‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 184 sur 213 · LYSIAS · texte numérisé non relu

LYSIAS

Comme dans celle de Socrate. Je commençais par convenir que Socrate avait donné lieu à l'accusation, par ses anciennes liaisons avec Alcibîade et Crilias; je le justifiais ensuite par ses autres sociétés, et par ceux de ses disciples qu'il avait ramenés du vice à la vertu; j'avais des témoins qui attestaient son respect pour Minerve , patronne d'Athènes; son bon génie (|ui le guidait en toutes choses, et enfin l'oracle de Delphes qui l'avait déclaré le plus sa/r'^ des hommes. Je n'aurais pas

manqué d'antres témoins pour diriger les crnoei dont il était accusé, et même des crimes encore plus grands, contre Anytus, Lyconet Mélitos; je les accablais des sarcasmes les pins amers, et' des ridicules les plus plaisans : je finissais par demander justice au peuple, et je tournais contre euxmêmes la fureur dont ils l'avaient agité. Mais Socrate ne le voulut pas; il me dit que ce discours étiit fait suivant l'esprit d'Athènes. Je vous le lirai on jour, Platon, vous en jugerez,

PLATON

Je l'entendrai avec un grand intérêt. Mes principes maintenant ne diffèrent plus des Tdlres; je liens qu'il faut tout faire pour le peuple , et rien par le peuple ; il n*est propre qu'à renverser. Autrefois je ne pensais pas ainsi : j'ai remercié souvent la Divinité de m'avoir fait homme et non animal. Grec et non barbare, de m'avoir introduit dans la vie dans le siècle de Socrate , et non dans un autre; mais maintenant qu'il va mourir de la propre main des Athéniens , auxquels il a rendu tant de services , je me plains au ciel de n'être pas né barbare plutôt qu'Athénien , et l>éte brute plutôt qu'homme. Socrate est pour moi un demidieu.

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