‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 37 sur 116 · HABMONIES AQUATIQUES DE L'AIR · texte numérisé non relu

HABMONIES AQUATIQUES DE L'AIR

C'est aux simples vapeurs de l'eau que Tatmosphère doit les riches couleurs et les belles formes de nuages qui font la beauté des cteux. Si ces vapeurs n'existaient pas, le soleil nous apparaîtrait sensibieroent plus petit dans un firmament d'un bien foncé , ainsi qu'on le voit du sommet des hautes montagnes. Il n'y a rien de phis monotone qu'un ciel sans nnages.

C'est aux vapeurs aquatiques de l'air qui décomposent les rayons du soleil , que l'aurore doit ses magnifiques couleurs. Elles se manifestent d'abord à l'horizon par la couleur blanche , qui est celle de la lumière pure. On lui a donné le nom d'aube , du mot latin alba. Cette blancheur, en s'élevant au-dessus de l'horizon , se décompose en différentes nuances de jaune, qui parviennent au jaune doré, qui est en général la couleur des rayons du soleil dans notre atmosphère. Ce jaune doré, relevé d'an peu de vermillon, forme la couleur de l'aurore proprement dite , et s'élève ensuite , par différentes teintes de rouge , jusqu'au carmin au zénith : de là , descendant par les nuances du pourpre et da violet, il arrive au bleu vers le couchant, et enfin da bleu au noir au lieu où la nuit étend encore ses voiles. Toutes les teintes imaginables sont composées de ces cinq couleurs primitives. Je ne m'arrêterai pas ici aux harmonies de ces couleurs, parce que j'en ai parlé assez au long dans mes Éludes, Je ferai observer seulement que ces cinq couleurs primitives et leurs nuances principales semblent réparties aux sept puissances de la nature : le blanc an soleil , le bleu à l'air et à Teau , le jaune à la terre, le vert anx végétaux, le rouge au sang des animanx, et toutes les couleurs aux hommes , depuis le blanc des peuples septentrionaux jusqu'au noir des peuples méridionaux. Il n'est pas moins remarquable que le goAt de ces couleurs primitives est adopté par les peuples, suivant un ordre géographique en rapport avec l'ordre atmosphérique. Ainsi, les Chinois , situés à l'orient, ont pour couleur principale le jaune de l'aurore ; les Africains, au midi, le ronge; les peuples de l'occident de TEurope, le bleu. Les peuples latéraux, comme les Thibétains , ont choisi l'orangé; les Russes , le vert ; les Italiens , le violet. Ce sont là les couleurs impériales, royales et distinctives de ces nations. Le blanc et le noir, par leurs durs contrastes, sont chez elles des signes de deuil : le blanc chez les nations noires ; et le noir diez les nations blanches.

C'est dans le ciel , comme dans le genre humain,

que s'harmonient à la fois tontes les couleurs primitives. La pluie nous les montre rassemblées dans les couleurs de l'arc-en-ciel : alors il suffit d'une goutte d'eau pour les engendrer.

Si les vapeurs aquatiques dispersées dans l'ahdécomposent en une infinité de couleurs les rayons du soleil, et tracent même un arc de circonférence lorsqu'elles sont réunies en gouttes de pluie , elles représentent quelquefois le soleil lui-même en entier et avec tout son éclat, lorsqn'eUes sont en forme de nuage : c'est cette image qu'on nomme parélie, des mots itapàj iiXioç, qui signifient soleil proche, ou autour (du véritable ).

Ces faux soleils ne sont communs que sur les mers glaciales, où ils servent puissamment à accélérer en été la fonte des glaces polaires; car la nature ne fait rien en vain. Martens, qui les y a observés fréquemment, dit qu'ils sont d'un éclat éblouissant , et qu'ils ont plus de chaleur que le soleil lui-même. Cela doit être , car ils en rassemblent les rayons sur un grand diamètre , et produisent reffet d'un miroir anlent.

Les parélies sont commims dans les zones glaciales , rares dans les tempérées , et on n'en a peutêtre jamais vu dans les deux (orrides, quoique l'australe soit très -aquatique, et par conséquent très-nuageuse. Il est aisé d'en sentir la raison : les parélies qui fondent les glaces de l'Océan boréal et austral causeraient des incendies dans les forêts des zones torrides. Mais il n'est pas si facile de trouver pourc]uoi il ne s'en forme pas dans les nuages des zones torrides , car ils sont en grand nombre , et la plupart de ceux qui remplissent l'atmosphère y prennent leur source, pour se ré|)andre de là jusqu'aux pôles.

Je crois cependant entrevoir la cause de ces effets diffiérens. Dans les mers méridionales et dans nos étés, les nuages, dilatés par la chaleur, s'étendent horizontalement dans une atmosphère dilatée. Au contraire, dans les mers glaciales, ainsi que dans nos hivers, les nuages , comprimés par le froid , s'élèvent perpendiculairement ou obliquement dans une atmosphère condensée. Il résulte de ces deux dispositions que les nuages horizontaux des contrées et des saisons chaudes donnent peu de réflexions solaires et beaucoup d'ombre, (t qu'au contraire les nuages perpendiculaires ou obliques des régions ou saisons glaciales produisent peu d'ombre sur la terre et beaucoup de reflets solaires.

Ces différences de réflexions sont sensibles daas nos climats même, non-seulement dans le cours de l'année , mais dans celui du jour. Lorsque le soleil est le matin à Thorizon, il éclaire les nuages en dessous, et y fait naître les riches couleurs de

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i'aorore. Quand il est à son midi , il les édaire en dessus : alors ils sont sans couleurs , et jettent beaucoup d*ombre; mais quand le soir il est au couchant, il leur donne un éclat encore plus vif qu'au malin , parce qu'il a élevé beaucoup de vapeurs pendant le jour.

On peut observer aussi que les parélies , ainsi que les arcs-en-ciel, n'ont lieu que lorsque le soleil est peu élevé sur l'horizon.

Ceci posé, les nuages des mers glaciales sont formés, en été, des brumes peu dilatées qui s'élèvent perpendiculairement des glaces en fusion. Elles réfléchissent , dans leurs cavités, les rayons et le disque même du soleil , comme les glaces dont elles émanent, et qui sont alors d'un éclat éblouissant. Elles échauffent tellement l'atmosphère , que Martens dit qu'elles faisaient fondre , par leur reflet » le goudron de son vaisseau. Ce sont ces mêmes nuages perpendiculaires ou obliques, et semblables, parleurs croupes entassées et éblouissantes, à des portions des Alpes , qui descendent, au mois de mars, du nord dans notre atmosphère. Ils contribuent par leur réverbération , aux coups de soleil si fréquens dans ce mois, en augmentant l'activité de ses rayons sur une terre engourdie par l'hiver. Ceux, au contraire, que les vents du sud nous amènent de la zone torride, sont obscurs, étendus dans les deux, et projettent leurs grandes ombres sur la terre. La nature a donné aux nuages des zones cliaudes et froides les mêmes dispositions qu'aux feuillages de leurs végétaux , dont les uns, horizontaux, sont des parasols, et les antres, perpendiculaires, sont des réverbères : voilà pourquoi le pahnier de l'Afrique diverge ses rameaux en om- Ijelles , et le sapin de la Russie élève les siens en pyramides.

Non-seulement les nuages, condensés par le froid, perpendiculaires ou obliques à l'horizon, renvoient des reflets et quelquefois des images du soleil ; mais il est possible qu'étant horizontaux, ils nous présentent l'aspect des objets terrestres. A insi , les montagnes , les forêts , les armées même, qu'on a cru quelquefois apercevoir dans les nuages , ne sont pas toujours aussi illusoires qu'on le

pense.

J'appuierai ce paradoxe de faits assez curieux. Quelque temps après avoir publié mes Etudes de la nature , un homme vint me dire qu'il avait trouvé le secret d'annoncer l'arrivée des vaisseaux, lorsqu'ils éuient encore à soixante ou quatre-vingts lieues du port, et même plus loin. Il en avait fait, ajouUit-il , Texpérience plusieurs fois à l'île de France, devant plusieurs témoins qui avaient signé son mémoire, et il voulait le présenter au ministre

de la marine , pour la réitérer en France. Soo dessein était de me prier de l'apostiUer, parce qu'il supposait qu'ayant été ingénieur à l'Ile de France, j'avais ouï parler^de sa découverte , et que j'en devais sentir la possibilité , parce que je m'étais livré à l'étude de la nature. Il concluait que quelques succès en ce genre dans le public avaient dâ me donner beaucoup de crédit dans les bureaux. Je lui répondis qu'étant à l'Ile de France , j'avais on! dire en effet qqe les oiseaux du tropique annonçaient l'arrivée des vaisseaux d'Europe en les devançant de fort loin et en venant aborder avant eux, mais que les faits personnels qu'il alléguait m'étaient entièrement inconnus ; que j'étais un solitaire sans crédit ; qu'il n'avait besoin d'ailleurs de celui de personne pour mettre sa découverte en évidence, et que pour attester son expérience il ne feUait que l'expérience même et des témoins irréprochables. J'ignorais alors qu'il ne sufflt pas de présenter aux hommes la vérité toute nue pour la leur £ûre adopter; qu'il faut la couvrir des voiles du mystère, lui donner un tliéâtre , des prôneurs et des protecteurs , et que ces accessoires sont si puissans , qu'ils sufBsent par toute la terre à l'erreiu* pour cacher la vérité aux yeux même les plus clairvoyans. Mon spéculateur de vaisseau ne fut pas content de ma réponse. Il avait avec lui un avocat qui avait rédigé le mémoire de sa prétendue découverte. Il s'était imagmé que je lui ferais d'avance beaucoup de complimens , et qu'il en prendrait acte, comme d'une autorité. Cependant, pour l'encourager autant qu'il m'était possible , je lui dis que j'étais intimement convaincu qu'il y avait dans la nature une infinité de choses inconnues aux hommes , et surtout à moi ; que sa découverte pouvait être de ce nombre; qu'elle m'était problématique; que je ne la croyais pas , mais que je ne la niais pas non plus.

J'ai appris depuis qu'il avait été envoyé à Brest pour faire son expérience devant des commissaires, et qu'elle n'avait pas réussi.

J'ai pensé que cet observateur avait pu, dans quelque circoui^tance favorable et commune dans leciddes tropiques, avoir la vue des vaisseaux éloignés par la réflexion des nuages. Ce qui me confirme dans cette idée , c'est un phénomène trèssingulier qui m'a été raconté par notre célèbre peintre Yemet, mon ami. Etant, dans sa jeimesse, en Italie , il se livrait particulièrement à l'étude du ciel , plus intéressante sans doute que celle de l'antique , puisque c'est des sources de la lumière que partent les couleurs et les perspectives aériennes qui font le charme des tableaux ainsi que de la nature. Vemet, pour en fixer les variations, avait

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imaginé de peindre sor les featUets d'an livre toutes les nuances de chaque couleur principale , et de les marquer de différens numéros. Lorsqu'il dessinait un ciel, après avoir esciuissé les plans et les formes des nuages, il en notait rapidement les teintes fugitives sur son tableau avec des chiffres oorrespondans à ceux de son livre , et il les colorait ensuite à loisir. Un jour, il fut bien surpris d'apercevoir au ciel la forme d'une ville renversée ; il en distinguait parfaitement les clochers, les tours , les maisons. Il se hâta de dessiner ce phénomène , et , résolu d'en connaître la cause , il s'achemina, suivant le même rhumb de vent, dans les montagnes. Mais quelle fut sa surprise de trouver à sept lieues de là la ville dont il avait vu le spectre dans le ciel , et dont il avait le dessein dans son portefeuille !

La réflexion d'une ville observée dans les airs par Vemet n'a rien de plus extraordinaire que le phénomène du détroit de Sicile, près de Messine. Il y est connu sous le nom de Fée Morgane. Tous les voyageiu^ qui ont été dans cette partie de l'Ile en parlent avec étonnement. Voici ce qu'en dit Brydone' :

« Les anciens et les modernes remarquent sou- » vent que, dans la clialeur de Tété, après que la « mer et l'air ont été agités par les vents et qu'un » calme parfoit succède, on voit, à la pointe du » jour, dans cette partie du ciel qui est sur le dé- » troit , différentes formés singulières; qudques- » nnes sont en repos, et d'antres se meuvent avec » beaucoup de vitesse ; à mesure que la lumière 9 augmente, elles semblent devenir plus aérien- » nés , jusqu'à ce qu'enfin elles disparaissent en- » tièrement un peu avant le lever du soleil.

» Les auteurs siciliens parlent de ce phénomène 9 comme do plus beau 'spectacle de la nature. V Léanti , un de leurs meilleurs écrivains, vint ici » pour le voir. Il dit que les cieux paraissaient » remplis d'un grand nombre de palais, dejar-

« dins , de bois ; que des ligures d'honunes et

» d'animaux semblaient être en mouvement au « milieu de cette scène magnifique... Girardina , » jésuite , a feit dernièrement un traité sur cet » objet; mais je n'ai pu le trouver. Le célèbre 9 Gallo, de Messine, a aussi publié un ouvrage » sur la même matière. Si je viens à bout de dé- » couvrir ces deux livres dans l'Ile, vous satisfe- » rez pleinement votre curiosité en les lisant. Les » gens du commun disent , suivant la coutume , » que ce phénomène est produit par le diable; et r* c'est , à la vérité , la manière la plas courte et

• VOVAGK n SICILE . Htrp i\ .

» la plus facile à expliquer une énigme. Ceux qni lui » refusent cet honneur et qui se piquentd'être phi- » losoplies, sont fort embarrassés d'en rendre raison; » ils croient qu'ils provient de quelque réfraction » extraordinaire , ou d'une réflexion de rayons de » lumière , causée par Teau du détroit. Ils disent » que cette eau , emportée en plusieurs touraans » et tourbillons, doit par conséquent produire un » grand nombre de différentes flgures lumineuses. » Cette explication ne me parait guère sensée; et, » jusqu'à ce qu'ils en inventent une plus raisonna- » ble , ils auraient aussi bien foit de rapporter le » tout au diable. Je soupçonne que c'est une es- » pèce d'aurore boréale , ainsi que plusieurs autres » grands phénomènes de la nature. H est peut-être w produit par l'électricité, qui aura sans doute au- » tant de célébrité , dans les siècles futurs, comme « agent qui règle l'univers, que la gravitation de » Newton , ou la matière subtile de Descartes.

» Ce pays de volcans produit une plus grande » quantité de vapeurs électriques qu'aucun auti-e. » Ne peut-on pas supposer que l'air, fortement » imprégné de cette matière , resserré entre deux » chaînes de montagnes , et extrêmement agité au- » dessous par la violence du courant et les tour- » nans impétueux des flots , donnent naissance à » ces différens phénomènes ? »

Il est fâclieux que le savant Brydone n'ait pas obseiTé lui-même des effets aussi extraordinaires pendant son séjour à Messine. Je lui sais bon gré, comme Anglais , de secouer un peu le joug de son compatriote Newton , et de rapportera l'électricité plusieurs phénomènes qui en dépendent évidemment, tels que ceux des aurores boréales et les longues queues des comètes, que les newloniens attribuent à l'attraction, dont ils veulent faire une loi unique dans l'univers. Mais je pense qu'il ne doit pas rejeter lui-même avec mépris l'explication simple des philosophes siciliens. H est ti*ès-probable que, quand l'électricité serait la cause du phénomène qu'on aperçoit au-dessus du détroit de la Sicile, il s'y joint des reflets de ce détroit , qui se manifestent dans les cieux par des ondulations , des aspects de forêts, de châteaux , etc. Brydone lui-même adopte cette opinion , puisqu'il attribue ces mouvemens aériens aux toumans impétueux des flots qui sont au-dessous ; mais il se trompe quand il fait résulter cette espèce d'aim)re boréale des vapeurs volcaniques delà Sicile : car il est bien certain que les pôles qui nous renvoient, en iiiver, de si magnifiques aurores , n'ont point de volcans au sein de leurs glaciers.

J'ai vu fréquemment, en Russie, des aurores boréales qui s'étendent quelquefois jusque sur le

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clîmat de Paris et aa-delà : elles sont blanches, bleues, vertes, rouges, rayonnantes et fluctuantes. Je suis très-disposé à attribuer leurs difTérenles couleurs et leurs mouvemensaux reflets mêmes des glaces polaires, des forêts de sapin du nord, des mines ferrugineuses et rougeâlres de la Sibérie, et aux ondulations de TOcéan , qui se réfléchissent dans les cieux. Ce qui me confirme dans celte idée, c*est que l'aurore australe, si souvent observée par le capitaine Cook , est blanche et bleue, sans le mélange d'aucune autre couleur. Cette uniformité vient sans doute des simples reflets des glaces et de l'Océan du pôle austral , qui , comme on le sait, n'a point de continent qui l'environne. Je remarquerai que ces aurores n'ont lieu aux deux pôles que lorsque le soleil est au-dessous de leur horizon, c'est-à-dire dans leur hiver, et qu'il en est de même de celles du détroit de la Sicile , qui ne sont sensibles qu'avant le lever du soleil , à la fin delà nuit. Il parait donc que leurs effets résultent d'une atmosphère vaporeuse, condensée par le froid , qui réfléchit à la fois les objets de la terre et la lumière des cieux. Ces réverbérations terrestres doivent être assez communes dans l'atmosphère des montagnes à glaces de l'Italie , teUes que les Alpes et les Apennins. Yemet les y a observées. J'en conclus qu'il est possible que le physicien qui m'est venu voir, ait réussi, à l'île de France, à découvrir un vaisseau qui en était à de grandes distances , au moyen de l'atmosphère condensée de l'île de Bourbon, qui en est à quarante lieues, et dont les sommets sont toujours couverts de glaces; et qu'il ait échoué an port de Brest, dans l'horizon duquel il n'y a point de semblables montagnes , et par conséquent point de vapeurs spéculaires.

Non-seulement les vapeurs aquatiques décomposent les rayons du soleil en couleurs, et réfléchissent sa circx)nférence dans les arcs-en-ciel , et son disque entier dans les parélies; mais elles s'imbibent de sa clialeur , et la transmettent à la terre par les pluies qui la fécondent. L'eau est le véhicule du feu. Observons d'abord que l'océan de vapeurs dont l'atmosphère est remplie contient toute l'eau des fleuves qui doit couler en un jour sur la terre, et que s'il tombait du ciel en niasse, il ravagerait toutes les campagnes ; mais il tombe en longs filets divisés par gouttes, dont la chute ne produit point de dommages. L'eau aérienne est la matrice du feu électrique, c'est-à-dire de ce feu solaire , souvent invisible, qui féconde et anime tout l'univers. C'est par les raies de la pluie , comme par autant de conducteurs , qu'il descend des nuages qui le renfennent : en effet , il n'y a point de ton-

nerres -sans nuages. A la vérité , le^ anciens ont observé qu'il tonnait quelquefois en temps serein; Pline, <|ui rapporte ce phénomène, ajoute qu'il était d'un grand présage. Il est douteux qu'il ait jamais eu lieu ; mais il ne l'est pas qu'il ne sorte quelquefois des éclairs de la terre : et c'est ce que les anciens, suivant le témoignage du même auteur , appelaient foudres infernales. Cet effet doit arriver lorsiju'une portion métallique de la terre, ' isolée sur quelque roche vitreuse ou sulfurense , se trouve plus chargée de feu électrique qne l'atmosphère (jui lui correspond ; car , ne pouvant se répandre au dedans par la qualité anti-électriqne , propre au verre et au soufre , il s'élance au dehors vers le nuage qui l'attire ; il se met de niveau , passant du corps qui en a le plus à celui qui en a le moins. C'est sur ce principe qu'on a imaginé les aiguilles éleclri(|ues qui surmontent nos maisons , et qui les garantissent de la foudre. Cest dans un morceau d'ambre ({ue la |>ropriété électrique fut aperçue poiir la première fois, et l'homme est parti de ce point pour arracher la foudre du ciel. Une preuve que le feu électrique vient dn soleil, c'est, comme nous l'avons déjà dit, qu'il y a en hiver 'très-peu de tonnerre , parce que cet astre a peu d'action sur notre hémisplière; et qu'en été, au contraire , où il en a beaucoup, les orages sont fréquens. Il est remarquable aussi que les pluirs d'orage, qui sont pénétrées de ce feu électrique , font éclore très-promptement les semences des végétaux et les œufs des insectes. Le tonnent annonce presque partout l'arrivée dn printemps , c'est-à-dire l'action du soleil sur la végétation. En Russie, le peuple ne se croit dans le printemps que quand il a entendu le tonnerre ; en France même, nos paysans disent en proverbe : «Quaml » il tonne en avril , le laboureur se réjouit. » Cependant plusieurs d'entre eux regardent ce brillant météore comme un signe de la colère de Dieu envers les hommes; ils sonnent de toutes leurs forces les cloches de leur village pour l'en écarter, et assez souvent ils le font tomber sur le clodier même, dont la croix de fer le soutire. Le tonnerre, loin d'être une preuve de la colère de Dieu, en est une de sa bonté. Il rafraîchit l'atmosphère en en faisant écouler les couches supérieures , toujours fh)ides, dans les inférieures, trop échauffées par les reflets de la terre ; et il verse sur ceUe-ci des eaux tièdes, sulfurées et nitreusesqui la fécondent. A la vérité , ses feux vifs et ses roulemens, accompagnés d'éclats , ont quelque chose d'ef^yant ; mais rien n'est fait en vain. Comme cette communication rapide du feu des nuages avec la terre eux meurtrière pour ceux qui se trouveraient dans sa

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dîreclion, son bruit avertit les animaux qui ont les sens de Touîe et de la vue, de se mettre à Tabri. Un autre météore l'accompagne souvent , c*est celui de la gréle. Il est nuisible aux vignes et aux moissons , mais il est toujours funeste aux infectes, dont les orages favorisent la multiplicalion. Il s'aimonce aussi par un bruit alarmant et. une espèce de cliquetis lointain , qui donnent au moins aux hommes le temps de Téviter. D'ailleurs, tout est compensé : les contrées les plus sujettes aux orages sont les plus fertiles , ainsi que celles 4jai sont voisines des volcans , ces tonnerres de la terre et des mei's.

Cest donc par les harmonies aquatiques de Fair mises en action par le soleil que s'opèrent la décomposition de la lumière eu mille teintes colorées; les filuies fécondantes, sources des Heuves; les arcs-en-del, les tonnerres rafratcliissans des zones lorrides , et les parélies des zones glaciales.

C'est pour produire ces différens effets que le soleil pompe sans cesse les eaux de l'Océan en vapeurs , qu'il les rassemble en nuages , qu'il les disperse dans l'atmosphère par plans élevés les uns an dessus des autres, pour y produire ces perspectives aériennes si ravissantes, qui donnent tant d'étendue à nos horizons, et dont la magnificence redouble avec le coucher de l'astre du jour.

On vante beaucoup l'aurore et fort peu le couchant, n en est de même du mois de mai , cette aorore de Tannée végétale , et du mois de septembre qui la termine. Le mois de mai n'amène pas tofijoors la Gn des frimas ; je l'ai souvent trouvé hamide et froid comme l'aurore , tandis que septembre esl sec et chaud comme le couchant. L'anrore et le mois de mai ont sans doute de grandes beautés; mais la principale est de«plaire à noire imagination , parce que l'une nous annonce le oommenoeiiient du jour , et l'autre celui du printemps : au contraire , le couchant et le mois de septembre sont les précurseurs , l'un de la nuit, et l'autre de l'hiver. I>es premiers sont les symboles de ia jeunesse et de ses plaisirs, les seconds de la vieillesse et de ses infirmités. Nos idées morales dénaturent souvent nos sensations physiques. Pour moi j'ai trouvé , dans le cours de ma vie , le couchani plus intéressant que l'aurore , septembre plos doux que mai, et mon automne plus agréable que mon printemps.

Lorsque j'étais en pleine mer, et que je n'avais d'antre spectacle que le ciel et l'eau, je m'amusais quelquefois à dessiner les beaux nuages blancs et gris , semblables à des croupes de montagnes, qui voguaient à la suite les uns des autres sur l'azur des cieux. C'était surtout vers la fin du jour qu'ils

développaient toute leur lieauté en se réunissant au couchant, où ils se revêtaient des plus riches couleurs , et se oomlnnaient sous les formes les plus magnifiques. Sur la terre , chaque site présente toujours le même horizon; dans le ciel, cl.a(|ue heure, et surtout chaque soir, en offre de nouveaux. J'ai tâché d'en tracer quelques tableaux dans mes Études. Je vais ici en esquisser un, aussi imparfait que mes crayons.

Un soir , environ une demi-heure avant le coucher du soleil, le vent aUzé du sud-est se ralentit, comme il arrive d'ordinaire vers ce tem|)s. Les nuages qu'il voiture dans le ciel à des distances égales comme son sou file devinrent plus rares, et ceux de la partie de l'ouest s'arrêtèrent et se grou • I)èrent entre eux sous les formes d'un paysage. Ils reprcsiutaient une grande terre formée de hautes montagnes, séparées par des vallées profondes, et surmontées de rochers pyramidaux. Sur leurs sommets et leurs fiancs apparaissaient des brouillards détachés , semblables à ceux qui s'élèvent autour des terres véritables. Un long fleuve semblait circuler dans leurs vallons, et tomber çà et là en cataractes; il était traversé par un grand pont, appuyé sur des arcades à demi ruinées. Des bosquets de cocotiers, au centre desquels on entrevoyait des habitations, s'élevaient sur les croupes et les profils de cette île aérienne. Tous ces objets n'étaient point revêtus de ces riches teintes de pourpre, de jaune doré, de nacarat , d'émeraude , si communes le soir dans les couchons de ces parages ; ce paysage n'était point un tableau colorié : c'était une simp!e estampe , où se réunissaient tous les accords de la lumière et des ombres. Il représentait , non une contrée éclairée en face des rayons du soleil; mais par derrière , de leurs simples reflets. En effet, dès que l'astre du jour se fut caché derrière lui , quelques-uns de ses rayons décomposés éclairèrent les arcades demi - transparentes du pont d'une couleur ponceau, se reflétèrent dans les vallons et au sommet des rochers, tandis que des torrens de lumière couvraient ses contours de l'or le plus pur, et divergeaient vers les cieux comme les rayons d'une gloire; mais la masse entière resta dans sa demi- teinte obscure , et on voyait autour des nuages cpii s'élevaient de ses flancs les lueurs des tonnerres, dont on entendait les roulemens lointains. On aurait juré que c'était une terre véritable , située environ à une lieue et demie de nous. Peut -être était-ce une de ces réverbérations célestes de quelque lie très- éloignée, dont les nuages nous répétaient la forme par leurs reflets, et les tonnerres par leurs échos. Plus d'une fois des ma-

HARMONIES AQUATIQUES

tins expérimentés ont été trompés (»ar de semblahles aspects. Quoi qu'il en soit , tout cet appareil fantastique de magnificence et de terreur, ces montagnes suitnontées de palmiers, ces orages qui grondai^t sur leurs sommets , ce fleuve , ce pont , tout se fondit et disparut à l'arrivée de la nuit, comme les illusions du monde aux approches de la mort. L'astie des nuits , la triple Hécate, qnî répète par des harmonies plus douces celles de l'astre du jour , en se levant sur l'horizon, dissipa l'empire de la lumière, et fit régner celui des ombres. Bientôt des étoiles innombrables et d'un celai étemel brillèrent au sein des ténèbres. CMi ! si le jour n'est lui-même qu'une image de la vie; si les heures rapides de l'aube du matin , du midi et du soir représentent les âges si fugitif de l'enfance , de la jeunesse , de la virilité et de la vieillesse ; la mort, comme la nuit, doit nous découvrir aussi de nouveaux deux et de nouveaux mondes !

