LIVRE DEUXIÈME
HARMONIES AÉRIENNES
Vous qui portez sur vos ailes les premiers mobiles du mouvement et de la vie, doux 2^^Ayni, bruyans Autans, soit que vous étendiez dans les deux les voiles légers de l'Aurore, on les noires tempêtes du couchant; soit que vous ridiez la surface des eaux , ou (pie vous les creusiez en vaHées profondes; soit que vous transportiez d'une extrémité de la terre à l'autre les fleuves qui doivent h féconder, ou que vous détachiez des pôles les montagnes de glace qui renouvellent les mers : amans légers des prairies, tyrans des forêts gémissuites , \o\x errantes des rochers , vous animez tout ce qui est insensible. Combien de fois vos bruits lointains, vos mptérieux échos m'ont plongé dans d'ineffobles rêveries! Répandez seulement ôànR mes écrits les simples harmonies de vos sons : je n'aurai pas besoin de recherches profondes ni de brillantes images pour charmer mes jeunes lecteurs; il suffira de vos murmures.
HARMONIES A1ÎRIENNB8
DU SOLEIL ET DE tA LUNE.
Notre pôle est le berceau des harmonies du glolx*, et le pôle austral , qui lui est opposé , en est le tombeau; c'est dans son hémisphère que viennent expirer, à diverses latitudes, tous les continens, au milieu d'un océan sans rivages : il n'y apparaît de loin en loin que quelques amas de sable stérile , ou quelques Iles désolées, semblables à des écueik. Si, au sein de ces longs hivers, il brille de quelque lumière , ses feux ne sont ni dorés , ni pourprés, comme ceux qui annoncent, au pôle boréal, l'aurore de la vie , mais pâles et bleuities comme ceux qui suivent le couchant et annonoent l'empire de la mort; ils le rendent seniblable à une lampe funèbre qui luit au milieu des tombeaux.
Cependant le soleil les met tour à tour en activité, en les échauffant artemativement pendant six mois. Il en est de notre vie comme de notre globe : notre enfance est son premier pôle, et notre vieillesse en est le dernier; c'est sur eux que roulent toutes les harmonies de notre vie. Les premières sont développées par la chaleur et la surveifiance maternelle; par qui seront renouvelées les dernières ? Ah ! sans doute , rien n*est imprwsible à la maiii qui divise et rapprodie les élémens, et qui compose tous ses ouvrages des liarroonies de la vie et de la mort î
DU SOLEIL ET DE LA LUXE
BoniQBfr-Doas ha à odles de notre horizoïL Déjà le soleil commence à répandre quelques couleors dans FaUnosphère; le froid est moins rude ; les niisscOTT reprennent leur coors; la terre, à demi couveite de neige, laisse aperoeroir quelques lisières de verdore; les jeunes scions des artîres devienneot purpurins; les oiseaux aquatiques qui Tivenl sor les limites de l'hiver, se rapprodient du nord. Le soleil est encore peu élevé à midi, mais un vent du sud-ouest nous apporte quelque bienfiût de sa chaleur du sein des mers de l'Amérique méricfionaley et soulBe fréquemment dans cette
Ces compensations viennent sans doute d'une main matenielle. Cest Tair qui nous voiture cette chaleur précoce; seul des élémens, il enveloppe tout le globe; la limiîère n'en couvre guère à la Uùs que la moitié, FOcéaii ^que les deux tiers, la lene qu'un tiers; mais l'air renviroone tout entier. Toutes ses parties se communiquent immédiatement; il est le inédialeiu' de tous les autres démens, et de la lumière même. S'il n'y avait point d'air, les rayons du soleil seraient sans chaleur, les rivières et même les mers sans sources , les terres saus pluies, par conséquent sans végétaux, sans animaux et sans hommes.
Nous pouvons concevoir Tatmosphère comme un grand verre convexe au dehors et concave au dedans, qui entbure notre globe à plusieurs lieues de distance. Au moyen de cette disposition, elle rassemble les rayons du soleil qui s'écartent de notre terre, eUe les réfracte et les réimit à sa surfrtce. La partie inférieure de cette atmosphère est toujours chaude dans la zone torride ; elle l'est aussi en été dans chacune des deux zones tempérées qui avoisînent celle-ci, et, dans cette même saison, dans la plus grande étendue des deux zones glaciales; mais sa partie supérieure est toujours froide, même dans la zone torride, comme on le voit par les sommets de ses montagnes , qui en tous temps sont couverts de neige, environ à uAe lieue perpendicuiairç de hautetir.
L'air échappe à Qotre vue par sa transparence , et à notre toucher par sa ténuité. Il ne peut être saisi ni par uotre odorat, ni par notre goAt, ni même par notre otile, à moins qu'il ne soit agité. n est bon de faire observer aux enfans, et même aux hommes , que les puissances de la nature n'en existent pas moins, quoiqu'elle échappent à la plupart de nos senS. Comme la vue est le premier sens de l'ame , et l'avant-coureur, pour ainsi dire , des autres, c'est à elle que nous rapportons d'abord les premiers degrés de notre certitude, parce que c'est par elle que nous nous formons une image
des oti^ts. Cest le ^>ens par excellence de uotre raison , parce qu'il nous présente à la Ibis plusieurs harmonies de l'existenee , comme la couleur, la forme et le mouvement ; c'est lui qid en est le principal juge, les autres sens n'en sont que les témoins. Il n'en faut pas conclure cependant que ce que nous ne voyons pas n'existe pas : cette manière de juger du vulgaire est quelquefois celle des philosophes. L'homme de France qui, à mon avis, a eu le plus d*esprit , Voltaire , dans ses Questions sur rEncychpédie, a nié l'existence de l'air, parce que, ditil , il ne le voyait pas. Il lui substitue des vapeurs aqueuses qu'il voit, et auxquelles il attribue les mêmes propriétés.
Ce système est déjà bien ancien : c'était celui de Thaïes , qui prétendait que tout était engendré par l'eau. Il n'admettait que cet élément sur le globe; la terre n'en était qu'un sédiment , et l'air une évaporation. Il n'y a pas de doute qu'il n'y ait beaucoup d'air renfermé dans l'eau , comme il y a beaucoup d'eau en é^'aporation dans l'air. Mais, entre autres preuves que je pourrais apporter de la (liiTérence essentielle de ces deux élémens, c'est <|ue l'eau dissout la plupart des corps solides, tandis que l'air, non-seulement les consolide en les desséchant « mais donne de la soUdité aux fluides. Ainsi , par exemple , lorsqu'on ouvre les membranes occipitales du cadialot , l'huUe qui est renfermée dans leurs cellules se fige et se cristallise aussitôt : il en est de même de la liqueur que renferme un certain zoophyte fort conunun sur les réci& de l'Ue de France. Lorsqu'on tire de l'eau cet animal, il lance ime liqueur blanche qui se change dans l'instant en im paquet de fils très-déliés. La matière fluide du ver à soie, de l'araignée et de plusieurs espèces de chenilles , acquiert tout à coup de la solidité en sortant de leur corps, et se change en soie par le simple contact de l'air. Ces effets n'auraient pas lieu , si l'air n'était qu'une eau évaporée : U ajouterait à la fluidité de ces matières.
Mais nous portons en nous-mêmes des preuves évidentes que l'air diffère essentiellement de l'eau : ce sont nos organes, que nous poiurrions appeler aériens, tels que ceux de l'ouïe, de l'odorat et de la respiration. Il est remarquable qu'il n'y a que les animaux qui vivent à l'air, qui aient des oreilles pour recevoir les vibrations du son, qui n'appartiennent qu'à l'air. L'organisation de l'ouïe ne se trouve point dans les poissons, si ce n'est dans les ampliibies : cependant ils sont émus par le bruit, mais d'une manière différente. Au reste le sens de l'oufe, comme nous le verrons, est un sens moral qui appartient aux harmonies fratcr-
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nelles : quant à celai de l'odorat, il est commun à tous les animaux , et est de plus en eux le précurseur du goût. L'organe de la respiration , auquel on n'a point encore donné de nom , et que l'on ne compte pas même parmi les sens , quoiqu'il soit le plus nécessaire de tous, est lié immédiatement avec lui dans les animaux. Nous avons reçu, pour le respirer, un viscère appelé poumon , qui est en harmonie avec l'air, et non avec l'eau, qui empêche totalement ses fonctions. C'est par cette raison que la nature a donné aux poissons des ouïes d'une constniclion admirable , pour séparer l'air de l'eau ; ce qu'elle n'eût pas fait , si ces deux élémens des anciens n'en avaient formé qu'un.
II est très-essentiel d'accoutumer les hommes à penser qu'il y a, dans la nature, des causes et des effets qui échappent à leur vue, et mêine à tons leurs sens. L'attraction , cette tendance des corps vers leur centre, et l'électricité, cette divergence du feu vers la circonférence, agissent sans cesse sur nous, sans se rendre sensibles que dans des circonstances particulières. Nous pouvons dir^ même que nous ne connaissons l'essence d'aucun principe; nous n'en saisissons que les harmonies; encore n'est-ce qu'an moyen des organes qui sont en rapport avec elles, et que la nature nous donne. Restons donc dans les ornières qu'elle nous a tracées, ou craignons de perdre notre chemin : nous ne saunons saisir avec nos sens les causes premières. Dieu lui-même, qui est la cause de toutes les causes , échappe à tous nos organes ; mais il a mis en harmonie avec lui notre ame, qui échappe aussi à tous nos sens, quoiqu'elle en soit le premier mobile.
Examinons maintenant les principales harmonies que l'air a avec le soleil. L'air est à la fols élastique et compressible. Nous observerons que cette dernière qualité le distingue encore de l'eau qu'on ne peut réduire à un volume moindre que celui qu'elle a dans son état naturel. Quant à l'élasticité de l'air, la chaleur le développe au point de lui foire occuper un espace quatre mille fois plus grand que celui qu'il a dans l'atmosphère. C'est au ressort de l'air, détendu par le feu , qu'est due l'explosion de la poudre à canon. Si l'on met une bouteille pleine d'air et bien bouchée près du feu , l'air échauffé, en se dilatant, &it crever la bouteille.
Je ne doute pas que les physiciens n'aient inventé des machines anti-pneumatiques pour opérer la plus grande compression possible de l'air, et qu'ils n'y aient employé même l'action du froid. J'ignore jusqu'à quel degré ils Font portée; mais voici une observation qui prouve combien les agens de la nature sont su|>érieurs à nos instrumens, et
ses lois à nos systèmes; c'est que le feu du soleQ , auquel nous attachons avec raison la dilatation de l'air daris l'atmosphère, le comprime aà point de le réduire à l'état de solidité dans les végétaux. Quelques-uns , comme nous l'avons déjà dk ^ tels que le chêne et les pois , en contiennent le tiers de leur pesanteur : les expériences en ont été fiûtes par les plus habiles chimistes, et sont rapportées dans Y Encyclopédie, Ce qu'il y a de plus étonnant , c'est que cet air n'y parait point comprimé , puisqu'il n'y a pas de tube de fer qui pût en renfermer seulement la vingtième partie de son poids sans éclater. L'air est donc engagé dans les végétaux sous une modiGcation qui nous est inconnue. Peutêtre y est-il réduit à ses premiers principes , ainsi que le feu lui-même qui y est renfermé, et qui se dégage par la combustion. Cette pensée, qui est celle des chimistes modernes, me semble d'aooord avec l'expérience.
Après avoir parlé de la dilatation et de b compression de l'air, disons un mot des vents, qui en sont le résultat. L'air, raréfié par la chaleur du soleil dans une partie de l'atmosphère, perd son équilibre avec l'air environnant qui vient le remplacer ; il résulte de ce mouvement un ooorant, auquel on a donné le nom de vent. On en distingue quatre principaux, qui empruntent leurs noms , comme leurs directions , du cours du soleil, leur premier mobile : ce sont les vents d'orient , du midi , d'occident et du septentrion. On substitue ordinairement à ces noms ceux d'est, de sud, d'ouest et de nord , peut-être parce qu'ils sont plus abrégés , ou qu'ils viennent oiiginairement de la langue celtique , que parlaient les premiers marins du nord de l'Europe. Ce qu'il y a de certain , c'est que ceux d'aujourd'hui n'en emploient pas d'autres dans les relations de leurs voyages , qu'il est très-intéressant de connaître. Mais, comme la première difficulté , et peut-être la plus grande qui se présente dans toute espèce de science, est de n'en pas savoir les termes techniques , c'est-^dire qui lui sont particuliers , parce qu'ils ne présentent aucun sens à celui qui les ignore , je rapporterai ici une ancienne étymologie, moitié latine, moitié française , des noms d'est , de sud et d'ouest. Est vient du mot' latin est, il est , le voilà; c'est là le lever du soleil ou l'orient. Sud dérive âesudor, sueur, à cause de la chaleur du soleil à midi. Ouest , pour ubi est, où est-il ; c'est le côté où le soleil disparaît et se couche , c'est l'occident. J'ignore l'étymologie du mot nord, qui vient peut-être de la particule négative non , parce qu'on ne voit jamais le soleil dans cette partie du ciel. Quoi qu'il en soit , ces mots peuvent se
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fixer dans la mémoire des hommes , en leur présentant quelques images sensibles.
nyaanediosebien remarquable, c'est que cliacon de œs quatre rents a des qualités différentes , qmsoDt diamétralement opposées. Le vent d'est ou d*orient est sec y parce qu'il passe sur une grande étendue de terre avant de venir à nous; et le vent d'ouest on d'occident est humide , .parce qu'il soafBe sor une grande étendue de mer, dont il nous apporte les vapeurs. Le vent du sud on du midi est chaud , parce qu'il traverse la zone torride, que le soleQ écbauffe perpétueUement ; et le vent da nord on du septentrion est froid, parce qu'il part do pôle nord , couvert d'un grand océan de giaees. De ces quatre vents se composent toutes les températures du globe , que le soleil , par son ooars, varie à chaque heure du jour, et cliaque jour de l'année.
Les qualités de ces vents n'existent que dans noire hémisphère septentrional, car elles sont directement opposées dans l'hémisphère méridional ; cependant leurs mêmes harmonies subsistent tonjoors. Là le vent du nord est Chaud , et le vent du sud est froid; celui de l'est est humide , et celui de l'ouest est sec. Nous pouvons prendre pour exemple l'Amérique méridionale. Le vent du sud y est froid y parce qu'il y vient directement du pôle sud, encore plus couvert de glaces que le pôle nord , et le vmt du nord y est chaud , parce qu'avant d'y arriver il passe à travers la zone torride ; Test y est humide, parce qu'en soufflant sur la mer Atlantique, il se charge de vapeurs qui couvrent de neiges les sommets des Cordilières , et y entretiennent les sources des plus grands fleuves du monde , tels que l'Orénoque et l'Amazone : enfin ronestyestsecparcequecetteméme chaîne des Cordillères , d'une hauteur prodigieuse , étant projetée le kmg de la mer du Sud, en arrête tous les nuages.
H y a ced de très-digne d'observation , c'est qu'il n'y a pas un seul lieu sur le globe où ces qualités contraires de chaud et de froid , d'humide et de sec, ne se rencontrent dans les vents qui y soufflent. Dans les contrées situées an centre des oontinens, il y a des méditerranées ou des lacs qui leur donnent de l'humidité ; dans les Iles pla< cées au sein des mers, il y a pour l'ordinaire des dialnes de montagnes qui en arrêtent les vapeurs, et procurent de la sédieresse à une portion de leur territoire , durant une partie de l'année; dans la zone glaciale, il y a des vallons , ou des plages sablonneuses , qui lancent des rayons de chaleur ; enfin, la zone torride, éloignée des pôles, a quantité de montagnes à glace qui rafraîchissent son atmosphère. Il y a de plus dans l'atmosphère deux
couches d'air, l'une inférieure, pour l'ordinaire chaude ou tempérée; l'autre, supérieure , qui est toujours glaciale, et que les orages font descendre de temps en temps dans la coudie inférieure. Il résulte de toutes ces dispositions , que les liarmonies du chaud et du froid, du sec et de l'humide , existent dans chaque partie du globe dans des saisons différentes , et dans toute sa sphéricité à la fois sous une infinité de modifications.
