliof is ; et que la saircwc de ses prêtres s'ea rendue rerofuntandable par toute la terre. Souvenez - vous donc de cette maxime, que tout excès dans le pouvoir d'nn eorps religieux ou militaire rient du niattieur du peuple, parée nue Unâe puissance vient de lui. Vous ne détruirez cet esoè» qu'en rendaf»t le peuple heureux*
» I/irsqoe %utre autorité 6era sulliïïamfiieiit établîe j eunCarez-en une partie à des magistrats choisis parmi les plus gens de bien. \'eilkz surtout sur Téducation d» euCuis de votre peuple ; mais gardeZ'Vous de U OMilîer au premier %enu qui voudra s'en charger , et enoure moins à meun eurps particuiier, tel que celui des druides, dont les inlérêts %oat too jours dâfléreos de «eux de TilsA. Considérez féducation des eoCvis d? votre peuple eumme la partie la plus predenie de voire adtnînislfafion. CeA ede seule qui Conne les dlovens : les meiHeures Im» œ mmi ikn sans elle.
» En UUntàmà qœ %uus poissiez jeUr d'une mwarrr Mide les tandemensdu huuijeor de» Gankâs. <ppoaez qudquesdigues â leurs maux. lufilJUKz lAsaaoanpdeftles.quilesdisbipenlpv desfinnisetpardBsiiinninr Bahmoi'/rinflueaee des ianes <t des draides par œlie des Aidez OQUes-d à wrtir de leur etioUv doieiSiqne, <^*«Ues amiaMat aux lèetii aHQBaUéeseï même aux ftb» religieases. Lear douomir aaUaeSe aAâriim pea à pea la leracÉÉé des mmors et de la rHjgiaa »
Le ni répandit à Géfàas : « Vas ahirn ainai ami pleines de «éniê^ et vos aMuniKii de taçesae. J'en profitanL ie voax neadae «ne vîie famHwar par aua mdaauie. lùa anendaal, ommi poupée ne demande pas miaax que de «e rf^unir etdeeUaaiQr; je lai forai moi auftmr des ctiaawaïk. <>oaBlattx femmes, je oruis venuddemont qu*eUes peuvent m'aîder heaueuup : r'«a fmr €ttesqae je eumBiQDOiaai à rentkr mua peapir heareux. au moim par iesmasun^. n j^nr k puis par les kâs. »
Pendant que œ hua rai paciaît . nous aperpnme^. sur le Uird uppuNe de la Sùue, ht nirp» dr Turstan. Il «Uiit tuut no . et paraissai! sur riietifr comme un nauioeau de neige. Se» ami^ ei ses omox remaomÎBni et jomienl de lemps eu d» cds^ afhenx. ro de aos amb mvenai ht fleuve danf> naaihanfor et ^in; dm- as lai : «.lifanigMe «paie par iesanp; ^/mn^jpùm pensse' » Le
ta parti, il mr dii «^ Vabr nctaar a cte kgi-
L'ARCADIE
» lime; mais ce serait ma propre injure, que je » serais obligé de m 'éloigner. Si vous restez, vous )» serez, par les lois, obligé de vous battre succès- )» sivement avec tous les parens de Torstan , qui » sont nombreux , et vous succomberez tôt ou tard. » D'un autre coté, si je vous défends contre eux , y> ainsi que je le ferai , vous entraînerez cette ville » naissante dans votre perte; car les parens, les » amis et les vassaux de Torstan ne manqueront » pas de Tassiéger , et il se joindra à eux beaucoup )> de Gaulois que les dniides irrités contre vous » excitent à la vengeance. Cependant soyez sûr » que vous trouverez ici des hommes qui ne vous )> abandonneront pas dans le plus grand danger. »
Aussitôt il donna des ordres pour la sûreté de la ville, et on vit accourir sur ses remparts tous les habitans , disposés à soutenir un siège en ma faveur. Ici, ils faisaient des amas de cailloux; là, ils plaçaient de grandes arbalètes et de longues poutres armées de pointes de fer. Cependant, nous voyions arriver le long de la Seine une grande foule de peuple. C'étaient les amis, les parens, les vassaux de Torstan, avec leurs esclaves; les partisans des druides, ceux qui étaient jaloux de rétablissement du roi, et ceux qui , par inconstance, aiment la nouveauté. Les uns descendaient le fleuve en barques; d'autres traversaient la forêt en longues colonnes. Tous venaient s'établir sur les rivages voisins de Lutétia , et ils étaient en nombre infmi. Il m'était impossible désormais de m'échapper. Il ne fallait pas compter d'y réussir à la faveur des ténèbres; car, dès que la nuit fut venue, les mécontens allumèrent une multitude de feux dont le fleuve élail éclairé jus(]u'au fond de son canal.
