GOS
feittû à la campagne ; mais tous ne donneriez pas ce nom à un grand château, surmonté d'une TÎeille tour qui domine au loin sur la rivière et y exerçait autrefois toute la tyrannie féodale, d'où il reste encore aujourd'hui d'assez beaux droits , par exemple celui d'un péage. J'ai sous mes fenêtres un beau manège découvert où des écuyers exercent (]es chevaux de toutes les nations; j'entrevois çà et là , par dessus les plus belles écuries du monde, quelques maisons du village ; au-delà de cette cour du manège est un grand chemin, audelà est un grand potager , le long duquel coule la rivière de Seine , où passe tout le commerce de Rouen à Paris ; sur l'autre bord est un petit cliâteau derrière lequel est une assez vaste bmyère , terminée par une grande forêt. Voilà , mon ami , la description du paysage que j'ai sous les yeux et qui ne vous inspirerait pas ces belles hymnes diampôtres que vous adressez à la nature , et dont votre lettre est un modèle. Je suis ici chez le plus respectable grand seigneur qu'il y ait jamais eu : ces vertueux La Rochefoucauld que toute la nation française sait encore estimer comme par tradition. La mort de la duchessç de La Rochefoucauld a répandu le deuil dans cette maison, mais il vaut mieux partager la tristesse de celte famille que la joie de beaucoup d'autres.
Il n'y a rien de nouveau dans mes affaires. J'ai été, depuis que je ne vous ai vu , bien tristement occupé par une maladie qu'a eue mon [ère , dans laquelle il a reçu l'extrême-onction ; mais, Dieu merci, il est ressuscité. J'attendais votre lettre avec impatience pour savoir où vous écrire , où TOUS mander à quel point j'ai été touché de la lettre que vous m'écrivîtes à votre départ. Connaissezmoi , mon ami , et vous croirez , je l'espère , à l'honnêteté et à l'amitié; ces deux sentimens ont toujours fait mon bonheur au milieu des travaux de la vie ; votre lettre m'a causé autant de joie que vos soupçons m'avaient cruellement affligé. Je vous embrasse de tout mon cœur.
RULIIIIÎRE.
Lettre de Jean-Jacques Rousseau à Bernardin
de Saint-Pierre '.
5aoAtl77l.'
La distraction , monsieur, de la compagnie qui était chez moi à l'arrivée de votre paquet , et la
' M. de Saint-Pierre , à son retour de l'Ue de France , dans une première entre>-ue avec J.-J. Rousseau . lui avait promis des graines étrangères; le lendemain il lui envoya une halle de café. Rousseau lui écrivit cette lettre.
persuasion que c'était en effet des graines étrangères, m'ont empêché de l'ouvrir, et je me suis contenté de vous en remercier à la liàte : en y regardant, j'ai trouvé que c'était du café. Monsieur, nous ne nous sommes jamais vus qu'une fois, et vous commencez déjà par des cadeaux ; c'est être un peu pressé, ce me semble. Comme je ne sub point en état de faire des cadeaux , mon usage est, pour é\'iter la gêne des sociétés inégales, de ne point voir les gens qui m'en font ; vous êtes le maître de laisser chez moi ce café , ou de l'envoyer reprendre; mais, dans le premier cas, trouvez bon que je vous en remercie , et que nous en restions là.
Je vous prie , monsieur, d'agréer mes très-humbles salutations.
J.-J. Rousseau.
Lettre de D' Alembert à Bernardin de Saint- Pierre,
Paris , ce mardi à midi , 1772.
Mademoiselle de Lespinasse est dans son lit , monsieur, avec la Oèvre double tierce, depuis huit jours : c'est une rechute. Elle a lu votre lettre avec beaucoup d'intérêt et un sensible regret de voir que votre situation n'est pas plus heureuse; elle ne peut comprendre quelles sont les [lersonnes de sa société qui ont pu désapprouver la modération de votre conduite à l'égard de votre libraire; en tout cas, ce jugement n'était pas fait pour vous troubler et pour arrêter un moment votre pensée, car il est bien absurde, et il y aurait bien peu de mérite et de force à tuer un insolent qui vous a manqué de parole; au heu de cela , il y a beaucoup de sagesse et d'honnêteté dans votre conduite. Pour moi , je ne saurais vous dire le regret mortel que j'ai de vous avoir proposé cet homme-là; je suis affligé de ce que nous allons vous perdre , mais je vois en même temps que votre mauvaise fortune doit vous lasser. Si vous vouliez, monsieur, entrer dans le senice de Sardaigne, le roi va faire de grands changemens dans les troupes , et sûrement il accueillerait bien un ofîicier français; dans ce cas, je connais deux personnes qui pourraient vous donner des recommandations ; si c'était en Russie , vous y connaissez beaucoup de gens , mais il y a le frère de M. Carbon qui est dans l'artillerie, et à la tête d'un corps qu'on appelle les cadets : il pourrait peut-être vous être utile. Il n'est pas dans ce moment à Paris , ainsi que M. de Carbon, mais ils seront tous ici après Fontainebleau. A l'égard du service d'Espagne, M. de Mora n'est pas daiH
LETTRES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
ce moment-ci en mesure de voos driiger, parce qu'il est dans l'impossibilité de s'occuper d'autre chose que de madame sa mère qui se meurt, depuis trois mois , de la poitrine. Lui-même est dans un état de santé qui ne lui permet guère de mettre de la suite à rien; cependant si vous préfériez le service d'Espagne, si c'est celui où vous vous promettez le plus d'avantage, je connais quelqu'un ici qui peut-être serait à portée de vous obliger, mais qui est aussi à Fontainebleau. Ce serait bien mal juger de mademoiselle de Lespinasse , monsieur, que de croire qu'elle vous eût fait un tort de votre mélancolie. Elle l'a intéressée et elle ne vous a jamais vu sans sentir s'augmenter en elle le désir de pouvoir \ous obliger, par die ou par ses amis. Quant à moi, monsieur, je me suis affligé souvent de mon impuissance et de mon peu de moyens, et je ne désirerais rien tant que de trouver les occasions de vous prouver l'estime distinguée et l'attachement sincère avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
D'Aleubert.
Lettre du baron de Breteuil à Bernardin de
Saint-Pierre,
Paris , le 24 mars 1770.
