‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 67 sur 213 · OBJECTIONS · texte numérisé non relu

OBJECTIONS

voyageur qui ait fait le tour du globe , mais qui est, à mon gré, celui qui l'a le mieux observé, dit, dans son excellent Draité des vents et des maries *^ « que les baies n'ont presque poiut de courans, ou » si elles en ont, ce ne sont que descontre-courans » qui vont d'une pointe à l'autre. » Il cite eu preuve plusieurs observations, et l'on en trouve beaucoup de semblables , éparses dans les autres voyageurs. Quoiqu'il n'ait traité que des courans entre les tropiques, et même avec un peu d'obscurité, nous allons généraliser ce principe, et l'appliquer aux principales baies des continens.

Je réduis à deux courans généraux ceux de l'Océan. Tous les deux viennent des pôles, et sont produits, à mon avis, par la fuçion alternative de leurs glaces. Quoique ce ne soit pas ici le lieu d'eu examiner la cause, elle me parait si naturelle^ si neuve et si curieuse à développer, que le lecteur ne sera pas fâché que je lui en donne, eu passant, une idée.

Les pôles me paraissent être les sources de la mer^comine les montagnes à places sont les sourcfisi {\p^ ^j^cipaux fleuves. Ce sont, ce me semble, les glaces et les neiges qui couvrent le nôtre, (]ui renouvellent, chaque année, les eaux de la mer comprise entre notre continent et celui de l'Amérique, dont les parties saillantes et rentrantes correspondent d'ailleurs entre elles comme les bords d'un fleuve. On peut d'abord remarquer sur une mappemonde , que le bassin de l'océan Atlantique va eh s'étrécissant vers le nord, et en s'élargissant vers le midi; et que la partie saillante de TAfrique correspond à cette grande partie rentrante de l'Amérique, au fond de laquelle est situé te golfe du Mexique, comme la partie saillante de l'Amérique méridionale correspond au vaste golfe de Guinée ; en sorte que ce bassin a, dans sa configuration, les proportions, lessûuiosités, la source et rembouchure d'un canal fluviatile. Obsenons maintenant que les glaces et les neiges forment, au mois de janvier, sur notre hémisphère, une coupole dont l'arc a plus de deux mille lieues d'étendue sur les deux conlinens,et une épaisseurde quelques lignes en Espagne, de quelques pouces en France, de plusieurs pieds en Allemagne, de plusieurs toises en Russie, et de quelques centaines de pieds au-delà du soixantième degré; comme celle des glaces que Henri Elliset les autres navigateurs du nord y ont rencontrées, en mer, au milieu môme de Tété, et dont quelques-unes, suivant Ellis, avaient quinze à dix huit cents pieds au-dessus de son niveau ; car leur élévation doit aller probablement en croissant

* Tome 11, pageSSK.

174 ÉTUDE QUATRIÈME

jusqu'au |)dle,eii suîvaut lesmêwes proportions que

celles qui couronnent nos montagnes à glaces ; ce (iuid6it leur donner, sous le pôle même, une liauteur qu'on ne peut assigner. On entrevoit , par ce simfde aperçu, quel amas énorme d*eau s'est fixé, par le froid de Thiver, sur notre hémisphère , audessus du niveau de TOcéan. Il est si considérable, que je me crois fondé à attribuer à sa fusion périodi((ue le mouvement général de notre mer et celai de nos marées. On peut appliquer de même aux effets de la fusion des glaces du pôle austral, qui y sont encore en plus grand nombre, les mouvcmens de son Océan.

On n'a tiré jusqu'à présent aucune conséquence relative aux mouvemens de la mer, de deux volumes de glaces aussi considérables, accumulés sur les pôles du monde. lis doivent cependant ap- IM)rter une augmentation bien sensible à ses eaux, lorsqu'ils y rentrent par l'action du soleil, qui les fait fondre en partie chaque année ; ou une grande diminution lorsqu'ils en ressoileut, par l'effet des évaporalions qui les fixent en glace sur les pôles, lorsque le soleil s'en éloigne. Voici à ce sujet quelques réflexions et observations, j'ose dire, très-intéressantes : j'en laisse le jugement au lecteur sans système et sans partialité. Je tâcherai de les abréger le plus que je pourrai, et j'espère qu'on me les |)ardonnera, au moins en faveur de leur nouveauté. Je vais déduire des simples effusions des glaces polaires les mouvemens généraux des mers, que l'on a attribués juscfu'ici à la gravitation ou à l'attraction du soleil et de la lune sur l'éiiuateur.

