VŒUX POUR LE PEUPLE
tre aalres par celle deLa Fontaine. En effet, les intérêts da peuple sont oommons, non-seulement à chaque province , mais aux autres ordres de la nation , parce que son bonheur fait le bonheur général, n n'en est pas de même des intérêts des autres ordres, qui leur sont particuliers. D'un autre côte, le nom de tiers-état donné au peuple suppose, comme Ta fort bien remarqué Jean- Jacques, que son intérêt n'est que le troisième, quoiqu'il soit de sa nature le premier. Or , comme les hommes forment à la lon^e leurs idées , non sur les choses , mais sur les mots , la justice demande que le surnom de tiers-état, hnposé au peuple depuis t|uelques siècles par des corps privilégiés, parce qu'il leurrappelle leurs privilèges, soit remplacé par celui de communes, qu'il a eu de tout temps , afin tfu'il leur rappelle à tous l'mtérêt commun. Salus popu/t suprema lex esio t Que le salut du peuple soit la loi suprême!
De bons patriotes , touchés du sort malheureux des gens de la campagne , ont proposé d'en fiiire un corps différent de ceux des villes; mais on doit bien s'en garder. La division en corps entraine la division en intérêts. Les paysans doivent être suffisamment représentés dans les assemblées provinciales et dans l'assemblée nationale; leurs demandes doivent y être mises au premier rang ; mais il me parait fort dangereux d'y distinguer les communes des campagnes de celles des villes, car leurs intérêts sont les mêmes : le commerce des villes ne prospère que par le travail des campagnes, «l le travail des campagnes que par le commerce des villes.
La puissance d'une nation dépend de son ensemble. Les branches supérieures d'un arbre peuvent diverger , mais non pas les fibres de son tronc, qui doivent être rassemblées sous la même écoroe. Si ou pouvait diviser le tronc d'un arbre en branches, on ne ferait d'un chêne qu'un buisson; mais si on réunissait toutes les branches d'un buisson dans un seul tronc, d'un buisson on pourrait foire un chêne. Ce sont des images bien naïves de ce qui est arrivé à plusieurs états. Que de royaumes sont devenus buissons dans de vastes terrams , parce que leur tronc ne s'y ramifie qu'en nobles ou en prêtres ! Voyez l'Espagne et l'Italie. Que de républiques et de monarchies sont devenues des chênes, des cèdres et des palmiers, dans de petits terrains, parce que la noblesse et le clergé s'y sont conglomérés avec le peuple, et n'ont eu avec lui qu'un intérêt commun ! Voyez la Hollande et l'Angleterre. Rappelez- vous la force de l'empire romain , où les nobles ne connaissaient de gloire que celle du peuple.
Je le répète, la puissance d'une nation dépend de son ensemble : les malheurs de notre peuple sont venus de ce'que le clergé et la noblesse y ont fiût deux ordres séparés de ses intérêts : ces maux n'ont commencé à s'affoiblir que quand le despotisme , les mœurs , et surtout la philosophie , les en ont rapprochés. Il n'en est pas moins vrai qu'il faut à l'harmonie d'un état, ainsi qu'à celle de l'Europe, des puissances qui se balancent; mais il n'y aura toujours que trop d'intérêts qui diviseront les hommes dans la même société , ne fût-ce que ceux de la fortune. Les corps de la noblesse et du clergé, dans notre ordre politique, devraient être le contraire de ce qu'ils sont : au lieu d'être réunis entre eux contre le peuple , ils devraient lutter l'im contre l'autre pour ses intérêts , comme les peuples de l'Europe luttent pour la liberté de son commerce, de sa navigation, de sa pêohe , ou |K)ur tel autre prétexte qui intéresse le droit naturel des hommes : c'est ce droit qu'ils invoquent sans cesse. La commune de France devrait se régh:, au moms quant à la forme, par les mêmes lois que la commune du genre humain.
En parlant des moyens de rapprocher du peuple le clergé et la mdilesse , j'ai indiqué aussi ceux de rapprocher le peuple de ces deux corps , non par le sentiment de l'ambition , qui n'est propre qu'à diviser les membres d'un état, mais par celui de la vertu qui les réunit Notre peuple n'a que trop de penchant à s'élever ; l'éducation et l'exemple le poussent sans cesse en haut. Il fout l'inviter, non à monter, non à descendre, maisà se tenir à sa place : il ne lui convient d'être ni tyran, ni esclave ; il doit lui suffire d'être libre. La vertu tient en toutes dioses le milieu ; c'est aussi là qu'est la sûreté, la tranquillité, le bonheur. Je souliaite donc qu'aucun bourgeois ne désire jamais de sortir de l'ordre du peuple ; mais s'il y sent les inquiétudes de la gloire , qu'il reste encore dans son ordre ; cai' il n'y a pomt d'état qui ne lui présente une carrière capable de satisfaire même la plus vaste ambition.
O plébéien qui ne trouvez aucune gloire comparable à celle que donne la naissance , et qui rougissez d'être homme parce que vous n'êtes pas gentilhomme ; êtes-vous légiste ? soyez ledéfenseur de la vertu et la terreur du crime. Nouveau Dupaty , enlevez à nos codes barbares leurs innocentes victimes; foites la guerre à nos Verres , à nos Catilina ; prenez en main les causes des nations , et songez qu'avec les foudres de l'éloquence Cicéron a protégé des rois, et que Démosthène en a fait trembler. N'êtes-vous (|u*un simple commerçant? c'est le commerce qui vivifie les empires; c'est au