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RÉPONSES AUX OBJECTIONS
fvmble à T intermittence de certaines fontaines qui roulent des montagnes à glaces, et fluent plus abondamment le soir que le matin. On voit encore pourquoi il amve que nos marées du matin sont, en hiver, plus considérables que celles du soir; et pourquoi Tordre de nos marées change an boatde six mois, suivant la remarque de Rouguer ^, qui trouve la chose étonnante , sans en dotmer aucune raison; puisque le soleil étant alors au pôle sud, les effets des marées doivent être opposés, comme les causes qui les produisent.
Mais voici les concordances entre la mer et les pôles encore plus étendues et pjus frappantes. CTest aux solstices qu'arrivent les plus basses marées de Tannée ; ce sont aussi les temps où il y a le plus de glaces sur les deux pôles , et par conséquent le moins d'eau dans la mer. En voici la raison. Le solstice d'hiver est , par rapport à nous , le temps du plus grand froid ; il y a donc alors sur notre pôle et sur notre hémisphère le plus grand volume de glace possible. C'est à la vérité , le solstice d'été pour le pôle sud; mais il y a peu de glaces fondues sur ce pôle, parce que l'action de la |>lus grande dialeur ne s'y fait sentir, comme chez nous , que lorsque la terre a une oiialeur acquise, jointe à la clialeur actuelle du soleil ; ce qui n'arrive que dans les six semaines qui suivent le solstice d'été , qui nous donnent à nous autres , dans notre été y les jours les plus chauds de Tannée, que nous appelons jours caniculaires.
C'est aux équinoxes , au contraire , qu'arrivent les plus grandes marées. Ce sont aussi les temps où il y 1 le moins de glaces sur les deux pôles, et, par conséquent , le plus grand volume d'eau dans la mer. A Téquinoxe de septembre, la plus grande partie des glaces de notre pôle, qui a supporté toutes les chaleurs de Tété, est fondue, et celles du pôle sud commencent à fondre. Vous remarquerez encore que les marées de Téquinoxe de mars sont plus considérables que celles de septembre, parce qne c'est la fln de Tété du pôle sud , qui a beaucoup plus de glaces que le nôtre , et qui donne par conséquent à l'Océan un plus grand volume d'eau. H a plus de glaces, parce que le soleil est six jours de moins dans son hémisphère que dans le nôtre. Si Ton me demande maintenant pourquoi le soleil ne partage pas également sa chaleur et sa lumière aux deux pôles, j'en laisserai cliercher la cause aux savans ; mais j'en attribuerai la raison à la booCé divine, qui a voulu partager plus favorablement la partie du globe qui contient le plus grand
' Boiigner. Traite df in Narigation , p. 132.
espace de terre et le plus grand nombre d'habilans.
Je ne dirai rien de l'intermittence de ces cCfusions polaires , qui donnent sur nos côtes deux flux et deux reflux , à peu près dans le même temps que le soleil, faisant le tour du globe sur notre hémisplière , écliauffe alternativement deux conlinens et deux mers , c'est-à-dire dans l'espace de vingt-quatre heures, pendant lesquelles son influence agit deux fois, et est deux fois suspendue. Je ne {parierai pas non plus de leur retard , qui est de près de trois quarts (Theure d'une marée à l'antre , et qui semble réglé par les différens diamètres de la coupole polaire de glace , dont les bords, fondus par le soleil , diminuent et s'éloignent de nous cliaque jour, et dont les effusions doivent par conséquent mettre plus de temps à venir à la ligne , et à revenir de la ligne à nous ; ni des autres rapports que ces périodes du pôle ont avec les pliases de la lune , surtout lorscfu'elle est pleine ; car ses rayons ont une chaleur évaporante, comme Tont démontré les dernières expériences faites à Rome et à Paris : il me faudrait rapporter une suite d'observations et de faits cpii me mèneraient trop loin.
Je m'engagerai encore bien moins à parler des marées du pôle austral , qui , dans Tété de ce pôle, en pleine mer, viennent immédiatement du sud et du sud-ouest par grosses luHiles, comme l'éprouva le Hollandais A bel Tasman, en janvier et février ^692; et de leur irrégularité sur les côtes de cet hémisphère , telle que sur celles de la Nouvelle- Hollande, où Dampier, dans le mois de janvier ^1688, éprouva, à son grand étonnement, que la plas grande marée, qui venait de Test-quart-nord, n'an-iva que trois jours après la pleine lune, et où les gens de son équipage , consternés, crurent pendant plusieurs jours que leur vaisseau, qu'ils avaient échoué sur le rivage pour le radouber , y resterait, foute de pouvoir être remis à flot '^. Je ne dirai rien de celles de la Nouvelle-Guinée, où, vers la fin d'avril, le même voyageur en rencontra, au contraire, plusieurs dans une seule nuit, qui s'étendaient à Topposite des nôtres, du nord au sud , et venaient de Touest par refrains très-rapides, tumultueux , et précédés de grandes houles qui ne brisaient pas; ni du peu d'élévation de ces marées sur la côte du Brésil et dans la plupart des Iles de la mer du Sud et des Indes orientales, où elles ne montent qu'à 5,6,7 pieds, tandis qu'Ellis les a trouvées de 25 pieds à l'entrée de la baie d'Iludson, et le clievalier Narbrough , de 20 pieds à l'entrée
* k'oyagt dr Ditmpifr, Iraité des vents cl <le« marées, p. SW et S79.