Dans cette perplexité , je formai en moi-même une résolution qui fut agréable à Jupiter. Comme je n'attendais plus rien des hommes, je résolus de me jeter entre les bras de la vertu , et de sauver cette ville naissante en allant me livrer seul aux ennemis. A peine eus-jemis ma confiance dans les dieux , qu'ils vinrent à mon secours.
Omfi se présenta devant nous , tenant à la main une branche de chêne , sur laquelle avait crû une branche de gui. A la vue de cet arbrisseau qui avait pensé m'être si fatal, je frissonnai; mais je ne savais pas que l'on doit souvent son salut à qui l'on a dû sa perte , comme aussi l'on doit souvent sa perte à qui l'on a dû son salut, a O roi ! dit Omfi , » ô Céphas ! soyez tranquilles ; j'apporte de quoi » sauver votre ami. Jeune étranger , me dit-il , » quand toutes les Gaules seraient conjurées con- » tre loi , voici de quoi les traverser sans qu'aucun » de les ennemis ose seulement te regarder en » foce. C'est ce rameau de gui qui a crû sur cette
» branche de chêne. Je vais te raconter d'où vient » le pouvoir de cette plante, également redouta- » ble aux hommes *' et aux dieux de ce pays. Un » jour Balder raconta à sa mère Friga qu'il avait » songé qu'il mourait. Friga conjura le feu , les » métaux , les pierres , les maladies , l'eau , les ani- » maux , les serpens , de ne faire aucun mal à son » fils; et les conjurations de Friga étaient si pois- » santés que rien ne pouvait leur résister. Balder » allait donc dans les combats des dieux, au milieu » des traits, sans rien craindre. Loke, son eu- » nemi, voulut en savoir la raison. Il prit la forme )> d'une vieille et vint trouver Friga. Il lui dit : » Dans les combats , les traits et les rochers tom- )> bent sur votre fils Balder, sans lui faire de mal. » Je le crois bien , dit Friga, toutes ces choses me » l'ont juré. Il n'y a rien dans la nature qui puisse » l'offenser. J'ai obtenu cette grâce de tout ce qui » a quelque puissance. Il n'y a qu'un petit arbuste » à qui je ne l'ai pas demandée, parce qu'il m'a » paru trop faible. Il était sur l'écorce d'un chêne; » à peine avait-il une racme. U vivait sans terre. » Il s'appelle Mistihen. C'était le gui. Ainsi parla -» Friga. Loke aussitôt courut chercher cet arr> buste; et venant à l'assemblée des dieux pendant » qu'ils combattaient contre l'invulnérable Balder, » car leurs jeux sont des combats, il s'approcha de » l'aveugle Hoder. Pourquoi , lui dit-il , ne lances- » tu pas aussi des traits à Balder ? Je suis aveugle , » répondit Hoder , et je n'ai point d'armes. Loke » lui présente le gui de chêne, et lui dit : Balder » est devant toi. L'aveugle Hoder lance le gui : » Balder tombe percé et sans vie. Ainsi le (ils in- » vulnérable d'une déesse fut tué par une bran- » che de gui lancée par un aveugle. Voilà l'origine » du respect porté dans les Gaules à cet arbris- » seau.
» Plains, ô étranger ! un peuple gouverné par la » crainte au défaut de la raison. J'avais cru , à ton » arrivée , que tu en ferais naître l'empire par les » arts de l'Ëgyple , et voir l'accomplissement d'un » ancien oracle fameux parmi nous, qui prédit à » cette ville les plus grandes destinées ; que ses » temples s'élèveront au dessus des forêts; qu'elle » réunira dans son sein des hommes de toutes les » nations; que l'ignorant viendra y chercher des » lumières, l'infortuné des consolations , et que les » dieux s'y commun i(jueront aux hommes comme » dans l'heureuse Egypte. Mais ces temps sont en- » core bien éloignés. »
Le roi nous dit , à Céphas et à moi : « O mes » amis ! profitez promptementdu secours qu'Oinfi :> vous apporte. » En même temps, il nous fit préfKirer une barque armée de bons ramenrs. Il nous
LARCADIE.