Nous entrevoyons déjà que les vents, qui nous semblent si inconstans, ne soufflent pas au hasard, et que les chaînes des montagnes et lesbassins des mers, qui nous paraissent si irréguliers, sont disposés suivant des plans lrè&-sages : nous en parie-> ronsaux harmonies morales. C'est là aussi que nous traiterons de plusieurs quaUtés de l'air, entreautres de sa sonorité, qui est en rapport avec, l'harmonie fraternelle. C'est pour cette hannonie (jue les vents ont des murmures; les ruisseaux, des gazouillemens; les montagnes, des échos; les forêts, des bruisseinens; les animaux, des voix et des oreilles; les hommes, des paroles qui expriment les affections de l'ame par toutes les modulations de l'air.
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DE l'eau.
Non-seulement l'air est susceptible de clialeur et de froid , de dilatation et de condensation, mais il est spongieux : il pompe l'eau. S'il passe sur un linge mouillé , il le sèche , parce qu'il se cliarge des particules d'eau qui le rendent humide. Ces particules d'eau, évaporées dans l'air, y sont invisibles tant qu'y est dilaté par la chaleur ; mais s'il vient à être condensé par le froid, alors elles se manifestent en brouillard, en nuages, en gouttes de pluie , en grêle , en neige. L'éponge de l'air , comprimée par le froid , rend l'eau qu*elle a bue. J'ai éprouvé souvent cet effet, en hiver, dans les poêles de Russie. Lorsque je venais à en ouvrir la porte , les vapeurs qui provenaient de la transpiration de ceux qui y étaient , frappées tout à coup par le froid de l'air extérieur, se changeaient en neige sur mon chapeau et mon habit. Dans nos climats, nous voyons quelque diose de semblable sur les vitres de nos chambres; car les vapeurs qui y sont renfermées s'y rassemblent en gouttes d'eau par la fraîcheur extérieure de l'air. La nature produit les mêmes eflels en grand dnb la couche supérieure de l'atmosphère qui fit toujours glaciale. L'air, par sa qualité spongienise , aspire sans cesse en vapeurs les eaux de l'Océan, et il les expire en pluies et en neiges aux sommets des hau-
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tes montagnes , pour entretenir les lacs et les fleuves, qui tous y ont leurs sources. L'atmosphère est en quelque sorte un grand poumon mis en action par le so'eil, et qui a des analogies avec le nôtre , mu par notre cœur.
Je vais observer ici que les propriétés des élémens manquent de termes pour être entendues , tant elles ont été peu étudiées. Pounpioi ne diton pas la spongiabilité de Fair, pour rendre la faculté qu'il a de s'imbiber d'eau et de l'exprimer , comme on dit, son élasticité et ^a condensation? Pour moi , je préviens mes lecteurs que j'emploierai tous les termes qui me conviendront pour rendre, mes idées. Je me sers donc de ceux d'aspirer et d'expirer , feute de mieux , pour représenter les eflto de la spongiabilité de l'air par rapport à Tean. Celui d'attirer ne lui convient pas, car il ne s'agit point ici d'attraction, et celui de pomper présente un résultat encore tout différent.
Si l'air a^re et expire l'eau , l'eau à son tour aspire et expire l'air : elle en est tout imprégnée. Vous le voyez sortir par de petites bulles du fond d'un vase qui est sur le feu ou sous la pompe pneumatique. L'air pénètre jusqu'au fond des mers; il y est respiré par les poissons , qui le dégagent de Feau au moyen de leurs ouïes.
Mais voici une observation bien remarquable qui prouve l'existence des lois harmoniques de la nature, et la nécessité de foire marcher ensemble l'étude de ses puissances. L'air aspire l'eau par l'action de la chaleur; l'eau, au contraire, aspire l'air par celle du froid; car c'est en se gelant qu'elle se remplit d'air, qu'elle occupe un plus grand volume, et qu'elle surnage d'un dixième environ de son épaisseur. D'im autre côté, l'air expire l'eau par l'action du froid, comme nous en voyons la preuve par les vapeurs d'une chambre qui s'attachent à ses vitres en hiver; et l'eau expire l'air par l'aclion de la chaleur, ainsi qu'on peut le voir dans un vase d'eau posé sur le feu. Ainsi, si l'air nous donne de l'eau et nous l'enlève, l'eau, de son côté, en fait autant par raf^rt à l'air. On peut threr de leurs qualités élémentai* res en opposition d'utiles résultats pour connaître l'harmonie du gl<^; car il s'ensuit qu'il y a deux atmosphères en congélation renfermées dans les deux océans glacés qui couvrent les pôles de la terre , et que les glaces qui en descendent dans leurs étés renouvellent à la fois les mers et l'atmoqihère de la jnne torride. Ce sont des châteaux d'eau et en'iitaie temps des éponges d'air. Il s'ensuit de j(itus qu'il y a un océan toujours en évaporation dans Tatmosphère de la zone torride, et que les nuages que les vents voiturent vers les
pôles sont des éponges d'eau qui en renooveilenl les neiges et les glaces.
L'air a encore des rapports avec Feau par Faltraction de la terre, c'est-à-dire par sa pesanteur, caria terre l'attire conune tousl^ corps. Ilrésolte de sa pesanteur des efTets très-intéressans pour Fétude de la nature et le mouvement de nos machines. Homberg, célèbre chimiste, a trouvé que l'air contenu dans un ballon de treize poooes de diamètre pesait une once. L'expérieDoe étail fieicUe/ car, en pompant Fair de oe ballon, le ballon pesait une once de moins. Yoid les efliels qui résultent de la pesanteur de Fair sur Feao. Si vous aspirez avec un chalumeau Feau d'un vase , elle monte aussitôt dans le chalumeau , parce que l'atmosphère pèse sur Feau de oe vase, et la Ibrœ à monter dans le vide que vous avez formé. Le jea de nos pompes aspirantes est fondé sur la mâne loi. Vous formez un vide dans le coq» de la pompe en tirant son piston, et l'eau y monte, parce que le poids de l'atmosphère qui la presse au dehors la force de remplir oe vide. L'eau ne peut s'y élever qu'à trente-deux pieds, œ quia fait conclure avec raison qu'une colonne d'em de cette hauteur pesait autant qu'une ooknne d'air de la même base et de toute la hauteur de Fatmosplière, puisqu'elles se tieiment en équilibre. Cest par la pesanteur de Fatmosphère qu'un enfimt tette sa mère , car il fait un vide dans sa bouche en asph-ant Fair lorsqu'il suce le mamelon : alors la mamelle , pressée par l'atmosphère , fait oouier son *lait pour remplir ce vide. Ainsi la nature donne à l'enfant le sentiment d'une loi dont les anciens philosoplies n'ont tiré aucune conséquence. Aristote connaissait la pesanteur de Fair, cependant il soutenait que Feau ne s'élevait dans un tuyau sans air que parce que la nature avait horreur du vide.
Nous ne nous arrêterons ici qu'à tirer quelques conséquences de la pesaiiteiur de l'air, sans rapporter Fexpérience si connue de Duperrier. D s'ensuit de cette loi que la direction du vent se fiut obliquement, de haut en bas par sa pesanteur, et de l»s en haut par son élasticité. S'il soufflait ho* rizontalement , comme la plupart des physiciens le supposent, les mers ne seraient pas sillonnées de flots, ni la terre nettoyée des vapeurs qu'il élève et soutient dans l'espace; il agirait toujours de niveau et parallèlement à la surface des eaux. Le vent donc souffle de haut en bas, et on en voit l'effet sur les navires, dont les voiles font le ventre dans leur partie inforieure, et dont les mais de perroquet se courbent dans leur partie snpârîeure. D'un autre côté, la réflexion de l'air contre la
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lerre élève les mages , qui ne sont jamais à une plus grawie élévalkin que quand il tût beaucoup de Tent Cest probablenient Fimpulsion du veni vers la tefre, ei sa répulsion vers le cid, qui les âèfeni y les pelotonnent et leur donnent ces belles conilies que nous leur voyons; car ils devraient flotter dans Pair ensnrfKes planes et indécises, comme des brouillards; ce qui leur arrive en effet dans le eabne. La direction du vent parait composée de son mouvement borîzontal de progressioD et de son mouvement peqiendicnlaire de pesantev; et en y joignant sa réflexion âastique ven le ciel, elle doit former une parabole renversée. Cest en effet la forme que j*ai cru voir au creux des vagues dans les tempêtes.
Je me suis souvent arrêté avec plaisir sur les bords d*nne pièce d'eau , à voir les zéphyrs en rider la sortee. Mais rien , à cet égard , n'offre un ^leelide aussi varié et aussi intéressant que la mer. Vous y voyez toutes les modulations du vent; et ces deux élémens, quoique transparens, produisent par leur contact des harmonies très-visibles. J'ai fiût à ce sujet, dans mes différens voyages maritimes, où j'étais fort oisif, quelques observations que je ne croîs pas indignes 'de l'atlentkm de mes lecteurs. Lorsque , par un air bien cafane, la surface de la mer, unie comme un miroir, est sembiahte à l'huile, oonune disent les marins, j'ai observé qu'il y avait toujours une houle ou mouvement onduleox , qui provient ou dePagitation précédente de ses flots, ou plutdt de ses eoorans. En effet, cette houle est toujours la même après phtsieurs jours de calme. Lorsqu'un vent léger commence à se feire sentir, vous voyez alors des rides sillonner la mer dans un des bords de rborâon, et en parcourir çà et là toute la surtee en très-peu de momens. J'en ai conclu que la vitesse du vent ne dépendait point de sa force , et qn'eile était beraconp phis considérable que les pbysidensne la supposaient ordinairement II m'a paru, par les traces que ces vents passagers imprmiaient sur la mer, qu'ils en traversaient un liorizon nautique , c'est-indire quatre à dnq lieues, en moinB d'une minute. Lorsque ces vents ont de la terne, et que leur force augmente par un courant d'air plus considérable, alors les rides qu'ils tracent çà et là sur la mer se succèdent immédiatement et se changent en sillons réguliers semblables à eenx d'une terre labourée; tels sont en général les flots formés par les vents alizés sur les mtn de la zone torride. Le vent vient-il à augmenter, les vagues deviennent plus espacées, plus creuses, el leurs sonunets moins épais que leurs bases étant poussés plus vite en avant , se
roulent eux-mêmes et se précipilçnt en écume. Les marins disent alors que la mer moutonne , parce que ces écumes blanches, éparses sur les flots, ressemblent de loin à des moulons qui paissent sur cette grande plaine azurée ; ce phénomène désigne un temps frais. Le temps vient-fl à se renforcer, plusieurs de ces hunes se joignent, leurs intervalles sont plus grands et leurs cavités phis profondes. Elles se brisent sur le rivage en formant de grandes volutes écumenses, dont le dos mêlé d'air est couleur d'émeraude; c'est le gros temps. Je me suis amusé à Dieppe à voir leurs effets, et à entendre leurs bruits rauquessur les ga« lets du pied de ki phdue, au sein d'une petite grotte qui m retentissait comme le tympan d'une oreille. Lorsque le ciel est couvert de nuages bas et redoublés par un vent humide de nord-ouest, qui pèse sur la mer,alors les vagues creusées etmugissantes heurtent la poupe des vaisseaux à lacape,s'y brisent m gerbes d'écumes qui s'élèvent jusqu'à leurs huniers et passent jusque sur leur arrière : c'est une tempête. Telle est, entre antres, celle que j'éprouvai sur le 'cap Finistère , en allant à File de France. Un coup de mer plissa sur la proue du vaisseau, enfonga son pont, et, le traversant en diagonale , emporta sa yole et trois matelots. Cependant tous ces effets du vent et de la mer, calculés par des physiciens qui ne donnent que sept à huit pieds à la hauteur des vagues . et que dix à douze lieues par heure à la rapidité du vent, mais très-bien rendus par notre peintre Yemet , ne sont pas comparables aux ouragans de ces beUes mers des Indes. Plus eUes sont étendues, plus leurs vagues sont élevées; et plus elles ont été tranquilles, plus leurs révolutions sont terribles. Elles sont les images des sociétés humaines , où chaque individu est comme une goutte d'eau qui tend à se mettre de niveau. Quand nous eûnies doublé le cap de Bonne-Espérance, et que nous vîmes l'entrée du canal de Mozandnque , le 23 de juin , vers le solstice d'été , nous fômes assaillis par un vent épouvantable du sud. Le ciel était serein; on n'y voyait que quelques petits nuages cuivrés, semblablesà des vapeurs rousses , qui le traversaient avec plus de vitesse que celle des oiseaux. Mais la mer était sillonnée par cinq ou six vagues longues et élevées, semblables à des chaînes de collines espacées entre elles par de larges et profondes vallées. Chacune de ces coUinesaquatiques était à deux ou trois étages» Le vent détachait de leurs sommets anguleux une espèce de crinière d'écume on se peignaient çà et là les couleurs de l'arc-en-del. Il en emportait aussi des tourbillons d'une poussière blanche , qui se répan-
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dait au loin dans leurs vallons , comme celle qnll élève sur les grands diemins en été. Ce qu'il y avait de plus redoutable, c'est que quelques sommets de ces collines, poussés en avant de leurs bases par la violence du vent, se déferlaient en énormes voûtes , qui se roulaient sur elles-mêmes en mugissant et en écumant, et eussent englouti le plus grand vaisseau , s'il se fût trouvé sous leurs mines. L'état de notre vaisseau concourait avec celui de la mer à rendre notre situation affreuse. Notre grand mât avait été brisé la nuit par la foudre, et le mât de misaine, notre unique voile, avait été emporté le matin par le vent. Le vaisseau, incapable de gouverner, voguait en travers, jouet du vent et des lames. J'étais sur le gaillard d'arrière, me tenant accroché aux haubans du mât d'artimon, tâchant de me familiariser avec ce terrible spectacle. Quand une de ces montagnes approchait de nous, j'en voyais le sonmiet à la hauteur de nos huniers, c'est-à-dire à plus de cinquante pieds au-dessus de ma tête. Mais la base de cette effroyable digue venant à passer sous notre vaisseau, elle le faisait tellement pencher, que ses grandes vergues trempaient à moitié dans la mer qui mouillait le pied de ses mâts, de sorte qu'il, était au moment de chavirer. Quand il se trouvait sur sa crête, il se redressait et se renversait tout à coup en sens contraire sur sa pente opposée avec non mohis de danger, tandis qu'elle s'écoulait de dessous lui avec la rapidité d'une écluse en large nappe d'écume. Nous restâmes ainsi entre la vie et la mort depuis le lever du soleil jusqu'à trois heures après midi.
Il était alors impossible de recevoir quelque consolation d'un ami ou de lui en donner. Le vent était si violent , qu'on ne pouvait entendre les paroles même qu'on se disait à l'oreille en criant à tue-téte. L'air emportait la voix, et ne permettait d'oufr que le siflOement aigu des vergues et des cordages, et les bniits rauques des flots » semblables aux hurlemens des bêtes féroces.
Quoique je craigne beaucoup la mer, Dieu , en qui j'avais mis toute ma confiance , m'inspira du courage; car le matin je fus le premier à marcher pour carguer la voile de misaine, que le vent déchirait par lambeaux , non que je m'y crusse fort utile , mais pour donner l'exemple aux matelots effrayés, qui refusaient d'obéir aux ordres du capitaine. Ces pauvres gens étaient non-seulement épouvantés à la vue de la proue que les lames couvraient sans cesse, mais aussi par le souvenir de leurs camarades , qu'un coup de mer avait enlevés à ce même poste, dans une tempête bien moins violente. Le seul sentiment qui me rassurait dans
un danger auquel personne ne croyait échapper, c'est que j'étais à ma place et dans l'exerdce de mondevoir; car j'étais passé à l'Ile de France sans aucun dessein d'y faire fortune, mais avec des projets particuliers d'humanité par rapport aux noirs de Madagascar. J'avais été destiné à l'établissement du fort Dauphin dans cette Ile ; mais je n'y fus point envoyé, et j'échappai moi-même aux malheurs de cette nouvelle colonie, qui y périt presque tout entière quelque temps après son arrivée. Ainsi , une Providence infiniment pins sage que ma volonté empêcha ma ruine par des événemens que j'avais regardés long-temps comme malheureux; mais ils ne sont pas da ressort des révolutions de l'air et de la mer.
