Que prépara vi in lempus bostis, In diem pugns et beUi
• Où étiei-Tous quand je posais les fondemens de la terre? » Dites-le moi, si vous avez de l'intelligence. Savez-vous qui » est'Ce qui en a déterminé les mesures , ou qui en a réglé
> les niveaux? Sur quoi ses bases sont-elles affermies , ou qui » ena posé la pierre angulaire, lorsque les astres du malin B me louaient tous ensemble , et que tous les enCans de hifi^
> étaient transportés de joie? Qui a donné des portes à la mer » pour la renfermer, lorsqu'elle se débordait sur la terre, en » sortant comme du sein de sa mère; lorsque Je lui donnai des » nuages pour vêtement, et que Je l'enveloppai d'obscprilé. » conune on enveloppe un entant de bandelettes ? Je l'ai res- • serrée dans des bornes qui me sont connues. Je lui ai donné » une digue et des écluses, et Je lui ai dit : Tu viendras jusque- » là , tu ne passeras pas plus loin ; ici se brisera l'orgueil de
*Cliap. xxxvni.
ÉTUDK QUATRIÈME.
tes flots. Est-ce vous qui, en ouvrant vos yeux t la liunière, avez ordonné au point du jour de luire, et qui avez montré à l'aurore le lieu où elle devait naître? Est-ce vous qui , tenant dans vos mains les extrémités de la terre . l'avez ébranlée, et qui en avez secoué les impies? De petits monumens innombrables de cette ruine en resteront empreints à sa surface dans l'argile . et subsisteront comme son vêtement. La lumière des impies leur sera ôtée, et leur bras élevé sera brisé. Avez-vous pénétré au fond de la mer, et vous étes-vous promené sur les sources qui renouvellent l'abtme? Vous a-t-on ouvert ces portes de la mort, et en avez-vous vu les dégorgeoirs ténébreux? Avez-vous observé où se term'me la latitude de la terre? Si toutes ces choses vous sont connues, déclarez-le-moi. Dites-moi où habite Ui lumière , et quel est le lieu des ténèbres , afin que vous les conduisiez chacune à leur destination , quand vous saurei les routes de leurs demeures. Saviez-vous, lorsque ces choses existaient déjà, que vous deviez naître vous^néme, et aviez-vous connu alors le nombre rapide de vos jours? Êtes-vous entré enfin dans les trésors de la neige, et avezvous vu ces affreux réservoirs de grêle que j'ai préparés pour le temps de l'ennemi , et pour le jour de la guerre et du combat? >
J'ai cm que le leclear ne tronverail pas mauvais que je m'écartasse un peu de mon sujet, pour lui présenter la concordance de mon hypothèse avec les traditions de TÉcriture sainte, et surtout avec celles, quoiqu'un peu obscures, du livre peut-être le plus ancien qu'il y ait au monde. De savans théologiens croient que Job a écrit avant Moïse. Personne n'a peint la natiue avec plus de sublimité.
On pourra de plus s'assurer de l'effet général des effusions polaires sur l'Océan , par les effets particuliers des effusions des glaces des montagnes sur les lacs et les rivières du continent. Je rapporterai ici quelques exemples de ces dernières ; car l'esprit humain , par sa faiblesse naturelle , aime à particulariser tous les objets de ses études. Voilà pourquoi il saisit beaucoup plus vite les lois de la nature dans les petits objets que dans les
grands.
Addison, dans ses Remarques sur le Voyage d'Italie de Misson , page 322, dit qu'il y a dans le lac de Genève , en été , vers le soir, une espèce de flux et reflux , causé par la fonte des neiges, qui y iombent en plus grande quantité l'après-midi qu'à .d'autres heures du jour. Il explique encore avec beaucoup de clarté, suivant sa coutume, par les effusions alternatives des neiges des montagnes de la Suisse , Tintermittence de quelques fonUines de ce pays, qui coulent seulement à certaines heures
du jour.
Si cette digression n'était pas déjà trop longue, je ferais voir qu'il n'y a ni fontaine , ni lac , ni ilenve , sujets à des flux et reflux particuliers , qui ne les doivent à des montagnes à glaces placées à leurs tources. Je dirai seulement encore deux
mots de ceux de l'Euripe , dont les moavemeiis fréquens et irréguliers ont tant embarrassé les |>liilosophes de l'antiquité, et qu'il est si aisé d'expliquer par les efftislons glaciales des montagnes voisines. On sait que l'Euripe est un détroit de l'Archipel qui sépare l'ancienne Béoiie de l'Ue d'Eubée, aujonrd'htii ?^égrepont. Environ au inilkHi de ce détroit, dans sa partie la plus resserrée, on voit les eatix affluer, tantdt du nord, tantôt du midi, dix, douze , quatorze fois par jour , avec la rapidité d'un torrent. On ne saurait rapporter ces mouvemens multipliés , et très-souvent inégaux ; aux marées de l'Océan , qui sont à peine sensibles dans la Méditerranée. Un jésuite, dté par Spon * , tâche de les accorder avec les phases de la lune ; mais en supposant que la table qu'il en donne soit juste, il resterait toujours à expliquer leur régularité et leur irrégularité. Il réfute Sénèque le tragique, qui n'attribue à l'Euripe que sept flux, pendant le jour seulement :
Dum lassa Titan mergat Oceaoo joga.
Il ajoute de plus , je ne sais d'après qui , que , dans la mer Persique, le flux n'arrive jamais cpie la nuit , et que sous le pôle arctique , au contraire , il se fait sentir deux fois le jour, sans qu'on en voie jamais la nuit. Il n'en est pas de même, dit-il, de l'Euripe. J'observerai, en passant, que sa remarque à l'occasion du pôle, en la supposant vraie , confirme que ces deux flux diurnes sont des effets du soleil, qui n'agit que pendant le jour sur les deux extrémités glacées des oontinens du nouveau Monde et de rancien. Quant à l'Euripe , la variété , le nombre et la précipitation de ses flux , prouvent qu'ils ont [lareillement leur origine dans des montagnes à glaces , situées à différentes dislances et sous divers aspects du soleil. Car, suivant ce même jésuite , l'Ile d'Eubée, qui est d'un côté du détroit, a des montagnes couvertes de neige six mois de l'année; et nous savons pareiUement que la Béotie, qui est de l'autre côté, a plusieurs montagnes aussi élevées , et quelques-unes même où la glace se conserve en tout temps, telle que celle du mont Œ)ta. Si ces flux et reiflnx de l'Euripe arrivent atissi fréquenmient en hiver, ce que l'on ne dit pas, il faut en attribuer fat cause aux pluies qui tombent dans cette saison sur les croupes de ces hautes montagnes collatérales.
Je mettrai le lecteur en état de se fbrmer une idée de ces causes peu apparentes des mouvemens de l'Euripe, en transcrivant ici ce que Spon rap-
* Voyage en Gréée et au Levant, par SpOD. tom. ii, pag. 340.
REPONSE AUX OBJECTIONS
IKi
porte aBoK * ^ bc ëe LKadK «
^mvmBmÊft, Cebrreçoii les f fhwn» gliciiii i des nonUgiiesde la Béocie , el les CMMHÎfK SBS doole à FEoripe, à tnv€is les Mnfiprr qm Ttn lépareiiL « D re» çoîMit^^piKicHspelilesrmèfes, leCcplMsiKci les aolies i|Hi arroscBl oelte bdlepbfaie, qoî a emiraB qoiBBp leoes de loar, et est aboDdame en blés cl en pitances. Ainsi flait-oea«- Ifefois on des qoartiers les plos proplés de la Béalie. Maisreaodeoelclaq^$*enlleqiielqiKibissi fort par les ploies et les neiges iondiies^ qa'die îoaoda oœ fois deux œols villages de la plaîiie. Ette serait même capable de se dâMMder leglément toutes lesamées, si la nature, aidée '* peut-être de Tart, ne lui aTail procuré une snrlie par cinq grands canaux^ sons la roonlagne Toi>ine de fEoripe, enire Négrepont et TV laoda, par oà Peau do lac si'emimiflTe, et va ae jHer dans b mer de raotie 6Mé de b montagne. I.es Grecs appellenl ce lira-là Catabalhra. Stnbon, pariant de cet élanç, dit néanmoins qu'il n*y paraissait point de sortie de $on temps; si œ n'est que le Gepbisns s*en fiûsait quelquefois une sous terre. Mais U ne but que lire les changemens qu'il rapporte de ce marais, pour ne pas s'étonner de celoi-d. M. Wheler, qui alb ^r œ lieu-là. après mon départ de Grèce, dit que c'est une des choses les plus curieuses du pays , b montagne ayant près de dix milles de brge, » et êiant presque toute de rodier. »
Je ne doute pas qu'il n'y ail plusieurs objections à bire contre l'explication rapîde que je viens de donner du cours des marées , du mouvement de b terre dans Fécliptique et du déluge universel par les effusions des glaces pobires ; mais, j'ose le répéter, ces causes physiques se présentent avec plus de vraisembbnoe , de simplicité, et de conformité à b marche générale de b nature, que les causes astronomiques, si éloignées de nous , parlesqudles on les explique. Cest an lecteur impartial à me juger. S'A est en garde contre b nouveauté des systèmes qui n'ont pas encore de prôneurs, il ne doit pas Tétre moins contre l'ancienneté de ceux qui en ont beaucoup.
