‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 23 sur 213 · DES PRODUCTIONS MARITIMES, POISSONS, COQUILLES, MADRÉPORES · texte numérisé non relu

DES PRODUCTIONS MARITIMES, POISSONS, COQUILLES, MADRÉPORES

Il me reste à vous parler de la mer et de ses productions ; après quoi vous en saurez au moins autant que le premier Portugais qui mit Iç pied dans l'île. Si je puis y jomdre un journal météorologique , vous serez à peu près au fait de tout ce qui regarde le naturel de celte terre. Nous passerons

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de là aux habitans, et au parti qu^iis ont tiré de leur sol y où , ooninie dans le reste de Tanivers, le bien est môle de mal. Le bon Plutarque Teut qu'on tire de ces contraires une harmonie; mais les instmmens sont communs , et les bons musiciens sont rares.

On voit souvent des baleines au vent de File , surtout dans le mois de septembre , temps de leur accouplement. J'en ai vu plusieurs , pendant cette saison , se tenir perpendiculair^poent dans Teau , et venir fort près de la côte. Elles sont plus petites que celles du Nord. On ne les pêche point; cependant les noirs n'ignorent pas la manière de les harponner. On prend quelquefois des lamentins. J'ai mangé de sa chair , qui ressemble à du bœuf; mais je n'ai jamais vu ce poisson.

La vieille est un poisson noirâtre , assez semblable à la morue pour la forme et pour le goût. Ce poisson est quelquefois empoisonné, ainsi que quelques espèces que je vais décrire. Ceux qui en mangent sont saisis de convulsions. J'ai vu un ouvrier en mourir; sa peau tombait par écailles. A File Rodrigue , qui n'est qu'à cent lieues d'ici , les Anglais, dans la dernière guerre, perdirent- par cet accident près de quinze cents hommes, et manquèrent par là leur expédition sur l'Ile de France. On croit que les poissons s'empoisonnent en mangeant les branches des madrépores. On peut connaître * ceux qui sont empoisonnés à la noirceiur de leurs dents ; et si on jette dans le chaudron où on les fait cuire une pièce d'ai^nt, elle se noircit. Ce qu'il y a d'étrange , c'est que jamais le poisson n'est malsain au vent de l'Ile. Ceux qui croient que les madrépores en sont cause se trompent donc, car l'Ile est environnée de bancs de corail. J'en attribuerais plutôt la cause au fruit inconnu de quelque arbre vénéneux qui tombe à la mer : ce qui est d'autant plus probable , qu'il n'y a qu'une saison et que quelques espèces gourmandes sujettes à ce da^fer. D'ailleurs cette espèce de ramier , dont la i^hair donne des convulsions, prouve que le poiscm est dans l'Ile même.

Dans le nombre des poissons suspects sont phisieurs poissons blancs à grande gueule et à grosse tète , comme le capitaine et la carangoe. Ces deux sortes sont d'un goût médiocre. On croit que ceux qui ont la gueule pavée , c'est-à-dire un os raboteux au palais , ne sont point dangereux.

Il y a des requins , mais on n'en mange point.

En général, plus les poissons sont petits, moin^ ils sont dangereux. Le rouget est beaucoup plus gros , et fort inféiieur à celui d'Europe. Il passe pour sain, ainsi que le nudet, qui y est fort cotnuiun.

On trouve des sardines el ées iMi|iieraMix d'an goût médiocre , ainsi que tous les poisMMia de celle mer. Ils diffèrent on peu des nôtres pour la foisnne.

La poule d'eau, espèce de torbot, est le meilleur de tous. Sa graisse est verte.

Il y a des raies blanches avec une longue queoe hérissée d'épines , et d'autres dont hi peau et la chair sont noires; des sabres, ainsi munniés de leur forme ; des lunes , bariolées de cKffêrenles couleurs; des bourses, dont la peau est dessinée comme un réseau ; d'antres poissons semblables aux merlans, colorés de jaune, de rouge et de violet ; des perroquets qui non-seulement sont verts, mais qui ont la tète jaune , le bec blanc et courbé , et von en troupe comme ces oiseaux.