iiS^-y
tkmna deux demi-piques de bob de frêne , qu'il avait ferrées lui-même , et deux lingots d'or , qui étaient les premiers fruits de son commerce. Il chargea ensuite des hommes de confiance de nous conduire chez les Yénétiens. «Ce sont, nous dit-il, » les meilleurs navigateurs des Gaules. Ils vous » donneront les movens de retourner dans votre » pays ; car leurs vaisseaux vont dans la Méditerw ranée. C'est d'ailleurs un bon peuple. Pour vous, » d mes amis ! vos noms seront à jamais célèbres » dans les Gaules. Je chanterai Céphas et Amasis; y> et pendant que je vivrai , leurs noms retentiront » souvent sur ces rivages.
Ainsi nous prîmes congé de ce bon roi et d'Omfi mon libérateur. Ils nous accompagnèrent jusqu'au bord de la Seine, et versant des larmes, ainsi que nous. Pendant que nous traversions la ville, une foule de peuple nous suivait en nous donnant les plus tendres marques d'affection. Les femmes portaient leurs petits enfans dans leurs bras et sur leurs épaules , et nous montraient en pleurant les pièces de lin dont ils étaient vêtus. Nous dîmes adieu au roi Bardus et à Omfi , qui ne pouvaient se résoudre à se séparer de nous. Nous les vîmes long-temps sur la tour la plus élevée de la ville, f|ui nous faisaient signe des mains pour nous dire adieu.
A peine nous avions débordé l'Ile, que les amis de Torstan se jetèrent dans une multitude de barques et vinrent nous attaquer en poussant des cris effroyables. Mais , à la vue de l'arbrisseau sacré que je portais dans mes mains , et que j'élevais en l'air, ils tombaient prosternés au fond de leurs bateaux , comme s'ils eussent été frappés par un pouvoir divin; tant la superstition a de force sur des esprits séduits! Nous passâmes ainsi au milieu d'eux , sans courir le moindre risque.
Nous remonl<\mes le fleuve pendant un jour. Ensuite, ayant mis pied à terre , nous nous dirigeâmes vers l'occident, à travers des forêts presque impraticables. Leur sol était çà et là couvert d'arbres renversés par le temps. Il était tapissé partout de mousses épaisses et pleines d'eau , où nous enfoncions quelquefois jusqu'aux genoux. Les chemins qui divisent ces forêts, et qui servent de limites à différentes nations des Gaules , étaient si peu fréquentés , que de grands arbres y avaient poussé, f.es peuples (|ui les habitaient étaient encore plus sauvages que leur pays. Ils n'avaient d'autres temples que quelque if frappé de la fondre, ou un vieux chêne dans les branches duquel quelque druide avait place une tête de bœuf avec ses cornes. Lorsrfuc , la nuit , le feuillage de ces arbres était agités par les vents et éclairé par la lumière
de la lune , ils s'imaginaient voir les esprits et les dieux de ces forêts. Alors, saisis d'une terreur religieuse , ils se prosternaient à terre et adoraient en tremblant ces vains fantômes de leur imagination. Nos conducteurs mêmes n'auraient jamais osé traverser ces Reux , que la religion leur rendait redoutables , s'ils n'avaient été rassurés bien plus par la branche de gui que je portais, que par nos raisons.