IlARMOxMES AQUATIQUES

DE L'EAU

Quoique l'eau soit évaporable, et qu'elle puisse occuper, dans cet état, un espace plusieurs milliers de fob plus grand que dans son état naturel . elle est incompréhensible. On a beau la presser, on ne h\l point rentrer ses molécules en ellesmêmes , comme celles de l'air. L'eau fortement comprimée dans un tuyau de métal le feit crever s*il est de fer , et passe à travers ses pores s'il est d'or. On en peut conclure encore que les molécules de Teau sont plus déliées que celles de l'air, et qu'elles en diffèrent; car celles-ci, quelque pressées qu'elles soient, ne transpirent point à travers les pores de l'or. D'ailleurs , les vapeurs de l'eau s'élèvent dans Pair le plus dilaté, et ne se confondent point^avec lui.

Cependant il ne faut pas croire que l'eau soit incompressible en elle-même. La nature a des moyens inconnus à notre physique, et bien supérieurs à nos machines. Elle condense l'air dans le chêne, au pomt d'y en renfermer le tiers de la pesanteur de ce bois , suivant l'expérience qu'en a f^ite le chimiste Ilomberg. Il paraît qu'elle y amiprime l'eau dans une proportion beaucoup plus grande. Quoique ce bois paraisse, à l'intérieur même, dans im état de sécheresse, on peut connaître qu'il renferme nne grande quantité d'eau par la fumée qui en sort lorsqu'on le brûle. Une corde de bois , qui pèse près de deux milliers , ne donne qu'un boisseau de cendre qui ne pèse pas vingt livres. Tout ce qui s'en est évaporé n'était presque que de l'air et de l'eau qui y étaient com-

binés sous une forme solide. Cependant, dans M étal de combinaison intime, l'air et l'eau diffèrent encore ; car le premier sort invisible , mais yNivent avec des sifilemens et des murmures; et l'antre en silence, sons la forme de vapeurs obscores. Il fiiot sans doute en déduire la matière même dn fea qui résulte de la combinaison des rayons dn soleil dûs le bois, lesquels, par un mécanisme encore plus meiTeilleux , y acquièrent de la pesanteur, s'y cn^ gagent d'une manière invisible, et se développent en feu et en flanune par la combustion.

Si l'eau, réduite en vapeurs, réfracte les rayons du soleil, et les décompose en couleurs; lorsqu'elle ^ est fluide, elle les réfléchit au dehors, tandis ([u'elle reflète, en apparence au dedans, tous les objets qui l'environnent , et qui, conune on sait^ raivoient de toutes parts des rayons o^orés qui les rendent visibles. Je dis que l'eau reflète, en apparence au dedans, les objets qui l'enTiroqnent, car ce reflet n'a lieu qu'à sa surfece, ainsi qu'à celle de tous les corps polis.

Je n'ai jamais bien compris comment il se pouvait faire que l'eau renvoyât au dehors la lumière comme un miroir, et qu'elle ne réfléchit pas également au dehors les formes des corps coloriés et même lumineux. J'entrevois la raison de ces lois de l'optique, sans en concevoir la cause première ni le mécanisme. Quoi qu'en disent nos docteurs, nous ne saisissons que des causes finales. Il élnt nécessaire que les rayons du soleil fussent réfléchis et étendissent leur action vivifiante sur la terre. C'est pour cela (pie les eaux sont répandues dans toute sa circonférence, et surtout aux pdies, dont les neiges et les glaces sont réverbénmtes, afin de dédommager les zones des longues absences de l'astre du jour. Mais si ces mêmes eaux, soit fluides, soit solides, eussent réfléchi les images des corps, mille formes iUnsoires se ftissent mêlées aux véritables : le vaste Océan eût réfl^iii dans le ciel un autre ciel et un autre soleil; les fleuves qui circulent eussent représenté des fbréts et des collines mouvantes, perpendiculaires à leur surfoce; le ruisseau eût offert, sur la sienne, la verdure et les fleurs de la prairie voisine; la bergère, trompée, a^t mené paître ses moutons sur les eaux , et a^t cni y voir douMer son troupeau. EUe-même, en y consultant ses attraits, eôt reculé épouvantée en voyant une figure semblable à la sienne s'élever au dessus de l'cNide et lui sonrire. Son berger, incertain, n'eût su à laquelle (les deux adresser son hommage, et lui-même » dans sa propre image, eût cru rencontrer un ^ val. Le chien seul, par son instinct, fût resté fidèle an troupeau, à la maltresse, à l'amant. L'eau

DE L'EAU

eût remroyé tous les o^jeU de ia terre dans les airs. Maisy par une magie céleste, sa surfece mobBc réflédût rers les cieux la lumière qui en descend. Elle éclaire y de ses reflets, les ombres des corps voîsiiiSj tandis que leurs Tonnes paraissent «'enfoncer dans sa profondeur. Ainsi, rhémisphère réd et l'hémisphère réflédû forment ime sphère entière séparée par des jets lumineux , et consonnent entre eux au lieu de se confondre.

Cependant les eaux liquides présentent quelquefois les mêmes phénomènes que les eaux évaporées. J'ai vu, dans des tempêtes, les couleurs de rarc-en-ciel sur la crête des flols. Il est possible même qu'elles figurent des parélies dans lenrs courbes, lorsqu'elles se creusent en vallons \m' le poids des vents, et qu'on voie sorlb* des soleils du sein des mers, ainsi que des nuages condensés du nord. Cest parle même effet qu'un miroir concave renvoie dans l'air et y fixe l'image d'un objet qui hii est opposé. J'attribue à de semblables réverbérations une espèce de flamme bleue qiie j'ai vue quelquefois sortir de la mer au coucher du soleil , au moment où son disque disparaît de dessus Fliorizon.

La réflexion des rayons du soleil est plus gi^ande sur Feau que sur la terre. Les matelots sont plus basanés que les laboureurs, aux mêmes latitudes. Les coups de soleil sont plus fréqueris sur le bord des rivières qu'au milieu des campagnes. Les refleU des eaux sont proportionnés à leurs ondula^ tioos, d'où il arrive que, dans les tempêtes où le Mieîl apparaît, la mer renvoie une clialeur plus forte qu'à l'ordinaire, parce que ses flots , en se crensant , doublent leurs surfoces et leurs réverbérations. Si cependant il y a des rivages dont l'atmosphère est plus froide que celles des terres qui les avoîsinent, c'est que les eaux qui les baignent sortent de quelque souterrain , ou d'une montagne à glaoe, ou des pôles mêmes de la terre.

Non-seulement les rayons du soleil se réflécliissent sur les eaux, mais ils les pénètrent jusqu'au fond. Si, comme on le croit commnnément , les afaimes de l'Océan ont autant de profondeur que les plus liantes montagnes ont d'élévation, il est certain que les rayons du soleil parviennent jusqu'au fond de leurs bassins, à travers des masses liquides de plus de trois mille toises. Si cela n'était pas , fl y aurait des cavités sous-marines, dont feau, tout-à*feit privée de la chaleur du soleil, fondrdt à certaines périodes. Or, si ces effets avaient lieu, on verrait au milieu des mers torridieiHies, qui sont les plus profondes du globe, des glaiTiers sous-marins s'élever tout à coup à leur sorftce , frapper de congélation l'atmosphère

chaude de leurs lies, et en faire périr à la fois les végétaux et les animaux. Le Caraïbe vagabond, le Nègre misérable, le voluptueux Taltien, n'oseraient voguer autour sans craindre , à chaque instant, de voir leurs pirogues portées au liant des airs par des roches jaillissantes du fond des mers, n était donc nécessaire que le soleil en réchauffât de ses rayons toute la profondeur, afin qu'une zone glaciale n'apparût pas subitement au sein de la zone torride.

On ne peut que spéculer sur des lieux aussi éloignés des recherclies des hommes ; mais on est tenté d'y pénétrer au moins en esprit, lorsqu'on pense que c'est là que se combinent tant de matières qui servent aux principaux besoins de la vie. C'est au fond de l'Océan que se sont formés les argi'es, les pieri^ de taille, les pierres à chaux, les marnes, les ardoises, les marbres, les gypses , les grès, les cailloiu et les métaux même, disposés pour la plupart par couclies horizontales, et remplis de coquillages marins qui attestent que tous' ces fossiles sont les ouvrages des eaux de rOcéan. C'est sur ses bords que, par un battement continuel des flots et le roulement des cailloux, se pulvérisent ces longues grèves, dont les sables volatils vont, à l'aide des vents, réparer les sommets des montagnes les plus élevées dans l'atmosphère , et les plus reculées dans le continent : ce n'est donc pas sans raison que, dès la plus haute antiquiUî, l'Océan a été appelé le père de toutes choses.

Si l'Océan est le berceau de la terre, il en est aussi le tombeau. C'est dans son sein que se rendent les débris des rodies et des montagnes , que les torrens entraînent dans les fleuves, qui en deviennent tout noirs ou tout jaunes après d'alxmdantes pluies. C'est là que flottent, en dissolution, les huiles , les bitumes, les nitres , qui forment des volcans sur les rivages ; c'est là aussi que les siècles ensevelissent à la longue les ruines des villes et des puissances humaines^ La meilleure partie de Rome n'est plus sur le sol de Rome ; elle est au fond du Tibre et dans les bancs delà Méditerranée. Ses peuples innombrables ne gissent plus dans les calacoiubes, et ses empereurs dans leurs vastes tombeaux : il n'en r&^te tout au plus que les squelettes ; leurs chairs se sont écoulées avec les eaux souterraines vers les feux du Vésuve et de l'Etna. Quant à nous, peuples modernes, l'Océan est pavé de nos boulets, de nos canons, des lingots du Pérou et du Mexique, et des ossemens des nations qui se les sont disputés, par le fer et le feu , au sein des eaux. Oh ! que la cloche du plongeur nous serait bien plus utile que le globe de

IGi

harmojnies aquatiques

Taérastat ! Les inonumens mensongers et passa- ^rs de notre gloire sont dans nos histoires et dans nos places publiques; mais ceux de nos misères et de nos fureurs sont permanens au fond des mers. Ils y sont rangés par ordre de siècles. Un jour, ils apparaîtront dans les carrières ouvertes par nos descendans , comme les os des éléphans et des crocodiles nous apparaissent dans celles du noid.

Nous verrons, dans le paragraphe suivant , comment le temps opère ces grandes révolutions. Nous remarquerons seulement ici que tous les coquillages et les poissons qui ont des couleurs brillantes fréquentent le bord des eaux , afin sans doute que l*homme puisse jouir de leur beauté; tandis que ceux qui ne sont revêtus que de robes obscures vivent à de grandes profondeurs ou en pleine mer. Il est certain que les marbres vivement colorés de rouge, de pourpre, de bleu, de jaune, de vert, ont été formés par les débris des premiers, et le3 marbres gris et noirs par les derniers; d'où l'on pourrait conclure que les carrières des premiers indiqueraient les anciens rivages de l'Océan, et celles des derniers, les fonds de son bassin. Peut-être encore jugerait-on, par leurs différens degrés de dureté, des profondeurs où elles ont été formées au sein de la mer; car les différentes élévations de ses eaux doivent comprimer plus ou moins son fond. On peut citer, à l'appui de ces diverses conjectures, deux petits morceaux de marbre lumachelle on conchyte, de la grandeur d'un petit écu , que l'on voit au Muséum d'histoire naturelle. Ils brillent des plus riches couleurs de l'aurore , au moyen de quelques fragmens de moules de Magellan , qu'ils renferment à leur surface : d'ailleurs ils sont très-tendres. Il y a apparence qu'ils ont été formés à la surfece des eaux , car c'est là que les moules habitent. J'ignore d'où ils viennent ; mais ils jettent un éclat si vif, que notre reine infortunée, à laquelle ils appartenaient, les destinait à s'en faii-e des bracelets.

L'eau de la mer est plus pesante d'un trentedeuxième que l'eau douce, à cause du sel qu'elle contient. Comme c'est dans son bassin que se sont formées les pierres calcaires, il serait curieux d'examiner si ces pierres sont salées en elles-mêmes ; car, si elles ne le sont pas , on en pourrait conclure que la mer n'était pas salée dans l'origine, et que le sel dont elle est imprégnée vient originairement des terres; et, si elles le sont, que le nilre qui se manifeste quelquefois à leur surface est une efflorescence ou décomposition du sel marin. Quoi qu'il en soit, l'eau marine étant plus pesante d'nn trente-deuxième, les corps qui y

surnagent y enfoncent d'un trente-deuxième de moins que dans l'eau douce. Il arrive de là qu'an vaisseau échoue dans celle-ci à la même profondeur où il voguerait dans la première. Ces diflG^ renies pesanteurs sont peut-être des moyens de pêche que la Divinité a donnés aux hommes, pour profiter des balemes et autres cétacés qui viemient souvent chercher des alimens aux embonchares des rivières, et qui y écliouent.

Le centre de la terre attire à lui tons les corps qui sont à sa circonférence, comme doos le verrons au paragraphe suivant. C'est un aimant aniversel , qui toutefois a des pôles particuliers. L'eau doit à celte attraction son niveau et sa cîrculatioo. Il y a deux sortes de niveaux : l'apparent , qui est en ligne droite, et le réel, qui forme une courbe sphérique : l'instrument qui porte le nom de niveau n'en donne que l'apparence. U ne pent servir que pour de petites distances, car scm rayon visuel n'est qu'une tangente au globe. Le niveau réel^ au contraire, est celui par lequel les eaux se mettent en équilibre par leur tendance vers le centre de la terre : d'où il résulte qu'elles se disposent en sphère tout autour de lui. Cette courbe est si seiisible sur la mer, qu'elle cache à six lieues de distance un vaisseau du premier rang, dont la mâture a cent quatre-vingts pieds d'élévation ; qu'elle en laisse apercevoir les girouettes à cinq lieues, les mâts de perroquet à quatre, les mâts de misaine à (rois, les mâts inférieurs à deux, et le corps entier du vaisseau à une lieue.

Les eaux, attirées vers le centre de la terre, coulent des lieux les plus élevés vers les plus bas^ comme on le voit aux ruisseaux , aux rivières et aux fleuves, qui descendent tous de quelque hauteur |)our se rendre à la mer ensemble ou séparément. Il s'ensuit donc que, lorsque des eaux ont un courant, elles descendent d'un lieu plus élevé vers un plus bas. Or, comme L'Océan a un courant général qui va du noixi au midi, depub l'équinoxe du printemps jusqu'à celui de l'autoome , il en résulte que notre zone glaciale est plus élevée que la zone torride. Comme ce courant coule pendant les six mois de notre printemps et de notre été , il est évident qu'il doit son origine et son entretien aux fontes des glaces de notre pôle, qui ont quatre à cinq mille lieues de ciixxmférence, et dont le soleil échauffe alors l'hémisphère. Un courant contraire a lieu dans TOcéan , six mois après , par des causes contraires. On en doit donc conclure, que les pôles de la terre sont alongés, sinon par euxmêmes , au moins par les montagnes et les glaces qui les surmontent.

Ce ooui-ant général de l'Océan produit, pour

DE UEAU.

leiS

l'ordinaire, sur ses côtes, deux aiotre-couraus latéraux qui vont en sens contraire. Ils résultent du déplacement de la masse d'eau du milieu de l'Océan, qui force, par son cours, les eaux latérales de remonter en sens contraire pour la remplacer. C'est ainsi qu'un vaisseau qu'on lance à l'eau la fait d'aliord fluer en avant, et ensuite refluer vers 80D arrière. Ce remous ou reflux latéral est sensible dans un niisseau qui coule dans un bassin , on qui passe d'un lieu large dans un plus étroit. D doit être à proportion plus grand sur les bords de la mer, parce que l'eau salée du milieu est plus pesante que les eaux latérales , mêlées en partie de Fean douce des fleuves , qui est plus légère d'un trente-deuxième. On donne à ces contre-courans le nom de marées. Leur flux, soit qu'il soit intermittent, soit qu'il soit continu, est de douze heures environ ou d'un demi-jour, c'est-à-dire de la durée du temps que le soleil échauffe la moitié de l'hémisphère danâ son cours journalier.

HARMONIES AQUAIIQUES

DE LA TERRE

Amaiis, heureux amans , voulez-vous voyager?

Que ce soit aux rives prochaines :

Soyei-TOiis l'un à l'autre un monde toi^urs beau ,

ToMjours divers , toujours nouveau.

La Fontaine, fiable des Deux Pigeous.

Un simple niisseau est une image de l'Océan. Il a son pôle et sa source dans un rocher qui attire les vapeurs ; son courant entre des collines, comme entre deux continens; ses conlre-courans latéraux, lorsqu'il passe d'un lieu plus large .dans un plus étroit. Il forme dans son cours en spirale des promontoires, des bancs, des lies. Il plail à notre vue par ses réverbérations lumineuses et par ses reflets, à notre toucher par sa fraîcheur, à notre ouïe par ses mnrmures. Sa circulation même semble avoir des analogies avec celle de notre sang; il la règle, il la calme, et, ce que ne peuvent les eaux salées de la mer, il nous désaltère par la douceur de la sienne. Tel est un ruisseau , lorsqu'il coule dans les rochers même les plus arides; mais, lorsqu'il traverse des prairies et des forêts, mille fleurs éclosent sur ses bords, les oiseaux habitent les arbres c|ui l'ombragent, et font retentir les échos de leurs amoureux concerts. J^ bergère y mène boire ses troupeaux et y vient consulter ses charmes. EHe y voit ses chifTres gravés sur les troncs des aunes et des peupliers. Son amant peut même , de la montagne voisine, les tracer sur des écorces , ou sur les coqiies dures des fmits, et les abandonner

au cours des esiixXy qui les porteraieut jusqu'aux extrémités de l'Océan. Mais l'amour aime le mystère; et l'homme, qui désire pour confident de sa gloire ou de ses malheurs tout le genre humain , ne veut d'autre témoin de ses amours que l'objet aimé.

N'anticipons pomt ici sur les harmonies conjugales ; parlons de celles des eaux avec la terre toute nue. La terre a des attractions hydrauliques, d'abord à son centre , qui inettent autour d'elle toutes les mers de niveau^ aux sommets de ses montagnes , qui y attirent les nuages; enfin à ses pôles, qui y fixent en glace les vapeurs atmosphériques. Toutes ses attractions extérieures paraissent des rameaux de son attraction centrale. Si elles n'existaient pas , les vapeurs nageraient incertaines dans ralmosphère sans se fixer à aucun point. Le puits , le ruisseau, l'Océan, n'auraient pas de sources pennanentes.

Toutes les matières que l'on trouve dans le sein de la terre, à l'exception peut-être des granits, y ont été déposées par les eaux. Nos carrières ne sont formées que de vastes lits de coquillages , de pierre de taiUe, de pierres à chaux et à plâtre, de marbres, d'ardoises , de grès, d'argile, de marne, de pierres à fusil, de sables, la plupart disposés par couches horizontales , et remplis de corps marins dont ils ne sont souvent que des amalgames ou des débris. Les laves mêmes des volcans que l'on trouve au sommet des montagnes de l'Auvergne, du Vésuve, de l'Etna, de Tllécla; les basaltes, qui ne sont que des laves cristallisées, ont été dans l'origine, des productions des eaux marines , puisque c'est aux bitumes. dont elles sont chargées, et à leurs fermentations , que les volcans doivent leurs feux et leur entretien. Nous avons observé dans nos Eludes que tous les volcans étaient dans le voisinage des mers ou des grands lacs.

Ce qui me parait le plus extraordinaire daas la dissémination de tous ces fossiles , qui semble faite au hasard , c'est qu'on trouve au milieu des terres de l'Europe, et surtout dans les plus septentrionales , les débris des végétaux et des animaux que nourrit aujourd'hui la zone torride. Il y a dans les carrières de la Touraine une quantité prodigieuse de conies d'Âmmon. Ce sont des coquillages, ainsi nommés parce ((u'ils ressemblent à des cornes de bélier, sous la forme duquel l'antiquité représentait Jupiter Ammon. Ils sont tournés en volute, et il y en a depuis le diamètre d'une lentille jusqu'à celui d'une petite roue de carrosse. On n'en a point trouvé, jusqu'ici, d'analogues vivans dans aucune mer ; mais il est probable qu'il y eu a dans celle du Sud , encore si peu connue de nos navigateurs. Le

HAÏIMONIES AQUATIQUES

détroit de Magellan , qui est à l'entrée de celte mer, nous a inonlrc une petite coquille vivante, que l'on ne connaissait que fossile dans les vignes du Lyonnais. On Ta nommée le coq et la poule, iMirce qu'elle ressemble à un coq qui coche une poule. Elle a été découverte, en 1772, par Bougainville dans son voyage autour du monde. J'ai vu dans les falaises de Noruiandie , près de Dieppe , la grande tuilée ou le bénitier, coquillage de plusieure qnintaux, qui pave aujourd'hui les archipels de l'océan Imîien. Il y a , dans le territoire de la Hollande, un banc très-étendu d'une tcne brune, légère et fine , que ses habitans mélangent avec leur tabac. Ce n'est qu'un détritus de palmiers et de plantes, dont les feuilles et les tiges apparaissent encore. On voit à Paris, au Muséum d'histoire naturelle, un jirand morceau de pierre de taille, trouvé dans les carrières de Maéslricht, où sont iucrustees deux mâchoires de crocodile , avec des oursins de mer. On les a dégagées avec le ciseau , de manière qu'elles ressemblent à un basrelief. On parviéhdrait peul-élre, avec un plus d'art , à détacher de même de plusieurs de nos marbres les madrépores qui y sont amalgamés, et dont les branches, quoique sciées, apparaissent encore sur nos tables en forme d'épis. Les rivages de l'Irtis, en Sibérie , couvrent à quatre-vingts pieds de hauteur des os et des dents d'éléphans et d'hippopolames. Il y a des mines d'or en exploitation dans celte contrée. Du temps que j'étais à Pétersbourg, des voyageurs russes y trouvèrent une pierre transparente, tout élincelante des couleurs de l'or, et de la grosseur d'un œuf, que l'impératrice revendiqua aussitôt, parce qu'on crut que c'était un diamant jaune; mais ce n'était qu'une topaze, ou , selon d'autres, un quartz coloré. Quoi qu'il en soit, les mines d'or et les topazes , que Ton trouve aujourd'hui en Bohème et en Saxe , paraissent avoir été formées originairement dans la zone torride. II y a apjwrence qu'on pourrait trouver dans les fossiles de cette zone les débris matériels des végétaux et des animaux des zones tempérées et glaciales , puiscfue celles-ci renferment dans leur sein ceux de la zone torride.

Non-seulement les matières de l'intérieur de la terre prouvent qu'elles ont été formées et déposées par les eaux , mais sa forme extérieure semble encore être leur ouvrage. Les vallons dont elle est sillonnée ont des angles rentrans et saillans en correspondance , qui paraissent avoir été creusés par le cours sinueux des rivières et des fleuves qui coulent an milieu. Les collmes qui bordent ces vallons ne sont, pour la plupart , que les flancs des terres latérales, excavées par la circulation des eaux;

et leurs croupes paraissent avoir été formées par ks pluies, qui en ont arrondi les sommets et r^^ les pentes. Ces dispositions se manifestent depuis les parties les plus élevées des oontinens jusqu'aux rivages des mers.

Il est évident que l'Océan abandonne de tous côtés ses rivages; j'en pourrais citer quelques preuves en deuil. Par exemple : J'ai vu à l'Ile de France de gi-ands bancs de madrépores, qui ne se forment que dans la mer : ils étaient à sec sur la terre, à plus de deux cents pieds du rivage. On trouve des lits de semblables matières dans les pulls que l'on y creuse ; plusieurs des mornes de son intérieur ont été évidemment escarpés par la mer. Les hantes grèves sablonneuses du cap de Bonne- Espérance, celles de l'ile de l' Ascension, oà les tortues de mer viennent pondre en sikreté ; les felaises des côtes de la Haute Normandie ^ démolies autrefois par la mer, et où elle ne bat plus maintenant ; les vastes couches de galets qui en sont sorties, et sur lesquelles le Havre-de-Gi*âce est bâti; l'ancienne ville de Honfleur, élevée sur le même sol , à l'embouchure de la Seine , du temps de Edouard , qui y débarqua en i 345 , avec une flotte anglaise , et où des chaloupes ne peuvent plus aborder aujourd'hui, prouvent que l'Océan abandonne ses rivages de toutes parts. Mais, pour appuyer une vérité aussi universelle , il ne suflit pas de quelques faits isolés et du témoignage d'un seul homme; c'est celui de l'histoire, et le Ubleau de la terre entière que j'atteste. La Scandinavie, celle grande portion du nord de l'Europe, qui comprend la Suède, la Norrv^ége et le Danemard^ , était autrefois séparée du comment par un bras de mer qui joignait la mer Blanche à la Baltique; le golfe de Bothnie est un reste de ce détroit, célèbre encore dans les anciennes chansons suédoises. Il est mentionné par Tacite, sous le nom de 3fare pigrmn ac immotum, parce qu'il gelait tous les ans; il le regarde comme une ceinture du globe, qui se joignait à l'Océan hyperboréen. Il existait encore en partie au temps du géographe Mêla; car il dit que l'espace entre les lies qui sent en face des Sarmates, c'est-à-dire dans le golfe de BoUim'e , est tantôt à sec , et tantôt couvert par le flux et le reflux de la mer : d'où Pennant, qui rapporte ces citations, conclut, avec raison, qu'il devait y avoir alors une forte marée dans la partie supérieure de la mer Baltique. Enfin cette même mer , aujourd'hui méditerranée , décroit de quarante à cinquante pouces par siècle, suivant les observations de plusieurs pliysiciens modernes. Le golfe de Bothnie , près de Pitéa, s'est retiré de la terre d'un demi-mille en quarante-cinq ans, et d'un mille en vingt-huit

DE LA TKRRE.

près de Luhléa. Les plages sablonneuses de la partie occidentale derAfrïqae y et les vastes désertsda Zara, qui leur sont conligus ; celles de rinlérieur de TAsie, qni contiennent encore des lacs d'eau salée; celles de la Nouvelle-Hollande, avec leurs haoto-fonds innavigables aux vaisseaux à plus de trente lienesdu rivage ; une partie du continent de FAinérique méridionale , qui s*étend en vastes arènes depuis la rivière de la Plata Jusqu'au pied des Cordillères; et l'Europe presque en entier, avec toutes ses montagnes calcaires, prouve que la plus grande partie du globe e!»t sortie du sein des mers, et s'élève de jour en jour au-dessus de leur niveau.

Un phénomène plus commun et plus extraordinaire que le dépôt des corps marins au sein des continens , le transport des fossiles du midi au nord, la formation des vallons, la submersion générale des eaux, et leur diminution progressive , c'est la quantité de pien^s biisées qui couvrent presque toute la surface de la terre. Je ne crois pas que les natoralistes s'en soient jamais occupés : ils expliquent par plusieurs systèmes la formation des rochers , mais non leurs fractures. Cependant l'existence d'un seul grain de sable me parait encore plus difGdle à expliquer que celle d'uue montagne, car je pois concevoir celle -ci comme une agrégation de grains de sable; mais d'où vient le grain de sab.'e lui-même ? S'il u'e^^t qu'un fragment de la montagne, comment s'en est-il détadié , et pourquoi y en a-t-il des quantités si prodigieuses?

Noos allons établir une hypothèse qui , j'espère, expliquera tous ces phénomènes; elle est d'autant fJos vi^semblable, qu'elle est une conséquence des harmonies les plus communes de la nature.