On ne saurait nier, en premier lieu, que les courans et les marées ne viennent du pôle dans le voisinage du cercle polaire.

Frédéric Martcns, qui, dans son voyage au Spitzberg, en 1671, s'avança jusqu'au 8-1* degré latitude nord , dit positivement que les courans, dans les glaces, portent au midi. Il ajoute, d'ailleurs, qu'il ne peut rien dire d'assuré touchant le flux et le reflux des marées. Notez bien ceci.

Henri £llis observa avec étonnement , dans son voyagea la liaie d'Hudson, en 1746 et 1747, que les marées y venaient du nord, et qu'elles avaii- (;aient au lieu de retanler, à mesure qa'il s'élevait en latitude. Il assure que ces effets , si contraires à leui-s effets ordinaires sur nos rivages , où elles viennent du sud , prouvent que les marées de ces cotes ne vieiment point de la ligne , ni de l'océan Atlantique. Il les attribue à une prétendue communication de la baie d'Hudson à la mer du Sud, coumiunication qu'il cherchait avec beaua)up d'ardeur, et qui était Tobjetde son voyage; mais on est très-assuré aujourd'hui qu'elle n'existe point , par

les tentatives infructueuses que le capitaine Cook a foites en dernier lien pour la trouver , par k mer du Sud , au nord de la Californie, suivant le oodseil qu'en avait donné long-temps auparavant le hmeox marin Dampier, dont les lumières el les vues, pour le dû*e en passant , ont beaucoap servi au capitaine Cook dans toutes ses découvertes.

Ellis observa encore que le cours de ces marées septentrionales de l'Amérique était si videot ta détroit de Wager, par le 65' degré 37, qu'il ftisait huit à dix lieues par heure. H le compare i l'écluse d'un moulin. Il remarqua que la sorfiM» de l'eau y était douce , ce qui l'intrigna beanooup, en affaiblissant l'espérance qu'il avait conçue d'une communication de cette baie avec la mer do Sud. Cependant, il n'en resta pas moins persuadé que ce passage existait, ainsi que font les hommea préoccupés de leurs opinions, qui se refusent i l'évidence même.

Le" Hollanda'is Jean-Hugues Linsdioten avait fait à peu près les mêmes remarques sur le cours des marées septentrionales de l'Europe, lorsqu'il fut au détroit de Waigals, par le 70" degré 20*. Dans les deux voyages que cet observateur exact Ot vers ce détroit, en 1594 et en 1595, pour trouver un passage à la Chme par le nord de l'Europe^ il réitéra ces observations : « Noos observâmes, » dit-il encore une fols, au cours de la marée , ce » que nous avions déjà remarqué avec beaucoup » d'exactitude, qu'elle vient de l'est*. » Il observa aussi que les eaux y étaient saumadies ou à demi salées, ce qu'il attribue à la fusion d'ime quantité prodigieuse de glaces flottantes qui lui fermèrent le passage au détroit de Waigats;^CiffJ§iî55ÇjM""' mée dans l'eau de la mer^jfi£me.esLdouçe. Mais LîËBcEôtén îîé tlrëpas^s de conséquence qu'Ellis de ces marées d'eaux à demi douces qui descendent du nord; et, plein de sou objet, oonune le voyageur anglais, il les attribiue à une mer qu'il suppose Ubre à l'est, au-delà du Waigate, par on ii se proposait d'aUer à la Chine.

Son compatriote, l'mfortuné GoiUaume Barents» qui Ot les mêmes voyages dans la même flotte sur un autre vaisseau , et qni finit ses jours sur les côtes septentrionales de la Nouvelle-Zemble, ou il avait hivernéf, trouva au nord «t au sud de cette île im courant perpétuel de glaces qui venaient de l'est avec une rapidité qu'il compare, comme Ellis , à celle d'une écluse. Beaucoup de ces glaces avaient jusqu'à 36 brasses de profondeur dansl'eau, et 16 brasses d'élévation au-dessus. Cétait au détroit de Waigats, dans les n lois de juîfla et d'août.