Revenons maintenant à la forme du bassin de l'Océan. Deux coiirans principaux le traversent d'orient en occident, et du nord au midi. Le premier, venant du pôle sud , donne le mouvement à b mer des Indes; et , dirigé par l'étendue orieutale de l'ancien continent , va d'orient en oc-
• f^oyage m Grèce et au Levant , par Spoa , tome U , ^as-MetSO.
cidnl et d'oooideMt en orient , dMK le conis de b nème anaée, fbraianl, aox Indes* ce qu\ia y appelle les bhnubobs. Cest œ qne noasamnsd^ dît; mais oe que nons naivns pas encore «lisenè^ et qui mérite bien de Tétre, c'est qne toutes bs baies, anses et médilerTanées de FAsèe méridionale, telles qne les g^alies de Siam et de Bengale, le golfe l^ef«jqne, b mer Ronge et nne multitude d'autres, sont dir^ées, par rapport à Km, nord et sud, en sorte qu'elles n'en sont point ranconlrèes* De même, le second courant « Tenant du pôle noid, dôme un mouTcmenl opposé à notre mer , et , renfermé entre le continent deP Amérique et le m^lre, il va du noid au midi, et il rerient dumidian notd^ dans b même année, formant, comme celui des Indes, des moussons véritables , qnoiqiie lion ohserie». par nos marins. Tontes les baies et méditerranées de l'Europe, comme b mer Baltique, celle de b Manche, du golfe de Gascogne, b Méditerranée proprement dite, et toutes celles de l'Amériitue orientale , comme b baie de Baflin , b baie d'Iludson , le golfe du Mexique , ainsi qu'une multitude d'autres, sont dirigées, par rapport à lui, est et ouest ; ou, pour parler avec plus de précision , les axes de toutes les ouvertures de b terre , dans l'ancien et le nouveau Monde , sont perpendicubires aux axes de ces courans généraux; en sorte que leur emboudiure seulement eu est traversée, et que leur profondeur n'est point exposée aux impulsions des monvemens généraux de b mer. C'est à cause de b tranquillité des baies que tant de \-aisseaux y \oai cherdier des mouillages , et c'est pour cette raison que b nature a placé tbns leurs fonds les embouchures de b plupart des fleuves , conune ikmis l'avons dit , afin que leurs eaux pussent se dégorger dans l'Océan sans être répercutées par b direction de ces courans. Elle a anpioyé même ces précautions en bveur des moindres rivières qui s'y jeUent. Il n'y a point de marin expérimenté qui ne sadie qu'il n'y a guère d'anse qui n'ait sou petit ruisseau. Sans b sagesse de ces dispositions, les eaux destinées à arroser b terre l'auraient souvent inondée.
I^ nature emploie encore d'autres moyens potir assw^r le cours des fictives, et surtout pour protéger leur embouchure. Les principaux sont les lies. Les lies présentait aux fieuves des canaux qui ont des directions différentes , afin que si les vents ou les courans de b mer barraient un de leurs déboudiés , leurs eaux pussent s'écouler par un au* tre. On peut remarquer qu'elle a multiplié les Iles aux emboucliures des fleuves les plus exposés à ces deux inconvéniens, comme à celle de l'Amazone, toujours battue du vent d'est, et située à une des
ÉTUDE QUATRIÈME
fianiesles plus saillantes derAmériqoe. Elles y sont en si grand nombre , et forment entre elles des canaux qui ont des cours si différens^qn'il y a telle de leurs ouvertures qui regarde le nord-est , et telle antre le sud-est, et que de la première à la dernière il y a plus de cent lieues de distance. Les Nés fluviatiles ne sont pas formées, comme on le croit communément , par les alluvions des fleuves ; elles sont, au contraire, pour la plupart, fort exhaussées au-dessus du niveau de ces fleuves, et plusieurs d'entre elles ont des montagnes et des rivières ({ui leur sont propres. Ces lies élevées se trouvent encore fréquemment au confluent d'une rivière et d*un fleuve. Elles ser\'ent à faciliter leur communication, et à ouvrir un double passage an conranl «le la rivière. Toutes les fois donc que vous voyez des lies le long d'im fleuve, vous pouvez être certain qu'il y a quel(|ue rivière ou ruisseau latéral dans le voisinage. Il y a , à la vérité, beaucoup de ces ruisseaux confluens qui ont été taris par les travaux imprudensdes hommes; mais vous trouverez toujours , vis-à-vis des lies qui divisent leur embouchure , une vallée correspondante où l'on retrouve leur ancien canal. Il y a aussi de ces Iles au milieu du cours des fleuves , dans les lieux exposés aux vents. J'observerai , en passant, que nous nous écartons beaucoup des intentions de la nature , lorsque nous réunissons les lies d'une rivière au continent voisin; car ses eaux ne s'écoulent plus alors que par un seul canal ; et lorscpie les vents viennent à souffler dans sa direction, elles ne peuvent s'échapper ni à droite ni à gauche ; elles se gonflent, se débordent, inondent les campâmes, renversent les ponts, et occasionent la plu- [lart des ravages qui sont aujourd'hui si f^éffuens dans nos villes.
Ce ne sont donc point des baies ou des golfes (|ni se trouvent aux extrémités des courans de l'O- (^'an; ce sont au contraire des Iles. A l'extrémité du grand courant oriental de la mer des Indes se trouve l'Ile de Madagascar, qui protège l'Afrique contre sa violence. Les îles de la Terre-de-Feu défendent de même l'extrémité australe de l'Amérique , au confluent des mers orientales et occidentales du Sud. Les ardiipels nombreux de la mer des Indes et de celle du Sud se trouvent vers la ligne, où aboutissent les deux courans généraux des mers australes et septentrionales. C'est encore avec les lies que la nature protège l'ouverture des baies et des méditerranées. L'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande couvrent celle de la Baltique;lesliesde Welcom et de Bonne- Fortune, la baie d'Hudson; nie de Saint-Laurent , l'entrée de son golfe ; la rlialne des lies Antilles, le golfe du Mexique;
les Iles du Japon, le double golfe formé par ta çtesquelle de Corée avec les terres voisines. Tous les courans poiieni dans les Hes. La plupart d'entre elles sont, par cette raison, fiimenses par leurs grasses mers et par leurs coups de vents : telles sont les Açores^ les Bermudes, l'Ile de Tristanda- Cunha,etc. Ce n'est pis qu'elles en renferment lea causes en eUes-mémes, mais c'est parce qu'elles sont placées aux foyers des révolutions de l'Océan et même de l'atmosphère, afin d'en affaiblir les effets. EUes sont dans des positions à peu près semblables à celles des caps , qui sont aussi tons célèbres par leurs tempêtes : comme le cap Finistère à l'extrémité de TEtirope , le cap de Bonne-Espérance à celle de l'Afrique, le cap Hom à celle de r Amérifiue. Cest de là qu'est vena le proverbe marin doubler le cap, pour d've snrmooter one grande difTicuIté. Ainsi l'Océan , au lieu de se porter dans les enfoncemens du continent, se dirige, au contraire, sur les parties qui en sont les plus saillantes; et il les aurait bientôt détruites, si la nature ne les avait fortiflées d'une manière admirable.