Ces tempêtes, appelées aux Indes ouragans, et typhons à la Chine , arrivent tous les ans vers les solstices, tandis qu'elles n'ont lieu dans noire zone tempérée que vers les équinoxes. On aura peine à croire qu'elles fassent partie des harmonies de la - nature; car elles font les plus grands ravages sur la teiTe comme sur mer ; mais elles sont nécessaires dans les pays où il n'y a point d'hiver; elles y font périr une multitude d'insectes, qui moltipUeraient 'k l'infini dans les climats diands; les Iles mêmes deviendraient inabordables, et leurs rivières seraient obstruées par des bancs énormes de madrépores que des insectes marins élèvent autour de leurs rivages , si les ouragans ne les brisaient en partie tous les ans. C'est de leurs débris que sont formés les lits de sable calcaire qui entourent toutes les Iles entre les tropiques, et qui contribuent sans doute à leur végétation et à leur accroissement.
Heureux qui n'étudie les harmonies aériennes de l'eau que sur la terre ferme ! il ne connaît de tempêtes que celles de son ruisseau. Cependant , sans sortir de sa place, il voit les nuages élevés de dessus les mers lointaines traverser son horizon pour aller fertiliser des terres inconnues. Souvent il les voit , au coucher du soleil , se rassembler sons les formes fentastiques de châteaux , de forêts, de montagnes escarpées, images fugitives de notre monde et de notre propre vie. Quelquefois eUes se peignent à ses pieds au sein d'une onde transparente , et il admire à la fois de nouvelles terres dans les cieux et de nouveaux cieux au fond des eaux ; mais nous indiquerons ailleurs les accords de la lumière et des eaux aériennes. L'air a encore des rapports plus intéressans avec la terre, les végétaux, les animaux et les hommes, qu'avec les mers. Nous en allons parler dans les paragraphes suivans.
DE LA TERRE
HAUIOXIES
DE LA TERRE
La terre a ausâ des espèces de floides en himionie arec Pair : œ sool ses sables. Les sables sont des débris de manies, derodws, de ooqoflhges , de caiDoox on galets, qoe rOcéan réduit sans ocflR en pondre par le roolemenl perpétuel de ses Ilots an.lbnd de son bassin, et sortoal sor ses rivages. Cest là qoe tous Tojei les grèves inanenses, grises, jaunes, ronges, bbnebesy et de tontes ooidenrB, qni sont les principes des matières diverses qoe la terre renferme dans son sein, et même de rhamns qoi la eooyre , comme les eaux maritimes le sont de tontes les eaox dooces qui Farrosent. C'est Fatmosphère qui en est le ^-éliîcnle. Si le Tent porte au sommet des montagnes les nuages dont se forment les sources des riTÎèies, il y voiture de même les terres que les eaux en dégradent sans cesse. Il est aussi aisé au vent de charrier des montagnes de sable , grain à grain, des bords de la mer jusqu'au soumet des Alpes, que d'y transporter, du sein de ses eaux, goutte à goutte, les glaees âiormes qui les couronnent, et les grands fleures qui en découlent. Des puissances inrisibles gouvernent le monde au pliysique oonune au moral, et ne se rendent apparentes que par leurs effets. Si nous étions attentif aux harmonies générales de la nature, nous pourrions dire, à la vue des nuages que les vents de Fouest et du sud voitureut en hiver au haut des airs : Voilà des portions du Rhône, du Rhin et de leurs glaciers; et voilà les grèves de leurs rivages, en voyant ces tourbillons de sable que les vents du nord et de l'est élèvent en été sur nos chemins et sur les bords de nos mers. D'où viendraient même ks sables marins qui composent en partie la terre végétale, si ce n'est de l'action des vents qui les apportent de fort loin? Il y a des pluies de terre comme des pluies d'eau. Je ne citerai ici ni les orages de sable de la Lybie, qui engloutissent des caravanes entières, ni les tourbillons de poussière des provinces septentrionales de la Chine , qui obligent les habitans de Pékin à.se couvrir le visage d'un crêpe lorsqu'ils sortent de leurs maisons; ni ceux des bords de la mer Caspienne, dont le sable est si subtil , que les Turcs disent en proverbe qu'il pénètre à travers la coque d'un œuf; ni ceux qae j'ai éprouvés moi-même au cap de Bonne-Espérance, où, malgré les doubles diâssis des fmêtres de chaque maison , le sable s'introduit dans l'hitérieur des apparlemens, et se fait sentir dans tout ce qu'on mange. Nous pouvons ici nous former
idée de Fabondance de cette pomaièie viilatie, par ses effets dans les dumbres qui ne sont pas bdiilées. Quelque bien ferméesqu'elles soîeiit, en peo de teaips lesmeidiles en sont tout couvetts. Cest cette poussière qui se dépose au haut de nos mors, sur les comkhes des tours les plus élevées , s*engagedans les fentes de leors pierres, et y entretient la végétation des moosses, des pariétaires, des mulles-de-veao, des gîroBées jaunes, et ipKlqoefoîs même celle des arbres. La nature avait sans doute prévu ces résultats , lorsqu'eOe a donné des ailerons et des volans aux semences des érablés, des ormes et de quantité de végétaux saxatiles, et des noyaux indigestibles à ceies ties merisiers des prairies, afin de les transporter au sommet des roches par les estomaes et par les ailes des oiseaux.
La terre réagit aussi sur l'air par ses montagnes; ce sont leurs differens plans qui causent la grande variété des vents , par les divers entonnoirs de leurs vallées. D y a plus; c'est que, lorsqu'elles sont échauffées du soleil , et qu'elles ont dilaté Faùr qui les environne , les vents se dirigent vers elles et ne cessent d'y souffler pendant une partie du jour. Ces effets se remarquent principalement le long des rivages de la mer, dans la zone torride. Deux ou trob heures après le lever du soleil, lorsque la terre commence à être édiauffee de ses rayons , les vents généraux de l'Océan se détournent de leurs cours et soufflent vers elle pour en rafraîchir Fatmosphère. On appelle ces vents maritimes des brises dU large; ils se font sentir tout le long de la côte d'Afrique et autoiur des lies situées entre les trofHques; ils apportent dans leur climat brûlant , non-seulement un air frab de la mer, mais les pluies nécessaires au renouvellement de leurs fleuves et à leur végétation. C'est ainsi que la nature a balancé par des réactions les effets de ses lois générales, afin que toutes les latitudes participassent aux harmonies des élémens. Elle a opposé à la condensation de Fatmosplière glaciale du pôle qui pèse vers Féquateur, la dilatation de Fatmosplière ardente de la zone torride qui l'attire; et au cours général des vents alizés qui en résultent en pleine mer, les cours particuliers des vents qui soufflent le long des terres. La nature est consonnante avec dle-même. Le soleil donne par sa chaleur, à Fatmosplière comme à FOcéan, des courans généraux, qui sont les vents alizés, et des marées en sens souvent contraires , cpii sont les brises.
Comme les marées ont un flux et leflux, les brises ont aussi le leur. Les brises soufflent de la mer vers la terre pendant le jour, et pendant la nuit
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elles soufflent de la terre vers la mer. Les unes et les autres varient suivant le oours du soleil; mais cette théorie des mouvemens de Tair nous mènerait id beaucoup trop loin. Contentons-nous d'ajouter qu'il y a des montagnes caverneuses qui envoient des vents y comme si elles les produisaient dans leurs flancs. Tels sont les monts Éoliens d'Italie. Leurs effets sont aisés à expliquer par l'ac^ tion du soleil qui les échauffe, dilate l'air qu'ils renferment, et l'oblige d'en- sortir pendant le jour; mais cet air y rentre ensuite condensé par la fraîcheur de la nuit. Nous verrons qu'il y a ailleurs qu'en Italie des monts Eoliens qui ne sont pas caverneux ; ils produisent des vents par la conûguratlon de leurs vallons et la densité de leur atmosphère, sur laquelle le soleil agit comme sur celle des pôles. Il y a aussi des montagnes à glace, par le moyen desquelles le soleil produit des courans généraux et des flux et reflux dans les lacs qui sont à leur pied, comme il en produit dans l'Océan par le moyen des glaces polaires. Les montagnes ne sont pas de simples débris de la terre, ou des ouvrages des eaux fiùts au hasard, comme un le prétend; mais il y en a d'harmoniées positivement et négativement avec les élémens; il y en a de solaires et d'hyémales , de vulcaniennes, d'éoliennes; d'hydrauliques, qui attirent les eaux ; de littorales, qui les repoussent, les unes maritimes, les autres fluviatiles; de métalliques, de végétales, etc. ; elles sont aussi combinées entre elles sur différens plans. Nous donnerons une idée de leurs diverses espèces aux harmonies terrestres de la terre, et une idée de leur ensemble aux liarmouies sociales ou morales.
L'air produit une infinité d'iiarmonies, nonseulement à la surface de la terre , mais dans son intérieur. Les arbres par leurs racines, et les animaux par leurs travaux, Fy font pénétrer à de grandes |Mt>foDdeurs. Les vers de terre ^ les scarabées, les taupes, les lapins, etc., y creusent une multitude de souterrains; la vigne y fait descendre ses radicules à travers les carrières de pierres les plus dures. Non-seulement les radnes des arbres y font communiquer l'air, mais elles l'y pompent; car sans lui, elles ne pourraient y végéter. En eflei, l'air y est renfermé dans les bancs des pierres calcaires, toutes remplies de petits trous et de coquillages qui en contiennent dans leurs cavités. Mais c'est surtout dans les couches de sable qu'il est en abondance; il remplit les interstices qui sont entre ses grains. Ce n'est que par le moyen de cet air que l'eau y pénètre en tout sens, conune dans des tuyaux capillaires. Les sables sont des éponges à la fois remplies d'air et d'eau , (|ui
entretiennent la drculation de ces deux élémens dans l'intérieur du globe. L'inflammation des pyrites, à de grandes distances de sa surface, ne peut avoir lieu que par l'action de l'air, qui les décompose et les enflamme. Il n'y a point de fèu sans air. C'est à l'action de cette atmosphère souterraine qu'il font attribuer les volcans des bords de la mer, les tremblemens de terre qui provieDnentde sa dilatation, la circulation des eaux intérieures , les compositions et décompositions minéralogiques, enfin la températcu^ du globe , qu'on trouve de dix degrés environ au fond de tontes les mines, et qui est la même que celle-qui est au fbnd des mers. C'est par cet air souterrain que la dialeur du soleil pénètre la terre dans toutes ses parties, et qu'elle se manifeste même sous les gla- - ciers, d'où il sort toujours en hiver des coorans d'eau , et qui en été fondent principalement par leurs bases.
J'ai vu quelquefois, dans de fortes gelées, les pavés, et même les seuils des portes, se soulever de manière à perdre tout-à-fait leur niveau. Cet effet est produit par la dilatation de l'eau ou du sol, occasiouée par le développement de Pair qu'elle renferme lorsqu'elle vient à se geler. Il est certain que l'eau, en se gelant,augmente de volume; mais, d'un autre côté, comme l'eau augmente encore de volume en se dilatant par la chaleur, comme on le voit aux tubes de nos thennomètres, qui renferment souvent plus d'eau que d'eq>rit de vin , j'en ai tiré une singuUère coiiclusion ï c'est que le froid , agissant en hiver sur la couche snpàieure de la terre toute pénétrée d'eau et d'air, doit dilater toute la partie septentrionale de notre hémisphère, et en accroître la hauteur ; mais la dialeur dilatant également l'Océan dans la jEone torride, leur ancien niveau n'est point dérangé, et les eaux du pôle sud arrivent toujours par la même pente aux environs de notre pôle. Il est certain que la tehre entière doit être sujette aux contractions et aux dilatations occasionées par l'air qu'elle renferme dans sa masse, et que c'est peut^tre à ces effets qu'il fout rapporter les fractures de tant de roches , dont les débris gisent à sa surface. Noos nous étendrons davantage . aux harmonies terrestres, sur ce sujet intéressant et tout neuf. Les pliilosophes ont imaginé plusieurs systèmes pour expliquer la formation des planètes; mais je voudrais bien que , sans sortir de notre globe, ils voulussent nous dure seulement pourquoi tant de cailloux, de pierres et de roclies sont rompus, et par éclats, dans presque toutes les parties du monîie. Les frondes oui été les premières armes des hommes, et les lapidations leurs premiers suppfices. Ils
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tronveni partout de qnoi se tuer. Si raltraction , les eaux , le temps , arrondissaient tontes choses , nos rodiers ne seraient pas si angnlenx et nos montagnes si raboteuses. Nous tâcheitms de trouver nne origine à une ruine en apparence universelle, et qui ne nous semble qu'un résultat de l'harmonie qui conserve le monde en le renouvelant. Les mtoes causes qui forment les minéraux les briseiit.
Non-seulement la terre est en rapport avec Fair an dedans et an dehors , mais ses parties intrinsèques Y sont aussi. Les marbres les plus durs sont criblés d'une multitude de pores ; le microscope endécouvre une infinité sur les métaux les plus polis.
On peut donner l'idée du microscope et de ses effets par nne goutte d'eau au sein d'uner fleur , dont die fiùt apercevoir les glandes nectarées , inyisibles à la vue. Quelquefois on trouve après un brooiUfrd de ces gouttes d'eau enfilées, comme des semences de perie à des fils d'araignée , et tontes brillantes au solefl des couleurs de l'arc-endel. Elles grossissent prodigieusement l'insecte infortuné, encore plus brillant qu'elles, suspendu à la même toile. On peut donner de même une idée du télescope , qui agrandit les objets éloignés, d'après les effets d'un nuage transparent qui augmente la grandeur de la lune à l'horizon. Il est bien important de fiiire remarquer ici que l'homme n'a rien imaginé de lui-même , et qu'il n'a développé son intelligence que d'après celle de la nature.
Nous avons des microscopes qui font paraître les objets six niiUe fois phis gros qu'ils ne le sont. Une puce paratt plus grosse qu'un mouton dans le microscope solaire. Cependant cet instrument ne peut noostkire voirnne particule élémentaire d'air on même d'eau : comment donc pourrait-il nous foire apercevoir le fluide qui environne une pierre d'aimant, et qui attire à cSle, à plusieurs ponces de distance, des particules de fer? Il y a plus, ce fluide magnétique qui agit sans cesse autour de cette pierre se comnmniqne à Pinfini sans s'affaiblir, n s'attache à tous les morceaux de fer qui en sont frottés, et leur donne la même vertu. Il semble participer de la nature du feu , et il en diffère, en ce qn'fl n'a pas besoin, comme lui , d'aliment, on du moins qu'il ne le consomme pas. D'ailleurs, B se sépare pour toujours de son aimant par l'action mÀne du feu .S'il est un corps, comment est-il invisible et impalpaUe comme un esprit ? et s'il est mi esprit, comment peut-il s'attAcher à des corps et les foire motivoir ? Il y a donc des principes de monvemetit actifi< par enx-mêmes , qui s'unissent à des corps, et qni échappent à tons nos sens, et
même à nos raisonnemens. Pourquoi n'y anrait-ll pas aussi des principes de vie et d'intelligence qui existent par eux-mêmes, qui s'attachent à la matière, l'organisent , la font mouvoir , se propager, sentir, raisonner? Ils existent sans doute, car il y a des êtres matériels organisés qui se meuvent, se propagent , sont sensibles et raisonnables , et ne sont plus que de la matière lorsqu'ils sont séparés de l'ame qui les anime. Si tous les arts des hommes ne sont que de feibles imitations de la nature que nous voyons , cette nature dle^même n'est que le résultat de principes que nous ne voyons pas. Nous sommes environnés d'air , d'attraction , d'électricité , de magnétisme , d'êtres organisans , sensibles , passionnés , intelligens, tous invisibi» par leur essence , et qui ne se manifestent à nos sens qu'en se combinant avec la matière. Mais ils n'en existent pas moins sans elle, comme elle existe sans eux. Il y en a sans doute d'une. nature supérieure, qui échappent à nos sens, et qui se rendent sensibles à notre raison par l'existence des premiers. Tel est celui qui a formé les harmonies de cet univers, et qui les maintient pour nous, êtres passagers. Ses jouissances étemelles ne sont pas comparablesaux nôtres. Elles doivent être immenses commet puissance infinie et son immortalité. Soyez donc certains cpie ce monde , comme l'a dit Platon, n'est qu'une ombre fugitive d'un autre monde , habité par des êtres invisibles pour nous, mais bien supérieurs à nous.