Je poserai d'abord pour pimcipe que toutes choses, sur la terre, ont été dans un état d'enfance; elles naissent au sein d'un fluide , le végéial dans une graine, l'ammal dans un œuf ou dans l'amnios; elles passent ensuite d'harmonie en harmonie , depuis celle du soleil qui les fait naître, jusqu'à la sphérique qui les ordonne à la circonférence du globe. Par exemple, le chêne renferme d'abord son germe dans un gland , développe , pousse mie tige, se couvre de feuilles, de fleurs, de nouveaux glands , qui , venant à se disséminer, forment un bouquet , puisim bois, puis une forêt, qui peut à la longue faire le tour du globe. D'autres genres de végétaux passent par de semblables périodes, et tous ensemble composent la puissance végétale répandue sur la terre. Dans tous ces végétaux, il n'y en a pas un seul qui n'ait augmenté sa substance par des fluides ; ils se nourrissent tous de l'eao et des vapeurs répandues dans l'atmosphère;

et loin de consonuner le sol qui les porte , ils l'augmentent cliaque année par leurs débris. L'animal, à son tour , forme sa substance des fluides renfermés dans les végétaux , et passe par les mêmes périodes.

Ceci posé, je suppose que, dans l'origme, le globe était couvert d'eau, et qu'il n'avait que les linéamens primitifs de son organisation, c'est-àdire les crêtes des hautes moniales de granit qui apparaissaient à sa surface, et devaient être, par leur attraction et leur électricité , le& principes des continens et des lies. Le globe ressemblait en quelque sorte à un œuf qui renferme dans son germe la tête , le cœur, les organes et les nerfs de l'oisean, que la dialeur combinée avec son fluide devait y dévek)pper après un certain nombre de ré\'olutions du soleil.

Celte ressemblance du globe à un œuf est une opinion de la plus liante antiquité : chez les Orientaux , elle fait , pour ainsi dire , la base de leurs religions et de leur physique. Les fables anciennes ne nous caclient des vérités que parce que les vérités anciennes sont devenues des fobles.

Le globe donc, dans ses commencemens, ne laissait apparaître au-dessus des eaux que ses mon* tagnes prhnitives. Elles formaient , comme nous l'entrevoyons encore aujourd'hui, au sein des continens , deux chaînes principales.: l'une est celle des Cordillères, qui se prolonge du nord au midi de l'Amérique; l'autre, celle qui traverse l'Afrique et l'Asie d'occident en orient. Ces deux clialnes ont à peu près la même longueur. Pour les suivre, il ne faut point avoir égard à la situation actuelle de notre pôle, mais commencer la pre-< mière au détroit de IVIageilan , et la terminer aux extrémités méridionales de la Norwége ; et , pour la seconde , partir du pic de Ténériffe, ou de l'Atlas, passant par ies monts de la Lune en Afrique,

par ceux de l'Imaûs, du Caucase , du Tbibet

pour arriver aux conGns de l'Asie, vers le Kamtschatka. Chacune d'elles forme mie clialne contlguê, séparée quelquefois par des bras de mer ou par des vallons, mais à peu près de la même hauteur; chacune d'elles embrasse à peu près la demi-circonférence du globe, c'est-à-dire 'ISO degrés, la première en latitude, la seconde en longilude. Elles sont obliques l'une à Fautre , de manière que celle de l'ancien monde correspond par son extrémité occidentale vers le milieu de celle du nouveau monde, et par son extrémité orientale semble se rapprocher de celle-ci vers le détroit du nord, qui sépare l'Amérique de l'Asie. On peut parcourir sur la caite ces deux cliaines primitives^ eiiclosesaujourd'hui en grande (lailie dans les cou-

HARMONIES

tifieiis, en suivant les sonrces des fleuves qui en descendent à droite et à gauche.

Ces deux chaînes correspondent à deux océans firojetés dans les niéines directions : la chaîne américaine, à Tocéan Atlantique, qui va comme elle tin nord au sud; la chaîne africaine et asiati(iue, A Tocéan austral, ((ui a sa plus grande étendue croccident en orient. Elles en reçoivent les émanations pour entretenir les fleuves , qu'elles versent ensuite dans leur sein après avoir arrosé les continens.

Chaque montagne primitive, dans son origine, [H>rtait les es[)èces de végétaux et d'animaux qui ('talent propres à sa latitude , et qui devaient s'étendre avec leurs continens, et môme au-delà, parle moyens des vents et des eaux courantes.

Le globe aquatique , dans l'état où nous le représentons , dut tourner d'abord vers le soleil qui l'attirait, sa partie la plus pesante, c'est-à-dire celle où ses deux grandes diaines de montagnes se rapprochaient. Il en résulta donc que son équateur liassa par un de ses méridiens actuels, et sa zone t or ride à travers nos deux zones glaciales. D'un autre côté, le globe eut ses deux pôles placés, l'un vers l'isthme de Panama, l'autre vers le détroit de Java : de sorte que ses deux zones glaciales faisaient alors partie de notre zone lorride. Il lui fut facile, dans cette position, de tourner sur lui-même par la simple action du soleil sur les eaux de son é(|uateur; car cet astre, en rendant les eaux de la partie orientale plus légères par leur évaporation , forçaient la partie occidentale de s'approcher de lui , et successivement tout le globe de tourner ^ ur lui-même. Le célèbre mathématicien Mairan a prouvé dans un savant mémoire que cette feule évaporation des eaux de l'Océan suffisait à la rotation de la terre. Ce premier mouvement donna le jour et la nuit.

Les pôles de la terre, dans cette position , ne voyant le soleil qu'à l'horizon, se couvrirent de glaces. Le pôle situé au détroit de Java étant plus entouré de mers se couvrit de plus de glaces que le pôle situé à l'isthme de Panama. Il s'inclina donc vers le soleil (lui en fondit une partie jus(|u'à ce (|ue le pôle opposé, augmentant ses glaces et devenu plus pesant , se rapprochât du soleil à son tour. De ce mouvement versatile des deux pôles se forma celui qui nous donne les saisons.

Comme les pôles ne penlaient dans leur été qu'une partie de la glace qu'ils avaient acquise dans leur hiver, il en résulta qu'ils devinrent à la longue plus pesans que les chaînes de montagnes primitives qui leur servaient de contre-poids dans la zone torride; et comme le pôle i»Iaa' vers l'is-

AQUATIQLES

thme de Panama était plus chai^ de monlagoef que le pôle o|>posé, qu'il y joignit encore le poids de ses glaces annuelles , il s'ensuivit qu'A deriat plus pesant, et que la terre peiidit peu à pen son premier équilibre. Ce pôle, que j'appelle oocideiital par rapport à nous, parcourut insensibleiiient l'arc de circonférence compris entre loi et le pôle nord où il semble se fixer aujourd'hui , et détermina dans le cours de l'année l'indinaîsoa de notre hémisphère vers le soleil , sept joors de pins que l'hémisphère occidental qui , pour le oontre-balanoer j se charge d'une quantité de glaces beaucoup plus considérable. De cette pondération progregsive d'un pôle résulta un troisième mcavement de la terre , qui varie l'inclinaison de son axe snr oeloi de l'écliptique de plus d'une minute par siède. Ce qui me fait imaginer cette hypothèse, c'est que l'isthme de Panama et le détroit de Java , où je suppose les deux pôles primitifs de la terre, sont à i 80 degrés de distance l'un de l'antre, ainsi que nos deux pôles actuels ; que , comme ceux-d , Fan était alors au centre des continens, et l'autre àeelui des mers; que les deux chaînes de montagnes primitives étaient par rapport à eux dans des directions inverses , mais semblables: de sorte qu'il en résultait le même équilibre pour leurs océans correspondans ; que les terres et les roches qui les enrironnent sont découpées et brisées comme celles de nos zones glaciales, effet qu'on ne pent attribuer aux courans actuels de leurs mers, ni aox températures de leur atmosphère ; ((ti'enfin ils ont dô se trouver au sein des zones glaciales , poisqne l'Europe , (pii en est de part et d'antre à 90 degrés, a été an sein de la zone tçrride , comme le prouvent ses fossiles.

Mais suivons successivement les effets qui résultèrent de cette première disposition du globe. Il est évident que les glaces qui se fixèrent sur les pôles étaient sorties du sein de l'Océan , et en diminnèrent le volume: les continens et les Iles durent donc s'étendre. Tandis qu'une partie des eaux en s'évaporant se fixait en glaces sur les pôles, une autre partie se changeait vers l'équateur , dans la substance même des végétaux et des animaux qni se multipliaient avec les rivages. Des genres d'une étendue immense et d'espèces variées à l'infini , comme les coquillages et les madrépores, élevèrent du fond des mers les plus profondes des bancs, des promontoires , des lies , dont la surface se couronne aujounl'hui de cocotiers au sein de la mer du Sud. Leurs travaux sont si nombreux et si étendus que leurs seuls débris ont formé jadis le sol de l'Europe. Ils tirent une substance solide de l'eau, comme les végétaux des vapeurs. de l'air, elle*

DE LA TERRE

antmaux terrestres <ks sucs des végétaux. Enfin nous pooToos voir, même de nos yeux, le fond de nos rivières augmenter chaque année par des couches annuelles qui se distinguent dans leurs vases aussi aisément que celles qui forment le tronc des attires. L'eau semble être une terre fluide comme la sève des arbres , et le sang des animaux une dudr liquide.

Cesl sans doute parce que les eaux devaient fournir à tant de transmutations et aux mouvemens mêmes du globe , que la nature , qui ne fait rien en vain, a foit FOoéan beaucoup plus grand que la terre. Dans son état actuel, il a une fois plus d'étendoe, et il en a eu davantage. La mer Atlantique fournit par ses évaporations aux fleuves d'Amérique et d'Afrique beaucoup plus d'eau qu'ils n'en ont besoin , tandis que la mer Pacifique et celle du Sud , plus vastes et plus profondes , n'arrosent par leurs vapeurs. que quelques lies; mais ces mers entretiennent par leurs émanations les glaces des pôles, qui ont en hiver plusieiu^ milliers de lieues de circonférence. ^

Plusieurs preuves viennent encore h l'appui de cette hypothèse. Les débris des végétaux, des coquilles et des animaux des Indes , que l'on trouve en abondance dans les carrières de l'Europe, de la Sibérie, prouvent que ces contrées ont été autrefois dans la zone torride. Il est impossible que les courans actuels de cette zone aient charrié de leurs rivages des tuilées qui pèsent plusieurs quintaux, jusque dans les falaises de la Normandie, et des ossemens d'éléphans jusque sur les bords de rirtis. Il est remarquable que les grands bancs de coquillages que l'on trouve au sein des terres n'y sont point péle-mèle et confondus, comme il aurait dû arriver s'ils y avaient été apportés par quelque convulsion de l'Océan; mais ils sont déposés par conciles et sur leur plus grande largeur, comme dans les lieux où ils ont vécu , et où ils sont morts. On en trouve de toutes les grandeurs , disposés , pour ainsi dire , par familles. Il y a apparence que la nature , encore plus féconde au sein des eaux qu'à la surface des terres, sait mettre un frein à la population des animaux qui rempliraient en peu d'années tout TOcëan de leurs travaux et de leurs générations. On sait qu'une morue femelle renferme des millions d'œufs. L'Océan , au bout de quelques années, ne contiendrait pas sa postérité. La nature, pour y mètre des bornes, fait vivre à ses dépens une multitude de poissons, d'oiseaux et d'hommes ichthyophages : mais que serait-ce, si chaque morue était renfermée dans un gros coquillage ? En peu de temps les débris de nos pèches remfiliraient ik^ ports. Il est vraisem-

blable que la nature emploie , pour détruire des générations entières de coquillages marins, les mêmes moyens que piour détruire celles de nos insectes. A Téquinoxe d'autonme, un petit vent de nord fait périr à la fois des légions de papillons et de mouches : une marée vaseuse ou sablonneuse peut tuer et ensevelir à la fois des bancs entiers de coquillages. Il est très-probable que c'est pour produire ces effets nécessaires, que les ouragans sont périodiques et d'une violence extrême entre les tropiques , où il y a des géntirations si rapides de coquilles et de madrépores que, si un vaisseau coule à fond au milieu d'un port, elles le changent en écueil l'année suivante. C'est ce que j'ai vu à l'Ile de France où les madrépores avaient transformé en rodies les carcasses de quatre vaisseaux qu'on avait laissés pourrir dans le port par négligence. Il fallut faire venir de Brest, à grands frais, des machines et des câbles pour les arradier. Les écueils, qui entourent cette lie comme une ceinture, ne sont formés que par ces insectes marins , et j'ai remarqué qu'il n'y avait de passage pour aborder que vis-à-vis Tembouchure des ririères ; ce qui prouve que des dépôts de vase, ou peut-être de simples courans d'eau douce, suffisent pour arrêter les maçonneries et les générations de ces insectes pélagiens. Il y a donc apparence que les diverses couches de pierres coquillièresde nos carrières ont été produites par de semblables causes. Quant aux squelettes des éléplians de la Sibérie, il est remarquable qu'on les trouve rassemblés, au nombre quelquefois de plus de cinquante, à plus de quatre-vingts pieds de profondeur sur les bords de rirtis. Ce sont même les débordemens de ce fleuve qui les découvrent en dégradant ses rivages. Cette réunion est aisée à expliquer, lorsqu'on sait que ces animaux sociables aiment à vi>Te et à mourir avec leurs semblables. Lorscpi'ils se sentent à l'extrémité de leur carrière, ils cherchent dans les forêts, près des eaux , une retraite solitaire , où ils viennent expirer à l'ombre des arbres. Cette coutume est connue des Orientaux. Dans les Mille et une JYuits, ouvrage où les mœurs des animaux ne sont pas moins bien décrites que celles des hommes, on lit le conte d'un chasseur qui fit tout à coup une grande fortune, en trouvant une quantité prodigieuse d'ivoire dans un cimetière d'élépibans. Il est remarquable que les ossemens et les dents de ceux qu'on trouve fossiles sur les bords de Tlrlis, sont d'une grosseur plus considérable que ceux que les chasses des Africains nous fournissent: ce qui prouve que ces éléphans sibériens sont morts après avoir acquis tout le développement dont ils étaient susceptibles, c'est-à^ire dans une extrême vieil-

ilÙ

HARMONIES

lesse. Quaut aux cooclies de terre dont ils sont ooaverts, elles proviennent sans doute des alluvions de rirtis qui , coulant jadis sous des latitudes toutà-fait opposées, formait les rivages qu'il dégrade maintenant. Les effets varient avec leurs causes. Le changement des pôles du globe recevrait sans doute de nouveaux degrés de vraisemblance, si l'on trouvait vers l'isthme de Panama et le délroil de Java des ossemens de rennes et de chevaux marins, d'ours blancs , enseveh's sous des débris de sapins. Mais les Européens , qui y ont fouillé les profondeurs de la terre, pour satisfaire leur avarice, n'ont pas même aperçu à sa surface ce qui pouvait éclairer leur esprit. L'histoire naturelle de œs riches contrées est presque entièrement inconnue. L'avidité jalouse de leurs maîtres défend de transporter les semences de ces végétaux précieux, des muscadiers , des girofliers, des vanilles , et ne permet pas même aux voyageurs d'y pénétrer. Bornons-nous donc aux relations su|)«rfîcielles que nous en avons, et voyons s'il n'y reste pas de monumens qui allestent que ces terres , aujourd'hui si fevorisées du soleil , ont été autrefois sous des zones glaciales.

Les rochers de la zone torriile sont blessés dans tous les sens. Leurs débris couvrent non seulement leurs bases , mais se trouvent fort loin de là , à la surface des terres , et même bien avant dans son sein, pêle-mêle avec le sol. Il est impossible d'attribner de pareilis effets aux trembleniens de terre, aux volcans, ou à^ l'action de la chaleur. Des tremblemens peuvent bouleverser une montagne et soulever des plaines; mais ils ne peuvent fendre un rocher solide, rompre un caillou, et produire ces lits immenses de gravier et de sable qui en sont des fragmens. Quant aux volcans, ils fondent les pierres ou les calcinent, mais ils ne les brisent jamais. Si leurs laves se crevassent, c'est par l'action subite du froid , ou comme le verre fomlu, lorsqu'on le plonge dans un fluide au sortir du fourneau. Pour la clialeur du soleil , quelque ardente qu'elle soit, elle n'a jamais brisé aucune pierre. L'Ile de France, où il n'y a eu , suivant toute apparence, ni volcans, puisqu'il n'y a point de laves, ni tremblemens de terre , est remplie partout de roches qui empêchent d'employer la charme à sa culture. J'ai oui dire qu'il en était de même de nos lies Antilles , et de la plupart de celles qui sont dans la zone torride.'

Pour savoir comment se fendent les pierres , il

' fendrait, ce me semble, savoir d'abord comment

elles se foiment. On explique aujourd'hui l'union

de leurs parties par leur attraction mutuelle ; mais

cette loi, qu'on généralise beaucoup trop, n'est

AQUATIQUES

pas satisfaisante sor ce point. Si une plene atliiiic ses propres molécules , lorsqu'on la meUrail sur « sable homogène, elle s'en couvrirait, oomme Paimaut de la limaille de fer sur laquelle on le poie : or, c'est ce qui n'arrive pas. S'il m'est permis de dire mon avis sur un effet si commuo , je onoit que les fractui^es des pierres ont été prodailes par l'action alternative du froid et du diaudy ion* qu'elles étaient dans les zones glaciales; elles sot dû y éprouver ce qu'elles éprouvent encore du» nos liivers, où les gels et les dégels les brisent , et émiettent même les terres. Gook représente les îles les plus australes de la mer da^Sud oouvertei d'éclats de roches eu si grand nombre ^ qo'oo ne peut abonler le pied de leurs montagnes, ni gravir sur leurs flancs , sans risquer de se rompre le cou. Marlens fait le même tableau des rodiers dnSpitzberg , qu'il décrit comme des granits eu dîswlation. a La pierre de ces roches , dit-il , a des "mv nés de diverses couleurs, comme le noarbrOy » rouges , blanches et jaunes. Cette pierre sne, » pour ainsi dire , lorsque le temps change ; ce qni « donne de la couleur à la neige qni devient rouge » aussi par la pluie qui découle des rodiers Ion*

» qu'il en tombe Au pied des montagnes on il

» n'y a point d'éminences de neige , on trouve de » grands morceaux de roches qui sont tombés les » uns sur les autres , et entre lesquels il y a des » ouvertures; de sorte qu'il est fort difficile ettrès- » dangereux d'y marcher. Ces pierres , on plutôt » ces pièces de roches, tant grandes que petites , » sont confondues ensemble , et ressemblent assez » bien à des monceaux de ruines : dles sont de » couleur grise, avec des veines noires, ei.relui» » sent comme de la mine d'argent Les soomiets v de ces montagnes, vus d'en bas, paraissent de » terre par leur grande élévation; mais lorsqu'on » est en haut , on n'y découvre que des rocfaes, » comme à leur base; et c'est ce qu'on pent reniar> » quer lorsqu'il s'en détache de grands morceaux. » Quand on jette des pierres du haut de ces mon- » tagnes , le bruit de leur diute foit retentir les » vallées comme le bruit du tonnerre. La plupart » de ces montagnes sont si hautes, que, lorsque le » temps n'est pas des plus clairs , elles paraissent à » moitié dans les nues. Il y en a dont on dirait » qu'elles vont tomber à l'mstant. La iiantear des » mâts d'un vaisseau n'est pas même à comparer » avec celle des plus petites. Il se détacha nne » grosse pièce d'une de ces montagnes avec on « bniit épouvantable , un jour que le soleil était » fort beau et l'air des plus serems ».

i..es voyageurs de la Suisse donnent à peu près les mêmes idées de ses glaciers et de ses roches de

DE LA TERRE

gnoîL Cependant, il dot Tavouer, les voyi^geora marinsquî ont été vers le pôle ont laissé, avec leur dmpiicilé , des mémoires pins instnicUfe pour la théorie de la terre , que les premiers ; ils en ont ▼o, pour ainsi dire, le tronc, et les autres les IniiGhes. Pour moi , je ne me suis pas élevé comme Ifartens an quatre-vingt-unième degré de latilode nord, sur les côtes du Spitzberg ou Montagnes pointues; mais j'ai vu, vers le soixantemiènie degré de latitude , des effets semblables du gel et do dégel dans les rochers de la Finlande. Cette province russe est pavée de petites collines de granit , arrondies par le haut en forme de calotte, et sillonnées de fêlures d'où l'eau suinte de toutes parts; de sorte qu'on glisse souvent en montait sur leurs sommets. Les flancs de ces collines «"exfolient et se biiseut par l'action des hivers , de mamère que leurs bases et leurs vallons sont remplis de leurs débris. Cependant les mousses , les diampignons et les sapins y croissent en abondance. Ces collines ne ressemblent en rien aux nôtres; elles n*ont point d'angles saillans et rentrans en correspondance; elles sont pour la plupart isolées, de forône ovale, et entourées d'un petit vallon; elles sont assez semblables à une pierre enchâssée dans un chaton. J'en ramassai des morceaux colorés de ronge et de blanc, el tant soit peu transparens. Je m'avisai la nuit de les frotter l'un contre l'antre^ et Je fus fini surpris d'y voir au dedans des lueurs pboaphoriqoes; ils exhalaient aussi une odeur de sonfkie; je les prenais, comme le bon Martens, poor des morceaux de marbre, mais j'appris qu'ils étaient de granit. C'est un de ces blocs, détachés naturellement en Finlande, que Catherine II fit voitnrer plus de deux lieues par terre et par jner, poor la statue qu'elle a élevée à Pierre-le-Grand , dans Pétersboiirg même : comme si cette ville n'était pas une base plus illustre pour la gloire de son liNidatenr, qu'un rocher énorme ', charrié {«r les bras de ses sujets. La Finlande esi si couverte de ees rochers brisés, que les anciens géographes lui en ont donné le surnom de lapidosa , ou de pierreuse. On ne peut attribuer les fractures de tant de rochers épars sur toute la ferre , qu'aux effets de rbnmidité contrastés par le froid et le chaud. Ils se manifestent dans nos climats tempères nonseolement sur les arbres, que le gel et le dégel ratigent sans cesse, mais sur les pierres de nos bâtiniens , et même sur les granits. On voit à la porte d'un hôtel situé vis-à-vis des Capucins, rue Saint- Honoré , deux bornes de granit , dont les sommets, ornés de moulures et polis, il n'y a pas trente ans,

* On prétmcl qu'il pèse Irob mHlioiui.

sont aujourd'hui exibliés par Taction des hivers.

n s'ensuit de tous ces faits, que les pierres brisées c|ui com-rent une partie de notre zone torride actuelle, et même de nos zones tempérées, se sont trouvées autrefois dans les zones glaciales; et c'est ce que nous serons portés à croire , si nous observons que les glaces polaires vont toujours en croissant , et la zone torride en diminuant. Celleci avait, du temps de Pilhéas, quarante-sept degrés quarante minutes, et elle n'en a plus que quarante-sept aujounrhui ; d'où il résulte que l'angle formé par l'axe de l'équateur et par celui de l'écliptique, qui est maintenant de vingt-trois degrés et demi , est moindre deringt minuties qu'il ne l'était il y a deux mUle ans. Cet angle est même diminué d'une minute dans la Méridieolie de Cassini. On en peut donc conclure que, dans cent quarante-un mille ans, notre équateur et notre écliptique coïncideront , et qu'ils auront les mêmes pôles, c'est-à-dire, que les jours seront égaux aux nuits. Enfin , le changement d'inclinaison de ces deux axes s'observe jusque dans quelques planètes; ce qui suppose, avec d'autres raisons que j'ai alléguées ailleurs, que ces planètes ont des mers qui contribuent à leur rotation et à leur mouvement périodique.

Les deux continens de glace qui couvrait les pôles d'un globe aux extrémités de son axe, peuvent être comparés à deux poids aux extrémités d'un levier en équilibre. Comme ces poids sont versatiles, et qu'ils vont toujours en croissant, ils lui donnent des vibrations, qui vont toujours en diminuant , jusqu'à ce qu'il soit dans un équilibre partit. Alors il est évident que la plus grande partie de la terre serait inhabitable, parce que la zone torride serait brûlée par l'action constante du soleil à son équateur, et que les zones glaciales ne fondraient jamais, même en partie, parce que leurs pôles n'auraient jamais le soleil qu'à leur horizon. Or la nature, tion-seulement ne feit rien en vain , mais elle tend sans cesse à faire de mieux en mieux; elle augmente de jour en jour nos continens. Je crois donc qu'à l'époque où les pôles de l'écliptique deviennent constamment les mêmes que ceux de l'équateur, les pôles de la terre changent par le poids même de l'hémisphère qui est plus chargé; car le continent doit croître chaque jour par la puissance végétale^ qui augmente sans cesse en changeant en sa substance les eaux atmospliériques, tandis que le poids de ces mêmes eaux fixées en glaces est parvenu à son maximum sur l'hémisphère opposé, qui n'est couvert que de mers.

Je crois donc qu'alors il doit se faure une révolu-

HARMONIES AQUATIQUES

tion, et que les pôles du globe changent avec le centre de gravité de la terre , qui perd son étiuilibre. L'équateur, devenu plus léger, devient insensiblenient méridien; et le méridien, plus pesant, équateur. 11 doit d*abord en résulter un cataclysme ou déluge , par la première fonte de tant de glaces accumulées qui s* écoulent des anciens pôles : tel est celui dont le souvenir s'est conservé chez tous les peuples. Je pense qu'il a en lien lorsque la terre avait pour pôles les points correspondans à l'istlime de Panama et au détroit de Java. Il en est résulté que les eaux, se fixant sur les pôles nord et sud, et y formant de nouveaux continens de glace, ont mis à découvert les anciens bassins des mers, qui s'accroissent de jour en jour par les combinaisons de la puissance végétale et animale. Les harmonies de la terre ne furent point diangées, mab elles occupèrent d'autres lieux; des deux grandes chaînes de montagnes qui la traversent en sens opposés, l'orientale devient la septentrionale, 'et la septentrionale l'orientale. Ce n'est que par ces changeniens que l'on peut expliquer l'ancienne tradition des prêtres de l'Egypte, qui assucaient que le soleil autrefois s'était levé où il se couche maintenant. Ce fut alors que la moitié des continens s'éleva au-dessus des flots; que l'Europe, couronnée d'épis et de pampres, s'étendit sur son lit ferrugineux; que la noire Afrique apparut avec ses sabl^ d'or, entourée de palmiers; que l'inuoceiite Amérique sortit du scinde ses marais, avec des rochers d'or et d'argent au milieu de ses bananiers et de ses cannes à sucre; et que la Nouvelle- Hollande, couverte de ses grèves sablonneuses, souleva sa tête comme un enfant nu berceau. Elles parurent, comme des filles de la mer, toutes chargées des coquillages et des glaïeuls maternels, et comme des sœurs qui devaient un jour s'entr*aider et se communiquer les bienfaits du soleil leur père.