• Voymjfs d€t Hollandais ai$ nord» tome IV , page ÎM,

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

Il y trouva des pécheui-s russes de Petzora , qui naviguaient dans ces mers couvertes de rochers llottans de glace , dans une bar(|ue d'(!corces d'arbres cousues. Ces [)auYres gens offrirent aux Hollandais des oies grasses, avec de grands lénioignages d'amitié; car l'infortune est bien propre à rap- (Hocher les hommes dans tous les climats. Ils lui apprirent que ce même détroit de Waigats, qui dégoiigeait tant de glaces , serait tout-à-fait fermé vers la fin d'octobre, et qu'on |)Ourrait ^ller en Tartane sur les glaces, {lar la mer qu'ils nommaient de Marmare.

Il est certain que tous les effets que je viens de rapporter ne peuvent venir que des effusions des i;lïces qui environnent le pèle. Je remarquerai ici, en passant, que ces glaces qui s'écoulent avec tant de rapidité, au nord de l'Amérique et de TEuixipe, vers les mois de juillet et d'août, contribuent à nous donner nos grandes marées de l'équinoxe de septembre, et que lorsque leurs effusions s'arrêtent daus le mois d'octobre, comme celles du \Vaigats, c'est aussi le temps où nos marées commencent à diminuer.

On peut me demander à présent pourquoi les marées viennent du nord et de l'est au nord de l'Amérique et de l'Europe; et pourquoi elles viennent da sud sur nos côtes et sur celles de l'Améri- (|ue, qui sont aux mêmes latitudes.

Il me suffirait d'en avoir dit assez pour prouver c|ue toutes les marées ne viennent pas de la pression ou de l'attraction du soleil et de la lune sur réquateur; j'aurais démontré l'insuffisance de nos systèmes, qui les attribuent à ces causes : mais je vais remplacer ce que je viens de détruire par d'autres observations, et prouver qu'il n'y a aucune marée, sur quelque rivage que ce soit , qui ne doive hon origine aux effusions polaires.

Une observation de' Dampier seiTÏra d'abord de base à mes raisounemens. Cet habile observateur distingue entre courans et marées : il pose |)Our principe, d'après beaucoup d'expériences qu'il rapporte dans son Traité des vents et des marées^ que o les courans ne se font guère sentir qu'en » pleine mer , et les marées sur les côtes. » Ceci posé, les effusions polaires, qui sont des marées du nord ou de l'est pour ceux qui sont dans le voisinage du pôle ou des baies qui y communiquent, prennent leur cours général au milieu du canal de Tocéan Atlantique , attirées vers la ligne par la diminution des eaux que le soleil y évapore continuellement. Elles proiluisent, par leur courant général, deux courans contraires ou remoux collatéraux , comme les fleuves en produisent de pareils bur leurs bonis.

Je ne suppose point gratuitement Texistence de ces contre-courans ou remoux , à la manière de ceux qui font des systèmes , qui créent de nouvelles causes à mesure que la nature leur présente de nouveaux effets. Ces remoux sont des réactions hydrauliques dont la géométrie explique les lois, et dont on peut s'assurer par l'expérience. Si vous regardez couler un petit ruisseau, vous verrez souvent les pailles qui flottent le long de ses bords remonter contre son cours; et lorsqu'elles arrivent aux points où les contre-courans croisent le ooa* rant général, vous les voyez, agitées par ces deux puissances opposées, tournoyer et pirouetter longtemps, jus(|u'à ce qu'elles soient à la On entraînées par le courant général. Ces contre-courans sont encore plus sensibles lorsque ce ruisseau s'écoule dans un bassin qui n'a point lui-même d'écoulement; car la réaction est alors si considérable dans toute la circonférence du bassin , que les contrecourans emmènent tous les corps qui y flottent, jusqu'à l'endroit même où le ruisseau se dégorge.