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DES VÉGÉTAUX
Si les métaux les pins durs ont des rapports intérieurs avec l'air et avec d'autres élémens plus subtils, les végétaux en ont encore de plus étendus. Des expériences réitérées, faites par les plus habiles chimistes, entre autres par Homberg, prouvent qne l'air entre comme matière solide dans la composition des plantes. Le chêne en contient le tiers de sa pesanteur ; le ku l'en dégage. Lorsqu'on brâle une bâche de ce bois, on entend souvent de longs inurmures sortir de ses flancs ; c'est Pair qui s'échappe de ses trachées. Les pois renferment aussi un tiers de leur pesanteur d'air. Des tuyaux et des globes de fer n'en contiendraient pas la dixième partie de leur poids sans crever : Il y a apparence même que tontes les forces humaines ne produiraient pas une pareille condensation ; cependant elle est le résnltat de l'action des rayons si légers du soleil. Ses feux sont les tisserands des élémens; ils les assemblent et les séparent ; Os en sont à la fois la navette et les ciseaux. Nos instrumens
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de pliysique n'opèrent rien de semblable. On ne peut donc bien étudier la nature que dans la nature même.
Les végétaux ont des harmonies sensibles avec Tair par leur respiration. Si on frotte d'huile une plante vivante, on la fait mourir presque subitement , tandis que par une semblable oi)ération on préserve un morceau de fer de la rouille qui le détruit. Sur ce point , le végétal diffère donc essentiellement du métal. En effet, le premier a les organes de la respiration , dont le dernier est privé. Les plantes ont des tuyaux par on Tair se communique dans tout leur intérieur. Malpighi est le premier qui a fait cette découverte et qui leur a donné le nom de trachées. « Ce sont, dit-il, des vaisseaux formés par les différens contours d'une lame fort mince, comme argentée, plate, assez large, élastique , qui , se roulant sur elle-même en ligne spirale en tire-bourre, forme un tuyau assez long et comme divisé dans sa longueur en plusieurs cellules. Ces lames sont composées de plusieurs pièces, divisées par écailles conmie les trachées lies insectes , ce qui leur en a fait donner le nom. Quand on déclare ces vaisseaux, on s'aperçoit (fu'ils ont ime espèce de mouvement péristaltique.»
Haies, dans sa Statique des Végétaux, observe (|ue la spire de ces vaisseaux est dans un sçns conti-aire au mouvement diurne du soleil. Cette observalion est importante ^ et confirme ce que nous avons dit de l'influence de l'astre du jour sur toutes les puissances de la nature, dont U est le premier moteur. Les ressorts des plantes sont de petites roues de rencontre, mues par son cercle journalier, comme leurs harmonies le sont par son cercle annuel. Peut-être trouvera-t-on une disposition différente dans les spires des trachées des plantes nocturnes, c'est-à-dire qui n'ouvrent leurs fleurs que la nuit, comme le jalap,'une espèce de oonvolvulus, l'arbre triste des Moluques, etc.; celles-ci ont sans doute des harmonies lanaires qui leur sont propres.
Quoi qu'il en soit, on découvre facilement les trachées des plantes en cassant net des tendrons de vigne ou de jeunes branches de rosier, d^ tilleul, etc. : elles paraissent en forme de spirales de couleur argentée. Quand on déchire doucement une feuille , on en voit les trachées s'allonger, en écartant les portions de la feuille l'une de l'autre. Les trachées ont- plus de diamètre que les autres vaisseaux des plantes; elles sont toujours placées autour des fibres ligneuses , et sont plus grandes dans les racines que dans les tiges. Il n'y a pas de doute que ces tuyaux élastiques ne soient des véhicules de l'air, et qu'ils ne l'aspirent et lîe l'ex-
priment. Leur ressort, mis en moayeiiient ptr celui du soleil, fait sans doute monter et drcoler la sève par la médiation de la chaleur de Pair; et l'air lui-même est peut-être composé de qûales élastiques comme les spires des tradiées. Au reste, la plante aspire et expire l'air principalement par ses feuilles, criblées à cet effet d'une infinité de pores ou de petits trous : Leuwenhoek en a oomplé plus de soixante-deux mille sur un seul côté d'une feuille de buis.
Les plantes dierchent à la fois l'air et la lumière : celles que l'on cultive dans les appartemens se tournent toujours vers les fenêtres; ks plantes privées d'air et de lumière , telles que celles qui végètent dans les souterrains, s'étiolent, c'est-à dire blanchissent. Tels sont les cardons et les chicorées que l'on conserve l'hiver dans des caves, et les laitues romaines dont l'été on lie les feuilles pour les attendrir. Tous ces végéCanx artificiels, privés d'air et des rayons du soleil, ont peu de substance et de vertu. Il en est de même de l'herbe qui croit à l'ombre des arbres; elle y devient longue et molle, et ce qu'on appelle en Normandie veule , c'est-à-dire flasque : les bestiaux refusent d'en manger : aussi on ne souffre point d'arbre, pas même de pommier, dans les riches pâturages de la Basse-Normandie. Il n'y a qu'un fort petit nombre de plantes qui prospèrent à l'ombre : telles sont l'anémone des forêts, qui ao printemps couvre le sol de ses réseaux; et la pervenche des bois , toujours verte , qui donne en hiver ses fleurs bleues. On peut y joindre le framboisier du Canada, avec ses roses cramoisies ; le grand convolvulus à cloches blanches, dont les fleurs éclatantes produisent de si charmans effets dans l'ombre; et le lierre surtout qui couvre le sol des forêts humides d'un tapis toujours vert au milieu même des neiges. Ce sont des beauté qui manquent souvent à nos jardins anglais, où les bosquets interceptent l'air et la lumière à la plupart des plantes.
. Les végétaux sont si bien harmonies avec l'atmosphère, qu'ils changent en air pur l'air méphitique, comme l'a fort bien prouvé le savant docteur Ingenhousz. Cette régénération est encore l'ouvrage du soleil ; car des plantes , et surtout des fleurs, mises en grande quantité dans une chambre fermée, en méphitisent l'air au point de faire mourir les personnes qui le respirent, surtout la nuit. Des femmes ont péri pour avoir dormi dans une chambre où il y avait beaucoup de fleurs de lis. Nous ne saurions trop admirer l'influence de l'astre du jour sur tous les agens dé la nature : toutes leurs harmonies sont suspendues ou trou-
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lilées pnr wo abBenoe. Mais voyez oomme FAutenr de te nature a bien combiné lui-même leurs différens effets. Les animaux corrompent l'air par leur transpiration , et les plantes destinées à leur nourriture le rétablissent dans toute sa pureté : il y a plus , elles changent les odeurs les plus fétides en parfums délic^x. C'est sur des fumiers que croissent les roses les plus odorantes, et sur des couches de matières fécales que les jardiniers cultivent rhiver, à Paris, les tubéreuses si suaves.
Les végétaux ont des harmonies avec l'air extérieur par leurs tiges : d'abord , le côté qui est exposé au vent du midi est beaucoup plus dilaté que celui qui est frappé du vent du nord. Cette oiiservation peut être utile pour s'orienter, si par hasard on se trouvait égaré dans un bols ; car, en coupant une brandie d'arbre, on connaîtrait le côté qui regarde le midi , parce qu'il y a plus de distance de ce oô(é-lA , depuis la moelle de la branche jusqu'à son écorce. Les éoorces mêmes des végétaux sont en harmonie avec les températures de l'atmosphère : ce sont des espèces d'habits dont la nature les a revêtus , suivant les latitudes. Ceux des pays froids ont des écorces fort épaisses , et souvent enduites de résine , comme les sapins ; ceux des pays chauds les ont légères ; ceux qui ne vivent que le cours d'un été n'en ont presque point : telles sont les graminées, qui n'ont , pour ainsi dire , que des épidermes. On peut aussi con- ' naitre , par la dureté et la finesse des feuilles, les végétaux qui croissent dans les lieux battus des vents. Les pins , les sapins , les cèdres , les mélèzes, qui se pteisent sur le sommet des montagnes, ont des feuilles menues et ligneuses : il en est de même dos giroflées jaunes, qui viennent sur le haut des murailles ; leurs feuilles ne donnent point de prise aux vents. Les végétaux qui les c^t grandes et tendres, tels que nos figuiers et les bananiers des Indes , ahnent à croître sur les bords des ruisseaux, à l'abri des rochers; tous ont leurs tiges en rapport avec la force des vents auxquels ils sont exposés. Le figuier a un bois très- fragile, et le bananier n'est formé que d'un paquet de feuilles. Ce sont des liabitans des humbles vallées. Ceux qui s'élèvent sur les flancs des montagnes résistent aux tempêtes par la raideur de leurs troncs : tels sont les ormes, les hêtres et les chênes ; ils ne craignent pas de supporter un ample feuillage. Ceux qui ont un bois léger et cassant , oomme les sapins et les peupliers d'Italie , portent leurs têtes en pyramkles couvertes de feuilles minces et légères. Il est très-remarquable que le peuplier de nos climats , qui supporte une large tête , a un bois beaucoup plus élastique que le peuplier pyramidal d'Italie ;
nos paysans emploient ces branches souples aux mêmes usages que l'osier. Les palmiers des Indes croissent dans des lieux exposés à toute la violence des ouragans de te zone torride : les uns sur les montagnes , comme les palmistes ; les autres sur le bord des mers, comme les tetaniers et les cocotiers. Tous ont leurs troncs formés, non d'un vrai bois, mais de fibres ligneuses très -élastiques; leurs longues feuilles, semblables à de longues branches empennées, sont de te même nature. Quand elles sont sèches, on s'en sert comme de tablettes, où l'on écrit avec un poinçon comme sur des lames de bois. Nous avons observé, en pariant de la direction oblique des vents vers la terre , qu'ils décrivaient une courbe composée de leur mouvement horizontal de progression et de leur mouvement perpendiculaire de pesanteur : il en résulte une parabole. Je m'arrête à cette idée, parce qu'elle peut servir à expliquer le renflement du tronc du palmier, d'après lequel les architectes grecs ont imité celui qu'ils donnent à la colonne , sans qu'ils en apportent d'autre raison , sinon que ce renflement , formé d'une courbe , lui donne meilleure grâce. Quoique les naturalistes disent que le palmier, à l'exception de toutes les autres espèces d'arbres, a son tronc partout d'un diamètre égal , j'ai cru observer sur des cocotiers, que leur tronc était enflé dans te colonne, aux deux tiers de sa lianteur. Cette courbe sert à sa solidité, car elle se trouve en arc-boutant avec celle du vent, de quelque côté qu'il souffle.
On ne doutera pas de ces prévoyances de la nature pour raffermir les palmiers contre te violence des ouragans, par celles qu'elle prend dans les mêmes climats pour garantir les autres végétaux de leurs ravages. J'ai vu à l'Ile de France un arbre sur des rochers, où ses racines avaient bien de la peine à pénétrer, dont le tronc avait tout autour de longues côtes faites comme de larges ptendies qui lui servaient d'étais et d'appuis; elles avaient au niveau de la terre plus de sept pieds de largeur, et elles s'élevaient le long de sa tige à plus de quinze pieds de hauteur. Elles laissaient entre elles , autour de l'arbre, plusieurs intervalles, dont on aurait pu faire autant de petites cabanes. Il sortait de plus, des extrémités de ses branches, des cordes végétales qui descendaient jusqu'à terre , y prenaient racine, et devenaient des ti'oncs qui nonseulement supportaient les branches qui les avaient produites, mais s'élevaient encore au-dessus. Le père Dntertre en décrit un semblable, qu'il a vu à te Guadeloupe, dont les ptendies, ou arcs-boiitans, s'éloignaient du pied de l'arbre de trente à quarante pieds; et son supérieur, dit-il, en voulait
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Mre nn ooavent Thrant , qui aarait eu ses oellale8, sa chapelle et son réfectoire; mais il y avait trop d'humidité entre ses racines. Il appelle cet ari>re fi^ier admirable. En effet, les extrémités des brandies de celui que je vis à Tlie de France étaient chargées de Ôgnes qui pendaient jusqu'à terre; mais ces fruits n'avaient pas de saveur.
La nature n'est pas encore satisfoite de ces précautions individuelles, qui mettent les végétaux de ces climats en état de résister aux ouragans qui les agitent ; elle garnit les lisières de leurs foréis de fortes lianes. Ce sont des plantes grimpantes , dont quelques-unes sont^grosses comme la jambe, et dont l'écorce est élastique et forte comme du cuir : de sorte qu'une de leurs lanières est plus difiicile à rompre qu'ime corde de chanvre de la même grosseur. Ces lianes s'élèvent du pied des arbres jusqu'à leurs cimes, d'où dles redescendent en s'enti'elaçant dans les arbres voisins; et les liant les uns aux autres comme des cordages , elles les rendent inébranlables à toutes les secousses de Fatmospbère. C'est dans ces forêts torridiennes que des ouragans nécessaires , au défieiut des hivers , détruisent en nn jour des légions d'insectes qui y multiplient toute l'année. En secouant leurs vieux troncs caverneux, ils submergent au loin les vaisseaux sur les mers, et renversent sur la terre la plupart des monumens des hommes; mais leur voix mugissante annonce encoi^ , au sein de la destruction, une Providence conservatrice de ses propres ouvrages : les tours s'écroulent , les arbres restent.
Si la nature a pourvu à la sûreté des forêts, elle n*a pas oublié celle des prairies. Les herbes ont comme leurs arbres leurs harmonies aériennes. Les graminées les plus communes de tontes ont des feuilles souples et menues , qui ne donnent point de prise aux vents. Les humbles tiges qui portent leurs épis sont élastiques, cylindriques et fortifiées de nœuds d'espace en espace. Elles s'appuient les unes contre les autres sans se briser, et lorsque les tempêtes les agitent , elles s'abaissent et se relèvent par de mutuels supports, en imitant par leurs ondulations les flots de la mer. Celles qui , suivant rexpreSsion juste de La Fontaine , naissaki mr les humides hardi d€9 royaumes il» vent, ont des feuilles couchées à la surfiice des eaux , comme les nymphsa, ou qui se dressent en lames souples, «omme des roseaux. Cependant , malgré les sages précautions de la nature , le chêne est quelquefois renversé par les tempêtes , tandis que le roseau leur échappe par sa faiblesse : image fidèle des conditions de la vie , et dont le bon La Fontaine a fût un apologue admirable.
Les harmonies aériennes de raccnMssempnl et de la conservation des plantes sont sans doute dignes d'admiration , mais celles de leur dépérisset ment ne le sont pas moins. Il est remarquable qne les tiges sèches des herbes qui meurent tous les ans , et que les feuilles des arbres qui jonchent la. terre à la fin de l'autonme , résistent, malgré lenr extrême fragUité , aux vents , aux pluies et «n neiges , qui font souvent tant de ravages sur les habitations de l'homme ; mais elles se détruisent toutes au printemps. Les gousses des haricots et des pois ; les grappes du sumac , du sorbier, du troène ; les baies , et beaucoup d'autres semences, restent suspendues tout l'hiver à leurs tiges , pour servir de nourriture aux oiseaux. Elles ne s'entr'ouvrent et ne tombent que dans la saison oà elles doivent se reproduire. Les pailles des graminées et les troncs des diênes morts de vieillesse , se décomposent alors en autant de temps qu'ils ont végété : les premières , en une dem^^umée ; les autres pendant des siècles. L'arbre desséché reste long-temps debout ; mats la nature , qui voile partout la mort sur le théâtre de la vie, couvre encore ses branches arides des guirlandes parfumées du chèvrefeuille ou du lierre toujours vert. Si l'arbre est renversé par les tempêtes , des agarics et cks mousses de toutes couleurs dévorent et décorent à la fois son vaste squelette. Quelle est donc l'intelligence qui a proportionné dans cliaque espèce de végétal la force de ses fibres vivantes aux injm^s de l'atmosphère, et la durée de ses fibres mortes à celles deson renouvellement ? C'est sans doute ceUe qui a voulu que la terre ne s'encombrât pas par les dépouilles permanentes des végétaux, et qui, d'nn futre cdté , a voulu qu'elles durassent assez pour offrir des litières, des abris et des nourritures aux animanx pendant l'hiver. C'est enfin le Dîeo qni a mis en harmonie les dîfférens Iges de la vie humaine et rignoranoe des enfens avec l'expérienoe des vieillards.
