‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 73 sur 213 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

large , et qui ont de longuear toute celle du bateau. Les charpentiers russes des cantons où on les bâtit ne font d'un arbre qu'une seule planche, le bois y étant si commun , qu'ils ne se donnent pas la peine de le sder. Avant que j'eusse voyagé dans les pays du nord , je me figurais, d'aprè» les lois de notre physique, que la terre devait y être dépouillée de végétaux par la rigueur du froid. Je fus fort étonné d'y voir les plus grands arbres que j'eusse vus de ma vie, et placés si près les uns des autres , qu'un 4'cureail pourrait parcourir une bonne partie de la Russie sans mettre pied à terre , en sautant de branche en branche. Cette forêt de sapins couvre la Finlande, Hngrie, l'Estonie, tout l'espace compris entre Pétersbourg et Moscou , et de là s'étend sur une grande partie de la Pologne, où les chênes commencent à paraître, comme je l'ai observé moi-même en traversant ces pays. Mais ce que j'en ai vu n'en est que la moindre partie, puisqu'on sait qu'elle s'étend depuis la Norwége jusqu'au Kamtschatka , quelques déserts sablonnenx exceptés; et depuis Breslau jusqu'aux bords de la mer Glaciale.

Je terminerai cet article par réfuter ime errear dont j'ai parlé dans l'Étude précédente, qui est qne le froid a diminué dans le nord, parce qu'on y a abattu des forêts. Comme elle a été mise en avant par quelques-uns de nos écrivains les plus célèbres, et répétée ensuite, conome c'est l'usage , par la foule des autres, il est important de la détruire , parce qu'elle est très-nuisible à l'économie rurale. Je l'ai adoptée long-temps , sur la foi historique ; et ce ne sont point des livres qui m'en ont fait revenir , ce sont des paysans.

Un jour d'été, sur les deux heures après midi, étant sur le point de traverser la forêt d'Ivry , je vis des bergers avec leurs troupeaux , qui s'en tenaient à quelque distance , en se reposant à l'ombre de quelques arbres épars dans la campagne. Je leur demandai pourquoi ils n'entraient pas dans la forêt pour se mettre, eux et leurs troupeaux , à couvert de la chaleur. Ils me répondirent qu'il y faùait trop chatMl , et qu'ils n'y menaient leurs montons que le matin et le soir. Cependant, comme je desirais parcourir en plein jour les bois où Ilenri IV avait chassé, et arriver de bonne lieure à Anet, pour y voir la maison de plaisance de Henri II et le tombeau de Diane de Poitiers , sa maîtresse , j'engageai l'enfant d'un de ces bergers à me servir de gnide , ce qui lui fut fort aisé , car le chemin qui mène à Anet traverse la forêt en ligne droite ; et il est si peu fréquenté de ce côtélà, qne je le trouvai couvert, en beaucoup d'endroits, de gazon et de fraisiers. J'éprouvai, pen-

dant tout le teuips qne j'y marchai , une chaleur étouflkute, et beaucoup plus forte que celle qd régnait dans la campagne. Je ne commençai même à respirer que quand j'en fus tout-à-fait sorti, et que je fus éloigné des bords de la forêt de plus de trois portées de fusil. Au reste, ces bergers , cette solitude, ce silence des bois, me parurent plus augustes , mêlés au souvenir de Henri IV , que les attributs de chasse en bronze , et les chiffres de Henri II entrelacés avec les croissans de Diane , qui sunnonteiit de toutes parts les dômes du château d'Anet. Ce diâtean royal , chargé de trophées antiques d'amour , me donna d'abord un sentiment profond de plaisir et de mélancolie; ensuite il m'en inspira de tristesse , quand je me rappelai que cet amour ne fut pas légitime; mais il me remplit à la fin de vénération et de respect, quand j'appris que, par une de ces révolutions si ordinaires aux monumens des hommes , il était habité par le vertueux duc de Penthièvre.