L'Afrique occidentale est bordée d'un long banc de sable , où se brisent perpétuellement les flots de l'océan Atlantique. Le Brésil , dans toute l'étendue de ses côtes , oppose aux vents perpétuels de l'est et aux courans de la mer une longue bande de rochers de plus de mille lieues de longneur, d'une vingtaine de pas de largeur à son sommet , et d'une épaisseur inconnue à sa base. Elle est distante du rivage d*inie portée de mouscfuet. La mer la couvre entièrement quand elle est haute ; et quand elle laisse , elle la découvre de la hauteur d'ime pique. Cette digue est d'une seule pièce dans sa longueur, eiMume on Ta reconnu par différentes sondes; et il serait impossible d'aljorder au Brésil avec nos vaisseaux , si elle n'était ouverte en plusieurs endroits, par oii ils entrent et ils sortent^.
Allez du midi au nord , votis trouverez des précautions é(|uivalentes. La côte de Norwége a une défense à peu près semblable à celle du Brésil. Pontoppidan dit (|uc cette cètc , qui a près de trois cents lieues de longueur, est le plus communément escarpée , angulaire et |)endante ; de sorte que la mer y a quelquefois jus(i if à trois cents brasses de profondeur près de terre. Cela n'empêche pas que la nature n'ait protégé ces rivages par une multitude d'Iles grandes et petites. « Par un tel rempart, dit- » il , qui consiste peut-être en un. million ou plus » de colonnes de pierres fondées au plus profond » de la mer, dont les diapiteaux ne montent guère
' Voyez Vfiitloirt dejs l roubles du Ifretil. {nr IHerre Morcaa.
RÉPONSE AUX OBJECTIONS
» qu^à qaekfuesbraases ao-deasQs des vagues , toute B la Norwége est défeodoe à Fouest tant contre les » ennemis que contre la mer. » On trouve les ports de la cdte derrière ces espèces de brise-mers d'une construction si merveîDeose. Mais comme U est quelquefois à craindre, ajoote-t-il, que les vents et les coorans, qui sont très-violens dans les détroits de ces rochers et de ces Iles , et la difficulté d'ancrer à une si grande profondeur, ne brisent les \^isseanx avant qu'ils aient atteint un port , le goo vemement a fiût sceller plusieurs centaines de grands anneaux de fer dans les rochers à plus de deux toises au-dessiK de l'eau , afin que les vaisseaux puissent s'y amarrer.
La nature a varié è l'infini ces moyens de protection, surtout dans les Iles qui protègent elles-mèmes le continent. Par exemple, elle a environné File de France d'un banc de madrépores, qui n'est ouvert qu'aux endroits ou se dégorgent les rivières de cette Ile dans la mer. D'autres lies, comme plusieurs des Antilles ^ étaient défendues par des forêts de mangliers qui croissent dans Peau de la mer , et brisent la violence des flots en cédant à leurs mouvemens. C'est peut-être à la destruction de ces (br* tifications végétales qu'il faut attribuer les irruptions de la mer, fréquentes aujourd'hui dans |ilusienrs lies , comme dans celle de Formose. Il y en a d'autres qui sont de roc tout pur, et qui s'élèvent du sein des flots , comme de gros môles; tel est le Maritime, dans la Méditerranée: d'autres volcanienncs , comme l'ile de Feu , près du cap Vert, et plusieurs autres semblables dans la mer du Sud , s'élèvent comme des pyramides avec des (eux à leurs sommets , et servent de pliare aux matelots, pendant la nuit par leurs feux, et le jour par leurs fumées. Les lies Maldives ont été également protégées contre l'Océan avec des précautions admirables. A la vérité elles sont plus exposées que beaucoup d'autres , car elles s'élèvent an milieu de ce grand courant de la mer des Indes , don^ nous avons parié , qui y passe et repasse deux fois par an. Elles sont d'ailleurs si basses, qu'on les voit presque à fleur d'eau ; et si petites et en si grand nombre, qu'on en compte douze mille, et qu'il y en a beaucoup où l'on peut aller en sautant d'un bord à l'autre. La nature les a d'abord réunies- en atollons ou ardiipels séparés entre eux par des canaux profonds qui vont de l'est à l'ouest, et qui présentent plusieurs passages au courant général de la mer des Indes. Ces atollons sont au nombre de treize, et s'étendent , à la file les uns des autres depuis le 8' degré de latitude septentrionale jusqu'au V de latitude méridionale; ce qui leur donne uqe Icmgueur de trois cents de nos lieues de vingt-
cinq au degré. Mais laissons-en décrire l'ardiitecture à l'intéressant et infortuné François Pyrard, qui y passa ses plus beaux jours dans resdavage , et qui nous en a laissé la meilleure description que nous en ayons, comme s'il follait en tout genre que les choses les plus dignes de l'estime des hommes fussent les fruits de quelque malheur. « C'est » une merveille , dit-il , de voir diacun de ces atol- » Ions environné d'un grand banc de pierre tout » autour , n'y ayant point d'artifice humain qui » puisse si bien fermer de nmrailles un espace de » terre comme est cela *. Ces atoUons sont quasi » tous ronds ou en ovale, ayant chacun trente lieues » de tour , les uns quelque peu plus , les antres » quelque peu moins, et sont tous de suite , bout » à bout, sans aucunement s'entre-toucher. Il y a » entre deux des canaux de mer , les tms larges, » les autres fort étroits. Etant au mifieu d'un atolls Ion , vous voyez autour de vous ce grand banc de » pierres que j'ai dit, qui environne et qui défend » les Iles contre l'impétuosité de la mer. Mais c'est » chose effroyable, même aux plus hardis, d'appro- » cher de ce banc , et de voir venir de bien loin les » vagues se rompre avec fureur tout autour; car o alors je vous assure, comme chose que j'ai vuo V une infinité de fois, que le fallin ou le bouillon. » est alors plus gros qu!une maison , et aussi blano » que du coton : tellement que vous voyez autour » de vous comme une muraille fort blanclie , prinr » cipalement quand la mer est haute. » Pyrard observe de plus que la plupart des lies qui y sont renfermées sont environnées chacune en parlicuHer d'un banc qui les défend encore de la mer. Mais le courant de la mer des Indes, qui passe dans les . canaux parallèles de ces atollons, est si violent, qu'il serait impossible aux hommes de communiquer de l'un à l'autre, si la Providence n'y avait pourvu d'une manière admirable. Elle a divisé chacun de ces atollons par deux canaux particuliers qui . les coupent en diagonales, et dont les extrémités viennent aboutir aux extrémités des grands canaux parallèles qui les séfMrent. En sorte que si vous voulez passer d'un de ces archipels dans l'autre,, lorsque le courant est à l'est, vous sortez de celui où vous êtes par le canal diagonal de l'est, où l'ean est tranquille ; et , vous abandonnant ensuite an courant qui passe par le canal parallèle , vous allez aborder, en dérivant, à l'atollon opposé, où votis entrez par l'ouverture de son canal diagonal, qui est à l'ouest. Vous faites le contraire quand le courant cliange six mois après. C'est par ces communications intérieures que les insulaires parcourent , en
* royage. aiuc Maldlvts, cliap. x.
188 ÉTCDE QUATRIÈME.
toutes saisons , leare lies da nord au midi , malgré ta violence des courans qui les traversent.
