DES 6, 7 ET
J'étais enchanté de mon hôte et du paysage que j'avais vu; mais il fout se méfier des Ueux où vient la fleur d'orange : le curé ne buvait que de l'eau , ainsi que ses paroissiens. Il fout souvent un mois^
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VOYAGE A LILE DE FRANCE
de naTÎgatioD poar venir da Port-Louis ; soovent les habitans sont exposés à manquer de tout ce qni vient d'Europe. Je fis part de mes provisions à M. Delfolie; c'était le nom du missionnaire, qni était un fort honnête homme.
Le port du sud-est fut d'abord habité par les Hollandais ; on voit encore un de leurs anciens édifices qui sert de chapelle. On entre dans le port par deux fiasses , l'une à la pointe du Diable pour les petits vaisseaux; l'autre, plus considérable , à côté d'un Ilot, vers le milieu. Il y a deux batteries à ces deux endroits, et une troisième appelée batterie de la Beine , située au fond de la baie.
Si mon indisposition l'eût permis, j'aurais examiné les corps étrangers que la mer jette sur les récifs, pour former quelques conjectures sur les terres qui sont au vent ; mais je pouvais à peine me soutenir; la peau de mes jambes tomba même entièrement.
Voici les observations que je pus recueillir.
Les baleines entrent quelquefois daa< le port du sud-est , ou il serait aisé de les harponner. Cette côte est fort poissonneuse , et c'est l'endroit de l'Ile où l'on trouve les plus beaux coquillages , entre autres des olives et des vis. On me donna quelques huîtres violettes de l'embouchure de la rivière de la Chaux , et une espèce de cristallisation que l'on trouve au fond du lit de la rivière Sorbes, qui en est voisine.
Je vis pendant trois nuits une comète qni parais^ sait depuis quinze jours. Son noyau était pâle et nébuleux, sa queue blanche et très-étendue, les rayons en dbergeaient peu. Je dessinai sa position dans le ciel , an-dessous des Trois Rois. Sa route était vers l'est, et sa queue dirigée à l'ouest. Le 6, à deux heures et demie du matin , elle me parut élevée de plus de 50 degrés sur l'horizon. Je ne pus rendre mon observai ion plus précise faute d'instrument.
Je trouvai ici l'air d'une fraîcheur agréable , la campagne belle et fertile ; mais ce bourg est si désert, que dans un jour je ne vis passer que deux noirs sur la place publique.
Je me sentais assez rétabli pour continuer ma route dans des lieux habités. Je fixai ma couchée à quatre lieues de là, à l'embouchure de la grande rivière qui est nn peu plus grande que celle qni porte le même nom , près du Port-Louis.
Noos partîmes à six heures du matin , en suivant le rivage qni est déconpé d'anses on croissent des Riangliers. Il est probable que la mer en a apporté
les graines de qnelqoe terre plos an vent Nous longions sur la gauche une chahie de montagnei élevées, couvertes de bois. La campagne est coupée de petites collines couvertes d'une herbe fraîche; ce pays, où Ton élève beaucoup de bestiaux, est agréable à voir, mais fiitigant à parcourir.
Après avoir marché deux lieues, nous vîmes sur une hauteur une bdle maison de pierre. Je m'y arrêtai pour m'y reposer; elle appartenait à nn riche habitant appelé U V^''''. Il éuit absent. Sa femme était une grande créole sèche, qni allait nupieds suivant l'usage du canton. En entrant dans l'appartement , je la trouvai au milieu de cinq on six filles, et d'autant de gros dogues qui voulurent étrangler mon chien ; on les mit à la porte , et madame de La V^*^^ y posa en faction une négresse nue, qui n'avait pour tout habit qn'nne mauvaise jupe. Je demandai à passer le temps de la ch^eor. Après les premiers complimens, nn des chiens trouva le moyen de rentrer dans la salle , et le vacarme recommença. Madame de La V^^ tenait à la main une queue de raie épineuse ; efle en lâcha un coup sur les épaules nues de Fesdave qui en furent marquées d'une longue taillade , et un revers sur le mâtm qui s'enfuit en huriant.
Cette dame me conta qn'dle avait manqué de se noyer en allant en pirogue harponner la tortue ^ sur les brisans. Elle allait dans les bois à la chasse des marrons noirs ; elle s'en faisait honneur ; mais elle me dit que le gouverneur lui avait reproché de chasser le cerf, ce qui est défendu; ce reproche l'avait outrée : « J'eusse nàea^ aimé , me dit-elle, » qu'U m'eût donné un coup de poignard dans le «ciBur. »
A quatre heures après midi , je quittai cette Bellone qui chassait aux hommes ; nous coupâmes par un sentier la pointe du Diable , ainsi appelée parce que les premiers navigateurs y virent, dit-on , varier leur boussole sans en savoir la raison. Nous passâmes en canot l'embouchure de la grande rivière, qui n'est point navigable à cause d'un faane de sable qui la traverse, et d'une cascade qu'elle forme à un demi-quart de lieue de là.
On a bâti sur sa rive gauche une redoute en terre, au commencement du chemin qui mène à Flacque: notis le suivîmes par l'impossibilité de marcher le long du rivage, tout rompu de roches. On rentre ici dans les bois, qui sont très-beaux, et pleins d'orangers. A un quart de lieue de là , je trouvai une habitation dont le maître était absent : je m'y
' arrêtai.
! J'avais marché deux heures et demie le matin ^ et autant l'après-midi.
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NouB suivîmes la grande route de Flaoqoe jusqu'à un quart de lieue au-delà de la rivière Sèclie, que nous passâmes à gué comme les autres; enmite 9 prenant à droite par un sentier , j'arrivai sur le bord de la mer à FAnse d'eau douce, où il y avait un poste de trente hommes.