ÉTUDE QUATRIÈME
do détroit de Magellan. Leurs cmirs vers Féqua- « teiir, dans la mer du Sud ; leurs retardemens et leurs accélérations sur ses rivages; leurs directioas, tantôt orientales , tantôt occi(lentales , suivant li's moussons; enfin leurs ascensions qui augmentent i mesure qu*on s'appix)che du pôle , et qiii diminuent à mesure qu*on s'en éloigne, entre les tro|Hques mêmes, prouvent que leur foyer n'est point sous la ligne. La cause de leurs mouvemens nedépeml point de Tattraction ou de la pression du soleil et de la lune sur cette partie de TOcéan, car ces forces y agiraient sans doute avec la plus grande énei^ie dans des périodes aussi régulières que le cours de ces astres ; mais elle semble dépendre entièrement de la clialeiir combinée de ces mêmes astres sur les pôles du monde, dont les effusions irréguHères , n'étant point resserrées dans l'hémisphère austral , comme dans le nôtre , par le canal de deux continens voisins, produisent, sur les rivages des mers indiennes et oiîentales , des expansions vagues et intermittentes.
Il suffit donc d'admettre ces effusions alternatives des glaces polaires, que l'on ne peut révoquer en doute, pour expliquer, avec la plus grande facilité , tous les phénomènes des marées et des courans de l'Océan. Ces phénomènes présentent, dans les journaux des voyageurs les plus éclairés, une obscurité perpétuelle et une multitude de contradictions , lorsque ces mêmes voyageurs veulent en rapporter les causes à la pression constante de la lune et du soleil sur l'équateur, sans avoir égard aux oourans alternatif des pôles qui se portent vers ce même équateur , à leurs contre-courans , qui, retournant vers les p<Mes, donnent les marées, et aux révolutions que l'hiver et l'été apportent à ces deux mouvemens.
On a supposé , à la vérité , dans ces derniers temps, que la mer devait être lil)re de glaces sous les pôles, d'après cette- étrange assertion que la mer ne gelait que le long des terres; mais cette supposition a été faite par des hommes de cabinet, contre l'expérience des plus fameux navigateurs. Les tentatives du capitaine Cook vers le pôle austral en ont démontré l'erreur. Ce hardi marin n'a jamais pu approclier, au mois de février, dans les jours caniculaires de cet hémisphère, de ce pôle où il n'y a aucune terre, plus près que le 7i ' degré, c'est-à-dire à cinq cents lieues, quoiqu'il eût tourné, pendant l'été , tout autour de sa coupole de glace; encore cette distance ne faisait pas la moitié de l'amplitude de cette coupole , et il ne s'est avancé si loin qu'à la faveur d'une baie ouverte dans une partie de sa circonférence, qui avait partout ailleurs l)eaucoup plus d'étendue. Ces baies ,
on ouvertures, ne se forment dans Jes glaces que par l'influence même des terres les plus voisines, où la nature a distribué des zones sablonneuses, pour accélérer la fusion des glaces polaires dans le temps convenable. Telles sont , pour le dire en |ia$sant, car je n'ai pas le temps de développer ici tous les plans de cette admirable architecture; telles sont, dis-je, ces longues bandes de. sable qui coupent l'Amérique septentrionale, dans la Terre-Magellanique ; et celles de la Tartarie, qui commencent en Afrique an Zara on Désert, et viennent se tenniner au nord de l'Asie. I^es vents portent, en été, les particules ignées dont ces zones sont rem|ilies vers les pôles , où elles accélènent l'action du soleil sur les glaces. Il est aisé de concevoir, indépendamment de l'expérience, que lea sables multiplient la chaleur du soleil par les réflexions de leur^ parties spéculaires et brillantes , et la conservent long-temps dans leurs interstices. Il est certain du moins que les plus grandes ouvertures des glaces polaires se rencontrent toujours dans la direction des vents chauds, et sous l'influence de ces terres sablonneuses, comme je pourrais le démontrer , si c'en était ici le lieu. Mais nous en pouvons voir des exemples sans sortir de notre continent, et même de nos jardins. En Russie , lés rivières et les lacs dégèlent toujours par leurs rivages, et la fusion de leurs glaces s'accélère d'autant plus vite que les grèves sont plus sablonneuses, et (lu'elles se rencontrent, par rapport à elles, dans la direction du vent du midi. Nous voyons les mêmes effets dans nos jardins , à la fin de l'hiver. La glace qui est sur le sable des allées fond d'abonl la première ; ensuite , celle qui est sur la terre; ef , en dernier lieu , celle qui est dans les bassins. La fnsion de celle-ci commence par les bords , et eWf. est d'autant plus de temps à s'achever, que les bassins ont plus d'étendue; en sorte que la partie du milieu de la glace, qui, est la plus éloignée de la terre , est aussi la dernière qui dégèle.
