‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 87 sur 213 · DE LA FIGUKK HUMAINE · texte numérisé non relu

DE LA FIGUKK HUMAINE

lies actifs de Tame. La boadie est composée de deux lèvres, dont la supérieure est découpée en corar, cette forme si agréable que sa beauté a passé en proverbe, et dont l'inlërienre est arrondie en proportion demi-cylindrique. On en( revoit au milieu des lèvres les quadrilatères des dents, dont les lignes perpendiculaires et parallèles contrastent très-agréablement avec les formes rondes qui les avoisinent, d'autant mieux, comme nous l'avons vu , que le premier terme génératif se trouvant joint au terme harmonique par excellence, c'està-dire la ligne droite à la forme sphériqiie , il en résulte le plus harmonique des contrastes. Les mêmes rapports se trouvent dans les yeux , dont les formes se rapprochent encore plus des expressions harmoniques élémentaires , ainsi qu'il convenait à l'oigne principal. Ce sont deux globes, bordés aux paupières de cils rayonnans comme des pinceaux, (|ui forment avec eux un contraste ravissant, et présentent une consonnance admirable avec le soleil, sur lequel ils semblent modelés, étant comme lui de figure ronde, ayant des rayons divergens dans leurs cils , des mouvemens de rotation sur eux-mêmes, et pouvant, comme l'astre du jour, jse voiler de nuages, au moyen de leurs paupières.

Les mêmes harmonies élémentaires sont dans les couleurs de la tète , ainsi que dans ses formes ; car il y a , dans le visage , du blanc tout pur aux dents et aux yeux ; puis des nuances de jaune qui entrent dans sa carnation, comme le savent les peintres; ensuite du rouge, cette couleur par excellence , qui éclate aux lèvres et aux joues. On y remarque de plus le bleu des veines , et quelquefois celui des pninelles; et enfin , le noir de la chevelure, qui, par son opposition, feit sortir les couleurs du visage, comme le vide du cou détache les foniies de la tête.

Vous remaitiuerez que la nature n'y emploie point de couleurs durement trandiées , mais elle les fait participer, comme les formes , les unes des autres. Ainsi , le blanc du visage se fond ici avec le jaune , et là avec le rouge. Le bleu des veines tire sur le vcrdàtre : les cheveux ne sont pas communément d'un noir de jais; mais ils sont bnins, cliàtains , blonds , et en général d'une couleur où il entre un peu de la teinte camativc , afin que leur opposition ne fût pas trop dure. Vous observerez encore que , comme elle emploie les portions sphéri(|ues pour former les muscles qui en unissent les organes , et pour distinguer particulièrement ces mêmes organes, ellese sert du rougeaux mêmes usages. Cest ainsi qu'elle en a étendu une nuance sur le front, qu'elle a renforcée aux joues, et qu'elle a appliquée toute pure à la iKiuche^ cet organe du

cœur , où elle contraste agréablement avec la blancheur des dents. L'union de ceUe couleur et de cette forme harmonique est la consonnance la plus forte de la beauté; et on peut remarquer que là on se renflent les formes sphériques , là se renforce la couleur rouge, excepté aux yeux.

Comme les yeux sont les principaux organes de l'ame , ils sont destinés à en exprimer tîntes les passions ; ce qui n'eût pu se faire avee h teinte liarmonique rouge , qui n'eût donné qu'une seule expression. La nature , pour y exprimer des passions contraires, y a réuni les deux couleurs les plus opposées , le blanc de l'orbite et le noir de l'iris, et quelquefois de la pmnelle, qui forment une opposition très-dure , lorsque les globes des yeux se développent dans tout leur diamètre; mais, au moyen des paupièi-es que l'homme resserre ou dilate à son gré, il leiur donne l'expression de toutes les passions , depuis l'amour jusqu'à la fureur. Les yeux dont les prunelles sont bleues sont naturellement les plus doux , parce que l'opposition y est moins tranchée avec le blanc de la conjonctive; mais ils sont les plus terribles de tous dans la colère , par un contraste moral qui nous feit regarder comme les plus dangereux de tous les objets ceux qui nous promettent du mal après nous avoir fait espérer du bien. C'est donc à ceux qui les ont de prendre bien garde à ne pas être infidèles à ce caractère de bienveillance que leur a donné la nature; car des yeux bleus expriment par leur couleur je ne sais quoi de céleste.

Quant aux mouvemens des muscles du visage , ils sont très-difQciles à décrire , quoique je sois persuadé qu'on en peut expliquer les fois. Si quelqu'un tente de le foire, il faut nécessairement qu'il les rapporte à des affections morales. Ceux de la joie sont horizontaux, comme si , dans le bonheur, l'ame voulait s'étendre. Ceux du diagrin sont perpendiculaires, comme si , dans le mallieur , elle chercliait un refuge vers le ciel, ou dans le sein de la ten*e. Il faut encore y Caire entrer les altérations des couleurs et les contractions des formes , et on y reconnaîtra au moins la vérité du prhicipe que nous avons posé, que l'expression du plaisbest dans l'harmonie des contraires , qui se confondent les uns dans les autres en couleurs, en foi*mes et en mouvemens , et que ceUe de la douleur est dans la violence de leurs oppositions. Les yeux seuls ont des mouvemens ineffables , et il est rcr ma^iuable que , dans les émotions extrêmes , ils se couvrent de larmes, et semblent par là avoir encore une analogie avec l'astre de la lumière, qui^ dans les tempêtes, se voile de nuages [iluvieux.

Les organes principaux des sens, qui sont au

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