J'ai reçu tontes vos lettres, monsieur, et je n'ai pas profité de toutes les occasions de vous marquer le plaisir qu'elles me font; je me le reproche, mais je suis entravé par tant d'affaires , que je ne suis pas coupable de négligence. Je vous prie d'être toujours persuadé que je suis fort occupé de vous, et que je ne cesserai jamais de prendre l'intérêt le plus vif à tout ce qui vous regarde. Je suis bien aise qu'on vous ait envoyé à l'Ile Bourbon, puisque vous y serez en chef. Ne prenez pas de d^ût par les contrariétés; il &ut les vaincre par la patience , quand on a eu la force d'aller aussi lom chercher à être utile. Tout ce qu'on a mandé de vous ici rend justice à votre zèle et à votre intelligence. M. le duc de Praslin a la meilleure opinion de vous. Vos appointemens seront augmentés, et le ministre écrira au commandant du génie dans le genre que vous le desirez. Si au bout de tout cela vous n'avez pas lieu d'être content, et que vous vouliez absolument revenir, comme vous m'y paraissez à peu près déterminé, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour ne pas vous laisser dans l'embarras. Le regret que vous avez d'être aussi loin de vos parens et de vos amis est un sentiment très-naturel, et que vous leur inspirez; cependant ils ne sauraient vous conseiller d'abandonner le
certain pour l'incertain. Vons avez connu les peines d'un solliciteur; quoi qu'il en soit, si vous n'êtes point retenu par cette réflexion, et que vous n'envisagiez aucun moyen de fortune où vous êtes , il est constant qu'U peut y avoir plus de ressources dans ce pays; je vous offrirai, en attendant, asile auprès de moi, et nous aviserons à ce qu'il sera possible de faire. Le roi m'a fait la grâce de me nommer son ambassadeur à Vienne. Je suis bien fâché de ne vous avoir pas gardé pour vous faire travaiUer dans cette carrière; après quelques années de pratique, j'aurais peut-être trouvé jour à vous placer, et vous n'auriez pas mené en attendant une vie aussi triste que celle dont vous nie foites le détail.
L'économie avec laquelle vous avez vécu pour remplir vos engagemens ici a fort augmenté mon estime pour vous, et tout l'intérêt que vous m'avez inspiré. Je voudrais des occasions essentielles de vous en convaincre de plus en plus; si vous en trouvez , soyez sûr qu'en me les indiquant , je les saisirai toutes avec l'empressement qu'on doit à des sentimens aussi élevés que ceux que je vous connais.
Ma santé est bonne , je suis très-heureux , et le serais davantage si j'assurais votre bonheur. Continuez à m'écrire , et ne vous inquiétez jamais de mon silence ; mes sentimens sont invariables.
Le baron de Breteuil.
Lettre de M, Guys * à Bernardin de Saint-Pierre.
Marseille, le 12 décembre 1785.
Monsieur,
Je suis empressé de mettre à vos pieds l'hommage qui vous est dû , celui de mes faibles recherches dans mon yoyage de Grèce , etc., et ce qu'on imprime encore de moi sous le titre de Marseille ancienne et moderne; c'est mon dernier tribut à ma patrie.
Vous seul, monsieur, pouvezdire : J'ai fait un livre. Vos observations , vos pensées, vos sublimes images , ne sont pas comme les projets de l'abbé de Saint-Pierre , les rêves d'un homme de bien , mais des vérités qui consolent l'ignorant et le malhenreux. Je l'éprouve , étant l'un et l'autre, et mon admiration est la plus faible expression de mes sentimens.
* Auteur d'un Voyage littéraire en Grèce, dans lequel il eut l'heureuse idée de comparer les Grecs anciens aux modernes. Les Grecs reconnaissans le nommèrent citoyen d'Athènes. U mourut en f799, à Zante , une des Iles de la Grèce où il voyageait pour perfectionner son ouvrage.
LETTRES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
Je me félicite , je me Tanterai d'avoir pensé comme tous sur l'adoption, sur nos hôpitaux, sur notre éducation barbare, qui afflige l'âge de l'innocence et de la gaieté. Un de mes fils qui est à Smyme, s'applaudissait d'avoir acquis une riche collection de livres. Je lui répondis : Asseyez-vous sur les volumes de votre Encyclopédie , et lisez , relisez comme moi , les Études de la Nature que je vous envoie.
Je suis avec respect,
Monsieur , Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Guys,
Secrétaire do Roi , et ci-devant secrétaire perpëtupi de rAcadémie des Sciences et Belles-Lettres de Marseille.
Lettre de M. Guys à Bernardin de Saint-Pierre,
Marseille 15 Janvier 1786.
H feut vous dire , monsieur, ce que j'ai fait pour vous, et ce qu'on me dit de vous. Tout cela peut vous être utile, parce que vous allez donner une deuxième édition.
M. Adanson, frère de l'académicien, revenu d'Egypte , a apporté une précieuse collection en tous genres : des plantes bien dessinées, les poissons du Nil bien conservés , etc., etc., le fruit de l'arbre que les Arabes appellent kichstu , c'est-àdire crème, et qui donne une crème aussi bonne que celle de Paris; car vous savez mieux que moi que la nature nous a tout donné, et n'a pas eu besoin du lait des animaux pour nous &ire de la crème. Cet arbre est le bamier nommé dans Prosper Alpin , et qu'on m'assure être en petit dans le Jardin du Roi. J'ai promesse dudit Adanson qu'il mettra sous vos yeux tout ce qu'il apporte. M. Desfontaines, qui m'avait été recommandé par M. Lemonier, nous est revenu du Mont-Atlas, où il a fait ample moisson. J'ai été empressé de lui donner votre deuxième volume qu'il a dévoré , enchanté de ce qu'il y a trouvé de neuf, notamment sur les corolles, et de la belle image du lis. H est empressé de vous communiquer des choses neuves pour vous, et principalement touchant les insectes attachés à des plantes qui les tuent. Je lui donnerai donc une lettre , si vous m'y autorisez. Vous aimez les voyageurs, par conséquent à les entendre et interroger; celui-ci est doux oonmie la crème d'Egypte.
On m'écrit de Paris sur votre ouvrage :
« Le succès en a été lent, mais tous les gens » instruits et gens du monde ont fini par le lire el » le garder. »
Autre que je ne vous ai pas gardé pour la bonne bouche , mais qu'il feut entendre :
» L'auteur plaide admirablement la cause de la » Providence; mais dans combien d'endroits l'on- » vrage ne décèle- t-il pas l'ancien ami de Jean- » Jacques ! J'y ai souvent découvert la pâte du dia- » ble, et des inconséquences du citoyen de Genève. » M. de Saint-Pierre généralise trop les objets , et » vous le verrez souvent conclure du particulier à » l'universel. Il cite une espèce d'arbres des bords » du Mississipi , à qui la nature a donné des raci- » nés assez proéminentes et fortes pour rompre les » glaces qu'entraîne le fleuve , et garantir l'arbre » d'un choc qui le renverserait. Biais l'Oby , le » Jenissey, le Lena , et autres fleuves de la Sybé- » rie, charient encore plus de glaces, et plus long- » temps que le Mississipi , entraînant des arbres » de toute espèce, ce que fait aussi le fleuve de » l'Amérique septentrionale. Pourquoi d'une ex- » ception dont on devrait assigner la cause, faire » un principe général que l'expérience de tons les » pays démontre faux ' ?
» Je ne puis adopter le système du flux et re- D flux; la cause assignée est trop faible et irré- » gulière.
» Sur l'éducation , je crois entendre Jean- Jac- » ques.