On ne peut donc pas douter que les pôles ne soient couverts d'une coupole de glaces, d'après l'expérience des marins , et d'après la raison natnrelle. Nous avons jeté un coup d'œil sur celle de notre pôle , qui le couvre , en hiver , dans une étendue de plus de deux !nille lieues sur les continens. Il n'est pas aussi aisé de déterminer son élévation an centre et sous le pôle même; mais elle doit y être d'une hauteur prodigieuse.
L'astronomie nous en présente quelquefois dans les cieux une image si considérable , que la rotondité de la terre en parait être notablement altérée.
Voici ce que je trouve, à ce sujet , daas l'An-
RÉPONSES AUX OBJECTIONS
glais Ghikirey *. Ce naturaliste suppose , comme moi, que la terre est couverte déglaces aux pôles, à une telle hauteur , que sa figure en est rendue sensibleiiient ovale. C'est ce qu'il prouve par deu\ observations astronomiques fort cqrieuses. <( Ce qui » m'oblige encore, dit-il, à embrasser ce para- » doxe , c'est qu'il sert admirablement bien à ré- » 80udre une difficulté d'importance qui a fort em- 3» barrasse Tycho-Brahé et Kepler, touchant les 9 édipses centrales de la lune qui se font proche de » l'équateur, comme était celle que Tycho obsen'a » en Tannée ^1588 , et celle que Kepler observa en » l'année 1624 , de laquelle voici comme il parle : » Notandom est banc lunœ eclipsim (instar iUius B qoam Tycbo, anno 1588, observavit lotalemet » proximam centrali), egregie calculum fefellisse; » nam non solùm mora totius lunœ in tenebris bre- » vis fuit, sed et duratio reliqua multo magis; pe- » rinde quasi tellus elliptica esset, dimeUentem » breviorem habeus sub asquatore, longiorem a » polo uno ad alterum. » C'est-à-dire : Il faut re- » marquer que cette éclipse de lune (il entend par- B 1er de celle du 26 septembre 1624), pareille à » celle que Tycho observa en l'année 1588, c'est- B à-dire totale et quasi centrale, me trompa fort B dans ma supputation ; car non-seulement la du- B rée de son obscurité totale fut fort courte , mais B le reste de la durée de devant et d'après l'obscn- B rite totale le fut encore davantage; comme si la B terre était elliptique , et qu'elle eût un diamètre B plus court sous l'éiiuateur que d'un pôle à l'au- B tre.B
Les débris à demi fondus qui se détachent tous les ans de la circonférence de cette coupole, et que l'on rencontre bien loin du pôle flottans sur la mer, vers le 55'' degré , sont si élevés , qu'EUis , Cook , Marlens, et les antres voyageurs du nord et du sud les plus exacts dans leurs récits, les représentent pour le moins aussi hauts que des, vaisseaux à la voile. EUis même, comme nous l'avons dit, n'hésite pas à leur donner 15 à 1800 pieds d'élévation. Us disent unanimement quef ces glaces jettent des lueurs qui les font apercevoir avant d'être gnrrhorjzon. Je rema^gnerM^'cD pa«sânT, gpf nîy aurores boréal^pourraient bien devoir leuxjodr gjogik ie pargilles réflexions des glaces polaires , dont peut-être un jour ôÊTdétêrminièni l'élévation par l'étendue de ces mêmes lumières. Quoi qu'il en soit, Denis, gouverneur du Canada, en pariant des glaces qui descendent du nord, tous les étés, sm* le grand banc de Terre-Neuve, dit qu'elles sont plus hautes que les tours de Notre-Dame, et qu'on
• niMioire naturelle d'Jnglrtene , p. 246 et 247.