Cliaque lie a sa fortiOcation , qui est proportionnée, si j'ose dire, au danger où elle est exposée de la part des flots de l'Océan. II n'est pas besoin de se Ggurer des tempêtes pour se former une idée de leur fureur. La simple action du vent alizé» tout uniforme qu'elle est , suffit pour leur donner , à la longue, l'impulsion la plus violente. Chacun de ces flots joignant à la vitesse constante qu'il reçoit à cliaque Instant du vent , une vitesse acquise par son mouvement particulier, formerait, au bout d'un long espace , un volume d'eau prodigieux , si sa course n'était retardée par des courans qui la croisent, par des calmes qui la ralentissent, mais surtout par les bancs, les écueils et les lies qui la brisent. On voit un efTet sensible de cette vitesse accélérée des flots sur les côtes du Chili et du Pérou , qui n'éprouvent cependant que le simple ressac des eaux de la mer du Sud. Leurs rivages sont inabordables dans toute leur étendue , si ce n'est au fond de quelque baie, ou derrière quelque lie située près de la côte. Toutes les lies de cette vaste mer, si paisible qu'elle en porte le nom de Pacifique, sont inaccessibles du côté qui est opposé aux courans occasionés par les seuls vents alizés, à moins que quelques récife ou rochers n'y rompent l'impétuosité des flots. C'est alors un spectacle à la fois superbe et terrible, de voir les gerbes épaisses d'écume qui s'élèvent sans cesse du sein de leurs noires auÂ*actuosités , et d'entendre leurs bruits raaques, que les vents portent à plusieurs lieues de là, surtout pendant la nuit.
Les Iles ne sont donc point des débris des continens. Leur position dans la mer, la manière dont ellps y sont protégées, et leur longue durée, en ^ sont des preuves suffisantes. Depuis le temps que l'Océan les bat en ruines , elles devraient être totalement détruites: cependant Cliarybde et Scylla font toujours entendre aux extrémités de la Sicile leurs anciens mugissemens. Ce n'est pas ici le lieu de dire quels moyens la nature emploie pour entretenir les îles et les réparer , ni les autres preuves végétales, animales et humaines qui attestent qu'elles ont existé dès l'origine du globe telles que nous les voyons aujourd'hui; il me su Ait de donner une idée de leur construction , pour adiever de convaincre qu'elles ne sont en rien l'ouvrage du liasard. Elles ont, comme lescontinens euxmêmes , des montagnes , des pics , des lacs et des rivières qui sont proportionnés à leur petitesse. Pour démontrer cette nouvelle vérité, il faudra encore dire ({uelque chose sur la distribution de la terre; mais je ne serai pas long, et je tâdierai de
ne dire que ce qu'il faut pour me fidre eateadtt. On doit remarquer d'abord que les chaînes de» montagnes , dans les deux contmens, sont parai- Ides aux mers qui les avoiânent : en sorte que, si vous voyez le plan d'une de ces chaînes avec ses diverses branches, vous pouvez déterminer les rivages de la mer qui leur correspondent; car, conune je viens de le dire, ces montagnes leur sont toujours parallèles. Vous pouvez de même, en voyant les sinuosités d'un rivage, déterminer celles des clialnes de montagnes qui sont dans l'intérieur d'un pays; car les golfes d'une mer répondent toujours aux vallées des montagnes du continent latéral. Ces correspondances sont sensililes dans le» deux grandes chaînes de l'ancien et do nouveau Monde. La longue chaîne du Taurus court est et ouest, conmie l'océan Indien, dont elle roiferme les différent golfes par des branches qu'elle prolonge jusqu'aux extrémités de la plupart de leur» caps. Au contraire, la cfaahie des Andes, en Amérique , court nord et sud , conuiie l'océan Atlantique. II y a encore ced de digne de remarque, et j'ose dire d'admiration , c'est que ces dialnes de montagnes sont opposées aux vents réguliers qui traversent ces mers et qui leur en apportent les émanations , et que leur élévation est proportionnée à la distance où elles sont de ces rivages; en sorte que , plus ces montagnes sont loin de la mer , plus elles sont devées dans l'atmosphère. C'est par cette raison ijue la diatne des Andes est placée le long de la mer du Sud , où elle reçoit les émanations de l'océan Atlantique , que lui apporte le vent d'est, par-dessus le vaste continent d'Amérique. Plus l'Amérique est large, plus cette chaîne est élevée. Vers Tistlime de Panama , où il y a peu de continent, et partant peu de distance de la mer, elle n'a pas une grande élévation ; mais elle s'élève tout à coup, précisément dans la même proportion que le continent de l'Amérique s'dargit. Ses plus liantes montagnes regardent la partie la plus large de l'Amérique, et sont situées à la hauteur du cap Saint-Augustin. La situation et l'élévation de cette chaîne étaient également nécessaires à la fécondité de cette grande partie du Nouveau-Monde; car, si cette chaîne, au lieu d'être le long de la mer du Sud , était le long des côtes du Brésil , elle intercepterait toutes les vapeurs apportées sur le continent par le vent d'est ; et si elle n'était pas devée jusqu'à la région de l'atmosphère, où il ne peut monter aucune vapeur, à cause de la subtilité de l'air et de la rigueur du froid , tous les nuages apportés par les vents d'est passeraient au-delà, dans la mer du Sud. Dans l'une et l'autre siqiposilion, la plupart des fleuves de l'A mérique méridionale resteraient à sec.
RÉPONSE AUX OBJECTIONS
On peut appliquer le même raisonnement à la chaîne du Taurus ; elle présente à la mer du Nord et à la merde Flnde un double ados, d'où coulent la plupart des fleuves de Fancien continent, les uns au nord , les autres au midi. Ses branches ont la même disposition ; elles ne côtoient point les presqu'îles de rinde sur leurs bords, mais elles les traversent au milieu , dans toute leur longueur ; car les vents de ces mers ne soufflent pas toujours d'un seul côté, comme le vent d'est dans l'océan Atlantique ; mais ils soufflent six mois d'un côté et six mois de l'autre. Ainsi, il était convenable de leur partager le terrain qu'ils devaient arroser.
Il me reste à ajouter encore quelques observations sur la configuration de ces montagnes, pour confirmer l'usage auquel la nature les destine. EUes sont surmontées, de distance en distance , par de longs pics, semblables à de hautes pyramides. Ces pics, comme on l'a fort bien observé, sont de granit y du moins pour la plupart. Je ne sais pas de quoi le granit est composé^ mais je sais bien que ces pics attirent les vapeurs de l'atmosphère , et les fixent autour d'eux en si grande quantité, que souvent ils disparaissent à la vue. C'est ce que j'ai reman|ué une infinité de fois au pic de Pieter-booth, à File de France, où j'ai vu les nuages, chassés par le vent du sud-est, se détourner sensiblement de leur direction, et se rassembler autour de lui ; de sorte qu'ils lui formaient quelquefois un diapeau fort épais qui eu faisait disparaître le sommet. J'ai eu la curiosité d'examiner la nature du rocher dont il est composé. Au lieu d'être formé de grains, il est rempli de petits trous , comme les autres rochers de l'fle ; il se fond au feu , et , quand il est fondu , on aperçoit à sa surface de petits grains de cuivre. On ne peut douter qu'il ne soit l'empli de ce métal , et c'est peut-être au cuivre qu'il faut attribuer la vertu qu'il a d'attirer les nuages ; car nous savons par expérience que ce métal , ainsi que le fer , a ceUe d'attirer le toimerre. J'ignore de queUe ma* lière les autres pics sont composés; mais il est remarquable que c'est au sommet des Andes et sur leurs croupes que se trouvent les fameuses mines d'or et d'argent du Pérou et du Chili , et qu'en générai toutes les mines de fer et de cuivre sont à la Hource des rivières et sur les lieux élevés, où eUes se manifestent souvent par les brouillards qui les environnent. Quoi qu'il en soit , que cette qualité attractive soit commune au granit et à d'autres natures de rochers, ou qu'eue dépende de quelque métal qui leur est amalgamé, je regarde tous les pics du monde comme de véritables aiguilles électriques.
^lais ce n'était pas assez que les nuages fussent
fixés au sommet des montagnes; les fleuves qui y ont leurs sources n'auraient eu qu'un cours intermittent. La saison des pluies passées , les fleuves auraient cessé de couler. La nature , pour remédier à cet inconvénient , a ménagé , dans le voisinage de leurs pics, des lacs qui sont de vrais réservoirs ou châteaux d'eau , pour fournir constamment et régulièrement à leur dépense. La plupart de ces lacs ont des profondeurs incroyables ; ils servent encore à plusieurs usages , tels que de recevoir les fontes des neiges des montagnes voisines, qui s'écouleraient trop rapidement. Quand ils sont une fois pleins, il leur faut un temps considérable avant de s'épuiser. Ils existent, ou intérieurement, ou extérieurement, à la source de tous les courans d'eau réguliers; muis quand ils sont extérieurs, ils sont proportionnés, ou par leur étendue , ou par leur profondeur et par leurs dégorgeoirs , au volume du fleuve qui en doit sortir, amsi que les pics qui sont dans le voisinage. U faut que ces correspondances aient été connues de l'antiquité , car il me semble avoir vu des médailles fort anciennes, où des fleuves étaient représentés appuyés sur une urne , et couchés au pied d'une pyramide; ce qui désignait, peut-être, à la fois leur source et leur embouchure.