» rerum ibi plura niteni , et je vous conseille » de mettre à côté de cet excellent livre celui de » M. Deluc de Genève; je relis avec plaisir son » Histoire de la terre et ses Lettres sur la Suisse. » Je n'ai pas encore vu deux auteurs qui , du côté » des qualités religieuses, civiles et militaires, » quoiqu'en genres différens , se ressemblent an- » tant que cet auteur et Xénophon. »
Je lirai M. Deluc après avoir relu M. de Saint- Pierre. Je finis ce griffonnage , et sans cérémonie, car la forme n'ajoute rien au fond.
Je suis, etc.
Lettre de Vabhi Fauchet à Bernardin de Saint"
Pierre.
Je vous offre une obole, monsieur, et vous me donnez une pièce d^or. J'ai lu les deux premières éditions de votre ouvrage , et je ne me lasse point de les relire. Mon premier soin , à mon arrivée de la province , a été de me procurer le quatrième tome qui venait de paraître : au moyen du présent que vous me Eûtes, j'aurai mes deux exemplaires complets. Je ferai rdier le volume que je reçois
' La nature varie ses moyens. L'auteur de la lettre avait mal' lu Bernardin de Saint-Pierre cpii expique ce cpii se passe dans une contrée et non dans toutes.
eos
LETTRES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
de vous, avec la couverture, afin que les deux ' mots écrits de votre main soient conservés dans ma bibliothèque comme un témoignage d'une amitié maintenant refroidie dans votre cœur, mais toujours vive dans le mien. Il ne vous arrive rien qui ne m'intéresse au fond de Famé. Je vous ai toujours beaucoup aimé; mais vous avez varié dans votre affection pour moi sans aucun motif légitime; car vous m'aviez pardonné durant nos liaisons tous mes défauts , et je n'en ai pas montré de nouveaux, lorsque vous avez cessé de me voir. Permettez-moi de vous en reprocher un à vousmême , qui tient peut-être à un vice, ce vice serait l'orgueil : une ame comme la vôtre ne peut avoir que celui-là. Quand j'obtins une première faveur du roi , je vous suppliai en grâce de permettre que la pension qui m'était assjgnée vous appartint ; je m'en étais passé jusqu'alors; je j^vais m'en passer toujours; vous étiez dans la gêne, et nous vivions dans l'intimité; mais je n'étais ni monarque, ni prince, je n'étais que votre ami ; mon offre fut rejetée, sinon comme offensante , du moins comme inadmissible. Je l'aurais bien reçue de vous, et j'en aurais été plus glorieux que de l'abbaye dont le roi a depuis amplifié ma fortune. Il est vrai que votre génie étant supérieur au mien , j'aurais trouvé dans votre amitié une gloire que vous ne pouviez pas trouver dans la mienne; mais je ne sais si l'amitié véritable calcule tout cela ; il me semble que c'est plutôt l'amour-propre.
Maintenant , monsieur, quoique je ne sois plus tant votre ami , comme vous êtes toujours le mien, je vais vous faire une proposition bien plus étrange peut-être. Le plus doux bien de la vie pour vous , dès à présent , et ensuite les consolations et le bonheur de votre vieillesse en dépendent. Si mon id< e réussit, je crois que la Providence vous aura bien traité, que vous serez heureux et agréablement dédommagé de toutes les peines que les injustices de la société vous ont fait subir. Une jeune personne fort aimable, naïve comme l'innocence, pure comme un beau jour de printemps, d'une stature noble , d'une physionomie heureuse , ne manquant pas de beauté, ne manquant pas d'esprit; d'une simplicité agréable , d'un naturel charmant, et surtout du caractère le meilleur, est ma nièce; elle ne dépend que de moi, c'est-à-dire d'elle-même sous ma direction ; car son bonheur est tout mon désir. Sa mère, veuve, l'a retirée depuis quelques mois d'un couvent de province, qui ne ressemble pas à ceux de Paris. Elle me l'a confK'e avec un plein abandon de son pouvoir; je l'ai amenée ici dans mon dernier voyage. Je l'ai mise chez une dame vertueuse de mes amies pour perfec-
tionner son éducation. Tous ceux qoi la voient l'affectionnent. Elle est dans sa dix-huitième année; mais je pense qn'il importe à un homme d'une sensibilité comme la vôtre , à quelque âge qu'il veuille se donner une compagne, de la recevoir immédiatement des mains de la nature, avant que la société l'ait contournée à ses métliodes, et que c'est à lui à achever de la rendre telle qu'il la lui faut , pour qu'elle puisse toujours lui plaire. Elle n'est pas riche , elle ne l'est point du tout ; mais aussi elle n'est pas accoutumée à l'abondance. Son père est mort après des entreprises trop au-dessus de ses moyens, et qui , toutes dettes p^'ées, n'ont rien laissé de sa fortune. Il ne reste à ma nièce qu'un tiers assuré dans le bien de ma bonne et excellente sœur, qui a eu le même patrimoine que moi, c'est-à-dire 20,000 francs en fonds de terre , avec lesquels elle vit assez doucement dans sa petite campagne , au moyen de ce que je fais les frais de l'éducation du dernier de ses deux fils. Ainsi , sa dot se réduirait à l'assurance de 6 ou 7,000 fr. de fonds après la mort de la mère, c'est-à-dire à rien ; mais je sub son oncle , et je l'aime comme ma fille. Sans disposer pour elle de mon revenu d'église, je peux lui donner celui que je retire de mon patrimoine, qui est de 900 livres par an, et tant que je serai au monde, elle ne manquera de rien pour son nécessaire. Il est vrai que vous n'auriez à vous deux que du viager; mais nous croyons, vous , elle et moi , à la Providence.
Réfléchissez à cela, monsieur, et venez me voir un matm. On m'a déjà parlé de gens riches de votre âge, qui pourraient s'estimer heureux de l'avoir pour épouse. Mais il ne s'agit pas tant de richesses ; il s'agit de bonheur, et le mien serait grand si je faisais le vôtre, le sien. En cas que la prespective que je vous présente vous paraisse avoir de justes convenances, nous conviendrons de vous faire trouver avec ma nièce. Si elle vous plaît, si vous réussissez à lui plaire, j*en serai charmé. Cette idée m'est venue comme par inspiration ; j'aime à croire que l'arbitre des destitinées l'a fait éclore dans mon esprit et l'a échauffée dans mon cœur; je vous en fais part soudain; je n'en ai parlé à personne. Peut-être aussi est-ce une chimère, et cela n'entre-t-il nullement dans vos vues. Mais je vous aurai toujours donné la plus grande marque d'estime et d'intérêt que je puisse donner à qui que ce soit au monde.
Je suis avec les sentimens les plus inviolables, Monsieur , Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
L'abbé Fadchet.