Dans cet accroissement progressif des continens, les rivages de la mer durent éprouver de grandes révolutions. I/océan souterrain qui vient y aboutir, forme, comme nous l'avons dit, une couche d'eau intérieure dont les sables fossiles sont imprégnés, même à de grandes profondeurs; il se manifeste par les puits, et c'est lui qui rend toute la terre habitable aux hommes, en leur offrant des réservoirs d'eau douce jusqu'au sein des déserts les plus arides. L'océan aérien sert à la décomposition des lumières en couleurs, aux pluies fécondantes; l'océan fluide et circulant, à la formation des montagnes et des continens ; l'océan glacial , au rafraîchissement de la zone torride; l'océan souterrain , à la composition des minéraux : il a aussi ,

comme les autres, ses résolutions et ses tempêCet. Comme c'est sur les rivages de l'océan apparent qu'il vient aboutir, c'est là qu'ils prodaiseot de concert des tremblemens de terre et des voteans. Ces terribles phénomènes sont fonnés d'une pari par les dissoluiions des nitres, des bitames et dei soufres minéraux, des végétaux et des animaux, que les fleuves cliarrient sans cesse dans le sein de l'Océan , que ses courans déposent dans certaines parties de ses rivages, où ils s'enflamment par la fermentation, et, d'une autre paît, par la dilatation des eaux de l'océan souterrain qoi avoisinent ces dépôts. Lorsque ces matières inflammables, dont les vases et les sables marins do rivage sont imprégnés, n'éprouvent qu'une simple fermentation , et qu'après ime longue sécheresse, des pluies qui resserrent la terre tout à coup empèdient leurs exhalaisons de transpirer au delKirs, alors elles produisent des secousses terribles, qui se font tir à de grandes distances de leurs foyers. Ces cousses sont connues sous le nom de tremblemens de terre. Je n'ai jamais eu le malheur d'en éprouver, mais j'en ai lu beaucoup de descriptions : celui de tous qui m'a fait le plus d'impressioa est celui dont Kirdier fut témoin, et dont il a écrit la relation. Il voyageait dans une felouque , le long des côtes de l'Italie, lors(|u'un soulèvement subit et prodigieux des flots l'obligea de débarquer à terre. A peine était-il avec ses compagnons sur le rivage , qu*à ses secousses ils sentirent qu'il y avait un tremblement de terre : ils se remlNirquèreat aussitôt, et ils voguèi^nt environ une lieue plus loin; mais la mer devenant de plus en plus fulieuse, ils furent forcés , pour la seconde fois , de venir dierdier un asile sur la côte. Us abordèrent près d'une ville qu'ils connaissaient, appelée, je crois, Sainle-Euphémie, située à trois quarts de lieue de là , au pied d'une montagne. Après avoir tiré leijr felouque sur le sable , ils s'acheminèrent vers la cité, et traversèrent un bois qui la séparait du rivage : quand ils furent au-delà, ils n'aperçurent aucune liabitation ; mais ils virent un jeune homme assis sur un tronc d'arbre renversé,, l'air morne, et les yeux fixés en terre. Us lui demandèrent à plusieurs reprises où était la ville; il ne leur répondit [>as un mot , mais il se leva , el, leur montrant du doigt un grand lac, il courut vers la forêt, où il disparut. Ce lac, qu'ils n'avaient jamais vu , avait englouti la ville et tous ses habîtans; il n'était réchappé que ce malheureux jeime honune.

On voit par cet éTénement et par plusieurs aur très semblables que l'océan souterrain est une des causes principales des tremblemens qui font sortir

DE LA TERRE

proque toojoors des eaax da sein de la terre. C'est tt qa'oo vit arriver en ^ 746, le 28 octobre, aa CalkH> et à Lima, deux villes du Pérou , qui ne sont distantes que de deux lieues. La terre s'agitait et se soulevait en ondes comme si eUe eût été portée par on fluide. Ce fut elle qui repoussa les eaux de là mer, qui reculèrent d'abord à une lieue du rivage, et qui , revenant ensuite vers la terre , subtneigèrent tout à coup Caliao avec tous ses habitans , et s'étendirent à de grandes distances dans les campagnes. Lima en fut quitte pour des secousses qui renversèrent la plupart de ses édifices, el firent périr une partie de c^ux qui demeuraient dans des maisons de pierre. On vit sortir alors plusieurs lacs du sein de la terre. Les mêmes effets eurent lieu à la Jamaïque, le 7 juin i692, et , de nos jours , à Lisbonne. L'eau des puits de la Jamaïque est restée, depuis ce temps-là , plus élevée, et leurs cordes sont de deux ou trois pieds plos courtes qu'auparavant. C'est aussi par le changement subit de l'eau des puits, que quelques philosophes de l'antiquité ont prédit des tremblemens déterre..

n est donc évident que l'océan souterrain contribue, avec l'océan apparent, à ces terribles phénomènes. Lorsque les matières qui les produisent viennent à s'enflammer, alors la terre s'entr'ouvre; Il s'y forme un foyer bnllant, que de nouvelles matières entretiennent sans cesse. Les pierres, les terres vitrifiées et les scories qu'il vomit de son sein , Ibrment autoui^de lui , avec les siècles , une montagne dont les sommets s'élèvent quelquefois dans la région des nuages. On peut supposer, à la vérité, et je suis porté à le croire, que la nature avait préparé d'avance ces volcans avec leurs fourneaux souterrains, dafis les plus hautes chaînes de montagnes, et sur les rivages des mers, pour les épurer. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'on ne trouve de volcans en activité que dans le voisinage des eaux. Les débris de ceux qui en sont maintenant éloignés et qui sont éteints, comme ceux de l'Auvergne, fournissent des preuves manifestes qu'ils ont été autrefois sur les bords de l'Océan. On trouve d'ailleurs, au-delà de leurs bases, quantité de fossiles marins; ce qui prouve, avec ce que j'ai déjà dit , l'accroissement successif des continens.

L'océan souten'ain contribue sans doute à l'entretien des volcans. Il se manifeste souvent , dans leur éruption , en torrens d'eaux qui ne sont point sakes, et qui sortent de leurs flancs en si grande abondance, qu'ils submergent quelquefois les campagnes qui sont à leurs bases. Quelques physiciens les attribuent aux eaux des pluies qui se rassem-

blent dans le cratère du volcan; mais comment pourraient-elles y tomber sans s'évaporer aussitôt, puisque le feu qu'il renferme dilate ses eaux intérieures , et les force de s'ouvrir un passage à travers ses flancs?

Les volcans sont donc formés et entretenus par les eaux fluides , tant supérieures qu'inférieures.

Les tremblemens de terre , les volcans , les courans des eaux renouvellent sans cesse le globe. Si la terre restait constamment dans l'état où nous la voyons, ses montagnes se dégraderaient de jour en jour, et l'Océan se remplirait de leurs déljris. C'est rOcéan qui a nivelé les couches, qui les renverse et qui les rétablit. La nature lait comme un cultivateur qui laboure sa terre dans des sens opposés : elle met dessus ce qui était dessous, dessous ce qui était dessus, au nord les fossiles du midi , au midi ceux du nord ; l'Océan est son soc. Le globe se prête à tous ces sillonnemens, par sa forme ronde. Les hommes font des barques à une proue et même à deux , pour voguer en avant et en arrière sur les mers. La nature en a fait qui peuvent voguer en tous sens dans l'océan céleste de la lumière. Tout est proue sur uu globe. Cliaque point de sa circonférence peut devenir pôl^ à son tour; et chaque cercle, équateur. Il y a des montagnes à glace disséminées dans toutes les latitudes; leni-s sommets sont assez attractifs pour y attirer sans cesse les vapeurs, assez élevés dans la région froide pour en former des glaciers, et ils ont assez de pente pour que les eaux qui en découlent creusent le bassin des mers de la même profondeur que leur élévation. Il est remarquable que les lacs situés au pied des montagnes à glace ont souvent autant de profondeur que les sommets de ces mêmes montagnes ont de hauteur, et que la mer du Sud n'en a pas plus que les Cordillères qu'elle baigne , c'est-à-dire une lieue et demie. A cette élévation ajoutez des pyramides de glace qui les surmontent d'une lieue et demie sous le pôle, puisque les Cordillères en portent d'une demilieue sous la zone torride, vous aurez sept mille cinq cents toises de hauteur, qui , à une demi*toise par lieue; donnent à l'Océan plus de pente qu'il ne lui en faut pour circuler en spirale autour dq globe. La Seine n'en a pas tant à beaucoup près ; elle n'a guère, au bas du pont Notre-Dame, que vingt-deux toises au-dessus du niveau de la mer; et cependant elle parcourt en sinuosités plus dç soixante-dix lieues pour s'y rendre.

On découvre les traces d'une Providence dans les disfiositions des fossiles , comme dans oeUesdes végétaux et des animaux. Les arbres qui croissent sur le bord des rivières , et même sur celui des

HARMONIES

mers , sont sujets à ^e renverses par leurs conrans ecHnme les saules et les mangliers , dont \eb brandies peuvent devenir racines et les racines devenir branches. De même les rivages peuvent être bassins on noontagnes tour à tour. Une montagne a les mêmes propriétés qu'un hémisphère : ainsi une brandie a celles du tronc qui la porte.

Nous nous trouvons quelquefois misérables de voir autour de nous une nature immortelle, tandis que nous dépérissons chaque jour; si, au contraire, nous étions immortels, et que la nature vieillit et se dégradât sans se réparer, nous aurions raison de nous plaindre. Comment une vie éternelle pourrait-elle se soutenir par des jouissances caduques ? Mais la nature se renouvelle sans cesse; et si elle détruit successivement chacun de nous , c'est pour tirer de meilleures vies'de notre mort. Elle ne se plalt pas dans un cerde monotone ^e créations et de destructions; elle ne se contente pas de tirer sans cesse les mêmes harmonies des mêmes objets, comme un peintre médiocre qui peindrait toujours le même site , comme un musicien peu habile qui jouerait toujours le même air, comme un poète sans Imagination qui composerait toujours le même drame : elle varie sans cesse ses scènes, ses tableaux, ses caractères. Un mécanicien ingénieux dispose des tuyaux liannonienx dans une botte ; il y fait correspondre des notes saillantes, qu'il fiche sur un cylindra suspendu à un essieu : il le fait mouvoir; et aussitôt on entend un air agréable. Il relève par des crans les pôles de son cylindre, et de nouveaux airs viennent successivement charmer les oreilles. L'homme anrait-ll donc mis dans une serinette plus d'industrie que la nature n'en a mis dans le globe ? Elle a distribué à sa surface ses diverses puissances; elle le feit tourner, et elle répand tour à tour sur elles les harmonies solaires des jours, des mois, des sai* sons, des années, des siècles; die en change les pôles; et de nouvelles harmonies vont reparaître sur chaque horizon.

•Dieu est non-seulement infini en durée, en puissance , en étendue , en bonté , mais il l'est en intelligence. Ses ouvrages vont de perfection en perfection. Sans sortir de notre globe, la source qui eoule do rodier est préférable à la vapeur que le rodier attire; le ruisseau qui se précipite de la colline, à la source ; la rivière qui traverse les val* Ions et les plaines, au ruisseau; le fleuve majestueux qui descend des hautes montagnes et va se rendre dans la mer, à la rivière; la mer qui baigne des lies et de vastes contrées, au fleuve; l'Océan, qui environne le globe entier, à la mer. Le végétal, pour qui tontes ces harmonies fiirent établies, est

AQUATIQUES

plus parfoit que les vaits qui l'agiteoty que Fem qui l'arrose , que le sol qm le porte, et préacntedet périodes encore plus étendues. Il en est de même de l'animal , supérieur au végétal, et de l'homme à l'animal. Mais toutes ces puissances vont dlesmêmes en s'améliorant. L'air et l'eau se changent dans la substance de la terre et dans celle des vé^ gétaux et des animaux; de nouveaux eontinens sortent du sein des mers. Les veigers de l'Asie couronnent les fossiles marins de l'Europe, et s'étendent jusque sur les plages de l'Amérique; et les troupeaux de Tanden Monde se propagent dansles savanes du nouveau. Mais c'est surtout dans le genre humain que cdte amélioration est sensible* Un temps a été où il n'apparaissait de l*£urope que les monts Riphées, les volcans de l'Iléda, de l'Auvergne, de l'Etna, les Alpes, les Pyrénées, les Apennins; et alors le pécheur ancrait sa naodie aux gladers de la Suisse. Peu à peu les eaux se sont écoulées; et l'Europe a vu sortir desvflles magnifiques du sdn de ses obscures carrières , et des escadres invindbles des chênes de ses forêts. Ses enfans industrieux et innombrables se sont ré-* pandus sur tout le globe , et ont recueilli une partie de ses richesses. Les forêts du Nouveau-Monde ont ombragé leurs parcs, et leurs tables ont été chargées des fruits naturels à l'Asie. Le temps viendra où des eontinens inconnus sortiront de la mer do Sud, où les hameaux de ses insulaires se changeront en superbes métropoles, et où leurs vaisseaux, ornés de banderolles, mouilleront, au son des flûtes, sur nos rivages. Les hommes alors commerceront sur un océan moins vaste, parsemé d'Iles fécondes ; ils se communiqueront avec joie les bienfeits de la nature, et, de concert, en invoqueront le père. Un jour viendra , et j'en entrevois déjà l'aurore, où 1^ Europiéens substitueront dans le cœur de leurs enfans, à l'ambition fatale d'être les premiers parmi leurs semblables , celle de les servir, et où ils connaîtront que l'intérêt de chacun d'eux est dans l'intérêt du genre humain.

C'est le soleU qui préparera ces heureux changemens. Il élabore sans cesse notre air et nos eaux, et les transforme dans les substances des v^étaux et des animaux. Ses rayons pénètrent, dans la zone torride , le sein des terres , et y déposent le diamant dans les mines de Golconde,.le rubis dans odles du Pégn, l'éméraude dans les rochers du Pérou ^ et la perle au fond de la mer orientale; ils parfument l'ambre sur ses rivages, et ils versent l'éclat des pierreries sur les plumes de ses oiseaux. Peut-être le temps viendra que son atmosphère allumera la nôtre d'une lumière durable, et fera de notre planète un séjour semblable au sien. Ah ! si

DES VEGETAUX.

les iMmunes s'améHoraient ooniine elle , peot-ètre qiie leurs vertiis atlireraient un jour snr eux-mêmes la gloire de ses habitans immortels. Ce sont leurs influences qui éclairent nos génies et réchauffent les cœurs vertueux. C'est sans doute de cette terre céleste que les âmes des gens de bien , débarrassées de leurs passions par la mort , voient ee que nous ne feisons qu'entrevoir Ici-bas dans les sièdes à venir. C'est dans celle source de toutes les harmonies que sont les vérités évidentes , les jouissances toujours variées et les félicités inépuisables. Mais le soleil n'est lui-même qu'un point où se fixe la Divinité pour verser ses bienfoifs sur de bibles mortels. Il n'est qu'une étincelle de sa gloire , répandue dans tout l'anivers.

HARMONIES AQUATIQUES

DES VÉGÉTAUX

Ce n'est point aux enfons des ténèbres à pénétrer dans le soleil. Redescendons sur la terre, |jarcourons ses humbles vallées , suivons leurs ruisseaux à travers les prairies, les vergers et les forêts : nous y trouverons à notre portée assez de traces ' d'une Providence infinie et des influences de l'astre du jour.*

Nous avons déjà entrevu quatre harmonies des eaux avec les élémens. Il en résulte quatre océans, un glacial snr les pôles, un aérien dans Fatmospbère, un aquatique dans les eaux circulantes, un souterrain dans la terre. Cliacim d'eux a ses harmonies positives on négatives, actives ou passives, dont le soleil est le premier moteur. Noos allons maintenant en présenter un cinquième , sujet aux mêmes lois : c'est l'océan végétal. J'appelle ainsi celui qui circule et se modifie dans les végétaux, et qui les transforme en une matière solide par un flux et reflux perpétuels. Pour s'en faire une idée, qu'on songe h l'étendue de nos prairies et de nos moissons , qui comblent chaque année nos greniers et nos granges : à celle de nos vergers et de nos \ignobles , dont les fruits et les boissons remplissent nos caves et nos celliers; au bois que consomment nos chantiers, nos foyers et nos navigations; à la hauteur des forêts et à l'épaisseur de leurs feuillages, aux couches de terre végétale qui en résultent : toutes ces productions sont les ouvrages de l'océan végétal. J'invite les naturalistes à diercher dans qnefles proportions ces cinq océans sont entre eux : je^ me bornerai seulement , dans ce paragraphe , aux harmonies principales de la puissance végétale avec les océans élémentaires. Elle en a par des racines, aveè l'océan soutetrain; par ûes

écorces , avec le glacial ; par des feuilles , avec Taérien; par des semences, avec l'aquatique.

Les harmonies de chaque puissance se croisent , et chacune d'elles est circonférence et centre à son tour. Le«disqued'iuie marguerite nous en offre une image : chacun des fleurons de sa circonférence est le centre d'un demi-cercle de fleurons, qui passe par le centre de son disque. Ils représentent tous ensemble les liarmonies des puissances de la nature conjuguées sphériquement ; et leur fleuron central , entouré au loin de pétales blancs , est une image naive du soleil , qui projette ses rayons au« tour de son svstème. La nature consonne avee elle-même dans les petits objets comme dans les grands; et afin que nos faibles yeux puissent saisir l'ensemble des harmonies de ses puissances avec l'astre du jour, elle les réunit dans un graui de sable, dans une goutte d'eau, au sein d'une fleur. Non-seulement les puissances de la nature se croisent dans leurs harmonies, mais encore dans lenr essence. On a dit du végétal qu'il était un animal renversé. En effet , si l'on considère un arbre avec ses branches, ses fleurs et ses fruits dirigés vers le ciel, on trouvera qu'il a ses jambes en haut et sa tête en bas. Mais il a encore de plus en dehors plusieurs parties que l'animal porte en dedans. lia ses entrailles dans ses racines, sa langue dans ses feuilles, son sexe et ses générations à découvert dans ses fleurs et ses fruits. Cest en quelque sorte un animal retourné. On trouverait des contrastes d'un autro genre, si on comparait la puissance végétale aux puissances élémentaires. Il n'est donc pas possible de tracer ses harmonies aquatiques dans le même ordro que celui des quatre océans élémentaires, qui sont le glacial, l'aéried, l'aquatique et le souterrain. Mais , en suivant l'ordre vé^ gétal, nous passerons successivement de la racine à l'écorce, aux feuilles et aux semences : nous éta^» Mirons aipsi des harmonies progressives et presque' inversées avec l'océan souterrain, le glacial, l'aérieii et Taquatique. Nous pourrions même en tracer d'entièrement inverses; car les écorces ont aussi des harmonies avec les eaux fluides , et les semen^ ces avec les eaux glacées ; mais, dans un sujet aussi étendu , il feut se circonscrire. Il suffit à l'homme d'entrevoir les principaux linéaroens du plan de la nature : elle est infinie , et fl est très-borné.

Nous indiquerons d'abord les rapports mtérieurs des végétaux avec les eaux, et ensuite leurs rap* ports extérieurs.

Prenons pour exemple tuie ndx , et examinonsla dans sa maturité parfoite. Elle est d'abord revêtue d'un brou amer, qui la préserve de l'attaque des oiseaux , et qui est peut-être destiné à la sulh-

HARMONIES

mers , sont sujets à être renversés par lenrs coarans comme les saaies et les mangliers, dont les brandies peuvent devenir racines et les racines devenir brandies. De même les rivages peuvent être bassins ou noontagnes tour à tour. Une montagne a les mêmes propriétés qu'un hémisphère : ainsi une iMtinche a celles du tronc qui la porte.

Nous nous trouvons quelquefois misérables de voir autour de nous ime nature immortelle, tandis que nous dépérissons chaque jour ; si , au contraire, nous étions immortels, et que la nature vieillit et se dégradât sans se réparer, nous aurions raison de nous plaindre. Comment une vie éternelle pourrait-elle se soutenir par des jouissances caduques? Mais la nature se renouvelle sans cesse; et si elle détruit successivement chacun de nous, c'est pour tirer de meilleures vies'de notre mort. Elle ne se plaît pas dans un cercle monotone de créatioas et de destructions; elle ne se contente pas de tirer sans cesse les mêmes harmonies des mêmes objets, comme un peintre médiocre qui peindrait toujours le même site , comme un musicien peu habile qui jouerait toujours le même air, comme un poète sans imagination qui composerait toujours le môme drame : elle varie sans cesse ses scènes, ses tableaux, ses caractères. Un mécanicien ingénieux dispose des tuyaux liannonieux dans une botte ; il y fait correspondre des notes saillantes, qu'il fiche sur nn cylindre suspendu à un essieu : il le Mt mouvoir; et aussitôt on entend un air agréable. Il relève par des crans les pôles de son cylindre, et de nouveaux airs viennent successivement charmer les ordlles. L'homme aurait-il donc mis dans une serinette plus d'industrie que la nature n'en a mis dans le globe ? Elle a distribué à sa surface ses diverses puissances; elle le feit tourner, et elle répand tour à tour sur elles les harmonies solaires des jours, des mois, des saisons, des années, des siècles; die en change les pôles; et de nouvelles harmonies vont reparaître sur chaque horizon.

•Dieu est non-seulement infini en durée , en puissance , en étendue , en bonté, mais il l'est en intelligence. Ses ouvrages vont de perfection en perfection. Sans sortir de notre globe , la source qui coule du rocher est préférable à la vapeur que le rodier attire; le ruisseau qui se précipite de la colline, à la source ; la rivière qui traverse les val* kms et les plaines, au ruisseau; le fleuve majestueux qui descend des hautes montagnes et va se rendre dans la mer, à la rivière ; la mer qui baigne des Iles et de vastes contrées, an fleuve; l'Océan, qui environne le globe entier, à la mer. Le végétal, pour qui tontes ces harmonies furent établies , est

AQUATIQUES

plus par&it que les vents qui Tagileoty qacfsm qui rant)se , que le sol qui le porte, et prtenledei périodes encore plus étendues. Il eu est de même de l'animal , supérieur au végétal, et de rboaune à l'animal. Mais toutes ces puissances vont dles* mêmes en s'améliorant. L'air et l'eaa se changeiit dans la substance de la terre et dans celle det vé^ gétaux et des animaux; de nouveaux contineni sortent du sein des mers. Les vergers de YAàe couronnent les fossiles marins de rÊorope, et «détendent jusque sur les plages de l'Amérique; elles troupeaux de Tanden Monde se propagent dânsles savanes du nouveau. Mais c'est surtout dan le genre humain que cette amdioration est sensible. Un temps a été où il n'apparaissait deFEuropegiie les monts Riphées, les volcans de l'Héda, de l'Auvergne, de TËlna, les Alpes, les Pyrénées, les Apennins; et alors le pêcheur ancrait sa nacelle aux gladers de la Suisse. Peu à peu les eaux se sont écoulées; et l'Europe a vu sortir desviUet magnifiques du sdn de ses obscures carrières , et des escadres invincibles des chênes de ses forêts. Ses enfans industrieux et innombrables se sont répandus sur tout le globe , et ont recueilli une partie de ses richesses. Les forêts du Noirveau-Monde ont ombragé leurs parcs, et leurs tables ont été chargées des fruits naturds à l'Asie. Le temps viendra où des continens inconnus sortiront de la mer da Sud , où les hameaux de ses Insulaires se changeront en superbes métropoles, et où \ears vaisseanx, ornés de banderolles, mouilleront, au son des flûtes, sur nos rivages. Les honunes alors commerceront sur un océan moins vaste, parsemé dites fécondes ; ils se communiqueront avec joie les bienfeits de la nature , et, de concert, en invoqueroot le père. Un jour viendra , et j'en entrevois d^ l'aurore, où les Européens substitueront dans le cœur de leurs enfans, à l'ambition fatale d'être les premiers parmi leurs semblables , cdle de les servir , et où ils connaîtront que l'intérêt de diacan d'eux est dans l'intérêt du genre humain.

C'est le sdeU qui préparera ces heurenx changemens. Il élabore sans cesse notre air et nos eaiiz> et les transforme dans les substances des végétaox et des animaux. Ses rayons pénètrent, dans la zone torride , le sein des terres, et y déposent le diamant dans les mines de Golconde, le rubis dans celles du Pégu, l'éméraude dans les rochers du Pérou, et la perle au fond de la mer orientale; ils parfument l'ambre sur ses rivages, et ils versent l'édai des pierreries sur les plumes de ses oiseaux. Peutêtre le temps viendra que son atmosphère allumera la nôtre d'une lumière durable, et fera dé notre planète un séjour semblable au sien. Ah! si

DES VÉGÉTAUX

les hflmmw s'amélioFaient eomme elle , peat-étre cfue leurs vertus attireraient un jour sur eux-mêmes la gloire de ses habilans immorlels. Ce sont feors influences qui édairent nos génies et rédMoflént les oœnrs vertueux. C'est sans doute de cette terre câeste que les âmes des gens de bien , débarrassées de leurs passions par la mort , voient ce que nous ne feisons qu'entrevoir ici-bas dans les sîèdes à venir. C'est dans cette source de toutes les harmonies que sont les vérités évidentes , les toujours variées et les félicités inépui- Mais le soleil n'est lui-même qu'un point où se fixe la Divinité pour verser ses bienfoits sur de Cûbles mortds. H n'est qu'une étincelle de sa gloire , répandue dans tout l'univers.

HAEMONIES AQUATIQUES

DES VÉGÉTAUX

Ce n'est point aux enfiains des ténèbres à pénétrer dans le soleil. Redescendons sur la terre, par* oonrons ses humbles vallées , suivons leurs misseaux à travers les prairies, les vergers et les forêts : nous 7 trouverons à notre portée assez de traces d*ane Providence infinie et des inQuences de l'astre du jour.*

Nous avons déjà entrevu quatre harmonies des eaux avec les élémens. Il en résulte quatre océans , nn glacial sur les pdles, un aérien dans Fatmospiière, un aquatique dans les eaux circulantes, un souterrain dans la terre. Oiacun d'eux a ses liarmomes positives on négatives, actives ou passives, dont le soleil est le premier moteur. Nous allons maintenant en présenter nn cinquième , sujet aux roênies lob : c'est l'océan végétal. J'appelle ainsi odui qui circule et se modifie dans les végétaux , et qui les transforme en une matière solide par nn flux et reflux perpétuels. Pour s'en faire une idée, qu'on songe à l'étendue de nos prairies et de nos moissons , qui comblent chaque année nos greniers et nos granges : à celle de nos vergers et de nos \igndiles, dont les fruits et les boissons remplissent nos caves et nos celliers ; au bois que consomment nos chantiers, nos foyers et nos navigations; à la haoteur des forêts et à l'épaisseur de leurs feuillages ^ aux couches de terre végétale qui en résultent : toutes ces productions sont les ouvrages de l'océan végétal. J'invite les naturalistes à cherdier dans queUes proportions ces cinq océans sont entre eux : je^ me bornerai seulement , dans ce paragraphe , aux harmonies principales de la puissance végétale avec les océans élémentaires. Elle en a par des racines, aveè l'océan souteirain; par des

écorces , avec le glacial ; par des feuilles , avec Paérien ; par des semences , avec l'aquatique.

Les harmonies de cliaque puissance se croisent , et chacune d'elles est circonférence et centre à son tour. Le^isque d'une marguerite nous en offre une image : chacun des fleurons de sa circonférence est le centre d*un demi-cercle de fleurons, qui passe par le centre de son disque. Us représentent tous ensemble les liarmonies des puissances de la nature conjuguées sphériquement ; et leur fleuron centra] , entouré au loin de pétales blancs , est une image naïve du soleil , qui projette ses rayons an* tour de son système. La nature consonne avec elle-même dans les petits objets comme dans les grands; et afin que nos foibles yetix puissent saisir l'ensemble des harmonies de ses puissances avec l'astre du jour, elle les réunit dans un grain de saille, dans une goutte d'eau, au sein d'une fleur. Non-seulement les puissances de la nature se croisent dans leurs harmonies, mais encore dans lenr essence. On a dit du végétal qu'il était un animal renversé. En effet , si l'on considère un arbre avec ses branches, ses fleurs et ses fruits dirigés vers le ciel , on trouvera qu'il a ses jambes en haut et sa tête en bas. Mais il a encore de plus en dehors plusieurs parties que l'animal porte en dedans. Il a ses entrailles dans ses racines, sa langue dans ses feuilles , son sexe et ses générations à découvert dans ses fleurs et ses fruits. C'est en quelque sorte nn animal retourné. On trouverait des contrastes d'un autre genre, si on comparait la puissance végétale aux puissances élémentaires. Il n'est donc pas possible de tracer ses harmonies aquatiques dans le même ordre que celui des quatre océans élémentaires, qui sont le glacial, l'aérien, l'aquatique et le souterrain. Mais, en suivant l'ordre vé^ gétal , nous passerons successivement de la racine à l'écorce, aux feuilles et aux semences : nous établirons aiusi des harmonies progressives et presque' inverses avec l'océan souterram, le glacial, l'aérieii et l'aquatique. Nous pourrions même en tracer d'entièrement inverses; car les écorces ont aussi des harmonies avec les eaux fluides, et les semen^ ces avec les eaux glacées ; mais, dans un sujet aussi étendu , il feut se circonscrire. Il suffit à l'homme d'entrevoir les principaux linéamens du plan de la nature : elle est infinie , et fl est très-borné.