Si donc nous venons à appliquer ces dispositions générales de la nature à la configuration particulière des Iles , nous verrons qu'elles ont , comme les continens, des montagnes dont les branches sont parallèles à leurs baies; que Félévation de ces montagnes est correspondante à leur distance de la mer , et qu'eUes ont des pics , des lacs et des rivières, qui sont proportioimés à Fétendue de leur terrain. Elles ont aussi leurs montagnes disposées, comme celles des continens, par rapport aux vents qui soufflent sur les mers qui les environnent. Celles qui sont dans la mer de l'Inde , comme les Moinques , ont leurs montagnes vers leur centre , en sorte qu'elles reçoivent l'influence alternative des deux moussons atmosphériques. Celles, au contraire, qui sont sous Finfluence régulière des vents d'est, dans l'océan Atlantique, comme les Antilles, ont leurs montagnes jetées à Fextrémité de l'Ile, qui est sous le vent, précisément comme les Audes par rapport à FA mérique méridionale. La partie de File qui est au vent est appelée , aux Antilles , « cabsterre , » comme qui dirait cajmt terrœ : et celle qui est au-dessous du vent , « l>asse- » terre ; quoique , pour l'ortlinaire , dit le père Du » Teiire *, celle-ci soit plus haute et plus montav gueuse que l'autre, d
* Histoire naturelle des /intilles, |>. 12.
L'Ile de Juan-Femandez , qui est dam la mer du Sud , mais fort au-delà des tropiques, par le 33** ée^ 40* de latitude sud , a sa partie septentrionale formée de rochers très-liauts et très-esoarpés ^ et sa partie méridionale plate et basse pour recevoir les influences du vent du sud , qui y souffle presque toute Tannée *.
Les lies qui s'écartent de ces dispositions , et qui sont en bien petit nombre , ont des relations éloignées plus meneiUeuses , et certainement bien dignes d*ètre étudiées. Elles fournissent encore, par leurs vi gt^taux et leurs animaux, d*autres preuves qu'elles sont de petits contlnens en abrégé; mais ce u'e^t pas ici le lieu de les rapporter. Si elles étaient, comme on le prétend, les restes d'un grand cont inent submergé , elles auraient conservé une partie de leur ancienne et vaste fabrique. On verrait s'élever , immédiatement du milieu de la mer, de grands pics, comme ceux des Andes , de 42 à 4500 toises de haut , sans nnontagnes qui les mpportenl. Ailleurs , on verrait ces pics supportés par d'énoi-nies nrwntagnes qui leur seraient proportionnées, et qui renfermeraient dans leurs enceintes de grands lacs, conmie celui de Genève, d'où sortiraient des fleuves comme le Rhône , qui se prédpiteraient tout d'un coup dans la mer, sans arroser aucune terre. Il n'y aurait, au pied de leurs croupes majestueuses , ni plaines, ni provinces, ni royaumes. Ces grandes ruines du continent au milien de la mer ressembleraient à ces énormes pyramides élevées dans les sables de l'Egypte, qui ne présentent au voyageur que de frivoles structures; on bien à ces vastes palais des rois , renversés par le temps , où l'on aperçoit des tours , des colonnes , des arcs de triomphe, mais dont les parties habitables sont absolument détruites. Les sages travaux de la nature ne sont point inutiles et passagers comme les ouvrages des hommes. Chaque Ile a ses campagnes, ses vallées, ses collines, ses pyramides hydrauliques et ses naïades , qui sont proportionnées à son étendue.
Quelques Iles , à la vérité , mais en bien petit nombre, ont des montagnes p\wi élevées que ne comporte leur territoire. Telle est celle de Ténériffe ; son pic est si haut , qu'il est couvert de glace une grande partie de l'année. Mais cette lie a des montagnes peu élevées qui sont proportionnées à ses baies : celle de ses montagnes qui supporte le pic s'élève au milieu des antres en forme de dôme , à peu près comme celui des Invalides , auïlessus des bàtimens qui l'environnent. Je l'ai ob-
• Voyrz sa descHplioii daiis le Voyage de V amiral Jnson.
ÉÏUl>E QUATRIÈME.
I servée et dessinée moi-même en allâni à l'Ie de France. Les montagnes inférieures appartiennent à File, et le pic à l'Afrique. Ce pic, couvert de glaces , est situé précisément vis-à-vis rentrée du grand désert de sable appelé Zara , et il sert sans doute à eu rafraîchir les rivages et l'atmosphère par l'effusion de ses neiges , qni arrive au milieu de l'été. La nature a placé encore d'antres glaciers à l'entrée de ce désert brûlant, tels que le mont Atlas. Le mont Ida , en Crète, avec ses moalagnes collatérales couvertes de neige en tout temps, suivant roliservation de Toumefort, est situé précisément yis-è-vis le désert brûlant de Barca , qui côtoie l'Egypte du nord au sud. Ces observations nous donneront encore lieu de foire quelques réflexions sur les chaînes de montagnes à glaces el stir les zones de sables répandues sur la terre.
Je demande pardon au lecteur de ces digressions où je suis insensiblement entraîné; mais je les rendrai le plus courtes qu'il me sera possible , quoique je leur ôte une grande partie de lear clarté en les abrégeant
Les montagnes à glaces paraissent principalement destinées à porter la fraîcheur sur les bords des mers àituées entre les tropiques ; et les zones de sables , au contraire, à accélérer, par leur dialeur , la fusion des glaces des pôles. Nous ne pouvoas indiquer qu'en past^ant ces harmonies admirables; mais il suffit de considérer les journaux des navigateurs et les cartes géographiques , pour voir que la principale partie du continent de l'Afrique est située de sorte que c'est le vent du pôle nord qui souffle le plus constamment sur ses côtes, et que le rivage de l'Amérique méridionale s'avance au-delà de la ligne; de manière qu'il est rafraîchi par le vent du pôle sud. Les vents alizés, qui régnent dans l'océan Atlantique» participent toujours de ces deux pôles ; celui qui est de notre côté tire beaucoup vers le nord, el celui qui est au-delà de la ligne dépend beaucoup du pôle sud. Ces deux vents ne sont pas orientaux , conune on le croit communément, mais ils soufflent à peu près dans les directions du canal qui sépare l'Amérique de l'Afrique.
Ce sont les vents chauds de la zone torride qui soufflent à leur tour le plus constamment vers les pôles; et il est bien remarquable que , comme la nature a mis des montagnes à glaces dans son voisinage pour rafraîchir ses mers conjointement avec les glaces des pôles , comme le Taurus, l'Atlas , le pic de Téncriffe , le mont Ida , etc., elle y a mis aussi une longue zone de sables pour augmenter la chaleiH* du vent de sud qni vient écliauffer les mers du nord. Cette zone commence au-
RÉPONSE AUX OBJECTIONS
delà dn monl Atlas , d ceint la terre en baudrier, s'étendanl depuis h pointe la plus occidentale de TAfrique jusqu'à rextrémité la plus orientale de l'Asie , dans une distance réduite de plus de trois mille lieues. Quelques branches s'en détachent, et s'avancent directement vers le nord. Nous avons déjà remarqué qu'une plage de sable est si chaude, même dans nos climats, par la réflexion multipliée de ses grains brillans , qu'on n'y voit jamais la neige s'y arrêter long-temps, an milieu même de nos hirers les plus rudes. Ceux qui ont traversé les sables d'Étampes , en été et en plein midi , savent à quel point la chaleur y est réverbérée. Elle est si ardeàte dans certains jours de l'été, qu'il y a une vingtaine d'années, quatre ou cinq paveurs qui travaillaient au grand chemin de cette ville, entre deux bancs de sable blanc, y furent suffoqués. Ainsi on peut conclure de ces aperçus que , sans les glaces du pôle et des montagnes du voisinage de la zone torride , une grande portion de l'Afrique et de l'Asie serait inliabitable , et que,, sans les sables de l'Afrique et de l'Asie, les glaces de notre pôle ne fondraient jamais.