Ce 31 man 1778,
LETTRES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
anï
IMirede M. de Fouiancs à lienmrdin de Saint- Pierre,
Je nai pas T honneur d'être connu de vous, Monsieur; mais je vous ai lu, et je vous aime comme Fénelon et Jean-Jacques. J'ai parcouru les plus belles parties de la France et de la Suisse , \08 Études de la Nature à la main; je vous ai encore mieux admiré devant le modèle. Je ne sais si cette admiration me donne le droit de vous adresser la bagatelle que je joias à cette lettre. Je me rassure en sons^cant qu'elle est consaa'ée aux tableaux champêtres que vous peignez avec tant de charmes. Dans une note de ce petit ouvrage, je n'ai que faiblement exprimé tout ce cpie je pense k votre égard. Je n'a\ais pas l<*s titres nécessaires pour parler plus haut. Si je l'avais osé, et si on pouvait croire généralement ({u'un |K)èle sait autre eliose qu'assembler des hémistiches , je ne me serais pas contenté de louer votre l)elle imagination €t les grâces tondiantes de votre style. J'aurais hautement rendu hommage à vos nouvelles vues €n physique ; elles sont grandes et simples comme les merveilles de la nature qu<^ vous expliipiez. Vous seul, monsieur, pouvez consoler la France de la perte du dernier de ses grands hommes, l^a postérité, peut-être, trouvera en vous des qualités qui lui ont manqué : la grâce et la seiLsibilité. (^es deux caractères , ce me semble , conviennent plus â la nature que la mat^niiicence continue dont son historien Ta parée. Il ne Ta jamais montrée touchante, et s'est contenté de la faire riche. Votre ame est mieux entrée, je crois, dans le secret de l'intelligenœ universelle (pii se révèle surtout par les bienfaits. Que n'durais-je pas à vous dire, monsieur, de votre roman de Paul et l^ir- ^inie? C'est ainsi que le grand|>eintre Homère composait ses tableaux. Vous ou\Tez une nouvelle carrière à la poésie. Il est mipossible de décrire avec plus de richesse et de vérité. Mais quel intérêt profond vous avez su réunir sur deux enfans! Je n*a\'ais point lu ce dernier ouvrage quand j'ai parlé de vous. Je n'aurais pu le passer sous silence. Vous prouvez, par vos traductions de Virgile, que le génie seul peut imiter le génie; quand vous aurez lini votre Arcadie , nous aurons ce que de mallieurenses tantatives avaient fait croire impossible : un second Télémaque, Il y a quelques années, j ai traduit en vers français VEssai sur l'Homme de Pope, Si j'avais pu voils lire, avant ce temps, j'aurais mieux fait , et Pope lui-même aurait mêlé à sa métaphysique plus d'onction , et plus de justesse à ses raisonnemens. J'ai long-temps liabitéla Norinaiulie, votre patrie; j'y ai des ann's, et des per-
ŒUXTIES POSTHUMES.
sonnes qnî a^^ient l'hoimeur de vous connaître, me parlèrent de vos ouvrages, il y a deux ans, de manière à m^inspirer le vif désir de les lire. Je lear dois plus d'une journée heureuse. Que ne puis-je espérer de me lier un jour avec vous, et d'être au rang de vos disciples ! je serai du moins toujours au nombre de vos plus zélés admirateurs. Rien n'égale la vénération, et j'ose dire l'attadiement avec lequel j'ai l'honneur d'être.
Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
FOXTAXRS.
Ce5iiiai17S8.
/Xfre de M, de Fonianes à Bernardin de Saivt-
Pierre,
Une absence de quelques jours, monsieur , m'a empêché de vous témoigner plus tôt ma reconnaissance. Je possédais déjà Paul et f^irgime. J'avais placé ce channant et sublime ouvrage entre le Télémaque et la Mort d'y4beL II me devient encore plus cher depuis que je le tiens de vous. Rien n'est plus \Tai que vos idées sur le style. Les écrivains ({ui ont le mieux écrit sont toujours ceux (pii ont le mieux pensé. Ces deux mérites sont inséparables. Vous le prouvez avec Bossuet , Virgile, Fénelon et Rousseau. Au rCvSte, monsieur, l'auteur de l'extrait dont vous parlez m'est connu. Il vous rend justice du fond du cipur. Il vous admire sincèrement. C'est M. Roussel, docteur en médecine de la faculté de Montpellier, et l'auleur d'un très-bon ouvrage sur la coastitution physique et morale des femmes. Il écrivait , au milieu du Louvre, en présence des académies. Il est luimême médecin. Il faut bien payer tribut aux préjugés de son état, de ses sociétés et de son siècle. D'ailleurs, son ame est digne d'entendre la vôtre, et son imagination de sent ir le prix de vos tableaux . S'il avait l'occasion de vous voir, je ne doute point que la simplicité de ses mcpurs et l'élévation de son esprit ne vous attacliassent rivement à lui. Sans doute il se trompe, quand il prétend que les hommes les plus |)ropres à peindre la nature sont les moins luibiles à la connaître; car les grandes idées dans les sciences sont le fruit de l'enthousiasme , comme les grandes créations dans les arts. Mais en même temps , il vous appelle un homme de génie. Il ne se trompe point alors, et je lui pardonne en faveur de cet aveu. Vous scmblez croire, monsieur, que M. de Buffon a été jugé moins sévèrement par la |N)polace des savaas. J'ose croire que vous n'avez |)as été liien instniit à cet éganl.
LETTRES ET PIÈGES JUSTIFICATIVES
J'ai bemooap vu, dans leors dernières années , qaelques-uns des chefs do parti qu'on appelait philosophique. C'est là i[ue j'ai entendu disputer à M. de Buffon jusqu'à son style. Remarquez bien que le philosophe de Monthard avait tons les avantages qui en imposent à Fenvie et à la médiocrité : une brillante fortune, des titres , une statue, les caresses des souverains, et une longue expérience de tous les moyens grands ou petits qui donnent la renommée. C'est pourtant cet écrivain que j'ai entendu presque traiter avec mépris par quelques-uns de ses confrères. Vous éprouvez donc, monsieur, la destinée naturelle à tous les grands hommes qui répandent des idées nouvelles, et attaquent les opinions établies. Les savans sont des gens A routine comme k peuple dont ils se moquent. Je suis plus étonné de tout ce qu'on vous accorde déjà, que de ce qu'on vous refuse. Ceux dont les principes sont le plus opposés aux vôtres TOUS regardent comme un homme très-éloquent. Ils ne peuvent nier que vous n'ayez édairé plusieurs mystères de la nature, et surtout la botanique. Vous êtes aimé des lecteurs qui vous admirent. Votre gloire est pure et sans nuage. J'ose vous prédire que vos systèmes trouveront bien moins d'obstacles pour s'établir en Angleterre qu'en France. Tai assez vécu à Londres pour être assuré que les opinions newtoniennes n'y inspirent pas ce respect superstitieux qui engourdit notre Académie des sciences. Plusieurs membres de la Soeiété loyale les abandonnent en partie. D'ailleurs , le peuple anglais est ennemi de toute espèce de joug. En France, il faut Aristote, Descartes ou Newton. Là-bas, chacun pense et juge tout seul. Id, tous jugent comme un seul. Les idées religieuses, qui prêtent un si grand charme à vos ouvrages, hâteront encore vos succès en Angleterre. Quoique les premiers incrédules aient paru dans cettclle, et qu'ils aient servi de modèle à tous les nôtres, cependant elle s'est plus tenue aux anciens principes, et la puissance de la religion s'y Mi toujours sentir profondément. Partout où la nature aura des amis , vos ouvrages en trouveront. Mon ignorance me rend incapable de prendre un parti sur vos idées physiques; mais au moins je n'ai pas l'esprit gâté par les méthodes scientifiques. Je suis comme un sauvage de bonne foi. Je vous conçob parfaitement, et je suis très-porté à croire que ce que j*entends si bien est la vérité. La fonte des glaces polaires est une explication bien neuve , bien claire et bien satisfoisante du flux et du reflux de la mer. Mais il se passera encore quelques années avant qu'on ose avouer que vous avez deviné celle grande énigme. Les systèmes sont toi^onrs
des sources de disputes; les sentimens rapprochent tous les hommes. Ils conviendront unanimement que vous avez parlé à leur ame, que vous les avez rapprochés de Dieu et de la nature, que vous avez été l'apôtra de la morale et du bonheur. Cela vaut encore mieux que d'être un bon démonstrateur de physique. Si je n'avais été à la campagne une partie de cette année, j'aurais pris la liberté de vous voir quelquefois. J'espère que vous me permettrez dorénavant de jouir de cet avantage. J'irai m'écbauffer et m'édairer près de vous. Personne ne vous portera jamais une admiration plus sincère, un attachement plus tendre et plus constant.