. Qui pourrait décrire les mouvemens qne l'air communique aux vitaux? Combien de fois, loin des voies, dans le fond d'un vallon solitaire couronné d'une forêt, assis sur le bord d'une pndrie agitée des vents, je me suis plu à voir les mélilots dorés, les trè^ empourprés et les TCfles graminées, former des ondulations semblables à des flots, et présenter à mes yeux une mer agitée de fleurs et de verdure ! Cependant les vents balançaient sur ma tête les dmes nujestueuses des artjres. Le retroussis de leur feuillage feisait paraître diaque espèce de deux verts differens. Chenue a son mouvement. Le chêne au trône roîde ne courbe que ses branches, l'élastique sapin ba-
DES AMMAUX
lanee sa liante p}1rainide, le peuplier robuste a^ile son feufllage mobile, et le bouleau laisse flotter le nien dans les airs, comme une lon^ie cbevehire. Us semblent anîm(^s de passions : Tun sincîine lirofondéroent anprès de son voisin comme tlevant on sopérienr, l'autre semble vouloir Tembrasser comme on ami; un autre 8*agite en tout sens comme auprès d'un ennemi. Le respect, ramitiê, la colère, semblent passer tour à tour de Tun à raotre, comme dans le cœur des liommes, et ces liassions versatiles ne sont an fond que les jeux des vents. Qoelquefois un vieux chi^ne élève au milieu d'eux ses longs bras dépouillés de feuilles et iniroobiles. Comme un vieillard, il ne prend plus de pari aux agitations ^ui renvironueiU : il a vécu «lans nn antre siède. Cependant ces j^rands corps insensibles font enlemlre des bruifs profonds et roélanooliqnes. Ce ne sont point des accens distincts; ce sont des murmures confus comme ceux <rnn peuple qui oélèlire au loin une fétc par des aedamations. Il n'y a point de voix dominantes : ce sont des sons monotones, parmi lesquels se ftmt entendre des bruits sourds et profonds, (|ui nous jettent daas une tristesse pleine de tlouceur. Ainsi les murmures d'une foriH accompagnent les accens do rossignol qui, de son nid , adresse des vcpQX reeonnaissans aux Amours. C'est im fond de concert qni foit ressortir les clianis éclatans des oiseaux y comme la douce verdure est un fond de couleurs sur lequel se détache l'éclat des fleurs et des fruits.
Ce bruisBement des prairies, ces gazouillemens des bois, ont des diarmes que je préfôre aux plus briHans acoonls : mon ame s'y abaiMlonuc ; elle se berce avec lés feuillages ondoyans des arbres ; elle s'élève avec lenrs cimes vers les cieux; elle se traasporte dans les temps qui les ont vus naître et dans ceux qui les verront mourir; ils étendent dans l'infini mon existence circonscrite et fugitive. Il me semble qu'ils me parlent, comme ceux de Doflone, un langage mystérieux ; ils me plongent dans d'ineffables rêveries, qui souvent ont fait tomber de mes mains les livres des pbilosoplies. Majestueuses forêts, paisibles solitudes qui, pins d'une fois , avez calmé mes passions , puissent les cris de la guerre ne troubler jamais vos résonnantes dairières! N'accompagnez de vos religieux murmures que les'chants des oiseaux, ou les doux entretleas des amis et des amans qui viennent se reposer sous vos ombrages.
IIARMOMES Al^RIENNES
DES ANIMAUX
L'air pénètre dans les corps des animaux et dans les interstices de leurs muscles , comme dans les plantes; il contribue au mouvenoent de leurs flui des, et il empéclie, par son élasticité, leurs chairs d'être affaissées par le poids de l'atmosphère. Si l'on forme le vide sur une partie de leurs cor|v< avec une ventouse, qui est un vase d'où on a chassé l'air par le moyeu du feu, on voit la diair. dont l'air intérieur se dilate , monter daas la ventouvse : le ressort de cet air n'a phis de contre-poids dans l'air extérieur. On produit un effet semblable par la succion de la bourbe sur la main , au |»oii)i (Peu faire sortir le sani?. Il y a des vésicules d'air disséminées entre les muscles des animaux et leur peau. Les Japonais attribuent , non saiLs raison, un grand nomlM'e de mahidies à la stagnation el à l.i putréfaction de cet air intérieur : voilA pourquoi ils emploient fréquemment la ponction et l'aduslion pour les guérir. Ils piquent la partie où ils supposent qu'est le foyer du mal , avec un poinçon ' d'or, ou ils brillent dessus le moxa , qui n'est autn* chose que le duvet d'une espèce d'armoise, l.i chirurgie des peuples tient toujours de leur carar 1ère : celle des Japonais est cruelle comme eux ; mais la nature ne nous invite point à la guérison d'un mal pnr la douleur: cela est vrai an p1n>i que, au moral, el même en politique; c'est une vérité que je répcHerai plus d'une fols, à cause de sa nonveauté et de son importance. Les Grecs et les Romains , qui n'étaient féroces que par ambition , et dont les mœurs , au fond , étaient «louées, remédiaient aux mêmes maux que le^ Japonais , par les bains chands et les frictions. Les Indiens orientaux, les plus bumaias des hommes, y emploient des moyens encore plus agréables ; ils se font masser, c'est-à-dire pétrir lescliairs, souvenr par les mains des enfans. C'est ainsi que non-senlement ils se guérissent de leurs rhumatismes, mais qu'ils réussissent à les prévenir. Nos savantes théories ne se s(mt point assez occupées des effets de l'air intérieur dans le corfis humain. Il y a grande apparence que c'est à sa pureté et à sa circulation ({u'on doit attribuer la légèreté et la souplesse des membres; et à sa stagnation el à son altération les pesanteurs, les douleurs de tête, les rbumatismes, la goutte, la paralysie, et même les maladies humorales , telles (pie la plupart des fièvres, (lui viennent d'un air corrompu que nous respirons. Il est certain que l'air intérieur i]c notre corps provient en partie de celui de nm |m>umons , el eu partie de celui de nos alimens. Nous
to
HARMONIES AÉRIENNES
ne pouvons douter qne cet air ne joue nn grand rôle dans Téconomie animale ; c'est lui qui , après la mort, échaufré par la putréfaction, dilate les diairs, en décompose toutes les fibres, et en em- |H)r(e les miasmes au loin. Nous observerons ici que les animaux morts se détruisent à Pair bien l>lus promptement que les végétaux morts. On voit par là qne le temps de la dissolution des êtres organisés n*est pas réglé sur celui de leur accroissement, comme on serait tenté de le croire, d'après le temps de la décomposition de la plupart des [Nantes. Ce temps, dans les animaux, paraît en rapport avec celui du renouvellement de leur nourriture :'il en résulte que les animaux qui jeûnent sont déjà disposés à la putréfaction; en effet, tontes les famines traînent à leur suite des épidémies. Mais il y a une raison morale de la rapidité de cette dissolution dans les animaux, et de sa lenteur dans les végétaux ; car c'est toujours à des convenances morales que la nature assujétit les causes physiques : la plante a été faite pour l'animal ; il étaK donc nécessaire qu'elle subsistât assez long-temps pour lui être utile , lors même qu'elle ne végète plus, surtout dans l'hiver. C'est par ces mêmes convenances que beaucoup de fruits se conservent long-temps dans un état de vie , sans prendre aucime nourriture. Mais l'animal diffère l)e4ucoup de la plante, puisqu'il est doué de sen> timent : c'est nn être sensible qui, pendant sa vie^ est sans cesse agité par le désir de l'entretenir et la crainte de la perdre. Il convenait donc qu'un animal qui craint la mort n'en offrit pas le spectacle effrayant à ses semblables par son cadavre. Aussi il entre bientôt en putréfaction ; l'air qu'il renfennait se dilate, ses émanations attirent des nu(''es d'insectes et d'oiseaux qui n'en laissent que le squelette, et des quadnipèdes carnassiers qui en brisent et en digèrent les os.
Le développement de cet air intérieur qui s'élève des cadavres avait fait croire aux anciens que leD âmes des animaux, et même' celles des hommes, étaient aériennes. Lorsque le bon Virgile parle de la mort de ses personnages , il emploie souvent, au sujrt de leur ame, l'expression effugit in auras» elle s'enfuit dans les airs. Si les âmes, même celles des l)êtes , n'étaient qu'un air animé, rien ne serait si facile que de les recevoir, à leur départ, dans des fioles : on en ferait sans doute des collections fort curieuses. Mais nous ne saurious y renfermer un rayon du soleil , qui nous fait tout voir, ni un filet de son attraction qui fait tout mouvoir: comment donc captiverions-nous des êtres immatériels, des âmes qui sentent, pres- 5«*ntent, désirent, raisonnent? Sans doute elles
appartiennent à d'antres mondes que celiri que nous habitons passagèrement, et leur connaissance à d'autres intelligences que les nôtres. Avec nos sciences et nos machines, et tous nos échabndages , nous ne connaissons que quelques dehors de l'édifice de la nature; nous n'en voyons ni les fondémens ni les combles , encore bien moins les dedans; nous n'en pouvons saisir les élémens les plus communs.
Les animaux sont en harmonie avec l'air extérieur par l'aspiration et l'expiration. La nature leur a donné pour cet effet un organe et un viscère qu'elle a refusés aux plantes ; ce sont des narines et un poumon. Les trachées des plantes ne ressemblent qu'aux vésicules aériennes des moseles des animaux et à leurs pores cutanés. Chaque animal a deux narines, et nous remarquerons ici que tous ses organes sont doubles, afin que si l'un était em|)êché par quelque obstacle, l'antre pût loi être utile. Nous observerons aussi que les deux canaux des narines ne sont point paraUèles, mais qu'ils sont un peu divergens, afin de donner plus d'étendue à leur action. C'est ainsi que les rayons visoels des deux yeux partent aussi de deux nerfs optiques et divergens , qui se réunissent au même centre ; cependant ces rayons se croisent au dehors, divergent et embrassent une plus grande partie de l'horizon que s'ils étaient parallèles , on que s'il n'y en avait qu'un seul. Il en est de même des deux conduits du nez. Leur respiration ne~ se croise pas, mais elle est divergente , afin de donner plus de latitude à leur action coordonnée an nerf olfoctoire. Mais nous nous occuperons du sens de l'odorat aux haimonies végétales des animaux ; nous ne parierons ici qne de celui de la respiration, qui n'a pas lété compté jusqu'ici an nombre des sens, quoicfu'il soit le plus nécessaire de tous à la vie, et le premier et le dernier en exercice. Il en est de même de quelques autres qui ont été également oubliés par les naturalistes , qui n'en comptent qne cinq : la vue , l'ouïe, l'odorat , le goût et le toucher.
Tous les animaux n'odorent pas, mais tous respirent; l'air est nécessaire à leur existence, ils périssent lorsqu'ils en sont privés. A la vérité, quelques insectes vivent long-temps sous la roat;hine pneumatique ; mais c'est qne la pompe ne tire pas de son récipient tout l'air qui y est renfermé, et qu'il n'en faut qu'une faible portion pour faire vivre beaucoup d'insectes, comme il ne font qu'un bien faible rayon de lumière pour les éclairer, ainsi qu'on le voit par le travail des abeilles dans leurs ruches obscures, et par celui des fourmis dans leurs souterrains. La nature a créé des êtres qui mettent A profit jusqu'aux débris de ses
DES ANIMAUX
démens. Une preuve que les iasedes respiieat , c'est qa*oo les fidt périr sar4e-diaiiip si Ton frotte leur tiadiée if hoile qui en bouche les ouvertures: «Bsi ondes moyens les plus propres de se preser- Ter des insectes de tmâe espèce, est de s'oindre sot-même de quelque corps gras. Cet osage est non-seolement pntiqoé par les Sanrages de FA- Diériqne, qui se peignent de rooooa broyé avec rhatledePalma-Uliristl, mais par des peuples policés de l'Europe qui, pour chasser la Termine de leors chereoXy les enduisent d'essences huileuses elde pommade.
La native a employé une grande Tariété de moyens pom* fiûre respirer les animaux jusque dans le sein de la terro et des eaux; les principaux sont les trachées dans les insectes et les ouïes dans les poissons. Les trachées ou stigmates, décou- Terts pnr Bazin et de Géer, sont des espèces d'ou- Tertores pratiquées à l'extérieur du corps des insectes. Les mouches les ont sur le corselet et les anneaux; le Tcr-à-soie et phisieurs chenilles en ont Ax-hnit le long de leur corps, et la court!lière, qui rit sous terre, en a ringt. H y a des vers qui portent les leurs au bout d'une corne. De ces ooTertures partent en dedans une infinité de petits canaux formés d'une fibre argentine roulée sur elle-même en forme de tire-bourre, comme les trachées des piaules. Ces canaux se ramifient à l'infini, et portent dans tout le corps de Fanimal, ainsi que dans celui du Tégétal, l'air, qui ressort par les pores de la peau. Des n3nnphes aquatiques ont, an lieu de stigmates, des panaches où aboutissent leurs poumons aériens, qu'elles font jouer aTcc une légà:eté surprenante. Û est digne de remarque que les trachées des plantes ayant leurs spires tournées en sens contraire du mouvement diurne du soleQ, les coquillages à ris ont aussi leurs Tolotes dans le même sens, excepté un trèspetit nombre, que pour cette raison on appelle les uniques. Il est vraisemblable que le soleil a agi d'abord sur leurs trachées, et ensuite sur les spires de leurs coquilles. Ces harmonies ne laissent aucun lieu de douter de Finfluence primordiale de Fastre du jour sur toutes les parties de la puissance végétale et animale , soit que leurs spires aériennes soient considérées dans le sens do mouvement de rotation de la terre vers Forient, ou opposées an mouvement apparent do soleil vers Foccident. De plus, on sait que les monvemens diurnes de ces deux planètes, combinés avec leur mouvement annud, produisent une courbe spirale.
Quant aux poissons, ils tirent Fair de Feau qu'ils avaient sans cesse par leur bouche, et qu'ils rejettent par leurs ouïes. C'est dans ce passage que leur
sang s'abrenre d'air. Les unies sont construites aTcc un artifice admirable : ce sont des l^mis qui séparent Fair de Feau. Elles prouTcnt les dif^ rences essentielles de ces deux élànens, et que« même lorsqu'ils sont mêlés ensemble, ils ne se confondent pas. Elles sont situées à hi partie postérieure des côtés de la tête, et renfermées dans une carité particulière. Ce sont des espèces de feuillets flexibles et rouges , composés d'un rang de lames étroites, rangées et serrées Fune contro Fautre, qui forment comme autant de barbes on franges semblables à celles d'une plume à écrire. Ces ouïes sont recouTcrtes d'un opercule et d'une membrane soutenus par des rayons cartilagineux. L'un et l'autre s'élèTcnt et s'abaissent , et en s'on- Trant donnent passage à Feau que Fanimal a respirée. Un nombre prodigieux de muscles font mouToir toutes ces parties. Il suffit, pour en donner une idée, de dire que toutes les pièces qui composent la charpente et servent à la respiration de la carpe sont au nombre de quatre mule trois cent quatre-vingt-six. Il y a soixante-neuf muscles. Les artères des ouïes, outre huit branches principales, jettent quatre mille trois cent vingt rameaux, et chaque rameau jette de chaque côté sur le plat de chaque lame ime infinité d'artères transversales, dont le nombre passerait de beaucoup tous ces nombres ensemble. Il y a autant de nerEs que d'artères. Les ramifications des premiers suivent celles des autres. Les veines , ainsi que les artères, outre les huit brandies principales, se subdivisent aussi en quatre mille trois cent vingt rameaux, qui diRèrent de ceux des artères en ce qu'ils ne jettent point de vaisseaux capillaires transversaux. Le sang qui sort du cœur du poisson se répand de telle manière siu* toutes les lames dont les ouïes sont composées, qu'une très-petite quantité de sang se présente à Feau sous une trèsgrande surfece, afin que, par ce moyen, diacime de ses parties puisse fedlement être pénétrée par les petites particules d'air qui se dégagent de Feau.