les voit de quinze à dix-huit lieues; les navires en sentent le froid à pareille distance. « Elles sont, » dit-il ^, ({uelquefois en si grand nombre , étant » toutes conduites du même vent, qu'il s'est trouvé » des navires allant à terre pour le poisson sec, » qui en ont rencontré de cent cinquante lieues de » longueur et encore plus, qui les ont côtoyées lui » jour ou deux avec la nuit, bon frais, portant » toutes voiles , sans eu trouver le bout. Ils vont » coimne cela tout le long, pour trouver quelque » ouverture à passer leur navire ; s'ils en rencon- » trent, ils y passent comme par un détroit; autrei> ment il faut aller jusqu'au bout pour y passer, » car les glaces barrent le cliemin. Ces glaces-là ne » fondent point, que lorsqu'elles attrapent les eaux » chaudes vers le midi , ou bien qu'elles sont » poussées par le vent du côté de la terre. Il en » échoue jusqu'à 25 et 30 brasses d'eau ; jugez de » leur hauteur, sans ce qui est sur l'eau. Des pé- » cbeurs m'ont assuré en avoir vu une échouée » sur le grand banc , à 45 brasses d'eau , qui avait » bien dix lieues de tour. Il foUait qu'elle eût une » grande hauteur. Les navires n'approchent point » de ces glaces-là ; l'on appréhende qu'elles ne » tournent d'un côté sur l'autre, à mesure qu'elles » se déchargent du côté où elles ont plus de clia- » leur. »
Nous observons que ces glaces sont déjà plas d'à moitié fondues lorsqu'elles arrivent sur le banc de Terre-Neuve , car en effet elles ne vont guère plus loin. C'est la chaleur de l'été qui les détaclie du nord, et elles ne font même tant de chemin au midi qu'à la faveur de leurs écoulemens qui les entraînent vers la ligne, où ils vont remplacer les eaux que le soleil y évapore. Ces glaces polaires ^ dont nos marins ne voient que les lisières et les débris, doivent avoir, à leur centre, une élévation proportionnée à leur étendue. Pour moi, je considère les deux hémisphères de la terre comme deux montagnes qui sont jointes ensemble sous lu ligne, les pôles comme les sommets glacés de ces montagnes, et les mers comme des fleuves qui découlent de ces sonmiets. Si donc nous venons à nous représenter les proportions que les glaciers de la Suisse ont avec leurs montagnes et avec les fleuves qui en découlent, nous pourrons nous former une idée de celles que' les glaciers des pôles ont avec le globe entier et avec l'Océan. Les Cordilières do Pérou, qui ne sont que des taupinières auprès des deux hémisphères, et dont les fleuves qui en sortent ne sont que des filets d'eau auprès de la mer , ont
* Denis , Histoire naturelle de V Amérique septentrionale, t. II, chap. I , p. 44 Pt 4.1.
ÉTUDE QUATRIÈME
des lisières de glaces de vingt à trente lieues de largeur, hérissées à leur centre de pyramides de neige de ^123 ^1500 tui!>es d*clévation. Quelle doit donc être la liauteur, au centre des deux coupoles des glaces polaires qui dut , en hiver, des bases de deux mille lieues de diamètre ! Je ne doute pas que leur épaissejur aux pôles n*y fasse paraître la terre ovale dans les éclipses centrales de lune, comme l'ont obsen'^é Tycho-Brahé et Kepler.
Voici une autre consé<(uence que je lire de celte configuration. Si la hauteur des glaces polaires est capable d'altérer dans lescieux la forme du globe , leur poids doit être assez considérable pour influer sur son mouvement dans l'écliptique. Il y a en effet une concordance très-singulière entre le mouvement par lequel la terre présente alternativement ses deux pôles au soleil dans un an , et les effusions alternatives des glaces polaires, qui arrivent dans le cours de la même année. Voici comme je conçois que ce mouvement de la terre est l'effet de ces effusions. En admettant, avec les astronomes, les lois de l'attraction parmi les astres, la terre doit ceitainement présenter au soleil, qui l'attire, la partie la plus pesante de son globe. Or cette partie la plus pesante doit être un de ses pôles, lorsqu'il est surchargé d'une coupole de glace d'une étendue de deux mille lieues , et d'une élévation supérieure à celle des continens. Mais comme la glace de ce pôle , que sa pesanteur incline vers le soleil , se fond à niesui*e qu'elle s'en approche verliCfilement, et qu'au contraire la glace du pôle opposé augmente à mesure qu'elle s'en éloigne, il doit arriver que le premier pôle devenant plus léger et le second plus pesant , le centre de gravité passe alternativement de l'un à l'autre, et que de ce balancement réciproque doit naître ce mouvement du globe dansl'écliptiquequi nous donne l'été et l'hiver. Il s'ensuit, de cette pesanteur versatile, que notre hémisphère ayant plus de terres que Fliémisphère austral, et étant par conséquent plus pesant, il doit s'incliner plus long-temps vers le soleil; et c'est ce qui arrive en effet , puisque nous avons cinq ou six jours d'été plus que d'hiver. Il s'ensuit encore que notre pôle ne peut perdre son centre de gravité , que lorsque le i)ôle opposé se charge d'un poids de glace supérieur au {loids de notre continent et des glaces de notre hémisphère : et c'est ce qui arrive aussi ; car les glaces du pôle austral sont plus élevées et plus étendues que celles de notre pôle, puisque les marins n'ont pu pénétrer que jusqu'au 7i' degré de latitude sud , tandis qu'ils ont navigué jusqu'au 82*" degré de latitude nord. On peut entrevoir ici une des raisons pour lesquelles la nature a divisé ce globe en deux hémisphères, dont
r un renferme la plus grande partie des terres, etl'autre la plus grande partie des mers, afin que œ mouvement du globe eût à la fois de la constance et de la versatilité. On voit encore pourquoi le pôle austral est placé immédiatement au milieu des mers, sans qu'aucune teire l'avoisine , afin qu*il pât se charger d'un plus grand volume d'évaporations maritimes, et que ces évaporatlons, accumulées en glace autour de lui, pussent balancer le poids des continens dont notre hémisplière est surdiargé.