FOXTANES.
37 Janvier 1789.
Lettre de madame la baronne de Krvdner ' à Bernardin de Saint-Pierre,
Leipzig , le 26 février I7BS.
Après quatorze mois, dont la plus grande partie ont été passt's dans des maux de nerfs si affreux que ma raison en a été troublée et ma santé réduite à un état déplorable , je reviens depuis quelque temps à un état plus calme : la fièvre qui bHUait mon sang a disparu , mon cerveau n'est plus affecté comme il l'était autrefois , et l'espérance et la nature descendent derechef sur mon ame soulevée par d'amers chagrins et de terribles orages. Oui , la nature m'offre encore ses douces et consolantes distractions ! elle n'est plus couverte à mes yeux d'un voile funèbre. Je suis redevenue mère, et j'existe derechef dans des amis qui m'étaient chers et que j'aime comme autrefois. En reprenant mes facultés , en recouvrant mes souvenirs , ma pensée a volé vers vous ; je sens le plus vif désir de savoir ce que vous faites , cher et respectable ami , et je sens que j'ai besoin de vous dire que , tant que je coaserverai les moyens de sentir , je vous aimerai. Je suis tourmentée d'une grande inquiétude. Quelle est votre existence dans un moment de troubles aussi universels? Vous qui aimiez tant la solitude et la paix, pouvez-voas jouir de ces biens précieux ? Permettez à la plus grande amitié de vous prier de me donner au plus vite de vos nouvelleiî. Ah ! que ne pnis-je passer encore quelques momens auprès de vous comme autrefois! que ne puis-je, dans ce petit jardin où vous oubliez le monde et ses tourmentantes inquiétudes, où vous vivez content dans le sein de la modération ; que ne puis-je , dis-je , m'y voir environnée de tranquillité et de bonheur! que ne puis-je y en-
• Nous |)osRédoiM plusieurs lellres de madame de Knidner ; nous les publierons |»eut-ètr€ un jour.
LETTRES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
tendre encore les leçons sublimes dont vos discours étaient remplis ! Elles m'étaient douces comme le parfàm des fleurs que je respirais.
Ceux qui connaissent le malheur, ceux qui souffrent, tous intéressent doublement ; je sens qn'avec cette confiance que tout inspire en vous , el que j*aî depuis si long-temps , je parlerais de mes peines: votre touchante bonté, votre amitié les adouciraient* Vous avez éprouvé des chagrins; vous savez compatir à ceux des autres. Veuillez me dire , cher et respectable ami , si vous n'avez ancon projet de passer une fols quelques mois en Suisse et de voir ce beau pays. Je sais que vous aimez trop la France pour la quitter pour longtemps ; mais un petit voyage en Suisse serait une distraction agréable. Si j'osais espérer que vous voulussiez passer un été au bord du lac de Genève, cette idée embellirait déjà actuellement ma vie, et }t TOUS conjurerais , par la sensibilité si vraie qui remplit votre ame, de venir habiter avec moi une petite campagne. Ah! vaiez demeurer, ne fût-ce qne quelques mois de votre vie, auprès d'une amie qai TOUS ofline une ame vraie et sensible , qui vit loôide la société ; qui vous entourerait de ses soins, da spectacle de deux enfens bons et charmans que TOUS aimez, et qui saurait respecter aussi votre solitade, ne pas la troubler ; 4{ui sait par elle-même combien la solitude est douce et nécessaire , enfin, dont la société ne vous offrirait aucune gène , aucune épine. Je vous offre ce vœu formé par une une qui sait vous aimer; je n'y ajoute rien. Je sala simple et vraie : je ne suis point éloquente.
rai quitté mon pays dont le climat abîmait mes nerfe; j'y ai vu , après une absence de huit ans, roourir dans de longues douleurs , un père que faimals tendrement, qui était le meilleur des hommes. De terribles crampes serraient ma poitrine et affectaient mon cerveau ; des chagrins amers rongeaient mon ame comme les maux physiqoes rongeaient ma santé.
Oh! mon ami, mes yeux se remplissent de larmes, quoique plusieurs mois se soient écoulés depuis. Mon ame est encore bien abattue quand j'y pense ! Me voici actuellement en Saxe, à Leipzig. C'est une ville que mon mari a choisie, parce qu'elle fbnrmt d'excellens moyens pour l'instruction de Paul , et j'ai la douceur d'être près de mon fils , de suivre ses progrès. Tous les étés il ira joindre son père en Danemark : il restera avec lui quelques, mois , et ce temps-là je pourrai l'employer à aller faire quelquefois de petits voyages en Suisse. Notre fortune , très-altérée par la guerre que nous avons eue et les excessives dépenses auxquelles M. de Krudner a été assnjéti en Danemark, ne
nous permet pas de vivre ensemble dans un pays aussi cher; d'autres raisons , trop longues à détailler, ont encore ajouté à cette résolution.
Ici je ne dépense que très-peu : la ville est peu ch^. Je ne vois personne; le dimat est agréable , les fruits bons, les en\irons très-jolb. J'ai toujours avec moi mademoiselle Pioset, cette amie que vous avez vue chez moi dans mon premier séjour de Paris ; elle a été mariée depuis : cette excellente fenune, occupée tour à tour de mes enfens et de moi, est bien nécessaire à mon ame souvent malade encore.
Mes enfans sont. Dieu merci, bien portans, heureux et bons ; la petite , que vous nommiez la BéatiUtde , a conservé sa physionomie de contentement, et mon fils me donne, ainsi qu'elle, les plus heureuses espérances. Portez-vous toujours bien, ne m'oubliez pas; je vous conjure aussi de m'écrire bientôt à Leipsig, poste restante. Je vous embrasse &i idée et suis à jamais
Votre meiUeure amie ,
B. DE Kaudnbr.
Paul eî Virginie est traduit en allemand : je voudrais bien avoir l'occasion de vous l'envoyer.