Il n'est pas aisé d'expliquer comment ces particules d'air sont dégagées de Feau par les feuillets des ouïes ; mais il est bien évident qu'elles le sont en effet, et que c'est à l'air que le sang des ouïes du poisson doit sa couleur vermeille: elle est tout-à-fait semblable à celle du sang veineux des animaux à poumons, qui se distingue de celui des artères par un rouge beaucoup plus éclatant.
C'est au célèbre Duverney que nous devon l'anatomie des ouïes de la carpe , dont je riens de donner ici une légère esquisse. Malgré mon insuffisance et Fignoranoe où je suis des premières voies de la nature, dont je ne saisis çà et là que quelqiies
to.
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résQltats, Je ferai observer ici que si on joint aux quatre mille trois cent vin^ rameaux artériels et veineux leurs tiuit brandies principales, et même ceux des soixante-neuf muscles de la carpe qui servent à sa respiration , on aura un nombre fort approché de celui de quatre mille trois cent quatre-vingt-six , qui forme celui des os de sa charpente. Si on y ajoute ensuite les subdivisions de chacun de ces rameaux artériels , on aura de nouveaux rapports avec les fibrilles dont chacun de ces 06 est composé. Cette remanjue conlinne les correspondances qui existent dans les végétaux entre les trachées et leurs fibres ligneuses , qui , comme nous l'avons vn , sont en même nombre , puisqu'elles sont unies les unes aux autres ; et elle peut servir à faire connaître celles qu'il y a entre les différentes parties du poumon et les os des animaux ; carFair communique dans l'intérieur de leur corps avec les aponévroses de leurs nmsclcs, comme nous l'avons déjà indiqué, et comme nous tâcherons de le développer davantage en donnant une idée du poumon , aux harmonies aériennes de l'homme.
Il n'y a pas de doute que les poissons ne tirent l'air de l'eau par les ouïes , puisque c'est par ce moyen qu'ils renouvellent l'air de leur vessie aérienne. Cette vessie est an sac oblong , composé de deux ou trois membranes qui se séparent facilement; elle n'a quelquefois qu'un lobe, ou ne forme qu'une cavité, comme dans les brochets, les merlans, les truites , etc. ; d'autres fois elle a deux lobes ou loges , comme dans le barbeau et la carpe ; oa trois , comme dans la tanche de mer ; ou quatre-, comme dans la dorade de la Chine. C'est en dilatant ou en comprimant cette vessie que le poisson, occupant dans l'eau un plus grand ou un plus petit volume , dévient plus léger ou plus pesant , qu'il monte et qu'il descend à sa volonté. La division de la vessie en différens lobes n'a pas été faite sans raison. Lorsqn'elle n'a qu'une cavité , comme dans les poissons ichthyopliages et voraces , leur mouvement d'ascension ou de descente se fait tout d'une pièce et lentement, parce que, comme ils compriment à la fois toute leur vessie , tout leur corps se meut horizontalement de haut en bas et de bas en haut, ce qui retarde, par la résistance du fluide , la vitesse de ces tyrans des eaux. Quand cette vessie a deux lobes, comme dans la carpe, ce poisson insectivore, en dilatant le lobe antérieur et comprimant le postérieur, monte rapidement, la tête la première, à la surfoce de l'eau; ou descend au fond avec légèreté , en imprimant aux deux lobes de sa vessie des compressions différentes. Il en résulte des mou vemens. plus prompts, qui lui donnent le moyen d'échapper à ses enne-
mis. Lorsque cette vessie a quatre lobes, comme dans le poisson doré, ce poisson en lire une multitude d'harmonies, en en variant tour à tour les contractions et les dilatations. Il s'élève , il s'abaisse, il s'incline, il se dresse, il se tourne, il décrit mille et mille courbes; il se joue dans l'eau comme l'oiseau dans Tair ; il y fait briller les riches couleurs d'or, d'argent, de ponceau , de pourpre, dont la nature a pris plaisir à le peindre. Ses altitudes sont si gracieuses , et ses mouvemens si variés, que les Chinois , qui noas l'ont domié, passent des jours entiers à le contempler dans les bassins de leurs jardins ou dans des bocaux de cristal. Il ne doit sans doute l'aisance et la grâce de ses mouvemens qu'aux modulations des quatre divisions de sa vessie aérienne.
I^s insectes volatiles , qui ont d'ailleurs beaucoup d'analogie avec les poissons , comme je l'ai dit dans mes Eludes, ont des corps vésiculaires, qu'ils contractent peut-être pour descendre; car ils volent si long-temps et avec une si grande facilité, qu'ils semblent être en équilibre avec l'air, comme les poissons avec l'eau. Peut-être cet air est-il plus léger que l'air atmosphérique : je suis porté à le croire par l'odeur infecte qu'exhalent plusieurs scarabées lorsciu'ils viennent de mourir. Un jour je recueillis sur une toufTe de jidienne ime douzaine de L'u prestes ou de scarabées semblables aux mouches cantharides. Je les mis au soleil ardent dans un vase, et je les couvris d'un verre. Au bout de deux minutes, ils étaient morts; mais lorsque je vins à les découmr, il s'éleva du vase une vapeur fétide et perçante qui pensa me suffoquer. Cet air est sans doute de la même nature que celui qui s'exhale des fourmis et des punaises ; il soutient en l'air les insectes non aUés , de manière qu'ils peuvent tomber d'une grande hauteur sans se blesser.
Cependant je suis porté à croire que les insectes volatiles ont, indépendamment de leura vésicules aériennes, une vessie d'eau qui les met en contrepoids avec l'air , comme les poissons ont une vessie d'air qui les met en équilibre avec l'eau. Ce qui me fait naître cette idée , c'est que lorsqu'un cousin a pompé le sang dont il se nourrit , et qu'il est chargé de ce nouveau poids , il ne manque jamais de lâcher une goutte d'eau par l'anus, avant de pixodre sa volée. On pourrait être tenté de croire que c'est le sang qui est entré dans ses intestins qui le force à cette évacuation ; mais elle a également lieu lorsqu'il se trouve pris. Il en arrive de même aux mouches lorsqu'on les tient par les ailes. Elles croient sans doute échapper en se rendant plus légères.
DES ANIMAUX
Quoi c|u*il ea soit, la nalure a si bien mis d'accord Imites ses lois élémentaires et organiques , cfu'après avoir étendu, le long des rivages de TOcéan et dans Tintérieur des continens , de grandes plages de sable volatil qui doivent réparer les sommets des montagnes, et qui remplissent en été ratmosphère de leurs tourbillons , elle adonné aux yeux dés quadrupèdes qui habitent la surface de la terre, non-seulement des paupières qui les couvrent et découvrent à volonté, mais môme des cils dont les poils horizontaux et rangés près à près sont comme autant de palissades qui les abritent de la [luussîère. La plupart des oiseaux, et surtout ceux qui volent dans une atmosphère élevée et pure , ont des paupières pour voiler la lumière ; mais ils n'ont point de cils. Les poissons qui vivent sous l'eau y on les rayons do soleil sont presque sans action ^ ont les yeux nus. Les insectes les ont pareillement nus, parce qu'en général ils vivent à Fombre. Mais comme ils habitent les parties basses de l'atmosphère, remplies de sables volatils qui .«nrdiai^raient leurs corps délicats et boucheraient leurs trachées, la nature les en a garantis par un tiiécaoîsme fort ingénieux; elle a mis leura cils au bout de leurs pieds. Voyez une mouche en repos, elle est quelquefois toute remplie de poussière; mais elle a six pâtes , dont les deux premières sont garnies de brosses à leurs extrémités. La mouche nettoie alternativement sa tète , son corselet et sa croupe. Les deux pâtes du milieu n'en ont point , elle n'eût pu en fiiire usage; par leur position, elles ne lui servent qu'à se soutenir lorsque celles de cliaqne extrémité sont en action. Les scarabées, comme les hannetons, n'ont point de brosses à leurs pieds, parce que leurs ailes, semblables à la plus fine gaze, sont renfermées sous des étuis où elles se reploient avec un art admirable ; et elles sunt couvertes d'étuis , parce que la plupart s'enfijnoent dans la terre pour y pondre leurs œufs; il y en a même dont le surtout est enduit d'une huile IKtrfomée, comme l'escarbot stercoraire, qui, au moyen de cette onction, s'enfonce sans se salir dans les excrémens des animaux , et conserve la lieauté de sa robe d'un bleu pourpre. Il y en a un, appelé le capucin , à cause de sa couleur maiTon, qui s'enfonce au miUeu d'une bouze de vaclie , et descend jusqu'à huit pouces de profondeur en terre, où on le trouve avec ses petits sur son dos; car il est vivipare. C'est là qu'il brave l'hiver avec sa famille.
On m'accusera peut-être d'entrer dans trop de ilélails; mais ce reproche ne doit être fait qu'à anix qui décrivent les ouvrages des hommes , parce qu'ils nous en montrent le terme. Les détails, dans
ceux de la nature, présentent toojoiu^ des idées neuves. C'est en descendant dans les plus petits , qu'on entrevoit son immensité. La nature, dit Pline, est grande dans les grandes choses, mais elle est très-grande dans les plus petites. Les insectes mettent à découvert les profondeurs de son intelligence. I^ trompe du moucheron est plus ingénieuse que celle de l'éléphant. On vante la force des ailes et le vol audacieux de l'aigle; mais les ailes des mouches sont construites avec plus d'art. La mouche commune, si fragile, qui vit sans armes défensives au milieu des dangers de toute espèce , vole plus liardiment et plus long-temps que l'oiseau de Jupiter; elle trace mUle courbes en l'air^ s'y élève et s'y abaisse , y plane et s'y fixe comme un pomt immobile. Elle se joue, par la légèreté de son vol, des animaux les plus féroces, qu'elle met quelquefois en fureur; enfin elle voltige impimément autour de leur maitie, dont elle se feithi commensale malgré lui.
Il est sans doute plus intéressant d'étudier les jeux de cesenfkns de l'air au sein de l'atmosphère, que les convulsions de leurs poumons dans la machme pneumatique. N'mspirez jamais aux enfana le goût des expériences cruelles. Lorsqu'ils sont barbares envers les bêtes innocentes, ils ne tardent pas à le devenir envers les homme:). Caligula, avant de tuer des citoyens , s'était exercé à percer des mouclies. La morale de l'homme avec l'homme commence par celle de l'enfant avec les insectes. Ne faites donc jamais acheter aux enfans une vérité par un vice, et ne perfectionnez pas leur esprit aux dépens de leur cœur. Ne leur feites pas étudier les lob de la nature dans le malheur des êtres sensibles, mais bien plutôt en suivant sa douce chaîne dans leurs plaisirs. Qu'ils interrogent, non leurs douleurs, mais leurs jouissances. Voulezvous leur donner une preuve du besoin que les insectes mêmes ont de l'air, menez-les en été sur le bord des ruisseaux; montrez-leur l'araignée aquatique se promenant au fond de l'eau, au milieu d'un globule d'air qu'elle a eu l'art d'enfermer dans des fils. Notre aérostat s'élève dans l'atmosphère; le sien, plus merveilleux, descend au fond de l'eau , et nous serait sans doute plus utile : le nôtre monte au moyen d'un gaz plus léger que l'air atmosphérique; le sien plonge peut-être à l'aide d'un gaz plus pesant que l'eau. Faites observer aux enfans, dans les prairies, cette multitude de souterrains qui servent de retraite aux insectes , et les tertres de la taupe qui se couvrent ensuite de vigoureuses graminées. Tous ces soupiraux , nécessaires à la respiration des insectes laboureurs , fécon.leut la terre eu y introduisant l'air, et ont
HARMONIES AÉRIENNES
peut-éire enseigné aux cultivateurs la première tliéorie des labours. Les êtres en apparence les plus méprisables ont donné à l'homme les plus importantes leçons de son industrie.
On ferait une infinité de volumes sur le simple vol des oiseaux , surtout sur celui des insectes. Toutes leurs espèces offriraient des observations curieuses et utiles par la configuration de leurs ailes, leurs divers mouvemens, et les saisons de leurs émigrations. Nous verrons aux harmonies animales qu'où peut rapporter les genres primitife des animaux , comme ceux des vents, des mers , des montagnes et des plantes, aux harmonies générales de la nature ; mais on pourrait rapporter le geiu^ volatile à ces mêmes harmonie^ générales, puis les multipliant par les harmonies aériennes, en tirer un grand nombre de genres secondaires, qui auraient tous des caractères distinctifs , et classeraient les diverses espèces des oiseaux et des insectes.
Nous jetterons ici un simple coup d'œil sur les moyens que la nature leur a donnés de traverser avec des corps pesans un fluide aussi léger que l'air. Ces moyens sont des ailes. Celles des oiseaux sont divisées en trois parties, conune les bras de riiomme : elles sont formées d'os poreux très-légers, et de nerfs très-forts. Elles sont garnies de plumes , dont les plus grandes et les plus fortes s'appellent pennes. Chaque penne est composée à sa partie ultérieure d'un tuyau cylindrique trèsléger , très-dur et très-élastique. On trouve dans son intérieur une pellicule membraneuse , sèche, qui provient du suc nourricier qui l'a développé. La partie supérieure de la penne est formée d'une lige remplie d'une substance spongieuse comme la moelle d'un végétal. Cette tige est arquée , courbée et pyramidale. Elle est sillonnée à sa surfoce intérieure , et garnie des deux côtés de barbes composées de filets très-légers , et qui s'engrènent fiarailèlement sur leurs longueurs les unes avec les autres , de sorte que l'air ne peut les traverser. Ces barbes sont courtes d'un côté de la tige , et elles sont alongées de l'autre , de manière que ce côté se met en recouvrement sous la penne suivante, comme l'extrémité d'une tuile sous celle qui est au-dessus. Les pennes entrent profondément dans l'aile jusqu'au périoste. Elles sont recouvertes à leur insection de plumes plus petites, posées en i-ecouvrement pour les fortifier et arrêter le passage de l'air. Enfin , l'aile entière est attachée par des muscles pectoraux très-robustes , au centre de gravité de l'oiseau. Ce sont là les rames sur lesquelles il se tient en équilibre dans l'air; mais pour qu'il puisse y avancer , ses ailes sont, par leurs ar-
ticulations , susceptibles d'un mouvement oblique : la nature lui a donné de plus, pour se goavemer, une queue, fonnée pour l'ordinaire de plumes longues, droites, et dont les barbes sont égales. La queue de l'oiseau est son gouvernail ; car il ne la dirige pas plustôt d'un côté , que sa tête se porte de l'autre, et il cliange à son gré la direction de son vol. Les oiseaux qui ont la queue courte et les jambes fort longues, comme les grues, les cigognes et les hérons , alongent en arrière leurs pieds, qui leur servent alors de gouvernail, en se combinant avec les mouvemens en sens contraire de leur long cou.
C'est avec leurs ailes que les oiseaux, en frappant l'air , se soutiennent comme sur un corps solide, et nagent dans ce fluide beaucoup plus l^r qu'eux. Les uns y rament, comme le pigeon pesant; d'autres y volent par longs jets, comme la perdrix; d'autres par ondulations, comme le moineau; d'autres y glissent, comme l'hironddle, el y décrivent de grands cercles à la snrfMX des moissons. L'alouette y tourne en spirale; elle semble tracer la vis d'un escalier pour s'élever vers les cieux ; mais ce sont ses petits qu^elle se plaît à contempler du haut des airs , et dès qu'elle les a réjouis de son chant, elle se laisse tomber tout à coup aupi'ès de leur nid.