Nous ne trouvâmes , en traversant les Gaules , aucun culte raisonnable de la Divinité , si ce n'est qu'un soir , en arrivant sur le haut de la montagne couverte de neige, nous y aperçûmes un feu au milieu d'un bois de hêtres et de sapins. Un rocher moussu, taillé en forme d'autel, lui servait de foyer. Il y avait de grands amas de bois sec, et des peaux d'ours et de loup étaient suspendues aux rameaux des arbres voisins. On n'apercevait d'ailleurs autour de cette solitude, dans toute retendue de l'iiorizon , aucune marque du séjour des hommes. Nos guides nous dirent que ce lieu était consacré au dieu des voyageurs. Ce mol de consacré me fît frémir. Je dis à Céphas : Éloignonsnous d'ici. Tout autel m'est suspect dans les Gaules. Je n'honore désormais la Divinité que dans les temples de l'Egypte. Céphas me répondit : tt Fuyez toute religion qui asservit un homme à » nn autre homme au nom de la Divinité , fi'it-ce » même en Egypte ; mais partout on l'homme est » seni , Dieu est dignement honoré , fût-ce même n dans les Gaules. Partout, le bonheur des hom- » mes fait la gloire de Dieu. Pour moi, je sacrifie à » tous les autels oîi l'on soulage les maux du genre » humain. y> Alors il se prosterna et fit sa prière ; ensuite, il jeta dans le feu un tronçon de sapin et dés branches de genévrier , qui parfiunèrent les airs en pétillant. J'imitai son exemple ; après quoi , nous fûmes nous asseoir au pied du rocher, dans un lieu tapissé de mousse et abrité du vent do nord ; et , nous étant couverts de peaux suspendues aux arbres, malgré la rigueur du froid, nous passâmes la nuit fort chaudement. Le malin venu , nos guides nous dirent que nous marcherions jusqu'au soir sur des hauteurs semblables , sans trouver ni bois, ni fèn, ni habitation. Nous bénîmes une seconde fois la Providence de l'asile qu'elle nous avait domié; nous remîmes religieusement nos pelleteries aux rameaux de sapins ; nous jetâmes de nouveau bois dans le foyer; et, avant de nous mettre en route , je gravai ces mots sur l'écorce d'un hêtre :
CKPllAS £T AMASIS ()>T ADORE ICI IX DiJil- Qtl PREND SOIN DES VOVAGEL'IVS.
i;arcadie.
Nous passâmes successivement chez les Carautes, les Cénomanes, les Diablintkas, les Redons, les Curiosolites , les habitations de Darioriguui, et eiiGn nous arrivâmes à rextrémité occidentale de la Gaule, chez les Vénctiens. Les Vénétiens sont les plus habiles navigateuts de ces mei*s. Ils ont même fondé une colonie de leur nom , au fond du golfe Adriatique '^. Dès qu'ils surent (piè nous étions les amis du roi Bardus, ils nous comblèrent d*amitiés. Ils nous offrirent de nous ramener directement en Egypte , où ils ont porté leur commerce ; mais , comme ils trafiquaient aussi daas la Grèce , Céphas me dit : a Allons eu ( irèce , ihhis » y aurons des occasions fréquentes de retourner » dans votre patrie. Les Grecs sont amis des Ëgyp- » liens. Ils doivent à T Egypte les fondateurs les » plus illustres de leurs villes ; Cécrops a donné des )• lois à Athènes, et Inachus à Argos. C'est à Ar- » gos que règne Agamemnon, dont la réputation » est répandue par toute la terre. Nous l'y verrons » couvert de gloire au sein de sa famille et entouré » de rois et de héros. S'il est encore au siège de » Troie , ses vaisseaux nous ramèneront aisément » dans votre patrie. Vous avez vu le dernier degré » de civilisation en Egypte, la barbarie dans les » Gaules ; vous trouverez en Grèce une [lolitesse » et une élégance qui vous cliarmeront. Vous au- )> rez ainsi le spectacle des trois fiériodes que pat - » courent la plupart des nations. Dans la première, » elles sont au-dessus de la nature ; elles y attei- » gnent dans la seconde ; elles vont au delà dans la » troisième. »
Les vues de Céphas flattaient trop mon ambition pour la gloire pour ne pas saisir l'occasion de connaître des hommes aussi fameux que les Grecs, et surtout qu'Agamenmon. J'attendis avec iuqiatience le retour des jours favorables à la navigation ; car nous étions arrivés en hiver chez les Vénétiens. Nous passâmes cette saison dans des festins continuels, suivant l'usage de ces peuples. Dès que le printemps fut venu , nous nous eml)arquâmes pour Argos. Avant de quitter les Gaules, nous appirimes que noire départ de Lutétia avait fait renaître la tranquillité daas les états du roi Bardus; mais que sa fille, la belle Gotha, s'était retirée avec ses femmes dans le temple d'Isis , à laquelle elle s'était consacrée , et que nuit et jour elle faisait retentir la forêt de ses chants harmonieux.
Je fus très-sensible au chagrin de ce bon roi , qui perdait sa fille par un effet même de notre arrivée dans sim pays , qui devait le couvrir un jour de gloire ; et j'éprouvai moi-même la vérité de cette ancienne maxime, «pie la considération |hi-
bUque ne s'acquiert qu'aux dépens du booliea^
domestique.