Ou peut me faire ici une très-forte objection. C*est que, si les effusions polaires occasionaieot le mouvement de la terre dans récliptiqoe, il arriverait un moment où , ses deux pôles étant en équilibre , elle ne présenterait plus qne son éqoateor au soleil.
J'avoue que je n'ai rien à répondre à cette difficulté, si non qu'il faut recourir à nne volonté immédiate de l'Auteur de la nature, qui détruit l'instant de cet éf(uilibre , et qui rétablit le balancement de la terre sur ses pôles par des lois qui nous sont inconnues. Au reste , cet aveu n'affaiblit pas plus la vraisemblance de la cause hydraulique que j'y ap{>]iciue, que celle du princi[)e d'attraction des corps célestes, qui sert à l'expliquer , j'ose dire, avec bien moins de clarté. Cette attraction même interdirait bientôt à la terre toute espace de mouvement , si elle agissait seule dans les astres. Si nous voulons être de bonne foi, c'est à l'aveu d'une intelligence supérieure à la nôtre qu'aboutissent toutes les causes mécaniques de nos système» les plus ingénieux. La volonté de Dieu est VuUimatum de toutes les connaissances humaines.
Je tirerai cependant de cette objection des conséquences qui vont répandre un nouveau jour sur d'anciens effets des effusions polaires, et sur la ' manière dont elles ont pu occasioner le déluge '*.
Si l'on suppose donc l'équilibre rétabli entre les pôles, et que la terre présentât constamment son éqnatenr au soleil , il est très-vraisemblable qu'elle s'embraserait alors. En effet, dans cette hypothèse, les eaux qui sont sous l'équateur étant évaporées par l'action constante du soleil , se fixeraient irrévocablement en glaces sur les pôles , où elles recevraient sans effet les influences de cet astre, qui serait pour elles perpétuellement, à l'horizon. Les continens étant alors desséchés sous la zone torride, et écliauffés par une chaleur qui croîtrait de jour en jour, ne tarderaient pas à s'enflammer. Or, s'il est probable que la terre périrait par le fen si le soleil n'en parcourait pas l'équateur , il ne l'est pas moins qu'elle a dû périr par les eaux lorsque le soleil en parcourait un méridien. Des moyens opposés produisent des effets contraires.