De tous les volatiles , ceux dont le vol est le plus curieux et le plus à notre poitée sont les insectes. Les uns ont des ailes de la plus fine gaze, comme la mouche : eUe exécute toute sorte de vols, et quand il lui plaît , elle s'arrête en l'air, et y devient stationnaire; d'autres, tels que les papillons, ont des ailes couvertes d'écaillés fines comme la poussière, et brillantes des plus vives couleurs. Bien différentes de celles des oiseaux, qui se ressemblent toutes, et qui leur sont distribuées par paires , elles sont patronées sur une infinité de formes, et quadruples. Les papillons n'ont point de queue, conune les oiseaux, mais la plupart sont couronnés d'antennes qui dirigent leur vol. Leur gouvernail est à leur tête. Le papillon, avec sa trompe et ses antennes à bouton, semblables aux filets à anthère qui sortent du sein des fleurs, avec ses ailes quadruples et éclatantes qui imitent leurs pétales; avec son vol incertain que balance çà et U l'haleine des zéphirs , ressemble à une fleur volante. U y en a qui, comme le ptérophore ou porte-plume , volent parmi les graminées avec deux ailes simples, foites comme deux plumes à écrire. Je me suis arrêté quelquefois avec plaisir à voir des moucherons , après la pluie , danser en rond des espèces de ballets. Ils se divisent en quadrilles, qui s'élèvent , s'abaissent , circulent et s'entrela-
DES ANIMAUX
loi
cent sans se ooufoodre. Les chonirs de daiise de nos opéras d'odI rien de plus ooniptiqoé et de plus gracieiuL. Il semble que ces enGws de Fair soient nés pour danser; ils font aussi entendre, au milieu de leur bal , des espèces de chants. Leurs gosiers ne sont pas résonnans comme ceux des oiseaux ; mais leurs oorsdets le sont, el leurs ailes, ainsi que des archets, frappent Tair, et en tirent des murmures agréables. Une vapeur qui sort de la terre est le foyer ordinaire de leur plaisir; mais MNivenl une sombre hirondelle traverse tout à coup leur troupe légère , el avale à la Ibis des groupes entiers de danseurs. Cependant leur fête n'en est pas interrompue. Les oor3fphées distribuent les postes à ceux qui restent , et tous continuent à danser et à chanter. Leur vie , après tout, est une image de la nôtre. Les hommes se bercrnt de vaines illusions autour de quelques vapeurs qui s'élèvent de la terre, tandis que la mort , comme un oiseau de proie, passe au milieu d'eux , les engkm- Ul tour à tour sans interrompre la foule qui clier- (he le plaisir. Cependant nous remarquerons que ces courbes si agréables et si variées que les vcJa- Ules décrivent dans les airs sont les mêmes que celles qui dessinent les contours des plus belles fleurs, et que celles dont les astres nous offrent les premiers patrons dans leurs formes circulaires et tlans leurs cours. Ces formes mêmes , par la plus ravissante des harmonies, sont toutes, comme nous le verrons, rétmies dans les différentes parties du corps humain.
Combien de découvertes ont été dues aux instincts dès volatiles et à leur vol! Les anciens croyaient, non sans apparence, qu'il y avait quelque diose de divin dans le vol des oiseaux. Christophe Colomb s'assura, en pleine mer, qu'il approchait du Nouveau-Monde , par le vol des oiseaux de terre qui allaient d'une de ses lies à l'autre. Plus d*im vilk^, dans une terre aride , a dû la découverte de son puits à des moucherons qui voltigeaient au-dessus des vapeurs de sa source souterraine ; plus d'tm voyageur a trouvé, par le vol d'une abeille, le miel caché au sein des forêts. J'ai admiré souvent , an milieu do vaste Océan , le vol rapide et infetigable de la frégate , qui , après avoir circulé tout le jour autour de notre vaisseau voguant à pleines voiles , retournait le soir coucher sur ses rochers , dont les plus voisins étaient à plus de cent lieues; mais le vol de la simple abeille me paraît encore plus étonnant. Des marins dignes de foi m'ont assuré qu'on voyait sur les côtes de Nonnandie des mouches à miel arrivant des lies de Jersey et de Gnemesey, situées à plus de six lieues au large. Elles viennent sur le continent picorer les fleurs.
et s'en retournent à leur ruche chaiigees de butin. Toute distance est relative. Une lieue , pour un honmie de six pieds , foit une distance deux mille cinq cents fois plus grande que lui ; mais elle est trois cent soixante mille fois plus gramle |H>ur un insecte de six lignes, et deux millions cent soixante mille fois plus considérable, si elle est de six lieues. Il faudrait qu'un liomme, \ïour foire le même chemin que la mouche , fit plus de huit cent soixante-quatre lieues. Il est impossible donc que l'abeille aperçoive sa rudie à six lieues, et même que ses yeux la guident dans sa route. On pourrait supposer qu'elle y trouve des lieux de repos; mais dans les intervalles de ses voyages , on Êiudie les moissons et les prés qui lui sont coimus. Elle traverse des fleuves et des bras de mer qui n'ont que des ondes mobiles. Ce ne sont point les signes inconstans de la terre et de la mer qui guident les volatiles dans leurs courses ; c'est le soleil qui les oriente. L'abeille qui travaille dans sa ruclie, à la plus faible lueur , peut apercevoir encore l'astre du jour, même au travers des nuages obscurs, altéiv par les émanations des vapeurs du continent; peutêtre a-t-elle l'Uistinct de s'abandonner, dans ses allées et venues , aux brises de mer et de terre qui soufflent souvent pendant Tété. Elle se guide sinle lever et le coucher du soleiL La frégate, qui.vole dans l'atmosphère à une grande liauteur , aperçoit encore les derniers rayons de l'astre du jour , (|uoiqu'ils ne soient plus visibles sur l'Iiorizon du vaisseau : peut-être se dirige-t-elle aussi sur le cours des astres. Il me semble en avoir vu arriver en pleine nuit sur le rivage de l'Ascension. Ce qu'il y a de certain , c'est qu^m astitMiome , en observant les étoiles , à minuit , aperçiit , à sa grande surprise , im aigle qui traversait le cliamp de son télé»cope.^ Non-seulemeiU les volatiles se dirigent sur le soleil, mais encore sur les reflets d^ sa lumière , que la lune nous renvoie. Il y en a beaucoup qui règlent leurs voyages , leurs chasses et leurs amours sur le cours de l'astre des nuits.
L'organisation des volatiles, leur mstinct et leur vol , peuvent se rapporter à une inCnité de besouis de la vie sociale; Ûs peuvent servir à découvrir les propriétés des végétaux, à annoncer l'arrivée des orages, le changement des saisons et les Iles qui sont hors de la vue des nayigateurs. Les volatiles sont les premiers liabitans des terres; de tous les genres d'êtres organisés ^ le leur est seul cosmopolite. Les sommets les plus escarpés des montagnes , les mers les plus étendues , les sables les plus briilans de la zone torride , et les glaces éternelles des pôles, nourrissent des oiseaux et jusciu'à des mouches : dans les forêts profondes de la solitaire Fin-
HARMONIES AÉIUENNES
iaiule , c*etaieiil des inulneaux qui nf anoiiçaieiit rapproche de^ villages. Combien de fois je me suis amusé, sur le vasle Océan, à voir les oiseaux de marine tracer dans les airs de longues lignes ! Leurs diverses es[ièces me signalaient des terres et de nouveaux climats : les alcyons , en rasant tes flots ; les goélands et les mauves , les côtes de l'Europe; les maudies-de-velours , le cap Finistère; les goélettes blanches, semblables a des pigeons, les hauts-fonds et les écueils; les envergures et les fauchets, la pleine mer; les fous et les frégates , le centre de la zone ton'ide; les damiers aux ailes casées de noir él de blanc, les approches du cap de Bonne-Espérance; les albatros, appelés moutons-du-Cap à cause de leur grosseur , les bancs et les hauts-fonds de ce promontoire des tempêtes; lespaillcs-en-queue ou oiseaux du tropiqtie, l'He de France , où ils dirigeaient leur route comme nous. Lors(|u*en retournant en Europe , je débarquai sur TUe stérile de r AsceiLsion , j'y vis arriver le soir des légions de fous et (le frégates qui revenaient de la pèche. Ils se perchaient çâ et là sur les rodiers , auprès de leurs femelles pasées sur leurs nids, auxquelles ils ap(M)itaient de la nourriture qu'ils dégorgeaient de leurs jabots. J'en pris plusieurs dans mes mains sans ({u'aucim d'eux s'effaroudiât. Je pensais que, si j'avais été naufragé sur quelque ik^ueil semblable, j'aurais pu former avec ces oiseaux une société moins inconstante que celle lies hommes; j'aurais lâché de disposer leur naturel sociable , par les (l)uceurs de l'habitude et des caresses, au service de l'amitié. Ils étaient déjà si familiers , ({u'il m'aurait été très-facile d'attadier un billet à leurs ailes, cl d'instruire peut-être de ma destinée , avec leur aide, quelque peuple hospitalier de l'Amérique ou de l'Afrique. Ce moyen me ])araissait infaillible avec des onocrolales ou pélicans. Ce sont des oiseaux voyageiu-s, beaucoup plus gros que des cygnes, que l'on trouve dans toutes les parties du monde, et qui viennent , en été , jusque sur les rivières et les étangs de l'Europe. Ils sont si aisés à apprivoiser , ciue j'en ai vu un , au cap de Bonne-Espéi-ance , (pii , cpioique sauvage et libre, jouait avec un gros chien auprès de la douane. Culmanus a écrit à (iesner qu'un onocrotale privé accompagnait l'eml>ereur Maximilien partout, même à l'armée: il véctil cpiatre-vingts ans. Les pêcheurs chinois et les sauvages de l'Amérique les dressent ù pêclier fiour leur compte, et à leur apporter du poisson dans la grande {loche que la nature a suspendue à leur goi^e. Le vol du pélican est très-long et très- «levé; cet oiseau peut aussi se reposer sur les Ilots cl y reprendre son vol , au moyen de ses pâtes jkiImces comme celles des canards. C'est un oiseau
d'ailleurs triste et mélancolique. Il parait devlkié, par son caractère sérieux , par son goût pour b vie errante et la sociabilité, par la longueur de sa vie, la force de son vol , et par son sac, à être le messager des navigateurs. Il leur remlrait , en cette qualité , plus de services (jue les pigeons courriers aux habitans d'Alexandrie. Combien de marins OMt péri sur des écueils inconnus, qui auraient pa revoir leurs compatriotes, s'ils avaient pensé à les instniire de leur sort par la voie des oiseaux ! Vous leur devriez peut-être la \ie, vous et vos compagnons, ô mfortuné La Peyroiuse !
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DE L'HOMME ET DES ENFANS
L'homme exerce sur l'air nne paissanœ qui suffît à tous ses l)e$oins. Il le force d'allumer son feu dans un poêle , de lui a|ii)orter de l'eau dans une pompe , de moudre son blé avec les ailes d'im moulin , de lui chanter des airs dans une flûte , de le voiturer sur l'Océan ayec les voiles d'an bateau, et même au liant de l'atmosphère avec le globe aérostat. Il en fait son servitetir, son musicien , son esclave et sa bête de somme. Mais le poayoir de l'homme sur les élémens est le résultat de ses harmonies sociales. Nous Talions considérer soumis lui-même à Tempire de l'air, seul, nu , et gémissant sur le sein maternel.
La voix et l'otiîe sont, par leur nature, deux sens j umeaux en liannonie ; les autres sens eut leurs jotiissances sé(>arées , ceux-d les ont communes et réciproques. I^ vue, qui a tant de perspicadté, ne voit ni les odeurs , ni les savetirs, ni le tact ; et les organes de ces sens n'odorent , ne goûtent ni ne touchent la vue ; mais la voix parie à l'oufe et l'ottle entend la voix. Ce n'est point pour être en rapport avec les élémens, mais c'est pour réunir denx ames^ (|ue la nature a donné ti chactme d'dies un sens actif et im sens passif, non en les séparant et les leur distribuant conmie des sexes isolés qui ne devaient les rapprocher qu'à certaines époques, mais en les réunissant dans le même individu , alin de les lier en tout temps d'une double harmonie. Un être souffrant crie, et il est etitendti par un être sensible qui lui répond et qu'il enteml à son tour. Telle est la double chaîne dont la nature forma la première des harmonies morales, la fraternelle; mais connue elles s'attachent toutes an sein maternel , nous en motitrerons ici les premiers anneaux.
Je ne connais rien de plus touchant (|ue les cris d'un enfant. Je laisse aux philosoplies à trouver (|uels rapports des sons inaiiicidés , aigtis , en ap-
DE L'HOMME ET DES ENFANS
pareiice sans art el saiis iiiétiiode, ont avec les fibres de la pitié, tendus par la nature dans le cœur tiunudn; j'observerai seulement que Virgile , ' qui en a si bien connu toutes les convenances, a mis, à l'entrée de ses enfers , un limbe gémissant d'enfans OMNrts à la mamelle :
Continiio aoditas vooes , vagitus et Ingens , InbntiiiiKiue anima fientes in limine primo ; Qnos dulcts vits exsortes el ab ubere raptus AlMtulit atra dies, et fùnere mersit acerix). lios Juxta lalso damnati crimine mortis. Nec Tero h» sine sorte daUe, sine Jodice, sedcs.
« Bientôt on entend des voix plaintives et on vagissement
• lointain d'ames d'enlans qui pleurent à l'entrée des enfers :
• sevrés des premières douceurs de la vie , et ravis à leurs
• mamelles, nn destin barbare les enleva et les plongea dans » la nuit du tombeau. Près d'eux sont ceux qui Turent con- ■ damnés iqjustement k mort Ces places ne sont point don-
• nées au hasard, sans que le juge ait prononcé. >
Warbarton prétend que Virgile a voulu peindre, dans la descente d'Énée aux enfers , l'initiation aux mystères de Cérès, et que l'état malheureux des mfum mocts à la mamelle et des innocens opprimés par la justice réveillait la tendresse des parens» et inspirait de l'horreur pour les jugemens injustes. Les professeurs de l'université de Paris, qui ont donné, en 1751 , une traduction de VÉnéiâty n'ont pas manqué d'y mettre en note ce trait d'érudition de Warburton, et d'y applaudir; cependant , s'il m'est permis de le dire , je crois qu'il INMte à fiiux. Des liommes avaient-ils besoin qu'on leur montrât leurs en&ms et leurs concitoyens morts innocens et déplorant leur destinée , pour redoubler de tendresse paternelle pour leurs petits enfans, et d'horreur pour des juges iniques? Je crois bien plutôt que l'intention du poète a été d'inspirer la pitié , au commencement de sa description des enfers. Il se garde bien d'introduire son héros et son lecteur dans des scènes d'iiorreur, comme ont fait depuis, en pareille circonstance, les poètes italiens , et, entre autres , le Dante. La sibylle conduit d'abord Ënée dans le lieu des! me aux enfkns victimes innocentes de la justice divine , et dans odai qu'occupent les victimes de la justice hiunaine, qu'il rapproche par une consonnance de destinée. Il met i^os loin ceux qui se sont ôté eux-mêmes la vie, et il ne leur donne d'autre punition qu'un amer repentir; il inspire, il accroît par degrés la pitié. U décrit ensuite la campagne des pleurs, lugeutescampi. Il y fiiit errer, dans une forêt de myrtes et parmi des routes solitaires , des femmes que leurs passions rendaient infortunées : Phèdre, amoureuse d'Ilippoly te; la jalouse Procris, qui pé-
' ÉAÊiDe. liv. Ti. vers 436 et suiv.
rît par la main de Céphale , son époux, trop tendrement aimé; Ériphyle, qui découvrit la retraite de son mari Amphiaraûs, et fut punie de mort par son fils Alcméon ; la trop fidèle Evadné , femme du géant Capanée , qui se jeta de désespoir dans le bûclier de son mari; Pasiphaé , amoureuse d'un taureau; Laodamie , qui mourut de douleur en apprenant la mort de Protésilas, son époux ; Cénée , de fille devenue garçon et mvuhiérable , étouffée sous une forêt d'arbres par les Centaures, aux noces de Pirithoûs; enfin, la malheureuse et silencieuse Didon. Après ces différentes victimes de l'amour , viennent celles de la guerre. Ënée voit parmi elles I les âmes de la plupart de ses amis qui avaient péri au siège de Troie; mais, lorsqu'il approclie des prisons infernales, destinées au suppUce des scélérats ; quand leurs portes redoutables s'entr'ouvrent et roulent sur leurs honibles gonds , la sibylle l'arrête et lui adresse ce vers si touchant et si philosophique :
Nulli fils casto sceleratum insistere limen. « Nulle amc pure ne peut entrer dans le s<!^r du crime. »
Elle lui peint alors , dans un simple récit , ce lieu de tourmens, où Hécate elle-même l'avait mtroduite , en lui confiant la garde des bois de l' A veme.