Ces coiitre-courans latéraux sont si sensibles sur les bords des fleuves , que les bateaux en profltent souvent pour remonter contre leur cours. M. de Crèvecœur rapporte qu'il fit 422 milles en quatorze jours , en remontant ï'Ohio le long de ses rivages, tt à l'aide des remoux, qui ont toujours, dit-il, une » vélocité égale au courant principal *, »

Us sont presque aussi forts sur les bords des lacs. Le père Charlevoix, qui a donné de judicieuses observations sur le Canada, dit que, lorsqu'il s*embarqua sur le lac Micliigan , il fit huit bonnes lieues dans un jour, à l'aide de ces contre-courans latéraux , quoiqu'il eût le vent contraire. Il supl)0se, avec raison, que les rivières qui se jettent dans ce lac produisent au milieu de ces eaux de grands courans contraires; a mais ces grands » courans, dit-il **, ne se font sentir qu'au milieu » du canal , et produisent sur leurs bords des re- » moux ou contre-courans dont on profite quand u on va terre à terre, comme sont obligés de foire û ceux qui voyagent en canots d'écorces. »

Dampier est rempli d'observations sur ces con^ tre-courans de la mer, qui sont très-communs, Mjriout dans les détroits des lies situées entre les tropiques. Il parle souvent des effets extraordiiiaires que produisent leui*s rencontres avec les (!Ourans particuliers qui les occasionent; mais comme il n'a pas considéré les marées elles-mêmes comme des remoux du courant général de Tocéan Atlantique , et que je ne crois pas même qu'il ait

• l^UÎes d'un Cultivateur américain , i. IIJ , p. IW •• Histoire de ta Nouvelle-France, t. VI, p. 2.

ÉTUDE QUATUIÈME.

soupçxHirié rexislencc de son courant général, quoiqiril ait parlé à fond des deux couFans ou moussons de l'océan Indien , nous allons rapporter quelques fails (pii élablissenl les plus grandes cousonnances avec ceux qu'il a lui-même obsen'és dans les mers des Indes et du Sud. Ces faits prouveront de plus, d'une manière évidente, l'existence de ces effusions {xilaires ; car partout où ces efîTusions viennent à rencontrer, en allant au midi, leurs remouxqui remontent au nord, elles produisent par leur clioc les marées les plus terribles , et qcû ont les mouvcnicas les plus opposés. Considérons-les seulement à leur point de départ au nord de l'Europe , où elles connnencent à quiller nos côtes , pour s'étendre en pleine mer. Pontoppidan dît , daiLs son Histoire de IVonrège, qa'il y a, audessus de Berghen, un endroit appelé Male$iromy très-redouté des marins, où la mer forme un tournoiement prodigieux de [)lusieui-s milles de diamètre, et où quantité de vaisseaux ont été engloutis. James lk*everell dit positivement qu'il y a dans les Iles Orcades deux marées opiMsées entre elles. Tune venant du nord-ouest , et l'autre du sud-est ; qu'elles jettent leurs flols fumans jusqu'aux nues, et qu'elles semblent vouloir convertir le détroit qui les sépare en écume ^. Les Orcades sont placées un peu au-dessous de la latitude de Berglien , et dans le prolongement de la cOte septentrionale de Norwège, c'est-à-dire au confluent des effusions polaires et de leurs remoux.

Les autres lies de la mer sont dans de semblables posilioas, comme nous le {Murrions prouver, si le lieu nous le permettait. Par exemple, le cmal de Baliauia, qui court avec tant de rapidité au nord , entre le continent de rAméritpie et les lies Lucayes, pixkluil autour de ces lies , par sa rencontre avec le courant général de celte mer, les marées les plus tumultueuses, et semblables à celles des Orcades.

Ces remoux du cours de l'océan Atlantique oocasionent donc nos marées d't)uro[)e et d'Amérique, qui vont au nord sur nos côtes, tandis que son courant général va au sud, du moins pendant Tété. Je pourrais rapivorter mille autres observations sur l'existence de ces courans contraires ; mais une seule, plus générale que celles que j'ai citées , me suflira {lar soninqM)rtance et son autlienticité, puiscfue c'est la pi*emière de toutes celles qui en ont été faites eii Euro{)e, et peut-être la seule : c'est celle de Christophe Colomb partant liour la découverte du Nouveau -Monde. Il mit à la voile aux Canaries , vers le commencement de sefitcmbre, et fit route à fouesl. Il trouva, |kmidaut les premiers jours de s<i na> igation , que les