Nous indiquerons d'abord les rapports mtérieurs des végétaux avec les eaux , et ensuite leurs rapports extérieurs.

Prenons pour exemple une noix , et examinonsla dans sa maturité parfoite. EUe est d'abord revêtue d'un brou amer, qui la préserve de Tattaque des oiseaux , et qui est peut-être destiné à la sub-

HARMONIES

sistance de qnel(|iie animal qui nous est inconnu , dans le pays dont elle est originaire ; car la nature ne fait rien pour une seule (in. Sous le brou est une coque ligneuse, de la forme d'un bateau, ayant une proue (Mintue , une poupe aplatie , et une longueur à peu près double de sa largeur. Sa coupe lui est plus avantageuse que celle de nos bateaux; car elle est formée de deux coquilles convexes , dont Tune sert de carène et Taulre de pont , de manière qu'elle peut voguer sur le côté ou renversée. I^ nature lui a donné une forme nautique, ainsi qu'à toutes les semences dont les végétaux étaient destinés à croître dans les eaux , ou à embellir leurs rivages. Ces deux coquilles , réunies par une suture, renfermeut deux lobes divisés en partie par un zeste et réunis vers la pointe, qui contient le germe ou les premiers linéamens du noyer : ces deux lobes sont recouverts d'une pellicule. La noix, parvenue à sa maturité, tombe de l'arbre qui la porte ; elle roule loin de lui -par sa forme arrondie , et s'en écarte assez *pour que rien ne gêne sa végétation future. Quelquefois un ruisseau voisin l'emporte fort loin de là; plus souvent elle reste à terre où elle passe l'hiver à l'abri des gelées , à la faveur des feuilles de noyer, qui tombent en automne. An printemps , riiumidité de la terre, aidée de la chaleur, gonfle ces deux lobes, qui forcent les deux coquilles de s'entr'ouvrir. Le germe parait; il tient aux deux lobes devenus laiteux , et il en tire sa première nourriture, comme de deux mamelles. Cependant if sort de la partie inférieure du germe une radicule qui , par un mécanisme ineomprélieasible, se dirige vers la terre, tandis que l'autre s'élève vers le ciel. La radicule, en se divisant en chevelu , va pomper dans la terre les émanations de l'océan souterrain ; et le germe , en se divisant en feuilles , va recueillir les vapeurs de l'océan aérien. Ce double effet a lieu dans quelque sens que se trouve la noix : si elle est renversée, le germe se redresse et la radicule s'abaisse. Ce premier mécanisme de la végétation est le même dans le développement de toutes les graines, et quoique infiniment commun, il n'en est pas plus aisé à concevoir. Les pierres qui sont dans le sein de la terre ne forcent point le germe de végéter en bas, ni les pluies n'attirent point la radicule en haut. Ces deux parties organiques ont leurs harmonies déterminées , l'une avec l'océan aérien, l'autre avec l'océan souterrain : elles en prouvent évidemment l'existence. Si l'océan souterrain n'existait pas, aucune semence ne lèverait en Egypte, au Pérou, et dans d'antres lieux où il ne pleut presque jamais. Ce sont ses transpirations qui les humectent et attirent lenrs racines. Si l'humidité seule de l'air suffisait

\QUATIQUES

pour proiluire cette attraction, les radoéi de nos végétaux, dans nos dinials pluvieux, se dirigeraient toutes vers la surface de la terre; or c'est œ qui n'arrive pas : au contraire , elles s'y enfoncent quelquefois à des profondeurs étonnantes , malgré toutes sortes d'ol)stacles. J'ai vu, dans 1 atmosphère humide des collines de la rivière d'Essone, des racines de vigne qui ont pénétré à plus de quinze pieds de profondeur à travers une carrière de pierre à chaux. II est donc certain qu'il existe un océsm souterrain dont les émanations traversent les bancs de pierre les plus épais , et sont en liarmonîe avec les racines des plantes.

Nous obsenerons ici que les précautions maternelles dont la nature s'est servie pour garantir les semences des injures des élémens ou des animaux ne sont point des obstacles à leur développement. Cel!es qui sont renfennées dans des cociueis dures s'en dégagent par des sutures ou par des trous qui y sont ménagés. Les noisettes, qui paraissent d'une seule pièce , sont pei-cées de petits trous presque imperceptibles. J'ai vu de jeunes filles assez adroites pour les enfiler avec un cheveu ou mèine un crin. Le coco, la plus grosse sans doute des noisettes , a trois de ces ouvertures , qui lui doanent l'apparence d'une tète de singe. Elles sont recouvertes d'une légère pellicule par où sort le germe ; cependant il y a apparence que le coco a des sutures aussi , car il y a des nègres qui savent le fendre en deux moitiés avec un petit bâton. Il est probable qu'il en est de même de tous les noyaux qui paraissent d'ime seule pièce. J'ai remarqué que celui de la pèche appelée tétcm de Vénus se fend souvent en deux dans le fmit même ; on en trouve alors l'amande consommée par une sorte de moisissure ou d'insecte. Mais, ce qui m'a paru très-singulier et inexplicable, conune tant d'autres dioses fort communes, c'est que le noyau , fendu en deux , quoique bien formé el trèsdur, était quelquefois brisé en plusieurs pièces , sans que je pusse concevoir d'où provenaient ces fractures multipliées d'un corps dur au sein d'un fruit mou , qui n'a été offensé par aucun dioc Est-ce un effet de quelque électricité végétale ou animale ?

Quoi qu'il en soit , la radicule, api-ès avoir pénétré enterre , se change en racines souvent divergentes, qui établissent des rapports de solidité entre le sol et le végétal. Nous en parlerons aux harmonies terrestres , comme nous avons parlé de ceux de la tige aux harmonies aériennes. Ces racines fournissent encore à la nourriture des fibres de la tige, auxquelles elles correspondent par leur che velu. Il est remarquable qu'elles s'étendent beao-

DES VÉGÉTAUX

ooap plus à rOrient, au midi et à l'occident, qu*au seplentrîoo, ce qui prouve Fiofluence du soleil, même sous la terre. Il ea est de même des libres do bois, qui sont plus serrées au nord queparloul aifleors. Ces racines, pour Tordinaire, se subdi- ▼isent à Finfini , et correspondent aux branches de Farbre , en nombre égal. Le palmier , qui n'a point de branches, et qui ne porte que des feuilles ligneuses, ne pousse qu'une seule racine, garnie , à la Yéfité , de quantité de chevelus. Ce sont ces chevelus qui sont les suçoirs, et, en quelque ^sorte , les entrailles des végétaux. Ils pompent l'eau souterraine; ils la changent en sève circulante, qui s'élabore ensuite en bois, en écorce, en feuilles, en fleurs et eti fruits, par l'action du soleil. On a cherdié, mais bien en vain , à expliquer celte métamorphose merveilleuse. Il sera toujours impossible à l'homme de concevoir comment la même sève peut se combiner en sucre dans la pulpe d'uu fniil, en pierre dans son noyau , en huUe dans son amande, en saveur amère dans sa feuille, et en bois insipide dans le tronc qui le nourrit. Le mi'^me sol peut produire à la fois des alimens et des poisons. Les opérations de la nature nous seront à jamais iiieonnnes , nous ne pouvons en enti-evoir que les résultats; la connaissance des causes premières n'appartient qu'à celui qui en est le moteur; mais celle des causes finales est à la portée de l'homme, qui en a la jouissance.

Plus un arbre a de chevelu , plus il tire de nourriture. C'est donc une des bonnes maximes de l'agriculture , de couper une parlie des grosses racines et des branches d'un arbre qu'on transplante; car les racines alors produhront une grande quantité de dievdu, et il aura amsi d'une part beaucoup de substance, et de l'autre peu de bois à entretenir.

L'eau pompée par les racines s'appelle liqueur lymphatique, parce qu'elle diffère fort peu de l'eau pure. Elle monte d'abord au moyen des tradices ou tuyaux aériens en spirales, rangés le long des fibres longitndinaires du bois. Ces fibres sont ellesmêmes des espèces de canaux où l'eau pouiTait monter sans trachées, comme dans les tuyaux capillaires; mais il fout sans doute , pour préparer la sève , le concours de plusieurs élémens. Les fibres du bois , qui paraissent collf^s ensemble , s' écartent de distance en distance, et renferment entre leurs ouvertures des uiricules : ces utriculcs sont ainsi nommées parce qu'elles ressemblent à de petites outres. Elles sont de forme ovale, couchées à la suite les unes des autres , bouche contre bouche, entre les fibres; elles vont de la circonférence de l'arbre au centre, depuis l'écorce jusqu'à la moelle. Œuvres posthumes.

qui ne parait être elle-même qu'un long canal rempli d'utricules plus larges. Celles qui vo: t de la circonférence au centre sont rangées {Mir plans , [lo • ses les uns sur les autres dans toutes les parties du tronc où les fibres s'écartent. C'est à leur direction horizontale qu'il faut attribuer la facilité que l'aiiire a de se fendre de la circonférence au centre, ce qui ne manque guère d'arriver , lorsqu'elles viennent à se desséclier tout à coup; car elles se resserrent dans la sécheresse et se dUatent dans l'humidité. Comme ces utricules superposées sont à la suite les unes des autres, presque dans toute la longueur de l'arbre, il est aisé «i'en fendre le tronc; car il ne fait de résistance qu'aux endroits où les fibres ligneuses se rapprochent.

Je ne parlerai point ici de la tige ligneuse des arbres, composée de trachées, d'utricules et de fibres. Il parait qu'dle est principalement en ra[)port avec les vents. La natiure ne donne de bois qu'aux arbres et aux buissons qui y sont exposés. Les herbes n'en ont guère que dans leurs radnes ; cependant ces grands roseaux des Indes, appelés bambous, et les pahniers mêmes, n'ont point de bois proprement dit , et ils résistent mieux aux ouragans que les arbres.

La feuille , par son côtélnférieur,a des ra|>poi-U immédiats avec les vapeurs de l'océan souterrain; et, par son ràté supérieur, avec cdies de l'océan aérien : c'est elle qui reçoit l'eau des pluies ; dU* est faite pour l'ordinaire en forme de langue. Ëlie est attachée à son rameau par une queue ou pédicule fort court, sillonné en gouttière. Le ram&m forme avec la branche , et la branche avec le tronc, des angles de 30 à 40 degrés. Le tronc est perpendiculaire au sol , et il a son écorce cannelée de crevasses longitudinales. Au moyen de ces dispositions , l'eau de la pluie s'écoule de la feuille au rameau, du rameau à ki brandie, de la branche au tronc , du tronc à la racine , d'où die se rend , quand elle est abondante, à l'océan souterrain.

La circulation de l'eau des pluies est la même à la surfoce de l'arbre qu'à cdle de la terre : elle tombe sur le rocher , qui l'attire en vapeurs conmie la feuille. De là die passe successivement à la fontame, au ruisseau, à la rivière, au fleuve et à la mer, qui forment entre eux des embrancbeniens semblables , en quelque sorte, à ceux d'un arbre, comme on peut le voir sur les cartes.

Les feuilles présentent d'antres configurations dans différentes espèces de végétaux; elles sont faites en bec d'oiseau dans le genêt, en coquille dans le sarrazin , en écope dans les graminées naissantes. Les folioles du pin sont agrégées en pinceaux, qui ramassent les plus petites vapeurs aé-

Harmonies aquatiques

riennes. C'est au sc'Jn de la zouetorridec|ue la nature fait végéter les raquettes, les aloès, les cactus, les cierges, et toutes les espèces de plantes grasses dont les feuilles semblent être des éponges pleines d'eau. Mais ces fontaines et ces citernes végétales, ces formes d'aqueducs dans les feuilles et leurs agrégations, n^ont lieu que dans les végétaux de montagnes ou des lieux arides, qui avaient sans cesse besoin d'être arrosés. Ceux qui croissent sur le bord des eaux ont des formes, des dispositions tout opposées, quoique souvent ils soient du même genre. Leurs feuilles , loin d'attirer l'eau, la i-eiioussent ; elle y glisse sans les mouiller, ou elle s'y rassemble comme des» gouttes de vif-argent. Telles sont celles des nyniphiea , qui flottent à la surface des étangs sans être humectées. Il en est de même de celles des roseaux et des joncs. Aucun d'eux n'a de cannelure pour conduire la pluie à sa racine , tandis que le jonc de montagne est creusé en écope dans toute sa longueur. Les feuil- ' les des peupliers et des trembles ont de longs pédicules, et sont mobiles; d'autres arbres , au lieu de diriger leurs branches vers le ciel, les courbent au-dehors en arcades, comme s'ils voulaient écarter la pluie de leurs tiges. Tels sont, en général, les osiers, les saules, lorsqu'on n'arrête point leur développement naturel par des coupes réitérées. Leur port ressemble alors à celui des saules de Babylone. Enfin , d'autres ont leurs feuilles dis|)osées en recouvrement comme les tuiles d'un toit : tels sont les noyers et les marronniers d'Inde.

J'en ai rapporté un assez grand nombre d'exemples dans mes Etudes nautiques. Il est certain que, comme les végétaux montagnards c'est-à-dire dont les semences sont aériennes, ont des sous-genres qui peuvent se répartir aux différentes couches de l'atmosphère et aux divers nimbsde vents , les végétaux aquatiques ont aussi des sous-genres harmonies avec l'océan glacial , souterrain, aquatique et aérien. On pourrait rapporter même à l'océan végétal les plantes parasites , qui tirent leur substance de la sève des végétaux, comme les guis, les scolopendres, les lichens, les agarics, les mous* ses... Les harmonies de la nature, si merveilleuses dans les grands objets, le sont encore davantage dans les petits. Elles se multiplient en raison inverse de l'espace. La construction d'une mousse est plus étonnante que celle 'du cèdre , et celle du moucheron plus que celle de l'éléphant.

Les mousses composent un sous-genre de plantes si nombreux, que le botaniste Vaillant en a compté cent trente-sept espèces dans les seuls environs de Paris, c'est-à-dire plus que d'aucun autre genre de végétal. Elles sont en beaucoup plus grand nom-

bre dans le nord, qui e^l leur patrie tiatiirelle. El^ les approchent , suivant Àdanson , de la Esimille des pins par la disposition de leurs feuilles , et par les cônes de leurs fleurs femelles. Il y a des moussesqoi n'ont pas quatre lignes de Ikauteur, comme le phâsque; et d'autres qui ont jusqu'à cinq ou six pieds de longueur , comme le lycopode ou pied de knm mais celui-ci rampe en s'enracinant d'espace en espace. Les mousses ont des urnes, souYent diargées de coiffes, et cpii quelquefois en soot privées. Les imes en ont de plates, mais le pitis grand nombre les portent terminées en forme d'aiguilles. Au centre de ces urnes est nue |ioussière que qoelqurt naturalistes prennent pour le poUen des mousses, d'autres pour leurs graines. Le contour întériear de leur couvercle a un ou plusieurs rangs de filets élastiques, qui se redressent peu à peu , et , dans le temps de la fructification , le font santer tout à coup avec les grains qu'il renferme : l'urne ressemble aloi's à un mortier qui lance des bombes. GeUe poussière , soit fécondante, soit formée de semences fécondées, est semblable à la fleur de soufre. Celle du lycopode -est très-inflammable : jetée sur la flamme d'une bougie, elle prend feu comme la poudre à canon. On l'emploie , à l'Opéra , dans des torches à l'esprit-de-vin , qui jeUent des flammes de quinze pieds de haut , lorsqu'on les agite. Les doigts, empreints de cette poudre, ne sont pas sus^ ceptihles d'être mouillés. Les mousses sont les nieil-> leurs préservatifs contre l'humidité. Celle qu'on appelle la fontinale , parce qu'elle croît dans les fontaines, a un caractère bien opposé aux semences du Iyco{M)de : c'est qu'elle ne peut conserver ni conmiuniquer le feu ; elle s'y récluit en cendre sans s'enflammer. Ou peut s'en servir pour préserver de l'incendie des charpentes trop voisines du foyer. Les mousses conseneut leurs facultés végétales pendant beaucoup d'années; car, quoiqu'elles soient alors très-sèches , si on les humecte , elles reverdissent. Cependant on ne peut les faire croître où l'on veut, tandis que souvent elles viennent où l'on ne veut pas.

Je ne dirai rien ici du nostoc ou mousse fugitive , esfièce de lichen membraneux , qui apparaît sur la terre immédiatement après la pluie , et qui disparaît avec le vent; je ne parlerai pas non plus de la mousse aquaticiue ou sphaigne des marais , composée de filamens soyeux d'un beau vert ; ni de la conferve, es|)èce de byssus composé de filets qui n'ont ni racines , ni feuilles , ni fleurs, ni fruits. Je jetterai un coup d'œil sur les plantes fluviatiles et maritimes, dont la botanique est presque toot-àfait inconnue.

Il y a une multitude de plantes qui croissent

bES VKGÉT^AUX.

InMi^^eoWinent sur le boni des eaux , qu'elles einlirllisseiil, comme les salicaires, dont les épis sont pomprés; les iris jaunes, les menthes odoranles, flMÎs 0 y eo a qai viennent dans le sein même des €«ix, oomme les cressons , les lentilles d'eau , les gbieals , les joncs , les nympluea , les sagittaires , «iosi nommées parce que leurs feuilles sont faites CD fer de flècbe. D'autres sont tout-à-fait submergées : telle est, entre antres, une espèce de plante en longs filets, dont les extrémités sont articulées en forme de pâtes d'écrevisses. Il est remarquable qoe tontes ces plantes fluviatiles épanouissent leurs tienn à la sorbce des eaux. Une rivière , en été , reKembie souvent à une prairie ondoyante. Les petits oiseaox s'y reposent, et j'ai vu plus d'une Ibis la bergeronnette y courir après les insectes qui y vnhigent. On en doit conclure que l'action immédiate du soleil est nécessaire à leur floraison , et qu'elles sont faites pour embellir le séjour de rhoaune , car les bords de la mer n'offrent rien de semblable. Les plantes fluviatiles ont des fleurs, et les plantes marines n'en ont point. Les premières semblent destinées, par leurs couleurs et leurs parfums, à fournir des couronnes, des ceintures et des bouquets aux bergères et aux baii^neuses; et les aecondes, par leur glu et leur élasticité, à fiivoriser les écfaouages des barques des marins et despédienn.

Les plantes qui croissent dans le sein de la mer sont soumises à d'autres kns végétales que celles qui flenriflwnt à la surfoce de la terre et des eaux douces; dies sont encore si peu connues, qu'elles manquent même de nomenclature. On leur donne, en général , les noms de fucus, d'algues ou de varechs, avec aussi pende fondement que si on donnait le nom général d'herbes ou de graminées à toutes les plantes de la terre , parmi lesquelles il y a tant de genres différens et tant d'espèces si va- Il rîées.

A juger du nombre des plantes de la mer et de [ leurs espèces par celui de ses animaux, il y a apr parenoe qu'étant beaucoup plus étendue que la terre y elle est encore plus féconde en végétaux; mais nous ne connaissons guère que ceux qui croissent sur nos rivages, ou que les coorans nous apportent. Quoique nous vantions beaucoup nos connaissances en histoire naturelle, je crois que nous n'en avons guère plus en plantes marines que les poissons n'en ont en plantes terrestres.

Il y a ime bien plus grande variété de couleurs dans les plantes de la mer que dans celles de la terre. J'en .ai vu de blanches , de grises , de vertes, de couleur de citron, de rose, de pourpre, de rouille, de brun enfumé, etc. : il semble que la

nature, qui leur a refusé les fleurs, leur en donnt* l'éclat et ménoe les teintures , qnoiqu'à cet égard on en fasse peu d'usage. Il est remarquable qu'il n'y en a point de bleues^ ou du moins très-|)eu , parce qu'elles seraient confondues avec la mer qui est de cette couleur. C'est par la même raison qu'on ne voit guère de plantes terrestres de la couleur du sul qui les produit, parce qu'elles n'auraient pu être distinguées par les animaux auxquels elles étaient destinées. Ceux-là donc sont dans une grande erreur qui veulent établir de simples attractions et des consonnances mécaniques dans les ouvrages de la nature, qui nous présentent de toutes parts d'ingénieux contrastes.

Les diverses espèces de plantes marines ne diffèrent pas moins entre elles de formes (|ue de couleurs. Il y en a en arbrisseaux , en feuilles de laitue , en longues lanières , en cordelettes ni irs ; d'autres avec des nœuds, comme des disciplines; d'autres , chargées de siliques, de digitées, de chevelures; en flottes, comme les trombes du cap de Bonne-Espérance; en grappes de raisin , telles que celles qui en portent le nom sous notre tropique. .Les unes flottent sans [»araitre être attachées à la terre ; d'autres ont des i-acines qu'elles collent aux corps les plus unis, à des galets, à des bouteilles. Il y en a qui s'élèvent à la surface des flots, au moyen de petites vessies pleines d'air; d'autres ont de larges feuilles en éventail, criblées de trous, à travers lesquels l'eau passe comme [lar un tamis : tels sont les panaches marins qui croissent dans les détroits; il en est qui végètent sur la croûte dis coquilles, comme des poils follets; d'autres, comme celles qui sont autour des lies de Kerguelen , vers le pôle austral , s'élèvent du fond des abîmes de la mer, et ont jusqu'à trois cents brasses de longueur.

Toutes les plantes marines , même les plus submergées, ont des rapport s avec l'air ; elles le sépîirent de l'eau par un mécanisme non mohis diflicile à comprendre que celui des ouïes des poissons, qu'on nous donne pour l'expliquer. Une des plantes les plus extraordinaires en ce genre est le fucus giganteus , décrit par Roblet , chirurgien du capitaine Marchand , dans son voyage aux lies Charlotte, daas la mer du Sud. Il diffère de celui dont Forster nous a donné la description dans le Voyage de Cook, en ce qu'il est brandfu , et que sa tige et ses branches sont des tuyaux pleins d'air d'un bout à l'autre. Au reste, ils parviennent tous deux à une grandeur pixHhgieuse , qui leur a fait donner le nom de gigantesques; car ils ont plus de trois cents brasses de long : celui de Roblet en avait trois cent quatorze. Sa végétation n'est pas nioin^i

HARMONIES AQUATIQUES

étrange que sa longueur. A sa naissance au fon«l de la mer, il n*esl pas plus gros que le petit doigt, et il va en s^élargissanl jusqu'à la surface des flots, où il se termine par une boule creuse entourée de feuillages ; ih était couvert de bemacles d'un ]K)ut à l'autre. Il ne se soutient dans Teau qu'au moyen de l'air qu'il renierme; car si on le cou|ie, ses tronçons coulent à fond.

En général, les végétaux marins ont leur tige plus menue en bas et plus épaisse en haut, tandis que les végétaux de terre ont des pro|H>rtions toutes contraires. C'est que dans les premiers le liant de la tige porte le bas, et dans les seconds le l)as porte le haut. La plante marine est supportée, dans toutes ses parties, par Teau, tandis que la plante terrestre pèse, par toutes ses parties, sur sa base , qui par consé(]ueiit devait être renforcée. l^ nature ne fait rien de trop ni de trop peu ; ses liarmonies sont si précises, que les végétaux terrestres qui s'accrochent i^ar des vrilles ou des spirales, et qui |)ar conséquent ne pèsent pas sur leur tige, l'ont plus menue par en bas et plus large par en haut , comme les plantes marines : tels sont les pois, les haricots, etc.

On pourrait , je crois , se sen-ir d'un fucus giganteus à tube aérien pour descendre dans la mer; il servirait de trompe pour respirer l'air, puisque c'est une espèce de tamis qui le sépare de l'eau ; on n'aurait point à craindre la compression de l'atmosphère , comme dans la cloche du plongeur.

Chaque rivage produit des plantes marines qui lui sont propres. J'ai vu à Dieppe de ces fucas blancs et rameux, tournés en spirale, dans des IHets que nettoyaient de^ pôclieurs qui venaient de prendre des crabes sur les côtes d'Ecosse. Il y en avait de plusieurs autres espèces (|u'on ne voit |K)int sur nos rivages. Les onlures de leurs filets auraient enrichi nos cabinets les plus curieux. S'il y a un grand nombre de plantes marines sédentaires, il y en a de voyageuses. En revenant de File de France, j'ai vu, pendant \Àm de quatre-vingts lieues, la mer couverte de celles qu'on appelle raisins du tropique : on prétend qu'elles viennent des hauts-fonds de la Floride. Ce serait une nouvelle preuve du courant de la mer Atlantique, en été, du pôle nord vers le pôle sud. Mais comme en hiver les bords septentrionaux de, cette même mer en sont couverts par grands tas , on en peut conclure encore qu'elle remonte au nord dans cette saison : ses riverains s'en servent avantageusement pour fumer Xeiirs terres, ou pour en tirer de la soude. Elles sont recueillies avec soin par les habitans des côtes de Bretagne , de Normandie , des Mes de Scilly, de l'Angleterre, de l'Ecosse, de

l'Irlande, des Orcades, et même de h stérif Islande, où quelquefois elles senreni de pâUore aux vaches.

Parmi ces végétaux maritimes si nombreux et» vigoiu^ux , il n'y en a pas un qae Fon puisse comparer à un tronc d'arbre, par sa soUdité et si groiseur; tous sont menus et élastiques oomiiie des herlies. Il parait qiie l'intention de la nature a été de donner pendant l'hiver, aux amphibies du nord , des litières molles et chaudes, qu'elle a refusées à ceux du midi , qui ne trouvent sur leun grèves que des sables et des mangliers doot ks feuillages élevés les mettent à l'aliri de la diaiear. Il est reman|uable que les madrépores, ces espèors de végétations pierreuses dont les débris produisent tant de sables, viennent en alMMiduioe sur k^ rivages de la zone torride, tandis qu'on eo trooTe fort peu sur cetix des zones tempérées, et point dn tout dans les zones glaciales. Au contraire, ks plantes marines souples , telles que les algues et les fucus, sont d'une grandeur considérable, et très-communes dans les zones glaciales : moins nombreuses dans les tempérées, on en trouve fort peu dans la zone torride, où elles sont remplaoées par les madrépores. Cependant ces deux prodiNs tions si dissemblables paraissent avoir entre elles des analogies , car elles ne portent ni fleurs ni fruits, et quand on les brille, elles ont tontes deux une odeur désagréable de poisson ou d'insecte. Je serais disposé à les ranger dans la classe des polypiers; pourquoi même n'y comprendraii-on fM» aussi les plantes terrestres , puisqu'on tnxn'e des animalcules en abondance dans leur sève?

Quoicpie l'anatomie des plantes nunrines nous soit encore inconnue, il est certain qu'elles sont harmoniées avec toutes les puissances de la nature. Elles croissent au fond de la mer; mais elles s'enracinent sur ses sables et ses rodiers; elles pompent l'air mêlé avec ses eaux , comme on le voit par celles qui ont des vessies aériennes, et par les poissons qui respirent avec leurs ouïes. Les rayons du soleil, ce premier moteur de loni les êtres , y pénètrent aussi , non-seulement par kor clialeur, mais encore par leur lumière; car les poissons ont des yeux. Il n'y a pas même de doute que les rayons de la lune n'éclahrent jusqu'au lond des abîmes de l'Océan ; car c'est sur ses phases que les poissons règlent leurs voyages, leurs amours et le temps de leur frai : enfin l'infloenre de l'astre des nuits y est si grande , que les poissons à coquille ont leur coquillage revêtu d'autant de couches qu'ils ont vécu de lunes, ainsi qne nous l'avons remarqué ailleurs.