Virgile a donc voulu uniquement exciter la pitié, en mettant des enfhns à la mamelle et des femmes infbrtunées par l'amour, à l'entrée des enfers. Tàdions de parvenir au même but en mettant les uns et les autres , dès cette vie même , à l'entrée du paradis. Il n'y a point d'être qui ait plus besoin de secours qu'une femme qui vient d'accoucher et (|u'un enfant qui vient de naître.
Quelque bniit qu'on fasse autour d'un enfbnt nouveau- né , pendant les six pi-emières semaines de sa naissance, il ne détourne pas la tête; d'où l'on conclut qu'il n'entend pas. Je crois l'observation vraie, et je m'en suis assuré moi-même en partie ; mais la conséquence qu'on en tire n'est pas juste. Si l'enfimt ne fait pas attention au bruit , c'est qu'il n'a pas l'expérience des causes qui le produisent, et qu'il n'est pas en rapport avec elles. Je suis persuadé qu'il s'entend lui-même, et qu'il a l'ouïe et la conscience de ses cris , qui aimonœnt ses besoins. Je crois, de plus, qu'il entend la voix de sa mère, comme un agneau distingue celle de la sienne au milieu d'un troupeau de brebis, et court à elle sans fdvre aucune attention aux autres brebis qui bêlent autour de lui. Cest par ses cns qu'un enfant nouveau-né invoiiue la mamelle de sa mère , dont il a le besoin et le sentiment, s'il n'en a pas l'idée. Oii lui a donné le nom d'enfant, du mot latin composé in-fansy noii-]>arlant. Ceiicndani il se fait très-
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bien enleiidre avec des cris et des gémissemens , dont les sons, supérieurs à toute éloquence, remuent le cœur maternel. PhUosophe, démontre à une mère, par les lois de la pliysique , par Tamour de Tordre, par celui même de la patrie, qu'elle doit allaiter son enfant. Que lui répondras-tu , si elle oppose à tes raisons générales ses raisons particulières , sa délicatesse , de longues veilles , des inquiétudes toujoiurs renaissantes, un ordre qui Topprime, une patrie indifférente à ses besoins, et cet enfant même, objet de tant de soucis, qui, devenu homme , fera peut-être son plus cruel tourment? Mais elle entend la voix gémissante de son enfont, etelleTallaite sans raisonner.
Comment arrive-t-il ensuite que des parens deviennent insensibles aux cris de leurs en&ns ? Comment se peut-il qu'eux-mêmes les fassent naître pour des châtimens à la fois obscènes et cruels? Les Sauvages les plus féroces envers leurs ennemis rougiraient d'en employer de semblables; cependant , on voit encore , dans nos écoles , des maîtres et des nriaitresses les mains armées de verges et de fouets. Les choses n'ont changé que de nom : les habitudes, les mœurs et les hommes sont toujours les mêmes. Passe pour des maîtres mercenaires, qui ne veident gouverner que par la terreur, et qui, dans des enfans étrangers , ne voient que des esclaves; mais le père qui, trompé par de mauvais exemples et de fausses autorités , ose violer envers son fils le premier pacte de la pitié formé entre eux par la nature, le viole en même temps envers le genre humain !
La mère est le premier instituteur de son enfant; tâclions de Taider dans les premiers soûis de son éducation. Il est nécessaire qu^e renouvelle fréquenmient l'air autour de lui : c'est, après la chaleur, son premier élément et son premier aliment. Non-seulement elle doit renouveler Tair qu'il respire, mais elle doit laver ses langes, son berceau , ses rideaux, la chambre même où il couche, aOn d'en enlever les miasmes méphitiques, qui s'attaclient partout, et qui proviennent de la traaspiralion et de la respiration. Je n'ai pas besoin de dire qu'il feut en ouvrir les fenêtres pendant le jour. Un enfant languit sans air, conunela plante qui en est privée; il pâlit et s'étiole conmie elle dans une chambre fermée. Rien ne le fortifie davantage que deTexposer au grand air, même en hiver. Pendant le froid rigoureux que nous avons éprouvé 'au commencement de 1795, ma femme avait souvent l'attention de se promener au soleil et à Tair, à l'heure de midi, en tenant ma fille bien couverte dans ses bras ; elle était alors âgée de six mois. Elle jetait souvent des cris dans la cliambre.
sans doute par le liesoin de respirer le grand air; car, dès qu'on Ty podait, elle devenait tranquille, et bientôt elle était saisie d'un sommeil doux et paisible , qui la faisait profiter à vue d'ceil.
J'ai toujours remarqué qu'elle pleurait et criait quand on lui mettait ses vétemens,et qu'elle se réjouissait (juand on les lui ôtail. Tout en£uit est gai quand il est nu. C'est donc avec raison qu'on représente ainsi les amours. La gaieté dans les enfans nus ne provient pas seulement de ce (|u ils sont débarrassés de la contrainte de leurs langes, car ma fille n'a jamais été gênée dans les siens; mais elle vient , je pense , aussi de l'action de Tair qui pénètre par les pores du corps, et y £BK;illte le mouvement des fluides: au moins, c'est par les pores que le corps transpire. Beaucoup de maux ne proviennent que de traaspirations arrêtées; peut-être le corps même respire-t-il par le tissu cellulaire. C'est sans doute dans cette idée qu'un médecin câèbre conseillait les bains d'air conmie très-salutaires. J'attribue le prompt accroissement des enfans des Nègres , non-seulement à Tînfluenoe du soleil sur eux, mais à ce qu'ils vont tout nus à Tair; car les enfens des Sauvages de T Amérique, élevés de la même manière , ne sont pas moins vigoureux. Les uns et les autres, étant accoutumés conune les animaux aux vicissitudes de Tair, étant hommes, ils ne sont point sujets conune nous aux rhumes et aux rhumatismes.
Avant de guérir les maux des enfeus, occuponsnous du soin de les prévemr. Si nos moeurs ne nous permettent pas de les laisser aller tout nus, au moins accoutumons les garçons à vivre à Tair le plus vif, la poitrine découverte. Sortons-les même au milieu de Tliiver, de Tair de l'école, et donnons-leur qudque instruction en pleine campagne; men<His-le8 à la promenade sur une hauteur. La seule attention que Ton doit avoir est que les enfans échauffés dans leurs jeux ne se refroidissent pas subitement. Il Êint les faire bien couvrir de leurs habits , lorsqu'ils cessent de jouer, et les tenir toujours en mouvement jusqu'à ce qu'ils soient de retour à la maison. On évitera par ces précautions les pleurésies, les fluxions de poitrine, les rhumes et les rhumatismes, qui ne viennent que de transpirations arrêtées.
On peut avec ces exercices amusans leur donner une idée des sciences les plus profondes. La chute de leur ballon leur rendra sensible Tattraction de la teri-e ; et la courbe qu'il' décrit en Tair, la théorie de la parabole , composée du mouvement perpendiculaire de la pesanteur et de son mouvement horizontal de projection. Tandis que quelques-uns élèvent à grands cris leur cerf-volant, et qu'ils le
DE L'HOMME ET DES ENFANS
voiem avec admiration s'élever, en se balançant au haut des airs , expliquez-leur le mécanisme de son ascension et les lois de la décomposition des forces, c'esl-à-dire du vent, sur le plan incliné du cerfvolaiiU Vous pouvez même , si le temps est EaivoraMe, leur donner avec prudence le spectacle étonnant de Télectricité atmosphérique , par un cerf-volant dont la Ocelle est filée avec un fil de laiton, qui attire le feu électrique, et terminée par un cordon de soie, qui en arrête le cours, dans la main de celui qui le tient. Vous pouvez leur dire que réledriclté atmosphérique est le feu solaire répandu autour de nous d'une manière invisible; que ce feu se oonununique aux nuages, et ne les rend foudro3rans que parce qu'il cherche partout à se mettre de niveau; qu'on distingue pour cette raison deux électricités, l'une en plus, et l'autre en moins; que les métaux , entre autres le fer et le cuivre, lui servent de conducteurs; que c'est à cause de ces propriétés qu'on met au liaut de plusieurs édifices des barres de fer, avec des Ois de fer qui s'en éloignent, non pas pour attirer le tonnerre, comme le pense le vulgaire, mais pour le soutirer et l'éloigner du corps du bâtiment. Une aiguille électrique n'attire pas plus le tonnerre sur le toit d'un édifice, que la gouttière de ce toit n'y attire la pluie. L'une et l'autre servent au contraire à en écarter ces deux météores. Quant au coup invisible qui frappe celui qui touche la ficelle du conducteur, dans le cerf-volant électrique, j'en ai entendu donner des explications savantes; mais j'avoue que je n'y ai rien compris. Je soupçonne seulement que le feu électrique, et que tout feu en général, renferme en lui plusieurs propriétés qui nous sont inconnues, entre autres les principes du mouvement; je pense aussi que tout feu vient du soleil : la chose me paraît évidente.
Au reste, comme Michel Montaigne, j'avance mes opinions, non conune vraies, mais comme miennes. Dans toute espèce de système, on ne doit jamais balancer à avouer ses doutes et même son ignorance.
Il est surtout nécessaire , lorsqu'on parlera aux enfons des lois générales de la physique, d'en faire l'application aux besoins de la société. En tout il fout fixer leur jugement sur des faits qui les intéressent. Donnez toujours un corps et une action aux principes, c'est le seul moyen de les leur rendre sensibles. Vous pourrez donc , en leur expliquant l'ascension du cerf-volant par la force du vent qoi, en se décomposant sur son plan incliné en deux actions, l'une horizontale , et l'autre oblique, le force à monter, leur faire connaître que cette même force, en se décomposant sur les plans in-
dinés des ailes d'un moulin, les tait mouvoir circulairement Peut-être le cours d'une rivière profonde produirait-il le même effet sur les ailes d'un moulin à eau disposées seniblaMement. Il est bon de jeter de temps en temps des corollaires au milieu de l'instruction ; ce sont des perspectives au milieu d'un paysage; eOes étendent et dévdoppent le génie. Rien n'est égal peut-être à celui de l'inventeur du moulin à vent, car je n'en vois point de modèle dans la nature , quoique je sois bien persuadé qu'il y est , ainsi que tous les modèles de nos inventions. Mais c'est surtout par son utilité que cette ingénieuse machine est recommandaUe. Elle fournit à notre premier besoin dans la plus grande partie de l'Europe, et épargne aux animaux et aux hommes luie multitude de fatigueSr On aurait dû élever une statue à son auteur, dont le nom même est ignoré. Le célèbre mathématicien de la Hire ne passait jamais devant un moulin à vent sans ôter son chapeau , par respect, di< sait-il , pour la mémoire de celui qui l'avait inventé. Combien de gens ne le regardent que comme l'habitation d'un meunier î Apprenons de bonne heure aux enfens à n'estimer les arts et les hommes que par rapport à leurs besoins. Reprenez-les quand ils parient, même à de simples manœuvres, avec mépris ou en les tutoyant. Le ton de l'extrême fenîiliarité devient celui de l'orgueil, quand il n'est pas réciproque. D'ailleurs, des enfons, quels qu'ils soient , doivent toujours respecter un homme. Tirons leurs leçons de morale de leurs actions les plus conununes, ainsi que leurs lumières de leurs jeux : c'est à la morale qu'ils doivent rap|H)rter toutes leurs sciences. Si j'en effleure par-ci par-là quelques-unes , si je leur ai h\i entrevoir l'influence nécessaire du soleil et de l'air sur toutes les puissances de la nature, c'est non-seulement pour leur propre utilité , mais pour celle de leurs semblables; c'est pour qu'un jour ils ne plantent pas sur leurs propriétés de grands arbres dont l'ombrage puisse nuire à leurs voisins ; c'est afin qu'ils soient plus justes que les lois qui le permettent. J'ai vu dans le pré Saint-Gervais , par ces plantations de bois, un riche propriétaire forcer successivement tous ses voisins de lui vendre leurs jardins et leurs champs , jadis si bien cultivés, mais qui maintenant couverts d'ombre n'avaient plus ni soleil ni air.
C'est le soleil qui , par sa présence et par sou absence , est cause de toutes les harmonies de l'atmosphère, sur les eaux, la terre, les végétaux, les animaux et les hommes. Ce sont peut-être ses reflets que la lune nous envoie au milieu des nuits, qui modifient l'action des vents. Souvent la lune
iSG
HARMONIES AÉRIENNES
produit à ses différentes phases des changemens lie temps. Les naturalistes modernes n'en sont pas d'accord ; mais l'expérience des laboureurs et des marins est plus sûre que la théorie imparfaite des {ihysiciens. Ceux-ci assurent qu'elle soulève l'Océan , et ils nient qu'elle puisse mouvoir l'atmoji[^ère. Ce sont deux erreurs qui se contredisent. Je l'ai vuesouvent sur la mer, à son lever, fondre et <lissiper les nuages suspendus dans les régions glaciales de l'air, sans doute par la même influence qui lui fait fondre les glaces des pôles. Quand elle «'entoure d'un limbe jaune, attendez -vous au mauvais temps. La lune nous annonce par sa pâleur la pluie; par sa rougeur, le vent; et par sa blancheur, la sérénité.
Mais le del se couvre de toutes parts. Le soleil , voilé par des nuages sombres, laisse échapper de longs rais d'une lumière pâle qui nous annoncent la tempête. Déjà elle s'élève : des giboulées de neige volent dans les airs, comme des plumes d'oiseaux ; les troupeaux inquiets mugissent au fond des vallées; le berger, trompé par l'espoir d'un l)eau jour, se hâte de les rassembler avant la nuit. Le terrible vent du sud-ouest s'élève de l'horizon, il couvre le ciel de montagnes de nuages semblables à celles des Alpes; dans sa course rapide et pesante, il creuse la surface des eaux, et courbe les cimes des forêts , qui font entendre au loin de rauques rugissemens; les troncs des arbres tombent avec fracas : tandis que ces vieux monumens des siècles sont renversés, un oiseau parait immobile dans les cieux. L'épervier lutte contre la tempête , en jetant des cris funèbres; il épie quel- <iue oiseau malheureux qui ne doit plus revoir le printemps.
Ne regardez point les tempêtes de l'atmosphère, les ravages des forêts et les guerres des animaux, comme des désordres de la nature : tout est bien dans un plan infiniment sage. L'oiseau de proie, en détruisant les oiseaux âgés ou infirmes, pré[jare de nouvelles places à leurs générations. Les tourbillons du sud-ouest renouvellent les vieux végélaùx, et disséminent au loin leurs grames; ils (lortent aux régions glacées du nord l'air cliaudde l'Afrique, chargé des vapeurs de la Méditerranée; ils adoucissent l'atmosphère de notre zone , et entassent sur notre pôle septentrional des montagnes (le neige , qui doivent donner, à l'écpiinoxe du printemps, de nouvelles sources à l'Océan.
Enfans, hâtez-vous de rassembler vos ballons, vos volans et vos cerfs-volans : déjà vos mères in- (| liètes accourent et vous rappellent à vos foyers. Heureux celui qui habite avec des ftarens chéris laie humble cliaumière au fond d'un vallon! A l'a-
bri des collines et des vergers , il entend la nuit, sans crainte, les mugissemens des vents. Il s'endort au murmure lointain des forêts , et en fermant les yeux à la lumière, il bénit celui qui a pourvu aux besoms de tout l'univers.