Lettre de Dupont de Nemours à Bernardin de
Saint-Pierre.
Good-SUy , près New-York . 2 ttiermidor an vni.
Mon cher collègue.
Je vous dois des remerclemens pour les plaisirs que vous me procurez à l'autre bout du mcnde.
Je viens de fondre en larmes en relisant Paul et Virginie. C'est ce que je connais de plus parEsiit pour la simplicité du plan, l'excellence des sentimens et la beauté pure de l'exécution.
Je ne sais qui a dit qu'on ne va pas à la postérité avec un gros bagage : avec un diamant comme celui-là, on y est riche.
C'est bien la cinquième ou sixième fois que ce modèle des petits romans me charme; il m'a semblé que c'était la première.
Je n'avais lu vos Études de la Nature qu'il y a très-long-temps, et dans des momens de trouble qui ne m'avaient pas permis l'attention convenable : il ne m'en était resté dans la mémoire que les mouches de votre firaisier.
Je suis à présent frappé , comme je devais l'être , de vos très-belles vues sur la botanique et la philosophie , les rapports et les convenances des plantes.
n est clair qu'en les étudiant seulement parleur sexe, on ne peut apprendre qu'un dictionnaire,
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Mais en les considérant par leurs sites et leurs phénomènes , on acquiert une science. J'en ferai bien mon profit.
Quant à votre théorie des marées, on ne peut TOUS nier les deux calottes de glace, leur fusion alternative et les courans qui en résultent nécessairement.
n y a même lieu de penser que l'augmentation et la diminution successive de l'une et de l'autre de ces immenses calottes, déplaçant deux fois par an le centre de gravité du globe , contribuent fortement à entretenir l'obliquilé de l'écliptiqne , co pendule salutaire de notre magnifique horloge.
Il est certain qu'une telle masse d'eau ne peut pas être fondue sur un pôle dans le même temps où une telle masse de glace se forme sur l'autre, sans donner un grand mouvement à la totalité des eaux de l'Océan. Mais d'un autre côté , l'attraction réciproque de la lune et de la terre , celle de toqs lescorps, sont physiquement, mathématiquement, rigoureusement démontrés, et les observations d'un homme comme Newton méritent un grand respect.
Je jugerais donc qu'il fiint concilier les deux systèmes.
Le monde est la combinaison d'un nombre immense de propriétés; il n'est pas seulement le problème des trois corps, mais celui de nous ne savons combien de milliards de corps disposés et régis par un grand esprit, habités par une multitude de petits esprits avec lesquels j'ai l'honneur
d'être.
Je vous embrasse tendrement , mon cher collègue.
Vah et me ama ,
Dupont (de Nemours).
Ce que je voulais envoyer à la classe ne mérite pas encore de lui être présenté.
Je pense qu'elle a reçu mes cinq ou six Mémoires de floréal. Celui sur les plantes eût été meilleur si j'avais lu vos théories avant de l'écrire.
Madame Dupont vous salue.
Lettre de Louis Bonaparte, âgé de dix-huit anSy à Bernardin de Saint-Pierre,
De Lavalette , le 22 Jain 179S, 11* de la république.
Citoyen,
Pardonnez à un jeune homme exalté la liberté qu*il ose prendre, confié ou excité par une simplicité naturelle qui est encore dans son cœur, et qui seule semble vous guider.
Établi à Toulon depuis peu , j'ai quitté ma pa-
trie pour n'être point en proie aux persécutions les plus amères et qui sont celles qu'un tyran exerce sur une famille dont les individus veulent être libres, et dont l'influence aurait |hi être nuisible aux desseins pernicieux de cet homme injuste. Mais je finis sur cette période qui n'est que trop triste par elle-même , et qui est bien sensible pour l'homme juste et libre , ou , pour m'exprimer en vos termes, pour l'homme Paria.
Cet ouvrage m'a bien affecté , mais Paul et Virginie m'a coûté bien des larmes, et sans doute Paul n'en versait pas plus lors de sa séparation avec sa sœur ; mais si j'ai , citoyen , osé vous écrire, ce n'est que pour vous demander les circonstances de cet ouvrage qui n'ont point été le fruit de votre imagination. Vous dites qu'il y a du vrai ; quel est le vrai ? quel est le faux ? voilà mon but , voilà ce que je me suis proposé de savoir , pour qu'une autre fois, en le relisant, je puisse me dire , pour soulager ma sensibilité affligée : Ced est vrai , ceci est faux.
O homme sage et heureux ! 6 homme de la nature ! pardonnez ma liberté, mais respectez-en les motifis. Ah! si jamais vous vous sentiez quelques sentimens pour moi , ressouvenez-vous que je vous ai demandé votre amitié , non pour à présent , que je suis faible en connaissance et en âge, et par conséquent indigne de vous entretenir, mais pour l'avenir; car peut-être qu'alors, ayant acquis un peu d'expérience , je serai en droit ou de vous redemander votre amitié, ou, si je m'en sens indigne , devons demander pardon alors pour à présent.
J'ai rhonneur d'être , citoyen , avec la plus profonde estime de l'homme juste.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Louis Bonaparte, âgé de 'I 8 ans, d'Ajaccio, en Corse.
Au citoyen Louis Bonaparte , poste rcs> tante, à Toulon.
Lettre de Napoléon à Bernardin de Saint-Pierre,
23 frimaire an VI.
Je reçois à l'instant un exemplaire de vos ouvrages'. Je vous remercie de la belle lettre qui les accompagne.
Votre plume est un pinceau \ U manque à la Chaumière indienne une troisième sœur. Vous
'Bernardin de Saiut-Pierre lui avait envoyé la Oiaumiére et Paul et Virginie.
'Cette expression, qui plaisait à Bonaparte, se retrouve dans une autre lettre que nous avons di^a citée. (Voyez le supplément à la vie de Bernardin de Saint-Pierre. )
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vous donnerez par là le temps de finir votre grand ourrage.
Je TOUS salue ,
Bonaparte.
Lettre de M. Hugues Maret à Bernardin de
Saint-Pierre.
Vendredi . 14 février IS06.
Monsieur et cher confrère ,
An moment où je présentais à S. M. le superlte exemplairede Paui et Virginie, elle m'a dit qu'elle desirait recevoir de vos mains Thommage que vous vous proposiez de lui offrir. Je n*ai pas voulu vous priver de remettre vous-même ce chef-d'œuvre du plus touchant génie, enrichi par le concours de l'art le plus utile et des taleus les plus aimables. Vous recevrez demain une lettre par laquelle M. le chambellan de service vous fera connaître l'heure de l'audience que S. M. vous donnera dimanclie prochain.
Agréez , monsieur et cher confrère , l'expression de mes sentimens les plus affectueux et de ina considération la plus distinguée.
Hugues Maret.