RÉPONSE AUX OBJECTIONS
Nous Tenons de voir que les simples effusions aUenialiTesd*une partie des glaces polaires étaient suffisantes poar renouveler toutes les eaux de rOoéan , opérer tous les pliénomènes des marées , et produire le bodanoemenl de la terre dans l'écliptîqne. Nous les croyons capables d*inonder le globe en entier, si elles venaient à s'écouler toutes à la fois. Remarquez bien que la seule effusion d*une partie des glaces des Cordillères du Pérou suffit, chaque année, pour foire déborder F Amazone, rOrénoque , et plusieurs antres grands fleuves du Nouveau-Monde, et pour inonder une partie du Brésil , de la Guiane et de la terre ferme d'Amérique ; que la fonte d'une partie des neiges des monts de la Lune, en Afrique, occasione, chaque année, les débordemens du Sénégal, contribue à ceux du Nil , et inonde de grandes contrées dans la Guinée et toute l'Egypte inférieure; et que de semblables effets se reproduisent tous les ans par de pareilles causes, dans une partie considérable de l'Asie méridionale, dans les royaumes du Bengale , de Siam , du Pégu et de la Cochinchine , et sur les territoires qu'arrosent le Tigre, FEophrate et beaucoup d'autres fleuves de l'Asie, qui ont leurs sources dans les chaînes de montagnes toujours glacées du Taurus et de l'Imaûs. Qui doutera donc que l'effusion totale des glaces des deux pôles ne suffise pour surmonter les bassins de l'Océan , et submerger les deux contiiiens en entier? L'élévation de ces deux coupoles de glaces polaires, aussi vastes que des océans, ne doit-elle pas surpasser de beaucoup la hauteur des terres les plus élevées , puisque les simples fragmens de leurs extrémités, à demi dissous , sont hauts comme les tours de Notre-Dame , et ont même jusqu'à quinze à dix-huit cents pieds de hauteur au-dessus de la mer? Le territoire de Paris, qui est à quarante lieues du rivage de la mer, n'a pas plus de vingtdeux toises d'élévation au-dessus du niveau des basses marées , et il n'en a pas dix-huit au-dessus des plus hautes. Une grande partie de l'ancien et du nouveau Monde en a beaucoup moins.
Pour moi , si j'ose le dire , j'attribue le déluge universel à l'effusion totale des glaces polaires, à laquelle on peut joindre ceUe des montagnes à glaces, tdles que les CordiUères et le Taurus, qui en ont des chaînes de douze à quinze cents lieues de longueur, sur vingt ou trente de largeur, et sur douze à quinze cents toises d'élévation. On peut y ajouter encore les eaux dispersées dans l'atmosphère en nuages et en vapeurs insensibles , qui ne laisseraient pas de former un volume d'eau très-considérable , si elles étaient rassemblées siir la terre.
BERNARDlir.
Je suppose donc qu'à f époque de ce terrible événement, le soleil, sorti de l'écliptique, s'avança du midi au nord " , et parcourut im des méridiens qui passe par le milieu de l'océan Atlantique et de la mer du Sud. H n'échauffa dans cette route qu'une zone d'eau , tant fluide que gelée , qui , dans la plus grande partie de sa circonférence, a quatre iniUe cinq cents lieues de largeur. Il fit sortir de longues bandes de brouiUards et de brumes , qui accompagnent la fonte de toutes les glaces- de la chaîne des CordiUères , des diverses brandies des montagnes à glaces du Mexique, du Taurus et de l'Imaûs, qui courent, conmie eUes, nord et sud ; des flancs de l'Atlas , des sommets de Ténériffe , du mont Jura , de l'Ida , du Liban , et de toutes les montagnes couvertes de neiges qui se trouvèrent exposées à son influence directe. Bientôt il embrasa de ses feux verticaux la constellation de FOurse et celle de la Croix du sud ; et aussitôt les vastes coupoles de glaces des pôles fumèrent de toutes parts. Toutes ces vapeurs, réunies à celles qui s'élevaient de l'Océan , couvrirent la terre d'une pluie universelle. L'action de la chaleur du soleil fut encore redoublée par ceUe des vents brûlans des zones sablonneuses de F Afrique et de F Asie, qui, soufflant, conmie tous les vents , vers les parties de la terre où Fair était le plus raréfié, se précipitèrent, comme des béliers de feu , vers les pôles du monde , on le soleil agissait alors avec toute son énergie.
Bientôt des torrens innombrables jaillirent du pôle du nord , qui était alors le plus chargé de glaces, puisque le déluge commença le il février, qui est le temps de l'année où l'hiver a exercé tout son empire sur notre hémisphère. Ces torrens sortirent à la fois de toutes les portes du nord , des détroits de la mer d'Anadir, du golfe profond de Kamtschatka, de la mer Baltique , du détroit de Waigats, des écluses inconnues du Spitzbei^ et du Groenland , de la baie d'Hudson , et de celle de Bafiin, qui est encore plus reculée. Leurs eaux mugissantes se précipitèrent en partie par le canal deFocéan Atlantique, bouleverëèrent le foud de son bassin, pénétrèrent au-delà delà ligne; et leurs remous coUatéraux revenant sur leurs pas, repoussés et augmentés par les courans du pôle austral , qui s'écoulaient dans le même temps , étalèrent sur nos rivages la plus effroyable des marées. Ils roulèrent dans leurs flots une partie des dépouilles de l'Océan situé enire l'ancien et le nouveau Monde. Ils étendirent les larges coquillages qui pavent le fond des mers des Iles des Antilles et du cap Vert sur les [daines de la Normandie, et ils portèrent même ceux qui s'attadient
ÉTUDE QUATRIÈME
rliers du délroil de Magellan, jusque dans
impgnes qu'arrose la Saône. Renconlrés par
mrant général du pôle, ils formèrenl, à leur
ifluent, d'horribles contre-marées qui conglomérèrent, dans leurs vasles entonnoirs, les sables, les cailloux et les cor[)s marins en masses de grès tourbillonnées , en collines irrégulières, en rochers pyramidaux, qui hérissent, en plusieurs endroits, le sol de la France et de T Allemagne. Ces deux courans généraux des pôles, venant à se rencontrer entre les tropiques, soulevèrent, du fond des mers , de grands bancs de madrépores , et les jetèrent tout entiers sur les rivages des lies voisines, où ils subsistent encore ".