Après nne navigation assez longue , nous rentrâmes dans le détroit d'Hercule. Je sentis une joîe vive à la vue du ciel de l'Afrique, qui me rappdait le climat de ma patrie. Nous vîmes les hautes montagnes de la Mauritanie ; Abila , située au délroit d'Hercule, et celles qu'on nomme les Sept- Frères, parce qu'elles sont d'une égale hauteur. Elles sont couvertes depuis leur sommet jusqu'au bord de la mer de palmiers chargés de dattes. Nous découvrîmes les riches coteaux de la Numidie y qui se couronnent deux fois par an de moissons qui croissent à l'ombre des oliviers , tandis que des haras de superbes ciievaux paissent en toute saison dans leurs vallées toujours vertes. Nous côtoyâmes les bords de la Syrte , où croit le fruit délicieux du Lothos, qui fait, dit-on, oublier la patrie aux étrangers qui en mangent. Bientôt nous aperçâmes les sables de la Libye , au milieu desquels sont placés les jardias enchantés des Hespérides ; comme si la nature se plaisait a faire contraster les contrées les plus arides avec les plu^ fécondes. Nous entendions la nuit les rugûïsemens des tigres et des lions , (|ui venaient se baigner dans la nier ; et au lever de l'aurore , nous les voyons se retirer vers les montagnes.
Mais la férocité de ces animaux n'approdiait pas de celle des hommes de ces régioiu^. Les uns immolent leurs enfans à Salurne ; d'autres ensevelissent les femmes toutes vives dans les toinbeaux de leui*s époux. Il y en a qui, à la mort de leurs roLs, égorgent tous ceux (fui les ont servis. D'autres lâchent d'attirer les étrangers sur leurs rivages, pour les dévorer. Nous pensâmes un jour être la proie de ces anthropophages; car, pendant que nous étions descendus à terre , et que nous échangions {laisiblement avec eux de l'étain et du fer pour divers fruits excellens qui cn>issent daas leur pays , ils nous dressèrent une embuscade dont nousne sortîmes qu'avec bien de la peine. Depuis cet événement , nous n'osâmes plus débarquer sur ces côtes inhospitalières , ([ue la nature a placées en vain sous un si lieau ciel.
J'étais si irrité des traverses de mon voyage, entre|>ris pour le bonheur des hommes, et surtout de cette dernière perfidie , que je dis a Céphas : Je cmîs toute la terre, excepté l'Egypte, couverte de barbares. Je crois que des opinions absui^des. des religions inhumaines et des mœurs féroces, sont le partage naturel de tous les peuples ; et sans doute la volonté de Jupiter est qu'ils y soient alvindonnés pour toujours, car il les a divisés en tant de langues différentes, que l'homme le plus bien-
LARCADIE.
faisant, Iniu de pouvoir les réformer, ne peut pas seulement s*en faire entendre.
Céphas me répondit : « N'accusons point Jupi- » piter des maux des honnnes. Notre esprit est si » iKimé, que quoique nous sentions quelquefois >» (|ue nous sommes mal , il nous est impossible ^> d'imaginer comment nous pourrions être mieux. » Si nous étions un seul des maux naturels qui » nous choquent, nous verrions naître de son ab- » sence mille autres maux plus dangereux. Les » |)euples ne s'entendent point ; c'est un mal , se- » Ion vous : mais s'ils parlaient tous le même lan- » gage , les impostures, les erreurs, les préjugés, » les opinions cruelles, particulières à chaque na- » tion , se répandraient par toute la terre. La con- » fusion générale qui est dans les paroles serait » alors dans les pensées. » Il me montra une grappe <le raisin : « Jupiter, dit-il, a divisé le genre bu- » main en plusieurs langues , comme il a divisé en » plusieurs grains cette grappe , qui renferme an » grand nombre de semences , afin que si nne '> partie de ces semences se trouvait attaquée par M ta corruption , l'autre en fût pWservée *7.
