‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 88 sur 213 · MÊ · texte numérisé non relu

MÊ

ÉTUDE DIXIÈME

ntoibre de quatre dans la tète, ont des contrastes particuliers qui détachent leurs formes sphéricpies par des formes radiées , et leurs ootileors éclatantes par des teintes rembrunies. Aiusi Torgane brillant de la vue est contrasté fiar les sourcils ; ceux de l'odorat et du goiH, par les moustaches; celui de roule, yar cette partie de la chevelure qu'on appelle fatorit ^^^p\ sépare les oreilles du visage; et le TÎsage hii-fnéme est distingué du reste de la tète par la barbe et par les cheveux.

Nous n'examinerons pas ici les autres proportions de la ligure humaine dans la forme cylindriipie du cou , opposée au sphéroïde de la tète et 4 la surface plane de la poitrine ; les formes hémi- •phérif|ues du sein , qui contrastent avec celle-ci , ainsi que les pyramides cylindricpies des bras et des doigts avec Tomoplate des épaules; ni les eonsonnances des bras avec les doigts par trois articulations semblables; ni une multitude d'autres courbes et d'autres liarmonies qui n'ont pas même encore de nom dans aucune langue , qooi(|u'elles soient dans tous les pays l'expression toute- puissante de la beauté. Le corps humain est le seul qui réunisse en lui les modulations et les concerts les plus agréables des cinq formes élémentaires et des cinq couleurs primordiales, sans qu'on y voie les oppositions âpres et rudes des bétes, telles que les pointes des hérissons, les cornes des taureaux, les défenses des sangliers, les griffes des lions, les marbrures de peau des chiens, et les couleurs livides et meurtries des animaux venimeux. Il est le aeul dont on aperçoive le premier trait, et qu'on voie à plein ; les autres animaux étant revêtus de poils, de plumes ou d'écaillés, qui voilent leurs membres et leur peau. Il est encore le seul qui , dans son attitude perpendiculaire, montre tous ses sens à la fois ^ car on ne peut guère afiercevoir que la moitié d'un quadrupède , d'un oiseau et d'un poisson , dans la position horizontale qui leur est propre , parce (|Ue la partie supérieure de leur corps cache l'inférieure. Nous remarquerons aussi que la démarche de l'homme n'a ni les secousses ni la lenteur de progression de la plupart des quadrupèdes, ni la rapidité de celle des oiseaux; mais elle est le résultat des monvemens les plus harmoniques, comme sa figure est celui des formes et des couleurs les plus agréables '".

Plus les consonnances multipliées de la figure humaine sont agréables, plus leurs dissonnances sont déplaisantes. Voilà pourquoi il n*y a sur la terre rien de plus beau qu'un bel homme , ni rien de plus laid qu'on homme ti*ès*laid>

Voilà encore pourquoi il sera toujours impossible à l'art d'imiter parfaitement la figure liumnine,

par la difficulté d'eu réunir toutes les harmonies, et par celle encore plus grande de faire concourir ensemble cellesquisoutd'unenaiuredifféreote.Par exemple, la peinture réussit assez bien à peindre les couleurs du visage, et la sculpture i en exprimer Içs formes; mais si on veut réunir i'iiannonie des couleurs et des formes dans un seul buste, cet ouvrage sera très-inférieur à un simple tableau ou i une simple sculpture, parce qu'il s'y rencontrera les dissoonances particulières des couleurs et des formes , et leur dissonnance générale , qui est en - Gore pliu» marquée. Si on voulait y joindre de plus les harmonies des mouvemens, comme dans les automates , on ne ferait qu'en accroître, la cacophonie ; et si on voulait le faire parler, on y altérait une quatrième dissonnance qui ferait horreur. On ferait heuiler alors le système intellectuel avec le système physique. Aiusi je ne m'étonne pas que saint Thomas d'Aquin fût si effrayé de cette tête parlante que son maître Albert-le-Grand avait passé tant d'années à construire, qu'il la brisa surle-cltamp. Elle dut produire sur lui la même impression qu'une voix articulée qui sortirait d'un corps mort. En général , ces sortes de travaux font beaucoup d'honueur k un artiste; mais ils démontrent la faiblesse de son art , qui s'écarte d'autant plus de la nature qu'il cherche à réunir plusieurs de ses harmonies : au lieu de les confondre comme elle , il ne £iit que les mettre en opposition.

Tout ceci prouve la vérité du principe (|ue nous avons posé, qui est que l'iiarmonie nait de la réunion de deux contraires, et la discorde de leur choc ; et que plus les harmonies d'un objet sont agréables, plus ses discordances sont déplaisantes. Voilà l'origine de nos plaisirs et de nos déplaisirs au pliysiquc comme au moral, et pourquoi nous aimons et haïssons si souvent le même objet.

Il y a encore bien des choses intéi^essanles à dire sur la figure humaine , surtout eu y joignant les sensations morales , qui donnent seules l'expression à ses traits. Nous eu dirons (|uelque chose dans la suite de cet (ouvrage , lorstiue nous parle* rons du sentiment. Quoi qu'il en soit, la beauté physique de l'homme est si frap[>ante [K)ur les animaux mêmes , que c'est à elle principalement qu'il doit attribuer l'empire qu'il a sur eux par toute la terre : les faibles viennent se réfugier sous sa protection , et les plus forts tremblent à sa vue. Mathiole rapporte que l'alouette se sauve au milieu des troupes d'hommes, lors(|u'elle aperçoit l'oiseau de proie. Cet instûict m'a été confirmé par un officier qui en vit une un jour se réfugier, ai pareille circonstance, au milieu d'un escadron de cavalerie oit il servait alors; mais celui de ses cama^Hle^

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