Ailleurs, leurs eaux, ralenties à Textrémité de leur cours, s'épandirent au scindes terres en vastes nappes, et déposèrent , à plusieurs reprises, en couches horizontales, et les débris et les gluten d*une infinité de poissons , d'oursins , de fucus, de coquillages , de coralloïdes , et ils en formèrent les lits de sable, les pâtes de marbre, de marne, de plâtre et de pierre calcaire, qui font aujourd'hui le sol d'une grande partie de l'Europe. Ciia<{ue couche de nos fossiles fut le résultat d'une marée universelle. Pendant que les effusions des glaces polaires couvraient les extrémités occidentales de notre continent des dépouilles de la mer , elles étalaient sur ses extrémités orientales celles de ia terre même , et déposaient sur le sol de la Chine des lits de terre végétale, de trob â quatre cents pieds de profondeur. Ce fut alors que tous les plans de^la.ftaJjareJT^ Des îles èïïGèrës cïiê
gi^sflptîgLtt'leîl^jdïârgtor^ "blancs^ vinrent s'éciiouer parmi les palmierFSe Ta zone torride; e^ies élépbans ïïeTAfîjcjîjjg'furent roul^Jngfinft dans les sapins de la Sibérie , où l'on retrouve encore lein^ grandes dsâêméïïsrLes vastes plaines de la terre , inondées par les eaux , n'offrirent plus de carrière aux agiles coursiers, et celles de la mer .en fureur cessèrent d'être navigables aux vaisjseaux. En vain l'honmie crut trouver une retraite dans les hautes montagnes : mille torrens s'écoulaient de leurs flancs , et mêlaient le bruit confus de leurs eaux aux gémissemens des vents et aux roulemens des tonnerres. Les noirs orages se rassemblaient autour de leurs sommets, et répandaient une nuit affreuse au milieu du jour. En vain il chercha dans les deux le lieu où devait reparaître l'aurore; il n'aperçut autour de l'horizon que de longues files de nuages redoublés; de pâles éclairs sillonnaient leurs sombres et innombrables bataillons; et l'astre du jour, voilé par leurs ténébreuses clartés, jetait à peine assez de lumière pour laisser entrevoir dans le firmament son dis-
que sanglant , parcourant de nouvelles constellations. Au désoitlre des cieux , l'homme désespéra du salut de la terre. Ne pouvant trouver eu luimême la dernière consolation de la vertu , celle de périr sans être coupable , il diercba au moins à finir ses derniers momens dans le sein de l'amour et de l'amitié. Mais dans ce siède criminel, où tous les sentimens naturels étaient éteints, l'ami rt*poussa sou ami, la mère son enfent, l'époux son épouse. Tout fut englouti dans les ea.tx, dtc^, palais, majestueuses pyramides, arcs de triomphe diargés des tropliées des rois; et vous aussi , qui auriez dû survivre à la ruine même du monde, paisibles grottes, tranquilles bocages, humbles cabanes, asiles de l'innocence! Il ne resta sur la terre aucune trace de la gloire ou du bonlieur des mortels, dans ces jours de vengeance où la nature détruisait ses propres monumens.
De pareils bouleversemens , dont il reste encore une infinité de traces sur la surlace et dans le sein de la terre , n'ont pu, en aucune manière, être produits par la simple action d'une pluie universelle.
Je sais que le texte de FEcriture est formel à cet égard ; mais les circonstances qu'elle y joint semblent admettre les moyens qui , suivant mon hypothèse, opérèrent cette tenible révolution.
Il est dit , dans la Genèse , a qu'il plut siu* toute » la terre pendant quarante jours et quarante » nuits. )> Cette pluie, comme nous l'avons dit, fut le résultat des vapeurs qui s'élevaient de la fonte des glaces, tant terrestres que maritimes» et de la zone d'eau que le soleil parcourait alors a» méridien. Quant au tenue de quarante jours , ce temps nous parait suffisant à l'action verticale du soleil sur les glaces polaires, pour les mettre au niveau des mers , puisqu'il ne faut guère que trois semaines du voisinage du soleil an tropique du cancer , pour fondre ime bonne partie ^ celles de notre pôle. Il ne faut même alors que quelques bouffées de vent de sud ou de sud-ouest pendant quelques jours, pour dégager de glaces la. côte méridionale de la Nouvdle-Zemble , et déboucher le détroit de Waigats , ainsi que l'ont observé Martens, Barents, et d'autres navigateurs du nord.
