‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 35 sur 213 · VOYAGE A PIED AUTOUR DE L'II · texte numérisé non relu

VOYAGE A PIED AUTOUR DE L'II

Un oflfider m'avait proposé de foire |e tour de rUeàpied; mais, qodquesjoursavant le départ, il s'excusa : je résolus d'exécuter seul ce projet.

Je pouvais compter sur Côte, ce noir du roi qui m'avait déjà accompagné; il était petit, suivant la signification de sou nom , mais il était très-robuste. C'était un honmie d'une fidélité éprouvée, parlant peu , sobre, et ne s'étonnant de rien. /

J'avab acheté un esclave depuis peu , à qui j*avais donné votre nom, comme on bon augure pour lui. n était bien bit, d'une figure intéressante, mais d'une complexion délicate ; il ne parlait point français.

Je pouvais encore compter siu* mon chien pour veiller la nuit, et aller le jour à la découverte.

Conuneje savais bien que je serais plus d'une fois seul, sans gîte dans les bois, je me pourvus de tout ce qne je crus nécessaire pour moi et pour mes gens. Je fis mettre â part une marmite , quelques plats, dix-huit livres de riz, douze livres de biscuit, autant de mais, douze bouteilles de vin, six bouteilles d'eau-de-vie, du beurre, du sucre, des citrons, du sel , do tabac , on pelit hamac de coton , un peu de.lînge , un plan de l'Ile dans un bambou, quelques livres, un sabre, un manteau : le tout oisemble pesait deux cents livres. Je partageai toute ma cargaison en quatre paniers, deux de soixante livres, et deux de quarante. Je les fis attacher an bout de deux forts roseaux. Côte se chargea du poids le plus fort , Duval prit l'autre. Pour moi , j'étais en veste, et je portais un fusil à deux coups, une paire de pistolets de poche, et mon couteau de chasse.

Je résolus de commencer mon voyage par la partie de l'ile qui est sous le vent. Je me proposai de suivre constamment le bord de la mer, afin de pouvoir tracer un système de la défense de l'Ile . et de foire dans l'occasion quelques obsenations d'histoire naturelle.

M. de Chazal s'offrit de m'accompagner jusqu'à sa terre, à cinq lieues de la ville , aux plaines Saint- Pierre. M. le marquis d'Albergati se mit encore de la partie.

Nous partîmes de bon matin le 26 août il 69; nous primes le long du rivage. Depuis le fort Blanc, sur la gauche du port , la mer se répand sur cette grève, qui n'est point escarpée , jusqu'à la pointe de la plaine aux Sables. On a construit là la batterie de Paolmy. Le débarquement serait impossible sur cette plage, parce qu'à deux portées de fusil

VOYAGE A L'ILE DE FKANCK

il y a un banc de récits qui la dér<end nalurellement. Depuis la batterie de Paulmy, le rivage devient à pic; la mer y brise de manière qu'on ne peut y aborder. Quant i la [daine, elle serait impraticable A la cavalerie et à l'artillerie, par la tiuanlilé prodi^euse de roches dont elle est couverte. Il n'y a point d'arbres; on y volt seolemenl cjtielques jnapous et des velouliers : l'escarpement linit à la baie de la petite rivière , où il y a une petite batterie.

Kous trouvâmes là un homme de mérite trop j>eu emplof^ , AI. de Séligny, chez lequel nous dînâmes. 11 nous fit voir le plan de la machine avec faqiielle il traga un canal au vaisseau U JVeptiute, <3clioiié dans l'ooragan de 1 760. C'étaient deux râteaux de fer mis en action par deux ^ndes roues ■ portées snr des barques : ces roues augmentaient leur eiïet en agissant sur des leviers supportés par des radeaux.

Nous vîmes un moulin à coton de son invention ; l'eau le faisait mouvoir. Il était composé i)'une nmltilude de petits cylindres de métal posés [«rallëlement. Des en&ng présentent le colon à deun lie ces cylindres, le coton passe et la graine reste. Ce même moulin servait à entretenir le vent d'une forge, A battre des grains et à faire de fbuile. Il nous apprit qu'il avait trouvé une veine de charbon de terre , un lllon de mme de fer, une bonne terre à faire des creusets, et que les cendres des songes, espèce de nympliiea, bi-illées avec du charbon, donnaient des verres de différentes couleurs. Nous quittâmes l'après-midi ce citoyen utile et mal récompensé.