J'ai depuis réfléchi sur ce que m'avaient dit ces bergers sur la chaleur des bois , et sur celle que j'y avais éprouvée moi-même; et j'ai remarqué , en eflét, qu'au printemps toutes les plantes sont plus précoces dans leur voisinage, et qu'on trouve des vJk>lettesen fleurs sur leurs lisières, bien avant qu'on en cueille dans les plaines et sur les collines découvertes. Les forêts mettent donc les terres à l'abri du firoid , dans le nord ; mais ce qu'il y a d'admirable , c'est qu'elles les mettent à l'abri de la chaleur dans les pays chauds. Ces deux effets opposés viennent uniquement des formes et des dispositions différentes de leurs feuilles. Dans le < nord, celles des sapins, des mélèzes, des pins, des cèdres, des genévriers , sont petites, lustrées et vernissées; leur finesse, leur vernis et la multitude de leurs plans réfléchissent la chaleur autoot d'elles en mille manières : elles produisent à pea près les mêmes effets que les poils des animaux du nord , dont la fourrure est d'autant plus chaudeque leurs poils sont fins et lustrés. D'ailleors , kt feuilles de plusieurs espèces, comme cellea des. sapinset des bouleaux, sont suspendues perpendiculairement à leurs rameatix par de longues queues mobiles , en sorte qu'au moindre vent elles réfléchissent autour d'elles les rayons du soleil, comme des miroirs. Au midi,, au contraire , les palmiers, les talipots, les cocotiers, les bananiers, portent de grandes feuilles qui, du côté de la terre, sont plutôt mates que lustrées, et qui, en s'étendant horizontalement, fbrment au-dessous d'elles de grandes ombres où il n'y a aucune réflexion de dialeur . Je conviens cependant que le défrichement des forêts dissipe les ft*alcheurs occasionées par

ETUDE CINQUIÈME

rhanudité; maU il <uginenl« l«s froids secs ri iipres du nord, comme on l'a éprouvé dans les hautes moolagnes de la Norvège, qui étaient aiitrefbb cultivées, et qui sont aujourd'hui inhabitables, parce qu'on les a totalement dépouillées de leurs bois. Ces mêmes dérfichemens augmentent aussi la chaleur dans les pays cliauds , comme je l'ai observé â l'iie de France , sur plusieun cales qui ■ont devenues si arides depuis qu'on n'ja laissé aucun arto%, qu'elles sont aujourd'hui sans culture. L'herbe mËme qui y pousse pendant la saison des (duies est en peu de temps rôtie par le eoleil. Ce qu'il y a de pis, c'est «ju'il est résulté, de la sëchc' resse de ces côtes, le dcssécliement de quantité de ruisseaux; car les arbres plantés sur les liauleurs y attirent l'humidité de l'air, et l'y fixent, conune nous le verrons dans l'étude des plantes. De plus, en détruisant les arbres qui sont sur les hauteurs, on die aux vallons leurs engrais naturels, et aux campagnes les palissades qui les abritent des grands Tenis *. Ces venis désolent tellement les cultures en quelques endroits, igu'on n'y peut rien Taire croître. J'attribue i ce dernier inconvénient la stérilité des landes de Bretagne. En vain on a essayé de leur rendre leui^ ancienne fénindilé : on n'en viendra point à bout, si on ne commence par lenr rendre leurs abris et leur température, en y ressemant des forêts. Mais il faut que les paysans qui les cultivent soient heureux. La prospérité d'une terre dépend, avant toute chose, de celte de ses babil ans.