Chaque montagne à glaces a aussi , comme les fioles, sa zone sablonneuse , qui accélère la fusion de ses neiges. C'est ce qu'on peut remarquer dans la description de toutes les montagnes de cette espèce, comme du pic de TénérifTe, du mont Ararat, des Cordillères, etc. Non-seulement ces zones de sables entourent leurs bases, mais il y en a encore sur le haut de ces montagnes , au pied de leurs pics ; if faut y marcher |»endant plusieurs heures |iour les traverser. Ces zones sablonneuses ont encore un autre usage , c'est de fournir à la réparation du territoire des montagnes : il en sort des tourbillons perpétuels de poussière , qui s'élèvent, vn premier lieu , sur les rivages de la mer, où rOcéan forme les jiremiers dépôts de ses sables , ((ui s'y réduisent en p »udre impalpable par le battement perpétuel des Ilots qui s'y brisent ; ensuite on retrouve ces tourbillons de poussière dans le voisinage des hautes montagnes. Les transports de ces sables se font des rivages de la mer dans l'intérieur du continent, en différentes saisons et de différentes manières. Les principaux arrivent aux équinoxes; car alors les vents soufflent des mers sur les terres. Voyez ce que Corneille Le Bruyn dit d'un orage de sable qu'il essuya sur le rivage de la mer Caspienne. Ces transports de sable appartiennent à la révolution générale des saisons ; mais il y en a de journaliers pour l'intérieur des terres, qui sont très-sensibles vers les parties liantes des contineiis. Tous les voyageurs qui ont été à Pékin conviennent qu'il n'est pas possible de sor-
tir, une partie de l'année , dans les nies de cette ville, sans avoir le visage couvert d'un voile, à cause du sable dont l'air est rempli. Lorsque Isbrand-Ides arriva vers les frontières de la Chine, à la sortie des montagnes voisines du Xaixigar, c'est-à-dire à cette partie de la crête la plus élevée du continent de l'Asie d'où les fleuves prennent leurs cours , les uns au nord , les autres au midi , fl observa une période régulière de ces émanations : « Tous les jours, dit-il *'y régulièrement à midi , il » souffle un grand vent qui dure deux heures, le-
V quel , joint à la clialeur journalière du soleil , «sèche tellement la terre, qu'il s'en élève une » poussière presque insupportable. Je m'étais déjà
V aperçu de ce changement d'air. Environ à cinq » milles au-dessus de Xaixigar, j'avais trouvé le » ciel nébuleux sur toute l'étendue des montagnes; » et lorsque je fus sur le point d'en sortir, je le vis » fort serem. Je remarquai même , à l'endroit oà » elles finissaient , un arc de nuées qui régnait de » l'ouest à l'est jusqu'aux montagnes d'Albase, et » qui semblait foire une séparation de climat. » Ainsi les montagnes ont à la fois des allractions nébuleuses et des attractions fossiles. Les premières fournissent de l'eau aux sources des fleu* es qui en sortent, et les secondes du sable à l'entretien de lenr territoire et de leurs minéraux.
Les zones glacées et sablonneuses se retrouvent dans une autre harmonie sur le continent du Nouveau-Monde. Elles courent , comme ses mers, du nord au sud , tandis que celles de l'ancien sont dirigées, suivant la longueur de l'océan Indien, d'oceident en orient.
Il est très-remarquable que l'influence des montagnes à glaces s'étend plus sur les mers que sur les terres. Nous avons vu celles des deux pôles se diriger dans le canal de l'océan Atlantique. Les neiges qui couvrent la longue chaîne des Andes en Amérique servent pareillement à rafraîchir toute la mer du Sud, par l'action du vent d'est, qui passe par dessus : mais comme la partie de cette mer et de ses rivages , qui est à l'abri de ce vent par la hauteur même des Andes, aurait été exposée à une chaleur excessive, la nature a fait faire un coude vers l'ouest à la pointe la plus méridionale de l'Amérique, qui est couverte de montagnes à glaces ; en sorte que le vent frais qui en sort perpétuellement vient prendre en ceharpe les rivages du Chili et du Pérou. Ce vent, qu'on appelle vent du sud, y règne toute l'année, suivant le témoignage de tous les voyageurs. Il ne vient pas , en effet, du pôle sud; car, s'il en venait, jamais les
• royage de Motrùu à In Chine , cliap. il.
ÉTUDE QUATRIÈME
vaisseaux ae pourraienl doubler le cap Hom ; mais il vient de Textrémilé de la Terre-Mageltanique , évidemment recourbée par rapport aux rivages de la mer du Sud. Les glaces des pôles renouvellent donc les eaux de la mer, comme les glaces des montagnes celles des grands fleuves. Ces effusions des glaces polaires se portent vers la ligne , par l'action du soleil qui pompe sans cesse les eaux de la mer dans la zone lorrïde, et détermine, par cette diminution de volume , les eaux des pôles à s*y porter. C'est la cause première du mouvement des mers méridionales, comme nous Tavons dit. Il parait vraisemblable que les effusions polaires sont en proportion avec les évaporations de l'Océan. . Mais, sans sortir de l'objet qui nous occupe , nous examinerons pourquoi la nature a pris encore plus de soin de rafraîchir les mers que les terres de la zone torride; car il est digne d'attention que nonseulement les vents polaires qui y soufQent , mais là plupart des fleuves qui s'y jettent, ont leurs sources dans des montagnes à glaces , tels que le Zaïre , l'Amazone , TOrénoque , etc.
La m^ était destinée à recevoir, par les fleuves, toutes les dépouilles des végétaux et des animaux de la terre ; et comme son cours est déterminé vers la ligne par la diminution journalière de ses eaux que le soleil y évapore continuellement, ses rivages, sous la zone torride, auraient été bientôt exposés à la putréfaction, si la nature n'avait employé ces divers moyens pour les rafraîchir. C'est, disent quelques philosoplies , pour cette raison qu'elle y est salée. Mais elle l'est aussi dans le nord, et même, suivant les expériences modernes de Tintéressant M. de Pages , elle l'est davantage. Elle est la plus salée et la plus pesante qui soit au monde, écrivait le capitaine Wood, Anglais, en 1676. D'ailleurs , la salure de la mer ne préserve point ses eaux de corruption, comme on le croit communément. Tous ceux qui ont navigué savent que si l'on en remplit une bouteille ou un tonneau dans les pays diauds , elle ne tarde pas à se corrompre. L'eau de la mer n'est point nne saumure ; c'est , au contraire , une véritable eau lixivielle qui dissout très-vite les corps morts. Quoiqu'elle soit salée, elle dessale plus vite que l'eau douce , comme l'éprouvent tous les jours les matelots, qui n'en emploient point d^autrc pour dessaler leurs viandes. Elle blanchit, sur ses rivages, tous les ossemens des animaux, ainsi que les madré|M)res, qui , étant dans un état de vie, sont bnias, roux et de toutes les couleurs; mais qui , étant déracinés et mis dans l'eau de la mer sur le iMinl du rivage, deviennent, en peu de temps, blancs connue la neige. De plus, si vous |)écliez
dans la mer an crabe on an oarain, el qoe vous les fessiez sécher pour les conserver, sans les laver auparavant dans l'eau douce, tontes les pâtes da crabe et toutes les pointes de Foorsin tomberont. Les charnières qui attachent leurs roeoibres se dissolvent à mesure que l'eau marine dont ils étaient mouillés s'évapore. Ten ai foit moi-même l'expérience à mes dépens. L'eau de la mer n'est pas seulement imprégnée de sel , mais de bitnme, el encore de ({uelque autre diose que noos ne connaissons pas; mais le sel y est dans une telle proportion, qu'il aide à la dissolation des cadavres qui y flottent , comme celui que nous mêlons à nos alimens aide à notre digestion. Si la nature en avait fiût une saumure, l'Océan serait couvert de toutes les immondices de la terre, qui s'y conserveraient perpétuellement.