Le poisson armé est petit, et d'une forme trèsbizarre. Sa tète est faite conune celle du brochet. Il porte sur son dos sept pointes aussi longues que son corps. La piqûre en est très-venimeuse. Elles sont unies entre elles par une pellicule qui ressemble à une aile de chauve-souris. H est rayé de bandes brunes et blanches qui commencent à son museau, précisément comme au zèbre du Cap. Le poisson qui est carré eJmme un coffre, dont il porte le nom , est armé de deux cornes comme un taureau. Il y en a de plusieurs espèces; il ne devient jamais grand. Le porc-épîc est tout hérissé de longs piquans. Le p<^pe, qui rampe dans les flaques d'eau avec ses sept bras armés de ventouses, change de couleur, vomit l'eau, et tâche de saisir celui qui veut le prendre. Toutes ces espèces , d'une forme si étrange , se trouvent dans les récifs, et ne valent pas grand'chose à manger.

Les poissons de ces mers sont inférieurs pour le goût à ceux d'Europe ; en revanche , ceux d'eau douce sont meilleurs que les nôtres. Ils paraissent de même espèce que ceux de mer. On distingue la lubine, le mulet et la carpe, qui diffère de celle de nos rivières; le cabot , qui vit dans les torrens , au milieu des rochers , où il s'attache avec une membrane concave et des chevrettes fort grosses et fort délicates. L'anguille est coriace , c'est une espèce de congre. D y en a de sept à huit pieds de long , de la grosseur de la jambe. Elles se reUrent dans les trous des rivières, et dévorent quelquefims ceux qui ont l'imprudence de s'y baigner.

Il y a des homards ou langoustes d'une grandenr prodigieuse. Ils n'ont point de grosses pâtes. Us s^ bleus , marbrés de blanc. J'y ai vu mie petite espèce de homard d'une forme charmante : il était d'im bleu céleste, et .avait deux petîtet pâtes divisées en deux articulations, à peu près comme un couteau dont la lame se replierait dans

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M rainure: il saJsissaii sa proie comme s'il était mandiol*

n y a une très-grande variété de ci'abes. Voici ceux qui m'ont paru les plus remarquables.

Une espèce toute raboteuse de tubercules et de pmntes comme un madrépore ; une autre qui porte sur le dos l'empreinte de cinq cachets rouges; celui qui a au bout de ses serres la forme d'un fer à cheval; une espèce, couverte de poils, qui n'a point de pinces et qui s'attache à la carène des vaisseaux; un crabe marbré de gris, dont la coque, quoique lisse , est foit inégale : on y remarque beaucoup de figures inégales et bizarres , qui cependant sont constamment les mêmes sur chaque crabe; celui qui a ses yeux au bout de deux longs tuyaux comme des télescopes : quand il ne s'en sert point , il les couche dans des rainures le long de sa coquille; l'araignée de mer; un crabe dont les pinces sont rouges, et dont une est beaucoup plus grosse que l'autre; un petit crabe, dont la coquille est trois fi>is plus grande que lui : il en est couvert comme d'un grand bouclier; on ne voit point ses pâtes quand il marchv

On trouve en plnsirars endroits, le long du rivage , à quelques pieds sous l'eaa , une multitude de gros boudins vivans, roux et noirs. En les tirant de l'eau, ils lancent une glaire blanche et épaisse, qui se change dans le moment en un paquet de fils déliés et glutineux. Je crois cet animal l'ennemi des crabes , parmi lesquels on le rencontre. Sa glaire visqueuse est très-propre à embarrasser leurs pâtes, qui d'ailleurs ne sauraient avoir de prise sur son cuir élastique et sur sa forme cylindrique. Les matelots lui donnent un nom fort grossier, qu'on peut rendre en latin par meniula monachi. Les Chinois en font grand cas , et le regardent comme un puissant aphrodisiaque.

Je crois qu'on peut mettre au rang des poissons à coquille une masse informe, molle et membraneuse, au centre de laquelle se trouve un seul os plat, un peu cambré. Dans cette espèce, l'ordre commun parait renversé : l'animal est au dehors, et la coquille au dedans.