La Genèse dit, de plus, « que les sources du » grand abîme des eaux furent rompues, et que » les cataractes du cid furent ouvertes. » L'expression de <c sources du grand abîme » ne peut s'appliquer, à mon avis, qu'à une effusion des giaoes polaires, (fui sont les véritables sources de la mer, conrnie les effusions des glaces des montagnes sont les sources de tous les grands fleuves.
RÉPONSE AUX OBJECTIONS
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L'expression de « cataractes du ciel i> désigne aussi , ce me semble, la résolution universelle des eaox répandues dans l'atmosphère, (]ui y sont soutenues par le froid , dont les foyers se détruisaient alors anx pôles.
La Genèse dit ensuite, « qu'après qu'il eut plu » pendant quarante joui^ , Dieu fît soufOer un vent » qui fit disparaître les eaux qui couvraient la » terre. » Ce vent , sans doute , reporta vers les pôles les évaporations de l'Océan , qui s'y fixèrent de nouveau en glaces. La Genèse ajoute ensuite des circonstances qui semblent rapporter tous les effets de ce vent aux pôles du monde; car elle dit : « Les sources de l'abime furent fermées , aussi bien » que les cataractes du ciel , et les pluies du ciel » furent arrêtées. Les eaux , étant agitées de côté V et d'autre , se retirèrent et commencèrent k di- « minner après cent cjmpiante jours *. »
L'agitation de ces eaux a de côté et d'autre » convient parfoitement au mouvement des mers , de la ligne aux pôles, qui devait se faire alors sans aucun obstacle , puisque le globe n'était plus qu'un globe aquatique , et que Ton peut supposer que son balancement annuel dans l'écli^itique , dont les glaces polaires sont en même temps les ressorts et es contre-poids , était dégénéré alors en une titubation journalière, suite de son premier mouvement. Ces eaux se retirèrent donc de TOcéan , lorsqu'elles vinrent à se convertir de nouveau en glaces sur les pôles; et il est remarquable que l'espace de « cent cinquante jours » qu'elles mirent à s'y fixer est précisément le temps que chacun des pôles emploie diaque année à se charger de ses congélations ordinaires.
On trouve encore, à la suite du même récit, des expressions analogues aux mêmes causes. « Dieu dit ensuite à.Noé : Tant que la terre du- 9 rera , la sei»ence et la moisson , le froid et le » ebaud, l'été et l'hiver, La nuit et le jour, iSé ces- » seront point de s'entre-suivre. *'*' » Il ne doit y avoir rien de superflu dans les paroles de l'Auteur de la natore , ainsi que dans ses ouvrages. Le déluge, comme nous l'avons dit, commença le dixseptième jour du second mois de l'année, qui était, chez les Hébreux comme chez nous , le mois de février. Les hommes avaient donc alors ensemencé les terres, et ils ne les moissonnèrent point. Le froid ne succéda point, cette année-là, au chaud, ni réié à l'hiver, parce qu'il n'y eut ni hiver ni froid , par la fusion générale des glaces polaires, qui en sont les foyers naturels; et la nuit , propre-
* Genèse , chap. vnf , v. 2 et 3.
**/J. Cliap. ?iu,T.22.
ment dite , ne suivit point le jour , parce qu'il n'y eut pomt alors de nuit aux pôles , où il y en a alternativement une de six mois; parce que le soleil, parcourant un méridien^ éclairait toute la terre , comme il arrive lorsqu'il est à i'équateur.
J'ajouterai à l'autorité de la Genèse un passage très-curieux du livre de Job *, qui décrit le déluge et les pôles du monde avec les principaux caractères que je viens d'en présenter.
^. 4. UbLaag quando ponebam fnndanM»f^t| t»»!-»? indjca inihi , si babes inteUigeatiam.
5. Quis po6uit mensuras ^us , ti nosti ? vel quto Ceteodit super eamUneam?
6. Super quo bases Utius soUdatx sunt? aut quis demisit lapidcm angularem cijus?
7. Cum mane laudarent simul astra matutlna. et JubiUrent omnes filii Dei?
S. Quis conclusit osUis" mare, quando ertHBpebaUmasi de vulva procedens :
9. Cuin ponereni nubem vesUmeutum ejus, et caligine illud. quasi panais infantis, obvolverem?