Ces obsen^ations détruisent rc/rein* mise en

DES VÉGÉTAUX

avanl |nr Bouguer, au sujet de la lumière de la lime. Cet astronome prétend que celte lumière n'est que la trois cent millième partie de celle du soieîl ; il tire cette conséquence d'une expérience f |u*il a foite avec un certain nombre de verres poses les uns sar les autres, à travers lesquels il a bit passer les rayons de l'astre du jour, qu'il a réduits ainsi à un clair de lune. Mais si la lumière de Tastre des noits n'était en effet que la trois cent nilttème partie de celle de l'astre du jour, nonseulement elle n'irait pas jusqu'au fond des mers, mais même celle du soleil n'y pénétrerait jamais, car elle a à traverser des coudies d'eau beaucoup plos épaisses que tous les verres qu'on peut entasser h» ims sur les autres. Cependant les mœurs des poissons et les accroissemens périodiques de lears coquilles prouvent l'influence des rayons de la lone jusqu'au sein des eaux les .plus profondes.

Booguer n'avait besoin que du témoignage de ses yeox pour se convaincre d'une erreur de calcul aussi énorme. Pouvait -il croire qu'un clair de pieîqe lune est trois cent mille fois plus faible que le jour? Les ombres sont en même proportion que les Iproîères. Y a-t-il un rapport d'un à trois cent mille entre les ombres des corps éclairés par ces deiiK astres ? S'il fallait à Bougtier, élevé dans l'obéissanoe académique, des expériences physiques pour s'iissurer de ce qu'il voyait dans la nature, il n'avait qu'a bien fermer les volets de sa cliambre, et y fiiire iin trou qui fàt la trois cent millième partie du disque apparent du soleil , qui est à peu près d'un demi-pied de diamètre; il aurait vu si le filet de lumière solaire qui l'eût éclairé était comparable à œUe d'un clair de lune. Il y a dans le volet de ma chambre cinq trous, de plus d'un demi -pouce de diamètre cliacun : lorsque les rayons du scdeîl passent à travers, ils n'y rendent pas sensibles les objets qui sont à l'extrémité. Bougner s'est encore trompé lorsque, dans son Traité de la NavigaUo» , il fixe à un degré la plus grande réfr^ctioa du soleil sur tous les horizons du globe. Bèrenta avait prouvé qu'elle était de deux degrés . ci demi sur l'horizon de la Nouvelle - Zemble, où il vît le soleil quinze jours plus tôt qu'il n'y devait paraître. Il est vrai qu'on eu peut conclure en même temps que la terre s'alonge au nord, taudis que Bougoer, par une autre erreur, l'y suppose aplatie. Non-seulement il s'est trompé encore dans le même livre , mais il s'est contredit lorequ'il affirme , d'une part , que la lune produit les marées par son attraction; tandis qu'il avoue, de l'autre, que les grandes marées n'arrivent ({u'un jour et demi ou deux après le passage de cet astre au méridien.

Je suis porté à croire (pi'il n'y a |M)int d'erreur,

même physique, qui n'ait sa source dans un défaut de morale. Bouguer voulait appuyer l'expérience du célèbre BufFon , qui refuse toute chaleur aux rayons de la lune; en cousé(|uence , il affaiblissait , autant qu'il était en lui , par des expériences non moins illusoires , la lumière du réverbère céleste. D'un autre coté , il tenait fortement au système de l'attraction , qu'il voulait étendre à tout; il aimait donc mieux s'en confier au calcul (lu'à l'évidence , et à l'autorité de Newton, qu'au témoignage de ses sens. C'était un lK)n néophyte, fidèle à sa foi , parce qu'il lui devait son pa<^e d'astronome. Il y resta constamment attaché , ain^i (]u'à sa patrie. Chargé , avec deux autres académiciens, de mesurer, au Pérou, un arc du méridien, près de l'équateur, il n'y fut ni querelleur, ni ambitieux , ni cupide. Il fut le seul d'entre eux qui retourna en France et à son académie, dès qu'il lui fut possible. Ses erreurs furent celles de son système plutôt que les siemies. Si je les relève ici en particulier, c'est qu'elles sont dans un ouvrage d'ailleurs estimable, et c'est afm de garantir la génération future de l'autorité des noms accrédités par les corps. Pour connaître la vérité, il faut s'affrandiir des préjugés de famille, de tribu , et môme de nation.

Mais laissons les systèmes variables des hommes, et revenons aux lois [lennanentes de la nature. Nous avons rap[)orté chacune de ses puissances à douze harmonies principales , qui les divisent en genres. On peut rapporter chaque genre aux mêmes liarmonies , et il en résultera au moins cent quarante-quatre espèces positives et autant de négatives. On aura , par la même marche , les sous-espèces ou variétés. Si l'on applique cette méthode aux plantes marines, elles se trouveront toutes classées dans leur ordre naturel. Il en résultera une connaissance approfondie de leurs formes, et |)ar consécpient lem* nomenclature : rem verba sequuniur^ les choses portent avec elles leui-s expressions. Jusciu'ici nous avons été dans une ignorance profonde sur les plantes marines , auxquelles nous n'avons donné tout au phis qu'une douzaine de noms, tandis qu'elles sont peut-être d'espèces et de genres aussi variés que les plantes terrestres. Il est très - vraisemblable qu'il y a entre les premières et les animaux de la mer les mêmes rapports ([u' entre les secondes et les animaux de la terre. Quand même tous les végétaux marins ne seraient ({ue des polypiers , ils n'en servent pas moins aux besoins et à la nourriture des poissons , dont plusieurs espèces niéridionales ont un palais osseux qui leur sert à broyer les coraux.

HARMONIES AQUATIQUES

On peut (loue rai>)K>rter les niadré|x>res si nombreux qui pavent les mers de la zone torride, au so!eil, et les al^esaux zones glaciales. Quoique toutes ces vé^lations croissent au sein des eaux , il y a des plantes marines qui appartiennent particulièrement à Tair , et qui sont en quelque sorte amphibies. Je citerai plusieurs espèces de varechs attachés aux rodiers, que la mer couvre et découvre dans ses IHix et reflux. Les vents en aiptent les feuillages comme ceitx des forêts. D'autres sont ordonnés à la terre , et sen-ent à en protéger les rivages contre les courans: teb sont les algues du nord , tels sont surtout les madrépores , qui augmentent insensiblement la circonférence des îles situées entre les tropiques; plusieurs môme de ces îles leur doivent leur naissance, comme Ta observé Cook dans les mers du Sud. C'est de leurs débris |)ierreux que se sont formés autrefois les pierres calcaires , les manies et les marbres qui fonnent le sol de la plus grande partie de la terre, et surtout de TËurope. Chose étrange ! des animalcules marins, à peine visibles au microscope, accroissent notre globe de leurs travaux. Il n'y a de force si petite, ((ue la constance ne rende toute puissante : omnia vincit lahor improhus, rien ne résiste à un travail opiniâtre. Les harmonies animales des plantes marines ne sont pas moins admirables que les terrestres. Les algues du nord servent à la pâture d'ime multitude d'insectes, qui servent à leur tour de nourriture à d'énonnes cétacés. C'est sans doute à ces plantes si communes et si vigoureuses vers les cercles polaires, qu'il faut attribuer cette quantité prodigieuse de poissons que l'on pèche dans les mers septentrionales , dont les espèces sont sans contredit plus nombreuses, plus variées et plus volumilieuses (|ue celles qui vivent dans les mers lorridiennes. Il y a de ces plantes marines à l'usage des hommes: telles sont celles que nous employons aux engrais , et dont nous tirons des soudes. Mais combien d'autres pourraient senir aux teintui'es , et même aux alimens ! Les Cliinois, et surtout les Japonais , à l'aide de quelques préparations, en tirent des mets agréables , ainsi que nous avons fait de l'olive si amère. Y a-t-il parmi les végétaux marins une substance plus coriace et moins savoureuse que le grain de café, dont les Indiens ont fait une boisson exquise, par la torréfaction et la combinaison du sucre ? Que ne peuvent les liarmonies des différens sels jointes à celles du feu !

Les plantes marines servent aussi aux harmonies morales du globe. Les unes se groupent fraternellement, comme celles qui décorent les rochers par leurs consonnances; d'autres, par de doux contrastes, les parent d'une pompe conjugale : telles

sont les corrallofdes , si variées de fbnnes eC de ODOleurs. D'autres se conjuguent entre elles i la tar« face des flots, et servent de radeaux à des oonples heureux. On voit souvent ^ aux environs du cap de Bonne -Espérance , des veaux marins, mâle et femelle, voguer ensemble sur des trombes, creoiées sans doute et renflées pour celle fin par la natore. Ce fut sur un lit de [liantes marines que la Vémis des flrecs appanit au sein des mers, où la tààe la fait naitre. Les Cliinois font égalejnenC naître la déesse des amoursau sein d'une fleurqni s'é|Mnioaissait au milieu des eaux. Ainsi, le sentiment des mêmes haimonies est commun à tons les peuples. Un grand nombre de plantes marines soaH dîcsCi* nées à des relations maternelles. EUes servent 4 abriter et à voiturer le frai des poissons qui ^j attache. Souvent des alcyons et de petits oiseaux de teri-e , et même de faibles quadrupèdes , y font leurs nids , et voguent vers des Iles inconnues. Ces Tégé* talions flottantes forment quelquefois des trftns si nombreuses, qu'elles arrêtent la course des vaisseaux : telles sont celles de la Floride. D'antres semblent poser des limites stables, et tracer des li-« gnes de démarcation sur les plaines liquides de la mer : elles peuvent déterminer les bornes des diverses puissances maritimes , et doimer anx navigateurs des points plus sûrs que leurs longitudes estimées. D'autres font comme eux le tour du globe , et circulent d'un pôle à Paùtre avec FOcéan. C'est peut-être parmi ces espèees voyageuses et oosma- IMlites que de malheureux marins, naufragés sur un écueU , peuvent choisir des trajectiles propres à annoncer leur infortune sur tous les rivages. L'épaisseur de leurs feuilles et de leurs tiges est propre à recevoir toutes sortes d'inscriptions. Il est aisé d'en réunir des trains , pour les rendre apparens au sein des mers et signaler im naufrage.

Ainsi , la grève la plus aride , le rocher battu des tempêtes, petivent offrir à l'honmie le plus abandonné de ses semblables des objets de curiosité, d'aliment, d'agrément , d'espérance et de consolation. Dans mon enfonce , j'allais souvent seid sur le bord de la mer m'asseoir dans l'enfoncement d'une falaise blanche comme le lait, au milieu de ses débris décorés de pampres marins de toutes couleurs, et frappés des vagues écumantes. Là, comme Chrysés, représenté par Homère, et sans doute comme ce grand poète l'avait éprouvé Iinmême , je trouvais de la douceur à me plaindre au soleil de la tyrannie des hommes. Les vents et les flots semblaient prendre part à ma douleur par teurs murmures. Je les voyais venir des extrémités de l'horizon , sillonner la mer azurée et agiter autour de moi mille gtiirlandes pélagiennes. Ces lointains.

DES ANIMAUX

ees bruits confus, oesmouvemens perpétuels, piongeaieni mon ame dans de douces rêveries, J'admiwms ces plantes mobiles, semées par la nature sur la Yoâte des rochers , et qui bravaient toutes les tempêtes. De pauvres enfans, demi-nus , pleins de gaieté > venaient avec des corbeilles y chercher des crabes et des vignots. Je les trouvab bien plus heureux que moi avec mes livres de collège , qui me coâtaient tant de larmes. Michel Montaigne raconte qu'il retira un joar dans son château un semblable enbnt qu'il avait trouvé sur le bord de la mer ; tnais odui-ci préféra bientôt d'y retourner, et de cheicber sa vie dans la même occupation. Montaigne althboe ce goAt au sentiment de la liberté ; mais il tient encore à celui des harmonies inexprimaliles que la nature a répandues sur les rivages de Ja mer. Ce sont elles qui portent le Patagon demi-nn à errer sans cesse au milieu des frimas et des lempètes du cap Uom. Il préfère ses grèves bromensesanx plaines fécondes de T Amérique, et sa grossière industrie à tous les arts des Européens. La nature a mis le berceau de la liberté dans le jardin des Néréides. Ce n'est point sur les sommets arides des liantes montagnes , mais sur les bords de rOcéan , que se sont formées les premières répoUiques. Là • les solitudes les plus sauvages sont habitées par une foule d'êtres animés , et l'aboridanœ s'y trouve au milieu du plus sublime speclade de la nature.

HAnMOIilES AQUATIQUES

DES ANIMAUX

Nous avons distingué cinq océans, le glacial, raérîen , Taquatique , le terrestre , le végétal ; nous poovoos en ajouter un sixième, qui est Panimal , «omposé des humeurs et du sang des animaux. Gelnirci est non-seulement organisé comme le végétal , mais il est en quelque sorte animé. Tous ces océans qui constituent la puissance aquatique sont modifiés par l'action positive et négative du soleil, action combinée avec les autres puissances de la nature, et ils sont entre eux dans les mêmes proportions descendantes que ciiacune de ces puis-

Non-seulement chaque animal a des rapports généraux avec tous ces océans , mais les animaux forment différens genres qui peuvent se rapporter à chacun de ces océans en particulier. Avant de parler de leurs harmonies aquatiques extérieures, nous allons jeter un coup d'œil sur celles qui sont intérieures.

Nous remarquerons d'abord que les animaux asfiirent les fluides par des organes positifs, comme

desbecs,deslèvres, des langue^, des trompes, et qu'après en avoir rempli leur vessie et leurs vaisseaux lymphatiques, ils les expirent par des organes négatifs.

I.es becs sont des espèces d'écopes d'une manière cornée , qui servent aux oiseaux pour prendre leurs alimens solides et liquides. Les uns boivent l'eau par cuillerée , comme la poule , qui , à chaque gorgée, lève les yeux au ciel; d'autres la pompent d'une haleine , comme le pigeon , qui a le bec un peu charnu , afin que ses deux parties tassent mieux le vide : le canard a le sien élargi par le bout , et boit en barbotant.

Les iè\Tes sont des espèces de membranes avec lesquelles les quadrupèdes attirent l'eau en formant le vide , comme le cheval et le bœuf.

Les langues sont aux animaux ce que les feuilles sont aux végétaux , les véhicules de l'eau et les mobiles des sons et des murmures : les unes et les autres sont, pour cet effet, taillées à peu près de la même manière. Le chat se sert de sa langue poun lécher l'eau , ainsi que le lion et le tigre ; et le chien, qui Fa fort longue et fort mince , en forme , en lapant , une espèce de coniet avec lequel il l'attire. Les poissons ont des langues courtes et immobiles, adhérentes à leur mâdioire inférieure. C'est par cette raison qu'ils sont muets : ils n'avaient [las besoin d'un des organes du son dans un. élément qui n'est pas sonore.

La trompe sert principalement aux ûisectes potu" pomper leur- boisson. Les insectes sanguisorl)es ont une trompe d'une structure particulière. L'éléphant porte aussi une trompe ; mais ce n'est qu'un nez prolongé , ou une pompe aspirante avec laquelle il attire l'eau , qu'il verse ensuite dans sa bouche. Celle des insectes est un gosier et non un nez , parce qu'ils i-espirenl par des tradiées.

Il est certain que les poissons boivent , puisqu'ils transpirent : il est probable que leurs ouTes leur servent à séparer l'eau douce de l'eau marine , commo ils en séparent l'air qu'ils respirent. Il est très remarquable que ceux de la mer n'ont ni la lymphe ni le sang salés. Les matelots pressés de la soif boivent le sang des tortues de mer, qui est doux. Nous remarquerons encore que les poissons proprement dits n'ont point de vessie aquatique, parce qu'ils n'avaient pas besoin de réservoir au milieu des eaux , où ils peuvent se désaltérer sans cesse. C'est sans doute par la même raison qu'ils ont fort peu de sang ou de lymphe qui leur en tient lieu ; mais ils ont une vessie aérienne qui leur sert à s'élever ou à descendre dans l'eau , lorsqu'ils la dilatent ou <|u'ils la compriment, et que, par ce moyen, ils occupent im plus grand ou un plus petit espace.

HARMONIES

Les liarnionies nqaatiques extérieures des animaux sont en rapport avec les six océans.

Les uns en ont avec l'océan glacial , par lears longs poils qui les mettent à Tabri des neiges : tels sont en général ceux qui avoisinent les pôles, ou qui vivent près des glaciers des hantes montagnes , et que la nature a revêtus d'épaisses fourrures. Nous observerons qu'elle a étendu ses précautions maternelles jusqu'aux animaux de nos climats, dont les poils deviennent plus longs et plus touffus en hiver qu'en été. Quelques espèces ont des organes particuliers en rapport avec les neiges , comme les élans et les rennes du Nord , dont les bois sont palmés et aplatis. Ils s'en servent , comme de bêches et de pelles, pour écarter la neige qui cache les mousses et les plantes dont ils se nourrissent. La neige elle-même est une esp^ de matelas dont la nature couvre , en hiver, les herbes , pour les préserver du froid.

La plupart des animaux ont des harmonies avec l'océan aérien ou vaporeux , par la configuration de leurs corps et de leurs muscles, disposés de la manière la plus favorable, non-seulement pour faire écouler l'eau des pluies, mais pour la conduire depuis le sommet de leur tète jusqu'à leurs organes excrétoires , afin de les laver et de les déterger. Ils ont de plus leurs plumes ou leurs poils disposés les uns au dessus des autres en recouvrement , comme le^ tuiles d'un toit.

L'océan terrestre , suivant notre définition , se divise en océan fluvialiie, qui coule en rivières et en fleuves à la surface des contlnens , qu'il arrose, et en océan souteirain , qui fournit sans cesse des sources à nos puits et à la végétation. Un grand nombre d'animaux ont, avec le premier, des rapports que nous examinerons en parlant de ceux de l'océan aquatique on de l'Océan proprement dit , quoiqu'ils en aient aussi de particuliers. Quelques espèces en ont avec l'océan souterrain. C'est ainsi que les scarabées vivent sous terre , et ont les ailes revêtues d'étuis écailleux , pour les préserver de l'humidité. Plusieurs sont enduits d'huile, comme le stercoraire, et comme celui qu'on appelle, à cause de sa couleur, le capucin , qui passe sous la terre la saison de» frimas , à l'abri des gelées , avec ses petits, qu'il y porte sur son dos, aplati eomme celui d'une toriue.

Plusieurs insectes sont ordonnés à l'océan végétal , c'est-4-dire à la sève des plantes : tels sont ceux qui vivent à la surfiice des feuilles et des fruits, dont ils pompent les sucs; tels sont , entre antres , les cochenilles , qui nous donnent la riclie couleur de l'écarlate. Elles naissent au Mexique , sur la feuille é|»aisse et épineuse du nopal, qu'elles

AQUATIQUES

sucent dès qu'elles sont édoses. Lenr trompe est si fragile qu'on ne peut les déi-anger de leur place sans la rompre et les foire périr ; elles restent donc fixées toute leur vie au même point qui les a vues naître , et à la mamelle végétale qui les nourrit. Mais , lorsque les femelles ont atteint l'âge de puberté , ce qui arrive au bout d'an c^ertain nombre de phases lunaires, il vient des ailes aux mâles , qui se détachent de la plante qui les a vus naître , et ne vivent plus que pour l'amoar. Les femelles , toujours immobiles, font leur poote autour d'elles; mais leur postérité est si nombreose qu'elle manquerait bientôt d'espace pour paître sur la même feuille, et si délicate , qu'il lui serait impossible de passer d'une plante à l'autre , si la nature ne lui fournissait un moyen admirable d'émigration. A l'époque de leur naissance , une multitude d'araignées filent dans les nopalîères, et c'est le long de ces fils , comme sur des ponts , que les petites cochenilles émigrent sur les nopals voisins.

L'océan animal, c'est-à-dire le fluide qui circule dans les animaux , sert à la nourriture de quantité d'insectes. Il n'y a peut-être pas d'animal qui n'ait son insecte particulier, depuis la puce jusqu'à la baleine. Beaucoup d'oiseaux ont des poux ailés, et j'en ai vn de tels à des pigeons à l'Ile-de-Franoe. Mais , parmi les insectes sanguisorbes , il n'y en a point de construits avec un artifice plus étonnant que le cousin. Il a des ailes qui le transportent on il lui plaît , six pâtes armées de griffes pour s'attacher sur les corps les plus poils, et une trompe plus curieuse sans contredit que celle de l'éléphant. C'est un tuyau fendu dans sa longueur en deux parties flexibles, qui renferment un aiguillon d'une structure merveilleuse ; il est composé de cinq on six petites lames , semblables à des lancettes posées les unes sur les auti'es. Quelques-unes de ces lancettes sont dentelées à leur extrémité comme des scies; d'autres sont tranchantes comme des poignards. Le cousin se sert du tuyau de sa trompe comme d'un pieu , pour l'enfoncer dans un des pores de la peau ; ensuite il en fait jouer les lames, qui tranchent les vaisseaux capillaires, et il en aspire le sang avec sa trompe, jusqu'à ce qu'il en soit rempli : on voit sortir alors de son anus une petite goutte d'eau dont il se décharge. Nous avons supposé , aux harmonies aériennes , non sans vraisemblance, que cette goutte provenait d'nne vessie pleine d'eau , que la nature a donnée aux insectes volatiles pour se tenir en équilibre dans l'air, comme elle a donné aux poissons une vessie pleine d'air pour se tenir en équilibre dans l'eau.

Bien des gens regardent les insectes sangtiisorbes

DES ANIMAUX

la^

comme prodnits par one iKiissance malveillante ou an moins imparfaite ; mais tout est à sa place dans l'anlvers. Ces insectes, qui ne foisonnent que dans les chaleurs , pompent les haraeurs surabondantes des corps des hommes et des animaux ; ils les empêdient de se livrer à de trop longs sommeils ; ils les forcent de recourir aux bains si sain* taires. Les mouches obligent , vers le milieu du jour , les hamfs de quitter les vallées , et de chercher .de nonvelles pâtures aux sommets des montagnes. L'cpstrum, cette espèce de taon si redouté des rennes , les contraint ^ en été , de fuir vers le nord, où Ils trouvent de nouveaux lichens que la fonte des neiges leur découvre. Quelques moudies bourdonnantes servent de barrière à leurs nombreux troupeaux , et les retiennent sans cesse dans les limites de l'hiver , pour les<|uelles ils sont destinés. Pour juger la nature , il faut la voir dans son ensemble.

Les organes des insectes sont bien pins composés qne oeax des antres animaux. Leur étude peut donner de grandes lumières sur la nature même des élémens avec lesquels ils semblent être en rapport. Les animaux microscopiques en sont en particulier la preuve : par exemple , le rotifère n*est pas plus gros qu'un petit grain de sable. II habite les gouttières, où il peut snppoiter, sans périr , le 50^ degré de chaleur , et le 19^ degré de froidure au-dessous de la glace, au thermomètre de Réaumur. On le trouve dans fm tel état de sécheresse, que si on le tooche avec la pointe d'une aiguille , on le réduit en poudre. On peut le conserver un grand nombre d'années dans son état a]>parent de mort; il reste toujours en vie sans prendre aucune nourriture. Si on laisse tomber sur lui ime petite goutte d'eau , elle le brise , tant ses organes sont délicats; mais, si cette eau le pénètre à travers la poussière , il développe peu à peu ses membres, et il nage dans sa goutte comme dans un océan. On lui voit alors alonger, de sa partie antérieure, deux tronçons qui portent chacun une roue, qui lui a fait donner le nom de rotifère ou porte-roue. U sort ensuite de sa partie inférieure un trident , avec lequel il s'attache sur le plan où il est, comme avec une ancre. Son corps est composé d'anneaux qui lui servent de jambes; il s'en sert pour s'allonger et se contracter à son gré, comme un ver. Avec ses deux roues, compo^ sées de fils imperceptibles , il forme deux tourbillons rapides, au moyen desquels il s'élève et s'abaisse , et attire sa proie vers sa bouche, située entre ses deux tronçons. Certainement la trompe de l'éléphant est moins ingénieuse ; j'entends îngénieuse par rapport à nous , qui mesurons les

degrés de l'intelligence divine sur la nôtre, c'est* à-dire par des nombres et des séries. Mais il n'en est pas de même par rapport à la nature : eOe a proportionné les organes des êtres à leurs besoins. L'excès de prévoyance, pour celui qui pourrait s'en passer, serait une inconséquence aussi grande que son défout pour celui A qui cette prévoyance serait nécessaire. Tout est donc également ingénieux dans ses ouvrages, parce que tout y est i sa place et dans ses proportions. Une lourde baleine, foite en forme de soulier , n'est pas moins bien taillée pour voguer an sein des glaces de l'Océan , que le rotifère léger dans sa goutte d'eau, exposé sans cesse à être précipité du liant des toits où 11 fait sa demeure.

Quoiqu'un rotifère soit à peine visible, il a encore au-dessous de lui des séries d'animalcules si petits qu'il est , par rapport à eux ^ ce qu'est , par rapport à lui, un de ces nord-capers, qui ont jusqu'à cent cinquante pieds de longueur. Tels sont ceux qu'il attire dans ses tourbillons pour en faire sa proie, et surtout ceux qui s'agitent en nombre infini dans Ui sève des végétaux, et dans la lymphe et le sang des animanx. Si l'on regarde un têtard an microscope , on voit , dans les parties transparentes de sa queue , le sang circuler avec ' rapidité sous la forme de petits globules , qui s'allongent aux passages étroits , comme s'ils étaient animés. De simples dissolutions de poivre ou de graines manifestent^, au microscope, un grand nombre d'animalcules qui ont des formes trèsextraordinaires. Le vinaigre en présente qui ressemblent à des anguilles; leur génération parait se produire sans accouplement. La nature varie ses lois dans l'infiniment petit comme dans l'infiniment grand : mais comment pourrions-nous la snivre dans ces longues perspectives de la vie, nous qui entrevoyons à peine la carrière rapide où nous devons marcher? contentons-nous seulement d'en tirer quelques conséquences pour la guérison de nos maux ; la plus grande portion de notre bonheur ne consiste que dans leur absence.

Je crois donc qu'on peut attribuer la plupart des maladies contagieuses à des animalcules qui vivent dans des fluides , et qui s'attachent à des corps, au moyen desquels ils se communiquent par le contact. Il est certain qu'elles s'engendrent toutes par des temps chauds et humides, qui sont les grands mobiles des générations végétales et animales. Ces mêmes maladies ne cessent que par des froids rudes ou par des chaleurs arides , si contraires à toute espèce de génération. Celles qui naissent unlquemen^de la comiption de l'air ne se communiquent point par le contact, et par consé-

HARMONIES

Les iiarnionies aquatiques extérieures des animaux sont en rapport avec les six océans.

Les uns en ont avec l'océan glacial , par leurs longs poils qui les mettent à Tabri des neiges : tels sont en général ceux qui avoisinent les pôles , ou qui vivent près des glaciers des hantes montagnes , et que la nature a revêtus d'épai&ses fourrures. Nous observerons qu'elle a étendu ses précautions maternelles jusqu'aux animaux de nos climats, dont les poils deviennent plus longs et plus touffus en hiver qu'en été. Quehfues espèces ont des organes particuliers en rapport avec les neiges, comme les élans et les rennes du Nord , dont les bois sont palmés et aplatis. Ils s'en servent , comme de bèclies et de pelles, pour écarter la neige qui cache les mousses et les plantes dont ils se nourrissent. La neige elle-même est une esp^e de matelas dont la nature couvre , en hiver, les herbes , pour les préserver du froid.