Lettre de Bernardin de Saint-Pierre au citoyen Maret , secrétaire d'État,
Avant qne vous m'eussiez fiait riionnear , citoyen , de me demander mon suffrage pour votre entrée à l'Institut, un de nos amis communs, le citoyen Derbes, me l'avait demandé pour vous. Entre les raisons sur lesquelles il motivait sa demande, il m'en donna une assez plaisante. Vous lui avez dit , me dit-il , que, comme vous ne croyez qu'en Dieu, vous alliez vous trouver seul entre les athées qui ne croient à rien, et les catlioliques dbposés à croire à tout. Mais soyez tranquille à cet égard : les deux partis tiendront toujours à vous, parce qu'ils croient également au crédit des places éminentes.
Il n'en est pas de même de celui de ma place dans l'Institut. A quoi peut vous servir la voix d'un solitaire persécuté depuis long-temps dans ce même corps où vous aspirez ? Elle ne peut que vous être nuisible. Les athées qui le gouvernent, et contre lesquels je n'ai cessé de lutter, non-seulement m'ont ôté toute influence , soit en m'empèchant de lire à la tribune , dans nos séances publiques, des écrits que ma classe y avait destinés , soit en m'empédiant d'obtenir le plus petit emploi pour m'aider à élever ma femiUe; mais ils ont pris plaisir encore è publier que le premier consul avait
dit à mon occasion : a Je ne donnerai jamais an* cun emploi à un écrivain qui répand rerreoi'.» Ainsi ils m'ont ôté jusqu'à l'espérance.
Ce n'est pas tout. Ils s'occupent depuis peo à m'enlever mesmoyens actuels de subsistance. Lorsqu'on délogea du Louvre , U y a' huit mois , mes confrères Ducis, Lebrun, Bitaubé, etc., on leur accorda à chacun une indemnité annuelle de i ,200 livres ; la mienne fut fixée à 600 livres, quoique je fusse père de famille.
Il y a plus. Il y a environ trois mois , je me trouvai engagé dans une séance de ma dasse, avec quelques mathématiciens de la première , dans une discussion sur les marées. Ils prétendaient , d'après le système astronomique, qu'il y avait deux marées par jour dans tout l'Océan. Je leur démontrai, d'après ma tliéorie, que ces doubles marées n'avaient lieu que dans l'hémisphère boréal , à cause des deux continens qui se réunissent à sa coupole glaciale , et qui en déversent tour à (our les fontes dans l'océan Atlantique ; mais que dans l'hémisphère austral , dont la coupole glaciale ne repose sur aucim continoit, les marées en découlaient pendant douze heures de suite, c'est-à-dire pendant tout le temps que le soleil exerçait son actîoD sur la moitié de cet hémisphère. Je prouvai Texistencede ces marées umques de douze heures par une multitude de faits incontestables. Huit jours après avoir fait luire ces rayons de la vérité aux 3feux de mes antagonistes, je fus à la Trésorerie toucher une ordonnance de 250 livres par mois , dont je jouissais depuis cinq ou six ans. Jugez de ma surprise quand je la tronvai réduite à 200 francs pour l'avenir.
Dans ces derniers changemens de rinstitut, il est fort question de transformer les classes en académies. Les noms paraissent en eux-mêmes assez indifférens ; cependant si le régime académique a lieu , il est dah: que les sexagénaires, desquels je suis , perdront la part qu'ils ont ansiindemnités de leurs confrères placés dans les fonctions pidiliques, de laquelle part ils jouissaient d'après ks réglemens des classes de l'Institut; ce sera encore pour moi une perte de plus de 600 livres par amiée. Ainsi peu à peu je n'aurai bientôt pln& les moyens de subsister.
A la vérité . je pourrais trouver quelques ressources en faisant des cours publics de mes Har* manies de ïa Nature. J'échapperais par là aux brigandages des contrefacteurs qui m'ont enlevé le fhiît de mes Études précédentes , an point qu'il me reste encore plus de la moitié de la demièro édition , imprimée il y a quatorze ans. Man que ne feraioit pas alors mes ennemis qui les ont drori-
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8é8 de leur crédit et de leurs mntil^tions ? SoufTriraient-Us que j'exposasse en public de uoavelles preuves de ma théorie des mers , tirées de tous les règnes de la nature? que je prouvasse , par les •oHhiges les plus respectables, que cette théorie , qu'ils traitent dé physique absurde , dans leurs cabinets, est regardée aujourd'hui comme certaine chez tons les peuples maritimes de l'Europe ? qne leurs marins la considèrent comme une découverte des plus utiles à la navigation et au commerce ? et qu'Us la font enseigner dans leurs écoles ? Que diraient enfin les astronomes , lorsque je publierais de nouveUes objections contre leur attraction lunaire, et qu'opposant les raisonnemens les plus simples à leur principe universel de Tattractioii sidérale, je viendrais à renverser cette'arche sacrée où ils ont cru renfermer la foi et les espérances du genre humain? Il n'est pas douteux que , disposant de tous les journaux et des influences du gouvernement , ils m'ôteraient , avec mes derniers moyens de vivre, ceux même de réclamer contre leurs persécutions, comme ils ont fait jusqu'à présent. Heureux encore si, prétextant à leur ordinaire leur amour pour la vérité , la justice et le repos pid[)lic , Us ne finissaient pas par me foire subir le sort de Galilée ! L'expérience que j'ai du passé, du présent, et la crainte de l'avenir, me forcent , au sein de cette même patrie que j'^ servie de mes lumières et de ma conduite, et dans ce même corps ou vous aspirez, de regarder au loin les lieux ou je pourrai placer les berceaux de mes trois enfens et mon propre tombeau.
Si je pouvais réclamer la justice du premier consul , qui m'a doimé des témoignages de sa bienveillance , lorsque ma patrie l'appelait à régler ses destinées, je lui dirais: a Mes ennemis vous ont environné; ils vous ont éloigné de moi , qui confondais mes vœux avec ceux de ma patrie , pour votre gloire et son bonheur. Ils n'ont pas rougi de vous dire qu'à la feveur des illusions de mon style, je semais des erreurs capables de foire naître une guerre civile, comme si des opinions physiques avaient jamais passionné un peuple , et comme si ceUes qui m'ont attiré leur haine ne brillaient pas du simple éclat de la vérité. Mais s'il importe à un homme de votre génie de la connaître partout où elle se trouve; s'U est du devoir d'un magistrat suprême d'être juste envers tous les citoyens , ne craignez-vous pas de l'opprimer en moi, en croyant y persécuter l'erreur ?
» Sans doute , vos occupations administratives ne vous permettent pas d'examiner si TOcéan est un fleuve ou un lac ; si ses sources sont sur la terre ou dans les deux , aux pôles du globe ou à
son équateur; s'il doit ses mouvemens généraux à la gravitation de la lune , qui ne pèse pas même sur l'atmosphère si mobile , interposée entre elle et lui , ou si ses deux courans , alternatifs avec leurs marées latérales, ne descendent pas tour à tour des deux océans de glace de plusieurs mUliers de lieues de circonférence , qui couronnent les pôles, lors(|ue le soleU les réchauffe de ses rayons. Cependant l'examen de cette question serait bien digne de l'administrateur de la grande nation dont vous vous proposez d'étendre les relations par toute la terre, à l'exemple même du soleil qui y fait circuler le flux et le reflux de la mer , pour servir de conmiunication à tous les hommes. Si cette importante vérité est encore douteuse , qu'on la livre à une discussion publique; je dirai connue A jax , disputant à Ulysse les armes divines d'Achille , ou comme vous , conquérant pour ma patrie la victoire et la liberté : Miiianiur inier hosUs , qu'on les jette au milieu des ennemis. Je n'opposerai aux miens que les armes du jugement, que des faits à leurs calculs, et des raisons à leurs autorités. Je n'ai besoin que d'auditeurs silencieux et sans préventions pour mes juges.
