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LETTRES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
dans le lit de ma inère, pour être déposé ensuite auprès d'elle, que d'accepter la place de sciiateur. Je n'aurai qu'une physionomie, celle d'un bonhomme et d'un auteur tragique qui n'était pas propre à autre chose. Eu restant constamment comme je suis et ce que je suis , je conserve tout ce qui m'est acquis par l'âge. En me mettant en vue, je me mettrais en prise. Les serpens lettrés se joindraient aux serpens politiques; les calomnies pleuvraient sur mes clieveux blancs. Enfin, il y a dans mon ame, naturellement douce, quelque chose d'indompté qui brise avec fureur et à leur seule idée les chaînes misérables de nos institutions humaines. Je ne vis plus , j'assiste à la vie. Je voudrais quelquefois n'être qu'un œil qui voit; mais j'ai encore une ame qui sent; elle est trop jeune, elle ne marche pas avec son vieux camarade. Ainsi donc, mon cher ami, si vous voyez notre illustre consul Bonaparte, si vous voyez Réveillère-Lépeaux et vos autres confrères, parez, je vous en conjure, le coup dont je suis menacé; engagez David , qui connaît bien ma façon d'être et ma résolution , à me servir dans les mêmes vues. Il doit être initié, comme peintre, dans les secrets de ma complexion poétique. Je suis bien fâché que mon parti de remercier contrarie mon frère. J'aurais bien voulu lui être plus utile; mais j'ai fait ce qui dépendait de moi avec la mesure de mon crédit et de mes moyens. Je ne puis changer de nature, avoir d'autres nerfs , d'autres fibres, une autre organisation, d'autres habitudes dans mes pensées, dans mes affections, dans mes goûts, dans mes jouissances, dans ma façon de voir dans le présent et dans l'avenir. Je sais bien aussi ({ue ma femme ne peut concevoir mon refus ; mais elle est ma femme : la richesse, les titres, les honneurs, son intérêt personnel, tout cela agit sur elle. Cela ne m*enchante point, mais ne m'étôime point. Vous voyez bien, mon cher ami, que c'est dans moimême et au fond de moi-même, et sur moi-même.
et par moi-même que je dois chercher mon bon- connaissez mon caractère. Je suis assis sur le tom-
beur. Il se forme du repos et de la joie d'un enflant, quand je ne fais rien, et d'un charme incroyable, qui ne songe point du tout à la gloire, quand je suis dans mon travail avec Melpomène. Je n'ai plus que la moitié de mon premier acte à faire pour terminer ma nouvelle tragédie; tout le reste est fait. Je vous consulterai à Paris sur cet ouvrage. Je voudrais bien qu'il réussît, parce qu'il me rapporterait quelque argent et que je suis pau-
vre; mais aussi parce qu'il prouverait peut-être que je suis excusable d'avoir refusé une grande place, parce que je n'étais propre tiu'à la tragédie. Mon cœur est bien soulagé , mon dier ami , car je viens d'épancher mon ame dans la vôtre. J'y gémis avec vous. Je marclie avec vous sur les traces de mes anciennes douleurs. Tout ceci n'est que pour vous. Que ma femme , mon frère et David ne sachent pas que je vous ai écrit. Mais, je vous en conjure encore, qu'on ne songe pas à faire de moi un sénateur; (pi'on laisse le pauvre ermite dans sa cellule, et dire sur les tombeaux de ses chères filles, de sa pauvre femme et de la vôtre, ces grandes paroles : f^anitasraniiaium et omnia vaniiaSy prœter amare Deum et UH soli servir e; hoc est cujus omnis homo.
Votre ami ,
Jean-François Ducis.
Lettre de Ducis à Bernardin de Saint-Pierre,
Versailles , le 2 nivôse an XII.
J'ai trouvé, mon cher ami, hier en arrivant cliez moi , un peu avant midi, la lettre de M. Lacépède, qui m'apprend ma nomination, et me marque, par post'Scriptuniy que je serai averti du jour où je devrai prêter serment. I^ lettre est datée, du 27 frimaire; elle m'a été d'abord adressée à mon domicile, rue Bailleul, et ensuite renvoyée à Versailles. Je n'avais pas un mstant à perdre. J'ai ré- |H)ndu sur-le-champ, et fait porter ma réponse par un exprès, pour être siîr qu'elle serait i*einise au chancelier de la Légion-d' Honneur. C'est mercredi dernier (|ue la lettre est arrivée à Versailles, à huit heures du soir.
Vous savez, mon dier confrère, quelle était ma résolution, qui était inébranlable. Je n'ai pas pu vous consulter, comme je vous l'avais promis chez M. lé comte de Balk , sur ma manière de l'exprimer. Je vous prie de m'excuser si j'ai manqué à ma parole; mais j'étais pressé de répondre. Vous
l)eau de ma première femme et de mes engins.
Vous en avez deux en bas âge, un au berceau,
une jeune épouse que vous ne |)ouvez trop aimer.
Vous avez à pourvoir et à prévoir.
Bonjour, mon ami. Je vous embrasse auprès de
mon feu et dans ma retraite, qui est ma sœur, ma
com[)agne , et le soutien consolateur de mes vieux
jours.
Jean-François Ducis.
FIN T)¥S ŒUVRES POSTHl MES.
TABLE DES MATIERES
CariTEKUES DANS GE VM^UHE.
RSSAI SUH LA VI8 DE BBRHABDIN DB SAI-\T-
PiBKRB Pages. j
VovAGBBN Hollande. Dn pays. ..... 1
Des Hollandais.. . 2
Du gooTemeinent. 4
Voyage es Pkdsse. Du pays 5
DesPrasôens. .... 7
Dd gouvernement. . . 8
Dn Roi de Prusse. . . 10
Voyage en Pologne. De la Pologne ... M
Des Polonais 13
Du gouTerneinent . . 15
Du Roi de Pologne. , 17
Voyage es Russie. De la Russie 17
Des Russes 20
Dn goovemement . . 76
Révol. sous Pierre m. 29
pROJETiTun passage aux Indes par la Rnsne. 32 Harmonies de la nature.
Epitre dédicatoire . .
Préambule
Plan des harmonies .