Ces observations nous indiqueront l'usage des volcans. Ils ne viennent point des feux intérieurs (!e la terre, mais ils doivent leur naissance et les matières qui les entretiennent aux eaux. On pent s'en convaincre en remarquant qu'il n'y a pas un seul volcan dans l'intérieur des continens, si ce n'est dans le voisinage de quelques grands lacs . comme celui du Mexique Ils sont situés, pour la plupart, dans les Iles à l'extrémité ou au confluent des courans de la mer, et dans le remou de leurs eaux. Voilà pourquoi ils sont en grand nombre vers la ligne et le long de la mer du Sud , où le vent du sud , qui y souffle perpétuellement , ramène toutes les matières qui y nagent.en dissolution. Une autre preuve qu'ils doivent leur entretien à la mer, c'est que , dans leurs éruptions, ils vomissent souvent des torrens d'eau salée. Newtoi> attribuait leur origine et leur durée à des cavernes de souft^ qui étaient dans l'intérieur de la terre ;^ mais ce grand homme n'avait pas réfléchi à la position des volcans dans le voisinage des eaux , ni calculé la quantité prodigieuse de soufre qu'exigeraient le volume et la durée de leurs feux. Le seul Vésuve, qui brûle jour et nuit, depuis un temps inmiémorial, en aurait consommé une masse plus grande que le royaume de Naples. D'ailleurs, la nature ne fait lien en vain. A quoi serviraient de pareils magasins de soufre dans Fintérieur de la terre ? On les retrouverait tout entiers dans les lieux où ils ne sont point embrasés. On ne trouve nulle part de mines de soufre , que dans le voisinage des volcans. Qu'est-ce qui les renouvellerait d'ailleurs , quand elles sont épuisées ? Les provisions si constantes des volcans ne sont point dans la terre; elles sont dans la mer. Elles sont fournies par les huiles, les bitumes et les nitres des végétaux et des animaux , (|ue les pluies el les fleuves
RÉPONSE AUX OBJECTIONS
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lixnrijelle. Il s'y joîoC des dtssolutioos iDélailk[iies., et sortoot cHles do fer, qui, comnif i» «I, abonde par toute h tenre* Les vokans s'aUunieiit et s'enfrrtinMifiii df liw<f i m mattffrru Le dtàmîste Lémeiy a imité leurs effets par on mélange de limaille de fer, de soofre et de nitre humecté d^eaa , qui s^enflamma de kâ-mème. Si la nature n'arait aUmné ces vastes foameaox sur les rivées de rOoéan , ses eaux seraient eonrertes d'hoiies végétales et aiûmales , qui ne s'évaporeraient jamais, car eDes résistent à Faction de Pair. On les y remai'que soQTent à leor oooleiir gorge-de-pigeon j lorsqu'elles sont dans quelque bassin tranquille. La iMtnre purge les eaux par J^faujles volcans, comme ellepnnBe TairpvoeiuLdii tonnèrre; et comme les~oràga sont plus communs dans les pays tbàïxÉ'^éSff a m^pKéTlMnâ' ni6me rtlSOil, l(B^yôfeia»r^iafe]Kj^^^ ■gigëi; les inmHiPatëés""djrEi mw^ {fW^nK W if ''• ^dïnier brûle, à la fin 4<!i rifll*^*™*c % tes mawaiscg
laves qui sont dans l'intérieur des terres; maïs une preuve qu'elles doivent leur origine aux eaux, c'est que les volcans qui les ont produites se sont éteints quand les eaiu leur ont manqué. Ces volcai^ s]j sontjjJumés, comigae eew^ d'aïQQqfd'huij par les fermoitations végétales et animales dont la terre /ùLCQovertèàpfèsle déliige^locsqiieJe&déiKHiÛles
* Ces idées oot. sans doute . serri de base à la belle Uiëorie de M. Patrin. Ce savant minéralogiste arait observé . oomme l'auteur des Etudes, que tous les volcans, sans exceptioo, sont dans le voisinage de la mer. et qu'ib s'éteisnent à mesure que les eaux s'en éloignent C'est donc dans les eaux de la mer. dans le sel et les huiles dont elles sont surchargées, qu'il but chercher le» matières qui alimentent les volcans. La terre ne pouvait les fournir, car les lames vomies par l'Etna sont plus considérables que la Sicile entière; une grande partie de la surlace du globe a été couverte de volcans ; et s'il existait des vides proportionnés aux masses des laves qu1ls ont r^ietées, la terre verrait chaque Jour s'ouvrir de nouveaux goufEres. Les observaUons de l'auteur des ^(MdM, et la théorie de M. Patrin, lèvent toutes ces difficultés, et s'accordent avec les expériences les plus réoentesdela physique. C'est entre les tropiques que les eaux de l'Océan sont le plus chargées de sel ; et c'est aussi entre les tropiques qu'existe le plus grand nombre de volcans. La simple province de Quito, au Pérou, en a seize; et les Iles de la vaste mer du Sud forment une zone volcanique, qui s'étend rf*n« un espace de plus de 150 degrés de longitude. Amsi , c'est à la décomposition du sel , de l'eau et de l'air , c'est aux difKrens gaz qui circulent dans le sein du globe , c'est à l'actioo de l'étincelle électrique qui enflamme toutes ces matières , que les volcans doivent leur origine : ils sont . comme les fontaines , des émanations d'un fluide sans cesse renouvelé , et c'est la mer qu'on doit regarder oomme leur source.
de tant de forfts et de tant d'ammaux, dont les trônes et les ossnnens se tixNivcnt enroredansiids carrières, nagvaient à la surfine de fOmm , ec formaient des dépôts monstrueux que les courans accumulaient dans les bassins des montagnes. Sans I doute ils s'y enflammèrent par le simple fifrt de ' la fermentation , comme nous vo3ron$ des meules de foin mouiDé s'enflammer dans nos prairies. On ne peut douter de ces anciens incendies, dont les traditions se sont conservées dans Fantiquité, et qui suivent immédiatement celles du délv^. Dans la mythologie des anciens, riùstoire du serpent Python , né de la corruption des eaux , et celle de Pbaéton qui embrasa la terre, suivent immédiatement rhistoire de PhOémon et Baucts échappa aux eaux du déluge, et sont des allégories de la peste et des volcans, qui furent les prmîlmrSStats dé te dbsoluîion générale des JùtiinMiix '^Hk» végétaux*
n ne me reste plus qu'à détruire l'opinion de ceux qui font sortir ta terre du soleil. Les principales preuves dont ils l'appuient sont ses volcans, ses granits, les pierres vitrifiées répandues à sa surfiKX , et son refroidissement progressif li année en année. Je respecte le célèbre écrivain qui l'a mise en avant ; mais j'ose dire que la grandeur des images que celte idée lui a présentées a séduit son imagination.
Nous en avons dit assez sur les volcans , pour prouver qu'ils ne viemient point de rinlérieur de lajerre. Qiiant aiix granits , ils ne présentent, dans l'agrégation de leurs grains, aucun vestige de l'action du feu. J'ignore leur origine; mais certainement on n'est pas fondé à la rapporter à cet élément , parce qu'on ne peut l'attribuer à l'action de l'eau , et parce qu'on n'y trouve pas de coquilles. Comme cette assertion est dénuée de preuves, elle n'a pas besoin de réfutation. J'observerai cependant que les granits ne paraissent point être l'ouvrage du feu , en les comparant aux laves des volcans ; la différence de leur matière suppose des canses différentes dans leur formation.