Nous suivîmes un sentier qui s'éloigne du rivage d'une portée de fusil. Nous passâmes ù gué la rivière Belle-Jle, dontl'embouchureest fort encaissée. A un quart de Ueue de là ou entre dans un bob qui conduit à l'habitation de M. de Cliazal. Ce terrain, qu'on appelle tes plaines Saint-Pierre, est encore plus couvert de rodiers que le reste de la route. En plusieurs endroits nos noirs étaient oldigés de mettre bas leurs charges et de iwus donner la mam pour grimper. Une demi-heure avant d'arriver, Duval, ne pouvant plus supporter sa charge, la mit lus. Nous nous trouvâmes (brt embarrassés, car il faisait nuit, et les autres noirs avaient pris les devans. Comment le retrouver au milieu des herbeset des bois? J'allumai du feu avec mon fusil, et nous l'entretînmes avec de la paille et des branches sèches; après quoi nous laissâmes là Duval, et lorsque nous fûmes arrivés ù la maison , nous envoyâmes des noirs le chercher avec ses paniers. Toute la côte est fort escarpée depuis la petite rivière jus()u'aux plaines Saint-Pierre. Nos curieux

avaient trouvé dans les rochers b pourpre de Panama , ta boucbe-d'argent , des oériles et des oursins â longues pointes. Snr le sable on ne trouve que des débris de cames, de rouleaux et de grappes de raisin , espèces de coraux.

Nous avions marché dnq benres le matin et quatre lieures l'après-midi.

DU 27 AODT 1769.

Nous nous reposâmes tout le jour. Tout ce terraùi pierreux est assez propre A la culture du coton, dont cependant le fU est court. Le café y est d'une bonne qualité, mai:! d'un faible rapport, comme dans tous les endroits secs.

I Mes compagnons voului'ent m'accmnpagner jus- I qu'à la dinée; nous nous mimes en roule i boit I lieures du malin.

Nous passâmes d'abord la rivière du DragM) à gué, ensuiie celle du Oaiet de la même manière. La cùle cesse là d'être escarpée, et nous eilmes le plaisir de marclier sur le sable le long delà mer, (Uns une grande plaine qui mène jnsqu'i l'anse du Tamarin : elle peut avoir un quart de Ueoe de largeur, sur plus d'une lieue de longueur. D n'y croit . rien. On pourrait, ce me semble, y planter des cocotiers , qui se [riaisent dans te sable. A droite , il y a un ruissean de mauvaise eau qui coule le loug des bois.

Nous trouvâmes , dans des endroits que la mer necouvre plus, des couclies de-madrépores fossiles, ce qui prouve qu'elle s'est éloignée de cette côte. ' Nous dînâmes sur la rive droite de Taose; ensuite nous nous qohtâmes en nous embcusant et nous souhaitant un bon voyage. Nous avions trouvé snr te sable des débris de liarpes et d'^olives très grosses. De la Rivière-Noire il n'y avait plus qu'une pelite Ueue â faire pour aller coudKr dtez H. de Messin. Je passai d'abord à'gué le fond de l'anse du Tamarin, et de là je suivis le bord de la mer avec beaucoup de fatigue : il est escarpé jusqu'A la Rivière-Noira. Je trouvai, le long de ses rochers, beaucoup d'espèces de crabes, et cette espèce de boudin dooti'at parlé.

Le f<»id de l'anse est de sable, et on y poumil débarquer, si ces positions rentrantesn'eiposaïait à des feux croisés. Une batterie â la pointe de sable de la rive droite de la Rivière-Noire y serait fort

■J'obKrvaiquoIioù la mer éule . iDiWpeoduninail d« récib du large, il y a « [crie une espèce d'enIbDMniait ou crhemlu coavert uaUirci. Ou y poniriU mettre du cano». nuia , irant tout . U budralt àe* dwmln).

VOYAGE A L'ILE DE FRANCE

utile. J'avais marché Irob heures le matin, et trob heures raprès-raidi. *

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