La plupart des animaux ont des harnumies avec l'océan aérien ou vaporeux , par la configuration de leurs corps et de leurs muscles, disposés de la manière la plus favorable, non-seulement pour faire écouler l'eau des pluies , mais pour la conduire depuis le sommet de leur tête jusqu'à leurs organes excrétoires , afin de les laver et de les déterger. Ils ont de plus leurs plumes ou leurs poils disposés les uns au dessus des autres en recouvrement, comme les tuiles d'un toit.

L'océan terrestre, suivant notre définition, se divise en océan fluviatile, qui coule en rivières et en fleuves à la surfoce des continens , qu'il arrose, et en océan souteirain , qui fournit sans cesse des sources à nos poits et à la végétation. Un grand nombre d'animaux ont, avec le premier, des rapports (|ue nous examinerons en pariant de ceux de l'océan aquatique ou de l'Océan proprement (h't , quoiqu'ils en aient aussi de particuliers. Quelques espèces en ont avec l'océan souterrain. C'est ainsi que les scarabées vivent sous teire , et ont les ailes revêtues d'étuis écailleux , pour les préserver de l'humidité. Musieurs sont enduits d'huile, conmie le stercoraire, et comme celui qu'on appelle, à cause de sa couleur, le capucin , qui passe sous la terre la saison des ft-imas , à l'abri des gelées , avec ses petits, qu'il y porte sur son dos, aplati eomme celui d'une tortue.

Plusieurs insectes sont ordonnés à l'océan végétal, c'est-à-dire à la sève des plantes : tels sont ceux qui v.vent à la surfiice des feuilles et des fruits, dont ils pompent les sucs; tels sont , entre autres , les cochenilles , qui nous donnent la riche couleur de l'écarlate. Elles naissent au Mexique , sur la feuille éi)aisse et épineuse du nopal, qu'elles

AQUATIQUES

sucent dès qu'elles sont édoses. Lenr Irampe est si fragile qu'on ne peut les déranger de leur place sans la rompre et les foire périr ; elles restent donc fixées toute leur vie an même point qui les a vues naître , et à la mamelle végélale qui les nourrit. Mais , lorsque les femelles ont atteint l'âge de puberté , ce qui arrive au bout d'an oertaui nombre de phases lunaires, U vient des ailes aux mâles , qui se détachent de la plante qui les a vus naître , et ne vivent pitis que pour ranKNir. Les femelles , toujours immobiles, font leor ponte autour d'elles; mais leur postérité est si nombreuse (|u'elle manquerait bientôt d'espace pour paître bur la même feuille , et si délicate , qu'il hii sei^it impossible de passer d'une plante à l'autre , si la nature ne lui fournissait un moyen admirable d'émigration. A l'époque de leur naissance , une multitude d'araignées filent dans les nopalières, et c'est le long de ces fils, comme sur des ponts , que les petites cochenilles émigrent sur les nopals voisins.

L'océan animal, c'est-à-dire le fluide qui circule dans les animaux , sert à la nourriture de quantité d'insectes. Il n'y a peut-être pas d'animal qui n'ait son insecte particulier , depuis la pnce jusqu'à la baleine. Beaucoup d'oiseaux ont des poux ailés, et j'en ai vu de tels à des pigeons à l'Ile-de-Franoe. Mais , parmi les insectes sanguisorbes , il n'y en a point de construits avec un artifice plus étonnant que le cousin. Il a des ailes qui le transportent où il lui plaît , six pâtes armées de griffes pour s'attacher sur les corps les plus polis, et une trompe plus curieuse sans contredit que celle de l'éléphanL C'est un tuyau fendu dans sa longueur en deux parties flexibles, qui renferment un aiguillon d'une structure merveilleuse ; il est composé de cinq ou six petites lames , semblables à des lancettes posées les unes sur les auti^es. Quelques-imes de ces lancettes sont dentelées à leur extrémité comme des scies; d'autres sont trandiantes comme des poignards. Le cousin se sert du tuyau de sa trompe comme d'un pieu , pour l'enfoncer dans un des pores de la peau ; easuite il en foit jouer ks lames, qui tranchent les vaisseaux capillaires, et il en aspire le sang avec sa trompe, jusqu'à ce qu'il en soit rempli : on voit sortir alors de son anus une petite goutte d'eau dont il se dédiarge. Nous avons supposé , aux harmonies aériennes , non sans vndsend)lance, que cette goutte provenait d'iuie vessie pleine d'eau , que la nature a donnée aux insectes volatiles pour se tenir en équilibre dans Fair, comme elle a donné aux poissons une vessie pleine d'air pour se tenir en équilibre dans l'eau.

Bien des gens regardent les insectes sanguisorbes

DES ANIMAUX

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ëomme prodnits par ane puissance malveillante ou an moins imparfaite ; mais tout est à sa place dans Ponivers. Ces insectes, qui ne foisonnent que dans les chaleurs , pompent les humeui-s surabondantes des corps des hommes et des animaux ; ils les empédient de se livrer à de trop longs sommeils ; ils les forcent de recourir aux hains si salutaires. Les mouches obligent , vers le milieu du jour , les bcrafs de quitter les vallées , et de chercher .de nouvelles pâtures aux sommets des montagnes. L'cestrum, cette espèce de taon si redouté des rennes , les contraint , en été , de fuir vers le nord, où ils trouvent de nouveaux lichens que la fonte des neiges leur découvre. Quelques moudies bourdonnantes servent de barrière à leurs nombreux troupieaux , et les retiennent sans cesse dans les limites de l'hiver , pour les(|uelles ils sont destinés. Pour juger la nature , il faut la voir dans son ensemble.

Les organes des insectes sont bien plus composés que ceux des autres animaux. Leur étude peut donner de grandes lumières sur la nature même des élémens avec lesquels ils semblent être en rapport. Les animaux microscopiques en sont en particulier la preuve : par exemple , le rotifère n^est pas plus gros qu'un petit grain de sable. Il habite les gouttières, où il peut suppoiler, sans périr , le 50* degré de chaleur , et le 49* degré de froidure au-dessous de la glace, au thermomètre de Réaumur. On le trouve dans un tel état de sécheresse, que si on le touche avec la pointe d'une aiguille , on le réduit en poudre. On peut le oonserver un grand nombre d'années dans son état apparent de mort; il reste toujours en vie sans prendre aucune nourriture. Si on laisse tomber sur lui une petite goutte d'eau , elle le brise , tant ses organes sont délicats ; mais , si cette eau le pénètre à travers la poussière , il développe peu à peu ses membres, et il nage dans sa gouUeconuue dans un océan. On lui voit alors alonger, de sa partie antérieure, deux tronçons qui portent chacun une roue, qui lui a fait donner le nom de rotifère ou porte-roue. Il sort ensuite de sa partie inférieure un trident , avec lequel il s'attache sur le {dan où il est, comme avec une ancre. Son oorps est composé d'anneaux qui lui servent de jambes; il s'en sert pour s'allonger et se contracter à son gré, comme un ver. Avec ses deux roues, compo^ sées de fils imperceptibles , il forme deux tourbillons rapides , au moyen desquels il s'élève et s'abaisse , et attire sa proie vers sa bouche, située entre ses deux tronçons. Certainement la trompe de l'éléphanl est moins ingénieuse ; j'entends ingéniense par rapport à nous , qui mesurons les

degrés de l'intelligence divine sur la nôtre, c'est* à-dire par des nombres et des séries. Mais il n'en est pas de même par rapport à la nature : eDe a proportionné les organes des êtres à leurs besoms. L'excès de prévoyance , pour celui qui pourrait s'en passer, serait une inconséquence aussi grande que son défaut pour celui A qui cette prévoyance serait nécessaire. Tout est donc également ingénieux dans ses ouvrages, parce que tout y est A sa place et dans ses proportions. Une lourde baleme, faite en forme de soulier , n'est pas moins bien taillée pour voguer an sein des glaces de l'Océan , que le rotifère léger dans sa goutte d'eau, exposé sans cesse à être précipité du liant des toits où il fait sa demeure.

Quoiqu'un rotifère soit à peine visible, il a encore au-dessous de lui des séries d'animalcules si petits qu'il est , par rapport à eux ^ ce qu'est , par rapport à lui, un de ces nord-capers, qui ont jusqu'à cent cinquante pieds de longueur. Tels sont ceux qu'il attire dans ses tourinllons pour en faire sa proie, et surtout ceux qui s'agitent en nombre infini dans la sève des végétaux, et dans la lymphe et le sang des animaux. Si l'on regarde un têtard au microscope , on voit , dans les parties transparentes de sa queue , le sang circuler avec rapidité sous la forme de petits globules , qui s'allongent aux passages étroits , comme s'ils étalent animés. De simples dissolutions de poivre ou de graines maidfestent^ , au microscope, un grand nombre d'animalcules qui ont des formes trèsextraordinaires. Le vinaigre en présente qui ressemblent à des anguilles; leur génération parait se produire sans accouplement. La nature varie ses lois dans l'infiniment petit comme dans l'infiniment grand : mais comment pourrions-nous la suivre dans ces longues perspectives de la vie, nous qui entrevoyons à peine la carrière rapide où nous devons marcher? contentons-nous seulement d'en tirer quelques conséquences pour la guérison de nos maux ; la plus grande portion de notre bonheur ne consiste que dans leur absence.

Je crois donc qu'on peut attribuer la plupart des maladies contagieuses à des animalcules qui vivent dans des fluides , et qui s'attachent A des corps, au moyen desquels ils se communiquent par le contact. Il est certain qu'elles s'engendrent toutes par des temps chauds et humides, qui sont les grands mobiles des générations végétales et animales. Ces mêmes maladies ne cessent que par des froids rudes ou par des chaleurs arides , .si contraires à toute espèce de génération. Celles qui naissent uniquemen^de la comiption de l'air ne se communiquent point par le contact, et par consé-

HARMONIES

quenl lie sont point conta^euses : telles sont les Gèvres d'automne et celles des pays marécageux. Quant aux autres , comme les dartres , la gale , la lèpre, les maladies pédiculaires et vermineuses, les fièvres pourprées, la rougeole , la petite-vérole, la rage et la peste, qui ne se communiquent que par im attouchement plus ou moins intime , elles paraissent devoir leur origine à des animalcules invisibles , qui vivent dans nos humeurs viciées , et s'attachent même à de simples linges. Les dartres, (a gale et la lèpre s'étendent sur la peau des animaux qu'elles rongent , comme ces insectes marins , appelés glands de mer , qui construisent des alvéoles sur les coques de crustacés , et même sur la peau des baleines, où elles parviennent quelquefois à la grosseur du poing. Il en est de même des maladies pédiculaires et vermineuses , qui prennent naissance dans les humeurs des enfans , et même dans celles des hommes, comme on le voit par l'exemple de Sylla, qui mourut de la première : les poux sortaient par tous les poi-es de son coi-ps , et vengèrent la mort de tant de citoyens qu'il avait fait égorger. Il est évident que la petite-vérole renferme dans ses écailles dessécliées des animalcules vivans, comme les rotifères, qui se développent et reprennent leur activité par une Himple transpiration. Le contact d'un mouclioir suffit pour communiquer la peste. Ce qu'il y a de fiingulier, c'est que les animalcules pestiférés ne s'attachent ni aux bois, ni aux métaux, ni aux pierres ; mais aux laines, aux cotons, aux soieries, et à tout ce qui fait fil , pour me servir de l'expi-ession des Orientaux. Aucun de ces maux contagieux ne se transporte par la médiation de l'air ou de l'eau ; ce qui prouve encore qu'ils doivent leur propagation à des animalcules, qui ont besoin de se fixer sur des corps qui aient de la consistance. Enfin , leur origine paraîtra hors de doute , si l'on considère que le mercure , qui fait périr tous les msectes, guérit la plufiart de ces maux, comme la gale , les maladies pédiculaires, vermineuses et la rage même.

L'océan aquatique , par son étendue, sa profondeur, sa fluidité et sa circulation, est l'Océan proprement dit, quoiqu'il ne soit lui-même qu'une émanation des océans glacés des deux pôles, combinés tour à tour avec la chaleur du soleil. C'est l'aquatique qui , par ses vapeurs, les rétablit dans leur état primitif, qui produit l'océan aérien qui flotte dans l'atmosplière , le terrestre qui circule en fleuves, et le souterrain en nappes d'eau. Nous ne saisissons que des harmonies. Ainsi l'idée et le nom d'un arbre s'attachent pUitôt à son tronc et à ses branches chargées de feuilles et de fruits ,

AQUATIQUES

qu'aux racines , auxquelles il doit son existence. C'est sur les rivages de l'Océan qu'aboutissent toutes les modifications de la puissance aquatique: les glaces qui descendent des pôles , les pluies qu'attirent les marées, les brumes qui se fixent sur les côtes , la vaste nappe d'eau souterraine qoî alimente les végétaux, les embondiures des fleuves qui abreuvent les animaux , et les embarcations de l'homme, qui de là étend ses jouissances par tout le globe. Ce n'est point au sommet des hautes montagnes, mais an centre de la puissance aquatique , sur les bords des mers , que la nature plaça d'abord l'être le plus indigent de la terre, pour lui en donner l'empire.

Jetons donc d'abord un coup d'œil sur les harmonies que les animaux ont avec les eaux proprement dites. La nature leur a donné à tous l'instinct et le moyen de les traverser. Il n'y a dans les quadrupèdes que quelques espèces qui volent, telles que les écureuils volans , les chauve-souris , les lézards volans... Mais tous nagent, les plus gros comme les plus petits. Nous avons parlé du mécanisme du vol, mais celui de nager est incomparablement plus varié et plus étendu. Les animaux ont besoin de faire des eflbits pour voler, mais ils nagent d'eux-mêmes ; ([uelque pesans que soient* leurs corps , ils sont tous en équiUbre avec l'eau ^ et ce n'est pas une cliose indigne d'être remarquée qu'une balance hydraulique si égale entre tant de corps, dont les os et les chairs ont des pesanteurs si différentes dans Tair. La nature a établi des compensations entre eux au moyen des cavités de leur poitrine et de leur ventre , beaucoup plus considérables dans les animaux terrestres que dans les animaux marins. La chair des quadmpède& coule à fond , et celle des poissons surnage d'ellemême. Il y a plus , l'organe de la respiration dans les premiers est au-dessus de leur lignodeflottaison,, et leur tête est portée perpendiculairement sur leur corps horizontal , autant pour foire écouler les eaux de la pluie de dessus leur corps que pour les faire respirer aisément lorsqu'ils nagent. Il n'en est pas ainsi des poissons, dont la tête sans cou plonge toujours dans l'eau, parce qu'ils y. respirent l'air avec leurs ouïes. Le cheval solipède uage avec grâce et long-temps; mais le bœuf et I& porc travei-sent les eaux avec encore plus de vigueur. Nous avons remarqué dans nos Études que ces deux espèces étaient destinées à paître sur les l)ords marécageux des fleuves, et que leurs pieds sont surmontés d'ergots en appendices pour les empêclier de s'embourber. Les bœufs nagent si bien , (fu'on a donné à un détroit le nom de Bosphore , qui signifie passage du bœuf, parce

DES AMMAUX.

qaoD

4 peâK ks aivlH«i4âK&, i|a*is cdié di «Kcaa se jeler à 11 Ib icga^nèreiil il tare à plK d'w dkBHBBe de là, sa» qw il cbilo^e . ^ cuilloaie prËiecI de Inos raneon. pàl les nunper. Celte à Dieer, dais ces deas espèces d^oÉoBox, ai d*«taoC pi» efonome , qw le iMnf i h télé fDftkMHde, et <pie le pore porte la indÎDée ren b lenv, <r>*i iwiiie donc s'atCDdre â les voir faieDtàt se nofcr; oais faiiBtDre 11*1 pas ooiifié de leor dooDer des ooBlrepoids : elle i bit lears caisses très-ebnoes et lrès-pesames,de«Hte4pKlear poids bit relerer leur télé bors de TeMi. Aa oonliaire, le chimraM, habilanl mtnrel des sûàes^ qaà i si putie postérienre fort raâgre, et le ooqis élevé SOT de loçiies jimbes , penbail liiéinffit «o équflibre; miisfl 1 rioBtiiMt de se ooncber sor Fcao^ oomme me outre, et de trarener les leores en se bissail il- 1er à leor couranl. Je re^nens à ues nomix domestiques, le oonmis piusiearB Tili|[:es shoés sur lebonldesiinères, quiontreDOoeéàdesportiQQs de commîmes qui éUienl m dcb , pnte que les ponte qiii serfiienl de cofnmanialioii à leurs I rooperax ont élé détruits. Une simple çrère des deux côtés lem* eàl snffi pour entrer dans Tcia et en sortir.

n y a une grande disse d'animiiix qoe b nitore 1 bile pour nire à b fois sur b terre et sur reao, c'est celle des imphiliies. On peut b rapporter mx harmonies générales de b nitnre posilÎTCS et négiliTes, eu- U y en a de joor et de irait, d'aériens , d'aqnalMpies et de terrestres.

Ces amphibies ont, b plupart, des pieds et des rames. Ces rames, dans les oiseaux aquatiques, sont des folioles atlacbées aux doigts des pieds de ceux qui TiTcnt au milieu des eaui , tels que les pilets , les macreuses , les frégates et quantité d'autres , qui se reposent sur les flots, et ne marchent que sur les grères sablonneuses de rOoéan ; mais ceux qui fréquentent les marais et les bords des rivières ont les doigts de leurs pieds réunis par des membranes qui les empêchent d'enfoncer dans b vase : tels sont les canards, les oies, les cygnes, etc. Les oiseaux aquatiques sont taillés de la manière b plus propre à bire à b fois de grands trajets

à i«g«er tiitn les uiaai, et Ils «rttde peibes tétas et de

dont elle s'<

aK^ecb téte^

etr

corps.

le long de lenrsi

imès, sibiés à rtiinmik de b«r un gonreraaflct des rames : ceseï^ dors sur le imie en monfcment b plus glande aciÎM possUe dTaprès les bas de b nuranique^ Cepmbnl, en v^gaattt à b snrbce des eaax, ils pitifileni des renis bvonUes. Le cygne entr'onvre ses ailes,, et, à r«Ue des léplm^ remonte le cours des fleures, le lo^g des prairies, à Fondire des forêts. L'albatras, pins hardi « Togne an milien des mers, loin de b me de lome terre, fl a|ipirait sar le dos des flots, comme im momon sur les flancs d'une colline : ce qm a bii donner à cK oiseau le nom de ce quadrupède. Il aimonceaux Européens les approdies du op des

Toarmentes; 0 mît tranqniflcment les piles lots serrer leurs voiles ei raflermir leras mUs : pour kn. Use joue au sein des tempêtes, se balance sur les vagues écumames, se plonge dans leurs flancs, y saisit les poissons. H, aux appr»dies de b nuit , s'âevant au haut des airs, Û va porter à ses petits b pâture de chaque jour. L'homme a prb sur b forme d'im oiscnu de marine celle de son premier bilean, de sa voihireet de son gouvernail; mais quel Archimède réunira comme b nature, dans ime seule machine, le bateau, b cloche du ploi^ieur et raéfusiat?

Quelque bàles que soient les mouvemens des oiseaux amphibies au sein des eaux, 3$ ne sont pas comparables encore à ceux des poissons. Nous aOons jeter d'abord un coup d'oeil siv leur constructkn intérieure , ensuite sur ceUe extérieure.

Nous renurquerons d'abord que les arêtes des poissons ne Remboîtent point à leurs extrémités, comme les os des amphibies, des oiseaux, etsur- Uiht des quadrupèdes; elles sont attachées par de simples cartilages. La raison de cette difTérence me parait fondée sur ce que b chair des poissons est supportée en entier par le flnide où ib nigent, et que celle des animaux qui vivent dans l'air et sur b terre est portée par b charpente de leurs os, qui, pour cette raison, avaient besoin d'élre fortement assemblés aux articubtions (lar des charnières et des nerfii. La même diflërence de cimstnidion règne entre les animaux de l'eau et ceux de b terre, qu*eiitre les pbntes qui croissetil au

HARMONIES AQUATIQUES

ibfid de la mer et celles qui végètent dans Fair. Les plantes marines, comme nous l'avons déjà feit observer, ont des tiges fort menues à leur base, parce que leur feuillage est soutenu par Teau, tandis que les plantes terrestres ont leurs tiges renforcées par le pied, parce que l'air n'aurait pu les soutenir. C'est sans doute pour cette raison que les poissons qui vivent à la fois dans l'eau et dans l'air, et qui sont obligés de respirer de temps en temps, ont des 06 au lieu d'arêtes, et que ceux qui habitent les rochers ont des toits pierreux et voûtés, qui les mettent à Tabri du roulement des cailloux. Les amphibies, qui viennent à terre, ont aussi des os; et il est très-remarqualile (ju'il n'y a pas une seule espèce d'amphibie qui ait des arêtes. Les animaux terrestres ont tous de fortes cliarpentes, et par un artifice merveilleux , l'embottement de leurs os est plus considérable dans les parties inférieures de leur corps, chargées d'un plus grand poids, que dans les supérieures, qui le sont moins. C'est ce que l'on peut voir surtout dans le squelette du corps humain, qui en réunit les plus belles proportions. ].es points d'a|>pui des os sont plus larges, leurs charnières plus profondes, et leurs attaches plus fortes, en descendant de la tête aux pieds qu'en remontant des pieds à la tête; les vertèbres dorsales ont des articulations moins solides que les os des cuisses , ceux des cuisses que ceux des genoux , et ceux des genoux que ceux des pieds. Les genoux sont fortifiés de rolules pour empêcher le poids du corps de tomber en avant en mardiant, et le bas de la jambe est fortifié, dans la même intention, par le pied «itier, qui est im assemblage d'os en arcs-boutans : les quadrupèdes , qui posent sur quatre pieds, ne les ont point allongés.

Jetons maintenant un coup d'œil sur la configuration extérieure des poissons. Ils sont d'abord, pour la plupart, couverts d'écaiiles lubrifiées par un enduit vîsfpieux qui les rend très-glissans dans l'eau, et quelquefois dans les mains du pêcheur qui veut les saisir.

Nous avons fait observer , dans la forme des quadrupèdes, qu'ils avaient une déclinaison de la tête à la queue pour l'écoulement de l'eau des pluies, et que leurs muscles étaient séparés par des canaux et des méplats, qui la dirigeaient aux organes excrétoires. Les oiseaux, revêtus de plumes, n'ont point leurs muscles apparens; mais ils ont grand soin, quand il pleut , d'entr'ouvrir les ailes pour recevoir l'eau du ciel ; beaucoup se baignent et trempent dans l'eau leur tête, qu'ils secouent afin de s'asperger et de se laver tout le corps : c'est ce t|ue font fréquemment , même en cage, les serins et lespernMpiels. Quant à la direction du corps

des oiseaux, elle est à peu près pyramidale ou en forme de toit , comme celle des quadrupèdes. Il n'y a rien de semblable dans la forme des poissons : leur attitude est horizontale, et leurs muscles ne sont point séparés par des gouttières, parée qu'étant entièrement plongés dans l'eau, ils en soal lavés de toutes parts. Leur corps , depuis la télé jusqu'à la queue, est composé d'une courbe anique, afin de glisser plus aisément dans le fluide qui Tenvironne. Il en est à peu près de même de ceim des oiseaux destinés à glisser dans Tair; il est revêtu de plumes qui , par leur disposition, ne présenteol à l'extérieur qu'une seule courbe.

Il y a ceci de très-remarquable entre la forme de l'oiseau qui fend l'air et celle du poisson qui fend l'eau , c'est que la partie antérieure du premier, qui comprend le bec, la tête et le cou, est alongée et pointue , tandis que sa partie postérieure , qui aboutit au croupion , est assez large : c'est le contraire dans le poisson. Sa tête, asaei grosse et sans cou , se joint immédiatement à la partie antérieure de son corps qui est la plus large, tandis que la postérieure est fort prolongée et presque pyramidale. Le poisson est en quelque sorte un oiseau renversé. En effet leur action est aussi différente que les élémens on ils vivent. L'oiseau vole de la partie antérieure de son corps avec les ailes qui y sont attachées, et il se gouverne par la postérieure avec sa queue et ses pâtes , qu'il alonge comme im levier qui lui sert de gouvernail; taudis que le poisson, au contraire, nage par la partie postérieure avec sa queue qui, par ses ondulations, fait l'office de rame, et il se gouverne par l'anlérieure avec les ailerons de sa tête. On peut observer ces diverses proportions dans les poissons les meilleurs nagetn^s, tels que le tbon , la dorade, le marsouin , ap(ielé des matelots la flèche de la mer, et les oiseaux les mieux volans, comme la frégate, le cygne, l'aigle , et même l'hirondelle.

Nous pouvons tirer de ces aperçus quelques eeoséipiences utiles pour la navigation. Nos vaisseaux ont en général la forme d'un poisson en avant, et celle d'un oiseau ou d'un poisson tronqué en arrière; car leur proue est plus large que leur poupe. Il n'y a pas de doute que si leur carène était plus prolongée, c'est-à-dire si elle avait la forme entière d'un poisson , ils vogueraient avec plus de vitesse.

Peut-être a-t-on cru remplacer la direction horizontale de la queue du poisson par la diredioa perpendicukiire du gouvernail dans le vaisseau; mais leur action est bien différente : le gouvernail du vaisseau n'est qu'un levier, et la queue du poisson est un levier et une raine. Le poisson, comme je l'ai dit, se gouverne avec ses nageoires, et il

DES ANIMAUX

rame iTec sa qneoe, à laqudle il donne un mou> Tcmeot d'ondulation qui le porte en avant ; ce momreaient se décompose dans l'eau , comme celui du vent sur les plans inclinés du cerf-volant qu'il âève en l'air, et des ailes du moulin à vent qu'il fiiit tourner. Peut-être réussirait-on à employer le cours d'une rivière pour faire tourner une roue à pales obliques , plongée dans l'eau perpendiculairement à son courant : il y a apparence qu'il la ferait circuler, conune le cours de l'air Êiit tourner les ailes inclinées du moulin à vent; peutêtre ce même courant communiquerait-il un mouvement de progression à une rame oblique et horizontale, comme la queue d'up poisson en produit on dans une eau tranquille. On pourrait construire un bateau en forme de poisson, dont une longue rame borizontale ferait l'office de queue, qu'un honmie couché ferait onduler avec les pieds : je suis persuadé qu'il voguerait rapidement par ce mécanisme. Une chaloupe que l'on fait avancer avec un seul aviron placé à son arrière en prouve la possibilité; on pourrait essayer de diriger, par le même moyen, le globe aérostat, en lui donnant la forme allongée d'un poisson. L'aérostat ne ressemble point à un oiseau , qui , pesant dans l'air , est obligé de s'y soutenir par l'effort de ses ailes; mais il e^ plutôt semblable à un poisson qui est en équilibre avec l'eau , comme lui-même l'est avec l'air. Il ne lui faut donc point d'ailes, comme à un oiseau; mais une longue queue qui lui tienne lieu à la fois de rame et de gouvernail , comme à un poisscm. La nature n'a point mis dans les animaux qui nagent au milieu d'un fluide qui les porte le principe du mouvement de progression dans la partie antérieure de leur corps, ma'is dans l'inférieure, conmie on le voit aux pieds palmés des oiseaux aquatiques et aux queues des poissons ; elle l'a placé dans la partie antérieure de ceux qui volent dans on fluide pins léger qu'eux, comme on le voit dans les ailes des oiseaux , et elle Va distribué en avant et en arrière dans les quadrupèdes et polypèdes, en leur donnant plusieurs pieds. Un vaisseau réunit en partie tous ces moyens de progression; il coupe l'eau par sa proue , comme un poisson; il vole avec ses voiles, comme un oiseau; et il marche en quelque sorte comme les [Mlypèdes, avec ses rames. Je jette ces rapprocliemens en avant , non comme des spéculations de simple curiosité, mais pour faire voir que l'homme ayant tiré toutes ses mveniions de la nature, il lui reste encore à se perfectionner sur ses modèles.