Les agates, les cailloux, et toutes les espèces de silex , semblent avoir des analogies avec des vitrifications, par leur demi-transparence, et parce qu'on les trouve, |H)ur l'ordinaire, dans des lits de marne qui ressemblent à des bancs de chaux éteinte ; mais ces matières ne sont point des productions du feu, car les laves n'en présentent jamais de semblables. J'ai ramassé , sur des a)lliiiea caillouteuses de la Basse-Normandie, des co(|iulles d'huîtres très-entières, amalgamées avec des cailloux noirs qu'on appelle bisets. Si ces biseLs eussent élé vitrifiés par le feu , ils eussent calciné ou
iU ÉTIDK QU
au moins altéré les écailles d*hattres qui leur étaient adhérentes ; mais elles étaient aussi saines que si elles sortaient de Teau. Les falaises des bords de la mer, le long du pays de Caux , sont formées de couches alternatives de marne et de bisels; en sorte que, comme elles sont coupées à pic, tous diriez d'une grande muraille dont un architecte aurait réglé les assises , et avec d'autant plus d'apparence , que les gens du pays bâtissent leurs maisons des mêmes matières, disposées dans le même ordre. Ces bancs de niame ont de largeur depuis un pied jusqu'à deux , et les rangées de cailloux qui les séparent ont trois ou quatre pouces d'épaisseur. J'ai compté soixante-dix. ou quatre-vingts de ces couches horizontales, depuis le niveau de la mer jusqu'à celui de la campagne. Les plus épaisses sont en bas , et les plus minces sont en haut, ce qui (ait paraître, du rivage, ces falaises plus hautes qu'elles ne sont : comme si la nature eût voulu employer quelque perspective pour en augmenter l'élévation; mais sans doute elle a été déterminée à cet arrangement par les raisons de solidité qu'on aperçoit dans tous ses ouvrages. Or, ces bancs de marne et de cailloux sont remplis de coquilles, qui n'ont éprouvé aucune altération du feu , et qui seraient parfaitement conservées , si le poids de cette énorme masse n'eût brisé les plus grandes. J'y ai Ml th^r des fragmens de celle qu'on appelle la tuilée, qu'on ne trouve vivante que dans les mers de rinde , et dont les débris , étant réunis , formaient ime coquille beaucoup plus considérable que celles, de la même espèce, qui servent de bénitiers à Saint-Sulpice. J'y ai remarqué aussi un lit de cailloux qui se sont tous amalgamés, et qui forment une seule table, dont on aperçoit la coupe, d'environ un pouce d'épaisseur, sur plus de trente pieds de longueur. Sa profondeur dans la falaise m'est inconnue ; mais avec un peu d'art on pourrait l'en détacher, et en tirer la plus superbe taWe d'agate qu'il y ail au monde. Partout où l'on trouve de ces marnes et de ces cailloux, on y trouve des coquilles en grand nombre; de sorte que, comme la marne a été évidemment formée par leurs débris , il me parait très-vraisemblable que les cailloux l'ont été par la substance même des poissons qui y étaient renfermés. Cette opinion paraîtra moins extraoï-diuaire , si l'on obsene que l)eaucoop de cornes d'Ammon et d'univalves fossiles, qui , par leurs formes, ont résisté à la pression des terres, et qui , n'en ayant point été comprimées, n'ont pas mis dehors , comme les bivalves , la matière animale qu'elles renfermaient , la font voir au dedans sous la forme de cristaux , dont on les trouve communément remplis, tandis que les bi-
ÀTRIÈHE.
valves en sont totalement privées. Je prcsume que les substances animales de ces dernières , confondues avec leurs débris, ont formé les différentes pfttes colorées des marbres , et leur ont donné la dureté et le poli dont ces marbres sont susce|iUbles. Cette matière se présente, mèpie dans les coquillages vivans, avec les caractères de l'agate, comme on peut le voir dans plusieurs nacres , et, entre autres, dans le bouton demi transparent et très-dur qui termine celui qu'on appelle la harpe. Enfm, celte substance lapidifique se trouve encore dans les animaux terrestres; car j'ai vQ>en Silésie des œufo d'une espèce de bécasse qu'on y estime beaucoup, non-seulemeut parce qu'ils sont très-délicats à manger, mais parce que, lorsqu'ils sont secs, leur glaire devient dure comme un caillou, et susceptible d'un si beau poli, qu'on les taille et qu'on les monte en bagues.
Je pourrais m'étendre sur l'impossibilité géométrique que notre globe ait pu être détaché de celui du soleil par le passage d'une comète, parce qu'il aurait dû , suivant l'hypothèse même de cette ûnpulsion , être entraîné dans la sphère d'attraction de la comète , ou être ramené dans celle du soleil. A la vérité, il est resté dans celle de cet astre ; mais il n'est pas aisé de concevoir comment il ne s'en est pas rapproché davantage, et comment il s'en tient à peu près à trente-deux millions de lieues, sans qu'aucune comète l'empêche de retourner à l'endroit d'où il est parti. Le soleil , dit-on, a une force centrifuge» Le globe de la terre doit donc s'en écarter. Non, ajoute-t-on, parce que la teiTC tend toujours vers lui% Elle a donc perdu la force centrifuge qui devait adhérer à sa nature, comme étant une portion du soleil. Je poun-ais m'étendre encore sur l'impossibilité physique que la terre puisse renfermer dans son sein tant de matières liétérogènes, sortant d'un corps aussi homogène que le soleil; et faire voir qu'elles ne peuvent, en aucune façon, être considérées comme des débris de matières solaûres et vitrifiables (si tant est que nous puissions avoir une idée des matières d'où sort la lumière ) , puisque quelques-uns de nos élémens terrestres, tels que l'eau et le feu, sont absolument incompatibles. Mais je m'en tiendrai au refroidissement qu'où attribue à la terre , parce que les témoignages dont on appuie cette opinion sont à la portée de tous les hommes, et importent à leur sécurité. Si la terre se refroidit, le soleil, d'où on la foît sortir, doit se refroidir à proportion; et l'afRsiiblissement mutuel de la clialeur, dans ces' deux globes, doit se manifester de siècle en sièda, au moins à la snrfoce de la terre ^ dans les évaporations des
mers, dans k dioûiiiilioQ des plaies, et siirioat dans la destnidion saccesàse d'un grand iMMubre tie planles, qu*iin sûnple afbiblisseiuent de quelques d^rés tle chaleur iûi périr aujourd'hui, lorsqu'on les change de cliniaL Cependant , il u y a pas une seule plante de perdue de celles qui étaient connues de Ciroé, la plus ancienne des bolanistes , dont Ilomëre nous a, en quelque sorte, conservé l'herbier. Les plantes chantées par -Orphée existent encore avec leurs vertus. Il n y en a pas même une seule qui ait perdu quelque chose de son attitude. La jalouse ClyXie se tourne toujours vers le soleil; el le beau-fils de Liriope, Narcisse, s'admire encore sur le bord des fontaines.
Tels sont les témoignages du règne végétal sur la constance de la température du globe ; examinons ceux do genre humain. Il y a des luibitans de la Suisse qui se sont aperçus , disent-ils , d'un accroissement progressif de glaces dans leurs montagnes. Je pourrais leur opposer d'autres observateurs modernes qui , pour faire leur cour à des princes du Nord, prétendent avec aussi peu de fondement que le froid y a diminué, parce que ces princes y ont fait abattre des forêts ; mais je m'en tiendrai au témoignage des anciens, qui, sur ce point , ne voulaient flatter personne. Si le refroidissement de la terre est sensible dans la vie d'un liomme, il doit l'être bien davantage dans la vie du genre humain : or, toutes les températures décrites par les historiens les plus anciens , conune celle de l'Allemagne par Tacite, des Gaules par César, de la Grèce par Plutarque, de la Tlirace par Xénophon , sont précisément les mêmes aujourd'hui que de leur temps. Le livre de l'Arabe Job , que l'on croit être plus ancien que Moise, lequel contient des connaissances de la nature beaucoup plus profondes qu'on ne le pense , et dont les plus communes nous étaient inconnues il y a deux siècles , parle fréquemment de la chute des neiges dans son [lays, qui était vers le 30" degré de latitude nord. Le moût Liban porte dans la plus haute antiquité le nom arabe de Liban, qui signifie blanc, à cause des neiges dont son sommet esl couvert en tout temps. Homère rapporte qu'il neigeait à Ithaque quand Ulysse y arriva , ce qui l'obligea d'emprunter un manteau du bon Eumée. Si , depuis trois mille ans et davantage , le froid eût été , chaque année, en croissant dans tous ces climats , il devrait y être aujourd'hui aussi long et anssi rude que dans le Groenland. Mais le Liban et les autres provmoes de l'Asie ont consen'é la même température. La petite Ile d'Ithaque se cou-r vre encore en hiver de frimas ; et elle porte, comme du temps de Télémaque, des lauriers et des oliviers.
RÉPONSES AUX OBJECTIONS
ETUDE CINÇLIÈME.
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