» Jupiter n'a divisé les langages des hommes » qu'afîn qu'ils pussent toujours entendre celui de )> la nature. Partout la nature parle à leur cœur , )> éclaire leur raison et leur montre le bonheur » dans un commerce mutuel de bons oflices. Par- » tout au contraire , les passions des peuples dé- » pravent leur copur , obscurcissent, leurs lumières, » tes remplissent de haines , de guerres , de dis- » cordes et de superstitions , en ne leur montrant '> le l)onheur que dans leur intérêt personnel et » dans la ruine d'autrui.
» La division des langues empêche ces maax » particuliers de devenir universels ; et s'ils » sont permanens chez quelques peuples , c'est » qu'il y a des corps ambitieux qui en profitent ; )> car l'erreur et le vice sont étrangers à l'homme. >» L'office de la vertu est de détruire ces maux. » Sans le vice , la vertu n'aurait guère d'exercice » sur la terre. Vous allez arriver chez les Grecs. » Si ce qu'on a dit d'eux est véritable, vous trou- » verez dans leurs mœurs une politesse et une » élégance qui vous raviront. Rien ne doit être » égal à la vertu de leurs héros , exercés par de » longs malheurs. »
Tout ce que j'avais éprouvé jusqu'alors de la liarbarie des nations redoublait le désir qne j'avais [d'arriver à Argos et de voir le grand Agaiiiemnon heureux au milieu de sa Tamille. Déjà nous apercevions le cap de Ténare , et nous étions près de le doubler , lorsqu'un vent d'Afrique nous jeta sur les Strophades. Noos vo3ions la mer se
briser contre les rochers qui environnent ces Iles. Tantôt en se retirant elle en découvrait les fondemcns caverneux ; tantôt s'élevant tout à coup elle h's couvrait , en rugissant , d'nne vaste nappe d'écume. Cependant nos matelots s'ol)sl inaient, malgré la tempête , à atteindre le cap de Ténare , lorsqu'un tourbillon de vent déchira nos voiles. Alors nous avons été forcés de relâcher à Stéiiiclaros.
De ce port, nous nous sommes mis en route pour nous rendre à Argos par terre. C'est en allant h ce séjour du roi des rois que nous vous avons rencontré, ô bon berger ! Maintenant , nous desirons vous accompagner au mont Lycée, afin de voir l'assemblée d'un peuple dont les bergers ont des mœurs si hospitalières et si polies. En disant ces dernières paroles, A masis regarda Céphas, qui les approuva d'un signe de tête.
Tirtée dit à Amasis : « Mon fils , votre récit nous » a beaucoup touchés ; vous avez dà en juger par » nos larmes. Les Arcadiens ont été plus malhea- » reux qne les Gaulois ''. Nous n'oublierons ja- » mais le règne de Lycaon , changé jadis en loup, » en punition de sa cruauté. Mais , à cette heare, » ce sujet nous mènerait trop loin. Je remercie » Jupiter de vous avoir disi)osé, ainsi qne votre » ami, à passer demain la jonmée avec noas » an mont Lycée. Vous n'y verrez ni palais , ni » ville royale , et encore moins des sauvages et des » druides , mais des gazons , des l)ois , des niis- » seaux et des bergers qui vous recevront de bon » cœur. Puissiez-vous prolonger long-temps votre » séjour parmi nous! Vous trouverez demain , à » la fête de Jupiter , des hommes de toutes les parn ties de la Grèce , et des Arcadiens bien plus in- » struits que moi , qui connaîtront sans doute la » ville d' Argos. Pour moi , je vous l'avoue , je n'ai )> jamais ou! parler du siège de Troie , ni de la )> gloire d'Agamemnon dont on parle , dites- vous , » par toute la terre. Je ne me suis occupé que du » honheur de ma famille et de celui de mes voisins. » Je ne connais que les prairies et les troupeaux. » Jamais je n'ai porté ma curiosité hors de mon » pays. La vôtre , qui vous a jeté si jeune au mi- » lieu des nations étrangères, est digne d'un dien » et d'an roi. »
Alors Tirtée, se retournant vers sa fille , lui dit: « Cyanée , apportez-nous la coupe d'Hercule. » Cyanée se leva aussitôt, coamt la chercher et la présenta à son père d'un air riant. Tirtée la remplit de vin, puis s'adressant aux deux voyageurs , ii leur dit : a Hercule a voyagé comme vous, mes » chers hôtes. Il est venu dans cette cabane, il s'y » est reposé lorsqa'il poursuivit, pendant un an , » la biche aux pieds d'airain da mont Erymanthe.
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