Il y a plusieurs espèces d'oursins. Ceux que j'ai ^ns et péchés sont : un oucsin violet à très-longues pointes ; dans l'eau , ses deux yeux brillent comme deux grains de lapis; j'ai été vivement piqué par im d'eux. Un oursin gris à baguettes rondes cannelées. Un oursin à baguettes obtuses et à pans, marbré de blanc et de violet; cette espèce est fort belle; il y en a de gris. L'oursin à cul d'artichaut sans pointe; il est rare. L'oursin commun à petites pointes; il ressemble à une châtaigne couverte de la coque. Ces animaux se trouvent dans les cavi-

tés des rochers et des madrépores, où ib se tiennent à couvert du gros temps.

J'entre ici dans une matière fort abondante , où il est difficile de mettre quelque ordre. Celui de d' Argenville ne me plait point , parce que beaucoup d'espèces ne sont pas à leur place.

Il en est de même de toutes les classes de l'histoire naturelle. Les familles , qui se croisent sans cesse, se confondent dans notre mémoire. Toutes les méthodes étant défectueuses , j'aime mieux en imaginer une pour ce genre , qu'on peut appliquer à tous les autres.

Je mets au centre l'être le plus simple, et de là je lire des rayons sur lesquels je range les êtres qui vont eu se composant. Ainsi le lépas , qui n'est qu'un petit entonnoir qui se colle contre les rochers, est le centre de mon ordre sphérique. Sur un des rayons, je mets l'oreille-de-raer, qui forme déjà un bourrelet sur un de ses bords; ensuite les rodiers , dont la volute est tout-à-fait terminée. En disposant de suite les nuances de toute cette femille, auctm individu ne m'échappe.

Je suppose ensuite que le lépas se termine en longue pyramide, conune il s'en trouve en effet. Je fais partir un autre rayon , sur lequel je dispose les vermiculairesquise tournent en spirale, comme les nautiles , les cornes d'Anunon, etc.

Il se trouve des lépas qui ont un petit commencement de spirale en dedans : j'aurai une autre ligne pour différentes espèces de tonnes ou de limaçons.

^ Il y a des lépas qui ont un petit talon à leur ouverture : je tire de là l'origine des bivalves les plus simples.

Si je trouve des espèces composées, qui n'appartiennent pas plus à un rayon qu'à l'autre , je tire une corde des deux individus analogues : cette corde devient le diamètre d'une nouvelle sphère, et ma nouvelle coquUle en sera le centre.

On peut étendre, ce me semble, ce système à tous les règnes; et si nos cabinets ne fournissent pas de quoi remplir tous les rayons et toutes les cordes qui communiquent à ces rayons , on connaîtra peut-être par là les femilles qui nous manquent : car je [^ense que la nature a feit tout ce qui était possible, non-seulçment les chaînes d'êtres entrevues par les naturalistes, mais une infinité d'autres qui se croisent ; en sorte que tout est lié dans tous les sens , et que chaque espèce forme les grands rayons de la sphère universelle, et est à la fois centre d'une sphère particulière.

Revenons à nos coquilles. On trouve à File de France un lépas uni et aplati; le lépas étoile; le lépas fluviatile , qui, conune toutes les coquilles île

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ces rivières, esl couvert d'une peau noire; Toreillede-nier , bien nacrée en dedans ; une espèce de coquille blanche, dont le bourrelet est encore plus contourné.

Le vermiculaire , qui nVst qu*un tuyau blanc qu'on croit un fragment de Tarrosoir; une grande espèce qui traverse , en serpenlanl , les madrépores ; le cornet de Saint-Hubert , petit vermiculaire blanc, tourné en spirale détachée, et divisé inlé- ,rieurement par cloisons, comme le nautile ; le nautile papyracé; le nautile ordinaire, dont la coupe ofTre une si belle volute.

Dans les limaçons, les uns restent fixés aux rochers et ont la coquille encroûtée; les autres voyagent et ont la coquille lisse.