* Il MilBt de jctFF in y«ui wrla Fnnce, dtpuit I* deMruo Uoo de DW tbrvls, poiiri|ipn!cicrloulelaimte)aede ccllroliier¥»tion ; la Kule ïilWc de Uondnorency ™ offre un eieraple frippint. Sa aources cHit presque lodles i

ETUDE SIXIEME

uimlw!

cauiqul la ferlllbcnt ne tardera |mi i lui birepndn tfUhttet de rieht et brllr . que Jean-Jicqun Rauawau lui a prodigué». Suivant un eiccllent ol>MnjlFiir, In eaui de TAing de Honimm-ency loni coiutdéntriemfnt diminuéet, et •eratent mènie tarim uni IM forf ti du coteau tud qui le* ea (oFfli une loii alialtues, on n'aura ni

■a arpeni d'un toi MC

L'bHuenM que de* booqueli do boit aierceni lur la terliïie d'une valUe , le* Rrandet niaïae* de* (UrM> l'eiercenl hit le dimal dei plua vaste* contrée*. C'eit iliwlque le* lorélide la Culane attirent une li prodigleuie quantité d'eau . qoeaea liabitani. pour éviter la ianndationa, «ont ot>1i|é9 d'étaUlr, pendant aix tnoi*. leun dameureaau aammet da arbra. tandit qu'aucun nuage . aui^une vapeur ne vient rafraîchir le* cbanips dépouillés de l'Hgipte, de la Libre et <le l'AraMe. On peut consulter lur cet ImporUnt pbénoatèoe reicHlenle mUBiTt natarflledf l'air, de l'abbé Rlchan!; le* Barmofiiea hydn^égilatet , de aauch ; et le* É'poqiut dt la naiHrf.deBaflan. (A. -M.)

Kuus continuerons de parler de la fdcoDâité des terres du nord, pour détraire le préju^ qui n'attribue le principe de la vie , dans les plantes ei dans les animaux, qu'i la chalenr du midi. Je pourrais m'éiendre sur les chasMS nombreosea d'élans, de rennes, d'oiseaux aquatiques, de fruicidins, deIiëvres,d'oursUanCB,deloup(, de renards, de martres, d'hermines, de castors, etc., que les liabitans des terres sepUntrionales tbnt lotis les ans , et dont les seules pelleteries, qu'ib n'ein-~ ploient pas à leur usage, lenr produisent nne branche considérable de commerce par toute l'Europe. Mais je m'arrètciai seulement à leurs ptehes, Itarcequecesprésetudes eani sont offerts à toutes les nations, et ne sont nulle part aiusi abondans que dans le nord.

On lire des rivières et des lacs du nord une multitude prodigieuse de poissons. Jean Scbœffer, bis'' lorien exact de Laponîe, dit 'qu'on prend, chaque année, à Tornéo, jusqu'à Irrize cents barques de sainnons; que les brochets y sont si grands , qu'il y en a de la longueur d'im homme, et qu'on en sale chaque année de quoi nourrir quatre royaumes du nord. Mats ces pèches abondantes n'approchent pas encore de celles de ses mers **. C'est dans leur sein qu'on prend ces monslnieuses baleines qni ont , pour l'ordinaire , soixante pieds de longueur , vingt pieds de largeur au corps et i la queue , dix-huit pieds de liauteur , et qui donnent jiiSfju'à cent trente barriques d'huile. Ixiur lard a deux pieds d'épaisseur , et on est obligé de se servir de couleauxde six pieds de kmg pour ledécou per. Il sort tous les ans , des mers du nord , une multitude innombrable de poissons qui enrichissent tous les pécheurs de l'Europe; tels sont les morues , les anchois , les esturgeons , les dordies , les maquereaux, les sardines, les harengs, les chiens de mer , les bélugas , les [loques , les marsouins, les chevaux marins, les souBleiu's, les licornes de mer , les poissons à scie, etc.. Ils y sont tous d'une taille plut considéraUe qne dans les latitudes tempérées, et divisés en un plus grand nombre d'espèces. On en compte jusqu'à dooie dans celle des baleiiKS, et les plies ou fléiansy pèsent jnsqn'A quatre cents livres. Je ne m'arrélerai qo'â ceux des poissons qui nous sont les plus

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