« Mais si cette vérité est déjà démontrée, si déjà elle est adoptée par les marins les plus instruits de l'Europe, si déjà elle répand un nouveau jour sur l'étude de la nature , et si elle promet des avantages incalculables à la navigation et au commerce, que dira la postérité de la voir rejetée des lieux mêmes qui l'ont vue naître ? Pourra-t-eUe croire que sous vos lois, citoyen Consul , cette découverte a été pour son auteur sexagénaire , sans fortune et père de famille, un sujet de mépris, de haines injustes et de dépouiUemens progressifs, et que Bonaparte enfîn, si Ulustre dans la guerre, a persécuté dans la paix une vérité nalureUe , plus durable et plus importante à la gloire de son administration que tous les monumens élevés par la main des hommes ?» Je pourrais lui en dire en-» core davantage. Mais qui voudrait seulement in'ouvrir un accès auprès de lui ? Vous voyez donc bien , citoyen , que le suffrage d*un homme qui excite , me mandez-vous, votre admiration par ses écrits est bien plutôt digne de votre pitié dans ce nouveau temple de mémoire où vous voulez entrer. Je ressemble à ces saints qui attirent de loin les hommages et les vœux des hommes , mais qui de près sont rongés par les insectes. Cependant, quelque faible qu'y soit ma voix, puisque vous désirez d'être admis au rang de ses pontifes, soyez persuadé qu'après avoir pesé dans ma conscience les droiLs de chacun de ses candidats . je ne la donnerai qu'à ceux qui, comme vous, croient en
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Lettre de Ducis à Bernardin de Saint-Pierre,
VenaiUes» le f nivoee an VlU.
Cette lettre est pour voas seul, mon cher ami.
Dieu , persuadé que sur cette croyance seule repose tout talent utile et tonte vertu aimable. Que de titres pour tous , qui n*avez jamais persécuté personne et qui avez tant de fois obligé !
De Saint-Pierrb.
Paris , 10 Teiitose an XI.
Un mal aux yeux, qui me dure depuis trois jours, m'a empêché de recopier cette lettre pleine de ratures, et de vous répondre plus tôt.
Lettre de Joseph Bonaparte à Bernardin de
Saint-Pierre.
Monsieur ,
J'ai reçu votre lettre. Je suis touché de tout ce <|ue vous me dites , et je me rends aux raisons qui vous détenuinent '.
Vous voudrez bien avoir la bonté de faire toucher à la caisse de M. Thibault, rue Mazarine, n^ i6i2, le dernier jour de cliaque trimestre , la somme de i 500 fr.
Veuillez, monsieur , agréer les nouvelles assurances de ma haute estime et de mon véritable
attachement.
Joseph Bonaparta.
Moiiontainc. le 18 vendémiaire an xn.
lettre de Joseph Bonaparte à Bernardin de Saint-Pierre,
Portici , le 17 novembre 1806.
Monsieur ,
J'ai reçu la lettre que vous avez bien voulu m'é* Q'ire ; je vous remercie des clioses obligeantes qu'elle contient.
J'ai foit lire votre Paul et Virginie à quelques dames de ce pays, que je vois habituellement; elles avouent que la langue du Tasse n'a rien produit de si doux ; elles se sont passé le livre de l'une à l'autre, et toutes en ont la même opinion.
Je leur ai dit que le père de Paul était de mes amis , et qu'il serait possible qu'il fit un voyage dans le pays où Virgile et le Tasse ont pris les originaux des tableaux dont ils enchantent le monde depuis tant de siècles : nous desirons que cette espérance se réalise.
Agréez , monsieur, mon estime sincère et mon attachement.
Votre affectionné,
Joseph Bonaparte.
* Bernardin de Saint-Pierre avait refusé une place chez Jo seiih Bonaparte , qui lui répondit par celte lettre et un brevet de 6,000 fr.de pension. (Voyez le Supplément à la Vie de Bernardinde Saint-Piecre.)
Je commence par vous plaindre, par mêler ma douleur avec la vôtre sur la haute perte que voas venez de faire. Hélas! c'est au même âge que j'ai aussi perdama tendre femme, ma première, la mère de mesenians, ame pure et sensible que je regretterai jusqu'au dernier soupir. Puissiez-vous, mon cher ami, être plus heureux que moi, et ne pas voir encore s'éteindre et mourir sous vos yeux paternels les deux enfans qui vous restent de votre chère Félicité! Tel a été mon sort, après avoir élevé et marié les miens. J'ai bien pu dire : >Yfitma mea defecii in gemitibus. Il ne me reste plus, mon cher ami, que quelques années, fieu heureuses, qui attendent les infirmités d'une vieillesse plus avancée. Avant que j'en aie vu s'écouler quatre , je serai septuagénaire : ce n^ot ne me fait pas peur , mais il me console. On m'a dit que vous veniez d'être nommé membre du sénat conservateur dans notre nouvelle constitution. J'en suis bien aise pour ma patrie; et, si cela vous convient, recevez-en mon compliment très-sincère. Quant à moî^j'ai bien pris mon parti; ma résdution est înâiniilable : si on me Êdt l'hoimeur de songer à md, ma lettre de remerciement est déjà prête; je n'aurai plus qu'à la signer. Je pourrais dire comme Corneille, en reconnaissant la distance infime qui me sépare de lui conmie poète :
lion génie an théâtre a voulu m'attacher; lien a lait mon fort, Je dois m'y retrancher. Partout ailleurs Je rampe , et ne suis plus moinnéme.
Il m'est impossible de m'occuper d'affaires : elles me répugnent; j'en ai horreur. Le mot de devoir me lait frémir. Si j'étais chargé de grandes el hautes fonctions, je ne dormirais pas. Mon ame se trouble aisément; ma sensibilité est poar moi mi r supplice. Mes principes religieux me rendraient plus propre à une solitude des déserts de b Thébafde qu'à toute autre condition. J'aime, comme vous, à voir la nature avec goât, avec amour, avec un œil pur et sensible , et cet œil, quj est ma lumière et mon trésor, je le sens s'éteindt-eet m'échapper lorsque je mets le pied dans le monde. Si j'étais le maître de dioisir, en me supposant ambitieux, je ne voudrais ni du sceptre des rois, ni des faisceaux consulaires. Je suis.catholique, poète, républicain et solitaire : voil^ Jes élémens qui me composent, et qui ne peuvent s'arranger avec les hommes en société etavec les places. Je vous donne ma parole d'honneur , mon cher ami , que j'aimerais mieux mourir tout doucement à. Versailles^