Dans les premiers, on trouve la bouclie-d*argent simple : lorsiiu'oki la dépouille de sa croûte , elle surpasse en beauté Targent bruni; une bouched'argent épineuse ; la bouclie-d'or, dont la nacre est jaune; le limaçon fluviatile, qui, sous sa [teau noire , cache une belle couleur de rose rayée de point de Hongrie; le limaçon fluviatile à pointe, qu'on trouve dans plusieurs niisseaux; la conque persique ou de Panama , qui doime une liqueur propre à teindre en pourpre; un limaçon aloiigé^ marqué à sa bouche de pomts noirs; la bécasse, dont le bec allongé est garni d'épines ; la tonne ronde , grosse coquille émaillée de jaune ; la tonne allongée ou l'aile-de-perdrix : ces deux espèces ont une surpeau.

Dans les limaçons voyageurs , la nérite cannelée, la nérite hsse, avec des rubans ou roses, ou gris, ou noirs, de toutes les nuances : il y en a une variété prodigieuse. La harpe , la plus belle, à mou gré, des coquilles, par sa forme, ses l)andes, la beauté de sa pâle et l'éclat de ses couleurs ; la har|»e avec des pointes ; le même limaçon que nous vîmes près des Açores, qui donne une eau purpurine; l'œuf-de-pintade marbré de bleu. 0:i peut bien mettre à la suite deux coquilles de terre , le limaçon et la lampe antique, couverte d'une peau brune. ^Dans les rouleaux, une olive commune; une belle olive qui ressemble pour les nuances au velours de trois couleurs ; la noire est la plus estimée : j'en ai vu de cinq pouces de longueur. Une petite olive plus évasée; le rouleau commun, piqueté de rouge; le rouleau blanc; le rouleau piqueté de points noirs : ces trois espèces ont une surpeau couverte de poil. Le drap-d'or; le tonnerre , dont la coque est mince : il est rayé de faisceaux en zig-zag. La' poire; un rouleau couvert de peau , ainsi que la poire : sa bouche a une échaucrure, elle est d'un beau ponceau. L'oreille-de- Midas encroûtée, mais sa bouclie «st d'un beau

vernis; lo grand casque, dont les éouleiin dont aurore; le casque blanc truite, il est petU; leioorpion couvert de peau avec ses sept crochets ; Faraignée , grande et belle co(|uille à lèvres violettes , aveO sa bouche garnie de pointes.

Dans les porcelaines , il y en a une espèce commune d'un rouge brun à dos d'âne ; celle qui est tigrée; hi cartc-de-gé<^raphie , elle est rare; l'œuf, d'un blanc de faïence, dont la bouche est jaune ou rouge; le lièvre, d'une belle couleur fauve rembrunie ; l'olive-de-roclie , dont la coquille est très-fragile.

Dans les vis , la vis simple tmitée , elle est fort allongée ; une vis aussi belle , dont la spirale est accompagnée d'une moulure; l'enfant-en-maillot, plus renflée; une vis aussi grosse, appelée la ailotte de Suisse : son vernis et ses couleurs sont très-belles; une petite vis avec une espèce de bec « on la trouve toujours percée d'un trou; une autre à dos d'âne, également percée; le fuseau blanc, il est rare; le fuseau tacheté de rouge; la mitre maritiiiie, marquée des mêmes taches; la mitre fluviatile , couverte d'une pe«a noire.

On remarque , comme une chose en effet trèssingulière , cpie toutes les uni valves sont tournées de gauche à droite, en observant la coquille couchée sur sa bouche, la pointe tournée vers soi. Il n'y a d'exceptées que peu d'espèces très-rares. Quelle loi a pu les décider à commencer leur volute du même côté ? Serait-ce la même qui a fiiit tourner la terre d'occident en orient? En ce cas, le soleil pourrait bien en être la cause, comme il est celle de leurs couleurs, qui sont d'autant plut belles qu'on approche plus de la ligne.

J'ai lu ce qu'on a écrit sur la formation des coquilles, et je n'y entends rien. Par exemple, le scorpion, qui a des crochets fort allongés ,, augmente sa coquille tous les ans. Les anciens crochets lui deviennent inutiles, il en Ibnne de nouveaux. Qu'a-t-il fait des autres? De même, la porcelaine a une bouche épaisse , et est taillée de manière qu'elle ne peut augmenter ses révokitioa<i sur elle-même, si elle ne {larvient à détruire les obstacles de son ouverture. Je soupçonnerais que ces animaux ont une liqueur propre à dissobdre les murs du toit qu'ils veulent agrandir; et si ce dissolvant existe , il me semble qu'on pourrait l'employer contre la pierre (jui se forme dans la vessie d'humeurs glutineusos, comme la premièi'e matière des coquilles.