courans portaient au nord-est. Quand il fut à deux ou trois cents lieues de terre , il s^aperçut qu'ils se dirigeaient vers le sud; ce qui effraya beaucoup ses compagnons , qui ci'oyaient que la mer se portait là vers un précipice. Enlin, aux approches des Iles Lucayes, il retrouva les courans portant an nord. On peut voir le journal de son voyage dans Herrera. Je pense que ce courant général qui flue de notre pôle en été avec tant de rapidité, et qui est si violent vers sa source, comme l'ont éprotn-è KDis et Linschoten, traverse la ligne équinoxiale, d'autant cpiMl n'y est point arrêté par les effusions du pôle austral , qui, dans cette saison, se œuvre de glaces. Je présume, par cette même raison, (|u'il va au-delà du cap de Bomie-Espéranœ, d*où il se porte vers la zone torride, où il est allîré par le déplacement des eaux que le soleil y pompe diaque jour; et qu'étant dirigé vers l'orient par la position de l'Afrique et de l'Asie, U détermine Focéan Indien à se porter du même oôlé, contre son mouvement onliuaire. Je le regarde donc conune le premier moteur de la mousson occidentale qni arrive dans les mers des Indes au mois d'avril , et qui ne finit qu'en septembre.

Je pense aussi que le courant général qui part , pendant l'hiver, du pôleaustral qtie le soleil édûiune alors de ses rayons, rétablit l'océan Indien dans son mouvement naturel vers l'occident, qui est déterminé d'ailleurs de ce côté-là par les impulsions générales du vent d'est, qui souffle ordinaii-ement dans la zone torride, lorsque rien n'en dérange le cours. Je présume aa*4si que œ courant pénètre à son tour dans notreocéan Atlantique, en dirige le mouvement vers le nord par la position de TA méri(|ue, et apporte plusieurs autres changemens à nos marées. En effet, Frogerdit,dans8on Voyatje il la mer du Sudj qu'au Brésil les courans suivent le soleil : ils vont au sud ((tiand il est au sud, et au nonl quand il est au nord. Ceux qui ont éprouvé ces effusions polaires australes au-delà du cap Ilorn ont reconnu que, dans l'été du pôle atistral, les marées portent au nord, conune l'observa Guillaume Sclioulen , qui découvrit le détroit de I^ Maire en janvier i66\ ; mais ceux , au contraire , qui y ont (lassé dans l'hiver de ce pays , ont trouvé que les marées portaient au sud , et venaient du nord , conune Toliserva Fraisier , au mois de mai de l'an 17V2. Il me semble maintenant qu'on peut expliquer {lar ces effusions |H)laires les princi|)aux phénomènes de nos maives. On voit, parexanple. |K)ur(|uoi celles du soir sont plus fortes, en été, que celles du matin ; parce que le soleil agit plus fortement le jour ()ue la nuit sur les glaces de notre \ïôk qui sont sous wyUv méridien. Cet effet res-

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170 ETUDE QUATttlEME.

soupçonné rexislenee de son courant général, quoi-

qu'il ail i»arlé à fond des deux cotirans ou moussons de Toccaii Indien , nous allons rapporter quelques faits qui clablissenl les plus grandes oonsonnances avec ceux qu*il a lui-même obsen'és dans les mers des Indes et du Sud. Ces faits prouveront de plus, d'une manière évidente, l'existence de ces effusions polaires ; car partout où ces effusions viennent à rencontrer, en allant au midi, leurs remouxcpii remontent au nord, elles produisent par leur choc les marées les plus terribles, et qui ont les mouvcmens les plus opposés. Considérons-les seulement à leur point de départ au nord de l'Europe , où elles conunencent à quitter nos côtes , pour sVHendre en pleine mer. Pootoppidan dit , dans son Histoire de Norwèqe, qu'il y a, audessus de Berglien , un endroit apiielé Malestrom^ trës-redoulc des marins, où la mer forme un tournoiement prodigieux de plusieurs milles de diamètre, et où quantité de vaisseaux ont été engloutis. James Beeverell dit positivement qu'il y a dans les Iles Orcades deux marées opi)osée8 entre elles, l'une venant du nord -ouest, et l'autre du sud-est; qu'elles jettent leurs flols fumans jusqu'aux nues, et qu'elles semblent vouloir convertir le détroit qui les sépare en écume ^. Les Orcades sont placées nn peu au-dessous de la latitude de Berghen , et dans le prolongement de la côte septentrionale de Non;('ège, c'est-à-dire au conlluent des effusions polaires et de leurs renioux.