Nous reprîmes le rivage, qui commence là à èUre praticable. Je passai , sur le dos de Côte, un petit bras de mer assez profond. De temps en temps le sable est couvert de rochers , jusqu'à une longue prairie couverte du même chiendent que j'avais trouvé aux environs de Belle-Ombre. Toute cette partie est sèche et aride; les bois sont petits et maigres, et s'étendent aux montagnes qu'on voit de loin : cette plaine , qui a trois grandes lieues, ne vaut pas grand'chose; elle s'étend jusqu'à un éta- Uissenient appelé les Quatre Cocos. Il n'y a d'autre eau que celle d'un puits saumâtre p^roé dans des rochers pleins de mine de fer.
A près diner , on sentier sur la gauche nous mena dans les bois, où nous retrouvâmes des rochers. Nous arrivâmes sur le bord de la rivière de Flacque, i un quart de lieue de son embouchure : nous la traversâmes sur des planches. Je la côtoyai en traversant les habitations , qui y sont en grand nombre, et je vins descendre au magasin, situé sur la rive gauche. Il y avait un poste commandé par nu capitaine de la légion, appelé M. Gautier, qui m'offrit un gîte.
Je me reposai. Le quartier de Flacque est un des mieux cultivés de Itle : on en tire beaucoup de riz. Il y a une passe dans les récifs qui permet aux ganlettes de venir charger jusqu'à terre.
LE i2.
Mon hôte voulut m'accompagner une partie du chemin; nous fûmes en pirogue jusqu'auprès du poste de Fayette. Presque toute la côte est couverte josque là de roches brisées et de mangliers. Près du débarquement nous vîmes ràr le sable des traces de tortue, ce qui nous fit mettre pied à terre; mais nous ne trouvâmes que le nid. Nous passâmes àgué l'anse aux Aigrettes, bras de mer assez laige. J'étais sur les épaules de mon noir ; quand nous fûmes au milieu du trajet, la mer, qui montait, pensa le renverser : il eut de l'eau jusqu'au cou , et je fts bien mouillé. A quelque distance, nous en trouvâmes une autre appelée l'anse aux Requins. J'y remarquai de larges plateaux de rochers, per-
cés d'un grand nombre de trous ronds d'un pied de diamètre; quelques-uns étaient de la profondeur de ma canne. Je présumai que quelque lave de volcan ayant coulé jadis sur une portion de forêt avait consumé les troncs des arbres et conservé leur empreinte.
Du poste de Fayette à la rivière du Rempart la prairie continue. Ce quartier est encore bien cultivé : nous y dînâmes. Je passai la rivière; ensuite je continuai seul ma route jusqu'au-delà de la* rivière des Gtronniers. Le soleil baissait déjà à l'horizon , lorsque je rencontrai un habitant qui m'engagea foit honnêtement à entrer chez lui ; cet honnête homme s'appelait le sieur Gole.
Il m'offrit, le matin, son cheval pour me rendre à la ville, dont je n'étais plus éloigné que de cinq lieues. J'aurais bien voulu achever le tour de rile , mais il y avait quatre lieues de pays inhabité où l'on ne trouve pas d'eau. D'ailleurs , de la pointe des Canonniers, je connaissais le rivage jusqu'au Port.
J'acceptai l'offre de mon hôte. Je partis de ce quartier qu'on appelle la Poudre-d'Or , à cause , dit-on , de la couleur du sable , qui me parut blanc conune ailleurs. Je passai d'abord la rivière qui porte le nom du quartier. J'entrai ensuite dans de grands bois; le sol en est bon, mais il n'y a point d'eau. J'arrivai au quartier des Pamplemousses : les terres en paraissent épuisées, parce qu'on les cultive depuis plus de trente ans sans les fumer. J'en passai la rivière à gué , ainsi que la rivière Sèche et celle des Lataniers , et j'arrivai le soir an Port.
J'avais trouvé toutes les campagnes en rapport couvertes de pierres, excepté quelques cantons des Pamplemousses.
Je n'ai vu sur ma route aucun monument intéressant. Il y a trois églises dans Tlle : la première au Port-Louis, la seconde au port du sud-est, et la troisième, qui est la plus propre , aux Pamplemousses. Les deux autres ressemblent à de petites églises de village. On en avait construit une au Port-Louis sur un assez beau plan; mais le comble en étant trop élevé , les ouragans ont fait fendre les mura qui le supportent. On s'en sert quelquefois au lieu de magasins , qui sont rares dans l'Ile. La plupart sont construits en bois; c'est une matière qu'on ne devrait jamais employer pour les bâtimens publics, surtout ici, où les poutres ne durent pas plus de quarante ans , quand les carias ne les détruisent pas plus tôt. D'ailleurs , la pierre
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se rencontre parloot , et Tlle est entourée de corail , dont on fait de la clmux. La plus grande difRcalté est aux fondations, où l'on est toujours obligé de faire sauter des roches avec de la poudre; mais, tout compensé, je ne crois pas qu'un bâtiment en pierre coûte ici un tiers plus cher qu'un bâtiment en bois. Celui-ci, il est vrai, est bientôt prêt, mais bientôt ruiné. Les gens pressés de jouir ne jouissent
jamais.
On compte que l'Ile a environ quaranle-cmq lieues de tour. Elle est arrosée d'un grand nombre de ruisseaux fort encaissés : ils sortent du centre de l'Ile pour se rendre à la mer. Quoique nous fussions dans la saison sèche , j'en ai traversé plus de vingt-quatre remplis d'ime eau fraîche et saine. J'estime qu'il y a la moitié de l'Ile en friche, un quart de cultivé , un autre quart en pâturages bons et mauvais.
LETTRE XVIU.