Dans les bivalves sont": l'huitre commune qui se colle aux rochers, et d'une forme si baroque, qu'on ne peut l'ouvrir qu'à coups de marteau : elle esl lionne à manger; une espèce qu'on nomme

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. à caisse de sa forme ; ane battre qni ne ■ni de celle cTEiirope; une huitre grise ;lie à la carène des vaisseaux, et dont Tétrè»-fine et très-elastiqae : elle est rare; leriière, blanche, plate, épaisse et fort rie se trooTe loin de terre ; die est la e celle d'où Ton tire les perles; uneaulre Tlière encore plus aplatie, d'un violet e s'attache avec des fils comme la moule ; mmane au port du sud-est; on la trouve ndmre des rivières; ses perles sont vio-

trouve communément Fhultre appelée la i Fespèce de celles qui servent de béniliot-Sulpice. Cest peut-être le plus grand e de la mer ; on en voit aux Maldives que vU traîneraient difficilement. Il est bien loe celte huître se trouve fossile sur les Normandie, où je l'ai vue.

encore une espèce d'huitre grise et mince mble beaucoup à la selle polonaise; l'iiulose, qui se trouve dans les coraux ; la {te- ^noD , dont je n'ai vu que des coquilles pcs.

1 trois ci^pèces de moules : elles ne sont ni i ni communes; elles ressemblent pour la dail de la Méditerranée , et se logent dans de madrépores; une moule blanche à coiqne, qui se trouve incorporée avec les : c'est une nuance intermédiaire entre lèces. Si jamais je fois un cabinet, elle aisément sa place par ma méthode.

;he-d'arnies se rapproche des moules ; elle 3omme le fer d'une liache, une pointe d'un tranchant de l'autre ; elle est armée d'as- ; elle n'a ni cuir ni charnière , mais im Hastique.

es pétoncles : Tarche-de-Noé , dont les exse relèvent comme la poupe d'un bateau ; strié et cannelé d'une forme bien régucœnr-de-b(Puf , dont un côté est inégal ; Ile , ses cannelures paraissent s'entrelacer ; dont les stries sont formées par des arcs ï qui se croisent; une pétoncle commune: Qe est mince, elle est en dedans teinte en ne antre fort jolie et rare , dessinée en deome un point de Hongrie; le peigne; le -ducal , qui a de belles couleurs aurores, apparence que les coquillages ne vivent cflTSffirque les autres animaux. On en leaucoup de débris surîtes rivages. L^eux taoeni entiers sont toujours percés. Je me aavou* vu un limaçon armé d'une dent dont il se sert pour percer la coquille des

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raoales; Q se trouve au détroit de Magdlan;' l'appelle bargau armé.

Four avoir de beaux coquillages, il fout les pêcher vivans. Les espèces dont la robeest nette vivent sur le saUe, où elles s'enfouissent dans les gros temps; les autres se collent aux rochers. Les moules se nichent dans les branches des madrépores , où elles multiplient peu. Si elles frayaient en liberté sur les rochers Y comme en Europe , les ouragans les détruiraient.

Il y a beaucoup dindustrie et de variété dans la charnière des coquilles ; nos arts pourraient y profiter. Les huîtres n'ont qu'un peu de cuir, ma» elles font corps avec le rocher; les moules ont une peau élastique très-forte; la liache-d'armes n'a qu'un pli; les cœurs, s'ils sont réguliers, ont' 4 leur charnière de petites dents qui premient Tune dans l'autre ; si un de leurs côtés s'étend en aile y la charnière est plus considérable du côté où le pcÀis est le plus fort, et les dents qui la forment sont plus grosses; on entrevoit dans leurs courbes une géométrie admirable.