Les autres lies de la mer sont dans de semblables positions, comme nous le leurrions prouver, si le lieu nous le pemiettait. Par exemple, le cmal de Baliama , qui court avec tant de rapidité au nord , entre le continent de rAmériqiie et les lies Lucayes, produit autour de ces lies , par sa rencontre avec le courant général de cette mer, les marées les plus tumultueuses, et semblables à celles des Orcades.

Cesremoux du cours de Tocéan Atlantique oocasionent donc ik>s marées d' Europe et d'Amérique, qui vont au nord sur nos côtes, tandis que son courant général va au sud, du moins pendant l'été. Je pourrais rap|M)rter mille autres observations sur l'existence de ces courans contraires ; mais une seule, plus générale que celles que j'ai citées , me suffira |)ar son im|M)rtance et son authenticité, puis(iue c'est la première de toutes celles ({ui en ont été faites en Eurofie, et peut-être la seule : c'est celle de Christophe Colomb iiartant IHHir la découverte du Nouveau-Monde. Il mit à la voile aux Canaries , vers le commencement de septembre, et lit i-oute à l'ouest. Il trouva, |H*ndant les premiers jours de sa navigation , ciue les

courans portaient au nord-est. Quand il fut à deux ou trois cents lieues de terre , il s'aperçut qu'ils se dirigeaient vers le sud; ce qui effraya beaucoup ses compagnons , qui croyaient que la mer se portait là vers un précipice. EnOn, aux approches des lies Lucayes, il retrouvâtes courans portant au nord. On peut voir le journal de son voyage dans Herrera. Je pense que ce courant général qui flue de notre pôle en été avec tant de rapidité, et qui est si violent vers sa source , comme Font éprouvé Ellis et Linschoten, traverse la ligne éqninoxiale, d'autant qu'il n'y est point arrêté par les erfuslous du pôle austral , qui, dans cette saison, se œuvre de glaces. Je présume, par cette même rûson, qu'il va au-delà du cap de Bonne-Espénnoey d'un il se porte vers la zone torride, où il est attiré par le déplacement des eaux que le soleil y pompe diaque joui-; et qu'étant dirigé vers l'orient par la position de l'Afriqne et de l'Asie, U détermine Tooéan Indien à se porter du même oôlé, contre son mouvement ordinaire. Je le regarde donc comme le premier moteur de la mousson occidentale qni arrive dans les mers des Indes au mois d'avril, et qui ne finit (lu'en septembre.

Je lieuse aussi que le courant général qui part , pendant l'hiver, du pôle austral que le soleil édiauiïe alors de ses rayons, rétablit l'océan Indien dans son mouvement naturel vers l'occident, qui est déterminé d'ailleurs de ce côté4à par les impulsions générales du vent d'est, qui souffle ordinairement dans la zone torride, torsque rien n'en dérange le cours. Je présume aussi que ce courant pénètre à son tour dans notre océan Atlantique, en dirige le mouvement vers le nord par la position de l'A mérique, etapportephwieursautres changenieas à nos marées. En effet, Frogerdit,dansson Voyaije ù la mer du Sud y qu'an Brésil les conrans suivent le soleil : ils vont au sud quand il est au sud, et au nord quand il est au nord. Ceux qui ont éprouvé ces effusions polaires australes au-delà du cap Ilorn ont reconnu <iue, dans l'été du pôle austral, les marées portent au nord, comme l'observa Guillaume Sdiouten , qui découvrit le détroit de Ije Maire en janvier i66\ ; mais ceux , au contraire , qui y ont passé dans l'hiver de ce pays , ont tix)uvé que les marées portaient au sud , et venaient du noixl , comme rol)ser\'a Fraisier , au mois de mai de l'an Mil, Il me send)le maintenant qu'on peut expliquer [lar ces effusions polaires les princi|Kiux phénomènes de nos marées. On voit, par exemple, |H)uniuoi celles du soir sont plus fortes, en été, que celles du matin ; paire (pie le soleil agit {ilus fortement le jour que la nuit sur les glaces de noliT {lôli' (|ui sont sous notre méridien. Cet effet rcs-

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