L'île de France est tout environnée de madrépores. Ce sont des végétations pierreuses de la forme d'une plante on d'un arbrisseau; elles sont en si grand nombre que les écueils en sont entièrement formés.

Je distingne ceux qui ne tiennent point au sol , ei ceux qui y sont attachés.

Dans les premiers sont : le champignon, qui paraît composé de feuillets ; le plumet , qui est de la même espèce; le plumet à trois et à quatre branches; le cerveau de Neptune.

Dans cenx qui tapissent le fond de la mer, et qui semblent y tenir par leurs racines, sont : le choufleur; le chou , qui , par le port et les feuilles, ressemble beaucoup à ce végétal : il est de la grande espèce , ainsi qu'un madrépore dont les étages forment une espèce de spirale; il est très-fragile; un autre, qui ressemble à un arbre par sa tige élancée et la masse de ses branches; une espèce trèsjolie que j'appelle la gerbe : elle semble formée de plusieurs bouquets d'épis de blé; le phiceau ou l'œillet : an centre de chaque découpure, on remarque un peu de vert; une espèce commune, ramassée en touffe comme une plante de réséda avec ses cônes de fleurs ; un madrépore très-joli , croissant de la forme d'une île avec ses rivages et ses montagnes; un autre qui ressemble à une congélation; ime espèce dont les feuillages sont digités comme ime main; le bois-de-cerf, dont les cornichons sont très-détachés et très-fragiles; la rucheà-miel, grande masse sans forme dont toute la surface est régulièrement trouée; le corail d'un

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bleu pâle, qui est rare : en dedans il est d'un bleu *plus foncé; un corail articulé blanc et noir, qui tient un peu du corail rouge, qu'on n'a point encore trouvé ici; des végétations coralines bleues, blanches, jaunes, rouges, si fragiles et si découpées qu'on ne peut en envoyer en Europe.

Dans les lithophytes : une plante semblable à une longue paille, sans feuillage, sans nœuds et sans boutons; une végétation semblable à une petite forêt d'arbres : leurs racines sont fort entrelacées, chacun d'eux a un petit bouquet de feuilles : la substance de ce lithophyte tient de la nature du bois, et brûle au feu comme lui; il est cependant dans la classe des madrépores.

J'ai vu trois espèces d'étoiles marines qui n'ont rien de remarquable. On trouvait autrefois de l'ambre gris sur la côte : il y a même un Ilot au vent qui en porte le nom. On en apporte quelquefois de Madagascar.

On ne doute pas aujourd'hui que les madrépores ne soient l'ouvrage d'une infinité de petits animaux, quoiqu'ils ressemblent absolument à des plantes, par leur port, leur tige, leurs branches, leurs masses, et même par des fleurs de couleur de pêcher. Je me rends à l'expérience avec plaisir, car j'aime à voir l'univers peuplé. D'ailleurs , je conçois qu'un ouvrage régulier doit être fiit par quelque agent qui a une portion d'ordre et d'intelligence. Ces végétations ressemblent tellement aux nôtres, la matière à part, que je suis même trèsporté à penser que tous nos végétaux sont les fruits du travail d'une multitude d'animaux vi?ant en société. J'aime mieux croire qu'un arbre est une république qu'une machine morte, obéissant à je ne sais quelles lois d'hydraulique. Je pourrais appuyer cette opinion d'observations assez curieuses. Peut-être un jour en aurai-je le loisir. Ces recherches peuvent être utiles; mais quand elles seraient vaines, elles détournent notre curiosité, avide de connaître et de juger ; elles l'empêchent de se jeter, faute d'aliment, sur tout ce qui l'environne; ce qui est la cause première de nos discordes. Nos histoires souvent ne sont que des calomnies, nos traités de morale des satires , et nos sociétés des académies de médisance et dVpigrammes. Après cela, on se plaint qu'il n'y a plus d'amitié et de confiance, conune s'il pouvait y en avoir entre des gens qui ont toujours une cuirasse sur le cœur et un poignard sous le manteau.

Ou parlons peu, ou faisons des systèmes. Tradidit mundum dispuiationihus, IMsputons donc, mais sans nous fAcher.

An Port-Louit dp l'Ile de France, ce 12 janvier 1709.

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