Toutes ces imitations de la nature qui |)Ourraient nous être si utiles n'approchent pas encore de ses inventions. Pour en avoir une idée, il suffira de

jeter un coup d'œil sur les fbrmes des poissons : elles sont beaucoup plus variées que celles des volatiles. En effet , les eaux ont beaucoup plus de modifications dans leurs mouvemens que les vents. Comme elles sont arrêtées, détouméf», ou brisées par les fonds inégaux où elles coulent , tantôt elles se précipitent en cascade du haut des rochers , et elles rejaiUissent en gerbe et en bouiUons; tantôt elles s'étendent en longues nappes dans les plaines, oi| bien elles s'écoulent avec la rapidité d'une flèche par des détroits; quelquefois le calme des vents les foit paraître immobiles, comme si elles étalent glacées: d'autres fois les tempêtes les roulait avec fracas : la nature a foit des poissons pour tous ces sites. Il y en a de ronds qui voguent en tournant avec les vagues, conune un rouet dont Us portent le nom ; d'autres se jouent dans les flots écumans du rivage, conune les bourses et les lunes écliancrées ; d'autres sont plats et alongés comme des lames de sabre; d'autres , carrés et larges, tels que les coffres, parcourent les plus petites flaques d'eau; d'autres, fort pesaiis, comme les balemes, ont besoin pour voguer d'autant d'eau que des vaisseaux. Il y en a au bec long comme la bécasse, tels que l'orphie et l'aiguille, qui s'enfoncent dans les sa-' blés humides du rivage , et y attendent paisiblement le retour des marées; d'autres bravent les tempêtes et franchissent , au moyeu de leurs ailes, les vallées que forment les flots entre eux. Tandis qu'ils traversent l'air comme une flèche, d'autres s'élancent après eux, en courbant leur corps, et en le détendant conune un arc, tels que la bouete et le thon. C'est par un mécanisme semblable que le saumon remonte les cataractes des fleuves. Il y a des poissons larges et plats qui bondissent à la surface calme des eaux sur lesquelles ils retombent en faisant retentir au loin les vastes solitudes de la mer : telles sont les raies, dont plusieurs sont d'une grandeur et d'une foime monstrueuses. Elles nagent en été à la surface des flots . les pêcheurs les prennent avec des filets appelés folles, qui flottent au gré des courans, perpendiculairement tirés d'une part par des plombs , et soutenus de l'autre par des lièges ; huit ou dix barques attachent leurs folles bout à bout, et en forment des enceintes de plus d'une demi-lieue de longueur.

Mais il n'est pas besoin de s'écarter en pleine mer pour admirer la variété des formes des poissons, et de leurs mouvemens de progression; c'est sur ses bords et parmi ses rochers qu'on trouve des coquillages et des mollusques dont le nager est plus varié que celui des poissons et que le vol des oiseaux. Les lépas pyramidaux se collent aux rochers panni les algues; on les prendrait pur des

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têtes de ctous qui soûl iennent des guirlandes d'her- | bes marines : c'est en formant te vide , au moyen d*ime membrane, qu'ils s'attachent, et sont inébranlables aux plus violentes tempêtes. Les limaçons , tournés en spirale , et les nérites brillantes serpentent autour de ces rochers, et s' y fixent avec un organe semblable. Les moules, taillées en fbrme de bateau , attachent des fils à des graviers, et se tiennent à l'ancre au milieu des courans; elles changent de site, au moyen d'une longtie jambe, qu'on appelle improprement langue. Les oarsins, hérissés comme des diâtaignes, se roulent sur leurs pointes mobiles , dont ils piquent la main imprudente qui veut les saisir. Des crustacés, tels que des crabes, des araignées de mer, des homards, des langoustes, des chevrettes, sont en embuscade dans les trous caverneux des rochers ; ils nagent avec les pales de leur queue en évenfail. D'aulres, quoique chargés d'un toit, voguent à la surface des eaux , au moyen d'une voile membraneuse. Il y en a qui se hasardent en pleine mer, avec une seule bulle d'air qui les soutient sur l'eau : tels sont de petits limaçons à coquille tendre, remplis d'une liqueur purfmrine, que je trouvai au mOieu de l'océan Atlantique en allant à l'Ile de Francec

n y en a qui n'ont pas de carène, et qui n'en voguent pas moins loin. J'ai vu, en été, sur les côtes de Normandie , la mer couverte d'une espèce de mollusques, appelés bonnets flamands. Quoiqu'ils soient divisés en plusieurs lobes avec un grand nombre de franges, ils semblent foitnés d'une eau congelée , car ils se déchirent dès qu'on les touche. Cependant un principe de vie animale réside en eux, et s'y manifeste par leurs mouvemens; ils en ont un de systole et de diastole qui les élève et les soutient à la surface des flots. Leur action se fait de bas en haut et de haut en bas, comme celle d'une pompe ; mais les courans de la mer les portent fort loin, et les échouent en grand nombre sur ses rivages. Une autre espèce vogue à l'aide du vent : on la nomme galère; elle est de la forme d'un œuf, et surmontée, dans sa plus grande longueur, par une membrane transparente qui lui sert de voile. Elle laisse pendre dans la mer plusieurs longs filets que les matelots appellent ses câbles. Ils brillent des couleurs de l'azur et de la rose ; mais ils brûlent la main qui les touche : la . donleqr qu'ils causent ne se passe , dit-on , qu'après le coucher du soleil. Nous pensâmes perdre un de nos matelots qui s'était jeté â la nage avec un panier pour nous apporter les plus belles. Ses bras s'embarrassèrent dans leurs filets : il jeta des cris affreux , et il aurait coulé â fond sans pouvoir

nager, si on ne l'eût secouru en lui jetant un Cordage. Nous trouvâmes l'océan Atlantique couvert de ces galères pendant plus de cent lieues; c'était vers la ligne, à la fin d'avril : toutes avalent lénrs voiles dirigées à peu près dans l'axe du vetit. On eût dit une flotte de petits bateaux qui naviguaient avec des voiles latines arrondies. Je pense qu'eOes descendent du nord , en été , ainsi que les bonnets flamands , des côtes de Normandie. Il y a , à l'tle de France, des mentola, espèce de boudin roux ou brun, qui rampent sur les récife. Quand on veut les saisir, ils lancent sur les doigts une glaire blanche qui se change sur-le-champ ed un {nquet de flls. On voit , dans les mêmes lieux , de liideilx polypes qui serpentent avec leurs sept bras loi^ , armés de ventouses. On trouve sur les grèves, et principalement sur celles d'Europe, des étoiles marines que les courans disséminent sur les sables, où elles paraissent incapables de mouvement. On trouve, collées à nos rochers, des anémones de mer, espèce de fleur vivante ou animale , qui s'ouvre et se ferme comme une bourse, et lance nn jet d'eau si on vient à la toucher. On prétend que c'est un polype , c'est-à-dire une agrégation d'un grand nombre de petits animalcules qui travaillent ensemble , comme les abeilles dans une niche. Un concert de travaux et de défense si parfoit est sans doute digne d'être admiré par les hommes. L'abbé Dicquemare, mon laborieux compatriote, en a fait une histoire curieuse. Pour moi, qui n'ai aperçu les animaux marins de nos rivages que dans mon enfance , et qui en conserve encore d'intéressans ressouvenirs, je me rappelle avoir vu , vers le milieu du printemps, sur les mêmes plages, dans les parcs de fîlets que nos pêcheurs y dressent, des espèces de papillons à quatre ailes, vivement coloria, et qui voltigeaient çà et là au foiul des flaques d'eau .- je ne pus jamais en saisir nn seul ; je ne sache pas qu'aucun naturaliste en ait Élit mention.

Mais il n'est pas nécessaire d'aller sur les rivages de la mer pour jouir des harmonies aquatiques des animaux. Les plus petits' ruisseaux en présenlenf en quantité sur leurs bords. Ils ont , conmie l'océan, leurs volatiles, leurs [loissons, leurs coquillages et leurs amphibies. C'est là que la grenouille apprit d'abord à nager à l'homme, en poussant ses pieds antérieurs en avant et ses postérieurs en arrière. Là , on voit une espèce de mouche glisser sur la surface de l'eau sans se mouiller les pâtes, tandis que la punaise aquatique nage renversée entre deux eaux. Ces deux insectes cherchent leur proie, et peut-être s'en senrnt l'un à l'autre, lorsqu'ils viennent à se rencontrer

DES ANIMAUX

pieds eootre |Meds. Uaraignée aquatique se promène au fond de Teau dans une bulle d'air qu'elle a liée aveic des fils, et la teigne dans un fourreau qa'eOe s'est formé de débris de plantes. J'en ai vu une espèce, encore plus ingénieuse, se former une grotte flottante avec de petits buccins et des limaçons fluviatiles. Ce qu'il y avait de très-sin* gulier, c'est que cette grotte pyramidale était couronnée à sa pointe par une petite plante verdoyante, de l'espèce du cresson, destinée à la nourriture de l'animal, on à tenir son habitation à flot. Il y a, dans nos ruisseaux, une multitude d'êtres dont sans doute les moeurs nous sont inconnues. Je ne saurais trop le répéter, les inventions des hommes n'ont point encore atteint à l'industrie des insectes. Les Romains bâtissaient dans l'eau avec la pouzzolane, mais les coquillages construisent leurs toits avec un ciment plus durable; et la teigne colle leurs coquilles au sein des eaux avec un gluten impénétrable à l'humidité, qui seule suffît pour détniire tous les monumens des hommes.

C'est la nature sans doute qui agit par eux , et qui donne aux habitans des eaux des harmonies à la fois positives et négatives. C'est elle qui donne aux oiseaux aquatiques un réservoir d'huile dont Ils se lustrent les plumes, afln de les rendre imperméables à l'eau. Elle en a frotté la plante des pieds du moucheron qui glisse sur la surface des fontaines, et elle a revêtu la baleine de couches épaisses et élastiques de lard , pour la préserver du froid et du choc des glaces. Enfin c'est elle qui a ordonné aux animalcules des madrépores de jeter au sein de la zone torride les fondations des lies et des continens.

C'est sous l'influence du soleil , sur le bord des mers , à l'emboucliure des ruisseaux , à l'ombre des palmiers et des bananiers, que la nature assigna primitivement à l'homme son habitation, ses subsistances, et le siège de son empire sur les animaux. Il y apprivoisa d'abord la vache , dont l&s pieds sont fourchus et armés d'appendices, et qui aime à paître sur le bord des rivières; le cheval solipède, qui se platt à s'exercer à la course dans les prairies qui en sont voisines ; l'oie , le cygne , qui en remontent le cours; le pigeon, qui va picorer le sel sur les plages marines. Les enfans de T homme agrandirent leur famille de plusieurs espaces d'animaux en se répandant sur les rivages de la mer. L'Egyptien, pour annoncer dans les terres Tarrivée des vaisseaux , se servit d'un pigeon comme d'un messager aérien. Le Chinois engagea le pélican à lui rapporter, du sein des flots , la large poche de son bec remplie de poissons. Des enfans, chez les Grecs, traversi^rent des bras de

mer sur le dos des dauphins, amisdes hommes. Qui osera un jour chevaucher le phoque, si familier dans nos foires, et si caressant pour le maître qui le nourrit ? Pourquoi celui qui a attaché à son char l'éléphant inteUigent ne pourrait-il atteler à son canot la stupide baleine ? Est-il plus aisé de la percer, au milieu des glaces, avec un liarpon, que de la captiver par des bienfaits, comme les autres animaux domestiques? J'ai vu , au cap de Bonne- Espérance, des oiseaux de marine de toute espèce se promener dans les rues, et un pélican même s'y jouer avec un chien. Sans doute l'homme peut mettre dans sa dépendance les animaux innoceas de la mer, lorsqu'il a pu dresser à la chasse des bêtes carnassières de l'aU- et de la terre, telles que le faucon, l'épervier, le furet, et le tigre même. J'ai vu , dans le canal de ChantiUy, de vieilles carpes venir prendre du pain de la mam de l'homme. Que de communications rapides entre les peuples, que de ressources pour les maUieureux naufragés, s'ils employaient à les aider dans leurs besoins les oiseaux, les poissons, les amphibies! Où sont sur le globe les bornes de la puissance de celui qui traverse les glaces dans un traîneau , la terre sur un char, l'océan daas un navire, et l'atmosphère avec un aérostat de toile? Tout est possible à qui la nature a donné de subjuguer tous les animaux par ses armes ou par ses caresses. Pour en faire des esclaves, il lui suffît de s'en faire craindre; mais , pour en faire des serviteurs et des amLs , il doit s'en faire aimer. La terreur lui a donné l'empire sur 1 1 terre et dans les airs, la bienfaisance seule peut l'étendre jusqu'au fond des eaux.

HARMONIES AQUATIQUES

DE L'HOMME

L'homme, considéré nu , n'a ni fourrure comme les animaux , ni ailes comme les oiseaux , ni nageoires comme les laissons, ni plasieurs pieds comme les quadrupèdes : cependant il est le seul des êtres vivans qui puisse habiter par tout le globe. Ce n'est point une machine ordonnée à un seul élément, c'est un moteur de toutes les machines que l'intelligence humaine, de concert avec celle de la nature, peut assortir à tous les élémens. Toutefois , si nous considérons ses rapports intérieurs et extérieurs avec les eaux , nous verrons que toutes les lois de l'hydraulique ont concouru à lés rassembler.

Harmonie des eaux, fille du soleil, laisse-moi entrevoir ce méandre des fluides que tu fais circuler avec la vie dans le corps humain ; donnemoi des expressions aussi gracieuses que les for-

HARMONIES AQUATIQUES

mes ondoyantes dont tu Tas revôtn. Tu inspiras le Tasse quand il imagina de placer à l'entrée des jardins d'Armide des nymphes qui se disputaient un prix à la nage. Les tableaux de la nature sont encore plus aimables que les fictions de la volupté ; ses scènes croissent d'intérêt en intérêt avec le drame de la vie. L'œil sévère de la philosophie peut les envisager sans trouble, sa langue chaste en faire des descriptions, et l'oreille de Tinuocence les entendre.

Nos sculpteurs admirent , sur les statues antiques, et notanmient sur le fameux torse , ou corps d'Hercule, les muscles qui, comme les ondes de la mer, se succèdent et se perdent les uns dans les autres. Mais ce n'est pas seulement pour plaire à la vue que la nature a formé sur le corps humain des courbes si ravissantes; elle joint toujours le bon au beau , et l'utile à l'agréable : il n'y a point dans ses ouvrages d'ornement superflu ; toute beauté y est nécessaire. Les couleurs mêmes, si brillantes et si variées, qui revêtent les fleurs, les papillons, les oiseaux, et qui ne semblent que de ridies accidens , servent à en distinguer les (ril)us innombrables; il y a plus, chaque partie des ouvrages de la nature est destinée à divers usages, et son intellijj^ce sur ce point, comme sur tout autre , s'étend bien au-delà de celle des hommes. Un habile ardiitecte, par exemple, ne se contente pas de placer une colonne dans un Mtiment pour le soutenir : il tire des effets de décoration de se.s proportions, de sa ^lumière et de ses ombres, de son élévation dans l'air, et de ses reflets mêmes dans les eaux; il la groupe quelquefois avec des bosquets ou avec d'autres colonnes; il en compose un monument qu'il consacre aux amours, à la gloire ou aux tombeaux; et il fait sortir du sein des pierres des sentimens tendres , héroî<]ues ou religieux , qui attirent la vénération de la postérité. Le corps humain est bien plus intéressant qu'une colonne; la nature l'a mis en rapport avec toutes ses puissances, et avec la Divinité même, par les harmonies de son ame.

Le trop célèbre Winckelman prétend, dans son Histoire de l'art chez les anciens , que les sculpteurs grecs ne faisaient qu'indiquer les muscles sur les statues des dieux , quelque 'âgés qu'ils les représentassent , parce qu'ils les supposaient jouir d'une jeunesse éternelle; il cite même en témoignage des statues barbues de Jupiter. Ce paradoxe est spécieux; mais il parait ne l'avoir mis en avant que pour justifier les anciens du reproche qu'on leur fait quelquefois, de n'avoir pas toujours donné assez d'expression à leurs figures ; et , comme une erreur en engendre d'autres, il en

conclut que l'expression nuit à la beauté. Il a raison, sans doute, quant aux expressions des passions convulsives; mais il se trompe assurément pour celle des passions douces. Il est certain que le sourire de la joie, et même une teinte légère de mélancolie ajoute à la beauté d'un Amour , d'un Mercure , d'une Vénus. Quant à ce qn'il prétend, que les artistes anciens ne faisaient qu'indiquer les muscles dans les statues des dieux, même de ceux qu'on supposait d'un âge avancé, il fiiut, on qu'il se trompe, ou que les anciens se soient contredits ; car ils devaient donner aussi bien le caractère de l'âge viril aux muscles du corps de Jupiter, qu'à sa tête où ils figuraient des rides et une barbe. Il s'égare encore plus^ lorsqu'il dit que Marc-Aurèle n'a écrit que des lieux communs , et ne s'est servi que de comparaisons triviales. Le sublime ouvrage du disciple d'Ëpictète durera plus que tous ceux des sculpteurs, et sera sans doute plus digne des hommages des honmies. Winckelman a loué excessivement les médailles, les vases et les statues antiques du cardinal qui le pensionnait, et il a blâmé injustement un empereur philosophe, sans doute pour avoir condamné ce genre de luxe. D'ailleurs, cet écrivain saxon voulait plaire aux Romains moiiemes, chez lesquels il vivait. Son fanatisme pour les ruines de l'antiquité se fait sentir dès le frontispice de son livre , qu'il intitule : Histoire de l'art ; conmie si c'était l'art par excellence, et qu'il n'y en eilt |»as de plus utile et de plus agréable aux hommes. L'architecture , la peinture , la musique , et surtout la poésie , ne sont rien pour lui; il est très-remarquable qu'il n'y parle presque jamais de la nature , la source de tous les arts. Cependant il est intéressant par sa vaste érudition, par son caractère moral et par sa fin malheureuse; car il fut assassiné par un voyageur auquel il s'était confié. Ce n'est qu'avec peine que je censure quelques-uns de ses principes, mais je m'y suis cru obligé à cause de sa réputation; car il n'y a point d'erreurs plus dangereuses et plus conmiunes que celles qui ont pour appui de grands noms.

Retournons aux harmonies que les muscles ont avec les eaux pluviales , et observons-les , non sur des statues, mais sur notre propre corps.

Les rapports de l'honune ne paraissent pas aussi bien établis avec l'océan liquide qu'avec l'aérien. Lorsqu'il nage dans une situation hori7 zontale , les organes de sa respiration semblent devoir plonger dans l'eau ; cependant cet effet n'arrive pas, par diverses précautions que la nature a prises. Nous observerons que tous nos organes sont doubles et pArisés sur la même ligne horizon-

DE L'HOMME

lOÎ

laie y eooime les yeux , les oreilles, les mains , les pieds; mab il n'eu est pas de même de l'organe de la respiration, si nécessaire à, la vie. On peut dire ^u*U est triple, car nous respirons à la fois par la boQclie et par les deux narines; la bouche conduit I*air immédiatenient aux poumons ; elle est le vrai sens de la respiration. La nature, pour élever l'homme an-dessus des flots, s'est servie de pluj^ieurs moyens. Elle a d'abord mis le corps entier en éqaililN^ avec l'eau , et surtout avec l'eau de ■ner, plus pesante d'un trente -<leuxième. On en f>eot faire l'essai aisément dans un l)ain d'eau douce; car si on met le brasà sa surface, il sumag:e, et on ne fenfbnce point sans quelque effort. Si un liomme tombe au fond d'une rivière , le plus faible mou- 'vement le ramène au-dessus, et il s'y soutient seulement avec les mains. La nature a donné de filas à riiommela lacilité de tenir les organes de sa respiration hors de l'eau, en plaçant sa tête 9<ir les Ténèbres du cou , comme sur des pivots , de s^Nte qu'il peut aisément la renverser en arrière; «rlle a mis ensuite immcdiatemenl au-dessous <Ui cx>u , la poitrine comme la partie la plus lép:èro du «orps par ses concavités et le viscère du poumon , afin qu'elle aidât la télé à se soulever ; ensuite , poor fovoriser cet effet , elle a placé à Texi rémité du corps les parties les plus diamues et les plus pesantes, comme on contre-poids au bout d'un levier. On peut sans doute y ajouter encore le poidsdes mollets, des jambes et des pieds : de manière qu'an nageur, pour se tenir tout droit dans Fean, n'a, pour ainsi dire, qu'à s'y étendre; c^r alors les pieds descendent et la tête s'élève. C'est sans doute parce que les femmes ont la partieinférieure du corps plus pesante que les hommes, qu*elles nagent plus aisément ; la nature vient toujours au secours des plus faibles.

L'art de nager est une source perpétuelle de plaisir, mais il sert encore plus à la vertu qu'à la volupté. Ulysse , fugitif de l'Ile de Calypso, abordant , malgré les tempêtes, parmi les rochers de l'Ile de la vertueuse Nansicaa, offre im spectacle plus intéressant que celui des Sirènes qui nageaient en chantant autour de son vaisseau.

Que d'industrie l'honmne a puisée dans les divers océans qui vittuient tous aboutir aux rivages des mers! Là, la plupart de ses arts prirent nais sanœ. L'océan aérien , par ses gouttes de pltiie suspendues à des flls d'araignée , lui donna l'idée du microscope : le glacial , par ses glaces flottantes et transparentes , celle de la loupe , qui réunit les rayons dn soleil ; et du prisme , qui les bri5e en mille couleurs : le souterrain , dont les nappes s'éoonlent en filets sur les grèves, celle des puits

qu'il creuse au sein de la terre : te fluviatile, edio du niveau , dans le repos de ses eaux tranquilles ; du miroir, dans leurs reflets; des forces motrices, dans les eaux courantes : l'océan maritime , par ses flots agit<'*s qui se brisent sur les rochers caverneux, celle des eaux jaillissantes et tomlKintes dont il décore ses jardins. C'est ainsi que j'ai vu sur les bords de l'Ile de l'Ascension, les vagues fra[»per en dessous les |)lateaux poreux de laves qui s'avancent au-dessus, jaillir à travers leius trous, et former autour de cette Ile vulcanisée une longue guirlande de gerbes , de jets et de cascades. C'est sur les rivages des mers que l'homme trouva la riche teinture de la pourpre, la soie de la moule pinuée; les premiers filets, d'après les entrelacs des herbes marines; les formes des roues des moulins et des cliMriots, d'après l'oursin qui se rwde sur ses liagucttes ; celles de la râpe , de la scie , tle l'escalier, des casques, des brassards, des boucliers , des lances , et de toutes sortes d'armures , d'après les coquilles des crustacées ; enfin la poudre à canon même , d'après le soufre et le nitre de leurs volcans. Ce fut là qu'il inventa la pirogue , la clialoupe, la goélette, la galère, la frégate, d'après les formes nautiques et même les noms des coquillages, des imLssoiis et des oiseaux amphibies. Il n'est rien dans les arts des hommes qui n'ait son modèle dans la nature, et dont la forme ne se trouve sur le bord des eaux.

C'est là que la puissance mjuatique , se combinant avec celle du soleil et de l'air, réunit les productions les plus parfaites des puissances minérale, végétale, animale, telles que les sables d'or, l'ambre , les perles, le corail, les épiceries, et qu'elle les présente en tribut à l'homme. Il semble qu'elle-même se répartisse à toutes ses harmonies. La pluie sert à ses cultures , la fontaine à son lavoir, le ruisseau à ses usines, la rivière à sa famille, le fleuve à sa tribu, la mer à sa nation, l'Océan à ses communications avec le genre humain.

C'est par les fleuves et les mers, qui semblent faits pour séparer à jamais les hommes isolés, que les nations se communiquent avec le plus de facilité. Un fleuve , a dit ingénieusement Pascal , est un chemin qui marche. Nous traiterons de ces grands sujets. Les terres doivent être en propre aux hommes; mais les eaux sont commîmes A tous, non seulement les mers, mais les fleuves , les rivières, les ruisseaux, et même les fontaines. L'eau doit vivifier toutes les parties du globe et tous les membres du genre humain.

On vante beaucoup les voyages aux Alpes et aux Pyrénées : ils ont sans doute leur agrément et

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leur utilité; mais je trouve que ceux de la mer, le lon^ des côtes, sont incomparablement plus inléressans. Les vues prises du sonmiet des liauteis montagnes s'appellent vues d*oiseau; mais j'appellerais par excellence vues d'hommes celles du fond des vallées. Dans les premières, vous voyez tous les objets s'abaisser les uns derrière les autres, et se terminer par la terre; dans les secondes, vous les voyez s'élever successivement, et couronnés par le ciel. C'est surtout sur les bords de l'Océan, au fond de cette immense vallée, qui le renferme , que se réunissent les harmonies de toutes les puissances de la nature. C'est là que se développent, sur un horizon de niveau avec nas yeux , toutes les magnificences du lever et du coucher du soleil, des météores de l'air, le llux et le reflux des mers; les vastes embouchures des fleuves, des montagnes escarpées par les flots qui montrent les minéraux qu'elles renferment dans leurs flancs, les végétaux et les animaux fluviatiles, marins et terrestres ; enfin , des cités populeuses où abordent des vaisseaux de toutes les nations. Ce n'est point au sommet des montagnes, mais au bord des mers, non aux loges, mais au parterre qu'aboutissent les perspectives, les décorations, les concerts, les drames de l'architecte, du peintre , du musicien et du poète de l'univers.

Les vulnéraires et les laitages de la Suisse sont en grande réputation : à Dieu ne plaise que j'ôte la foi en des choses innocentes ! mais les végétaux et les troupeaux de la Bretagne, de la Normandie et de la Hollande , ont des qualités qui ne sont pas moins bienfaisantes.' Que dis-je ! c'est des rivages de la mer, et non des glaciers du globe , que nous avons tiré nos richesses végétales. Ce fut au pied de l'Etna , 'et non sur ses sommets glacés, que la Sicile montra aux honunes le cliâtaignier superbe chai^ de fruits, et l'humble graminée qui porte le blé. C'est des Iles de l'Archipel, et non du mont Ida , que sont venus la plupart de nos arbres fniiliers. Le noyer , le figuier , le |)oirier, la vigne, l'olivier, lecafîer, le cacaotier, le cotonnier, la canne à sucre, l'indigo, croissent sur les rivages et dans les Iles de l'Amérique, et non sur les croupes des Cordillères. C'est sur les rives des Iles Moluques , et non sur les pics de Java , que se recueillent le poivre, la muscade et le girofle. Enfin, voulez-vous voir sur les bords mêmes de la mer des glaciers comme sur les Alpes ; ses contre-courans vous conduiront en été jusqu'au pied de la coupole glaciale du pôle nord , qui a encore alors cinq à six lieues de hauteur et deux à trois mille de circonférence.

Si la fortune me l'efit permis, j'aurais entrepris

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un voyage autour de l'Europe, et peat-étre autoor du monde, moins fatigant, plus agréable et plus utile que celui que Ton fait tous les jours pour aller se promener dans les montagnes de la Suisse. Je l'aurais fait par mer, le long des terres , à la 19anière des sauvages. Un canot léger avec une voile latine et quelques matelas, m'eût servi de voiture. Deux matelots, avec leurs compagnes, aunieiu formé mon équipage. Je n'aurais pas bésité à m'y embarquer avec la mienne et mes enfians ; tout fut devenu pour moi instruction ou plaisir. Sui»-jeonrieux de mméraux; les falaises m'entrouvenl Jenn flancs; je trouve à leur pied des galets métalliques que les fleuves et les courans y roulent à l'envi. Aimé-je les plantes; j'en cueille sur les grèves, que les flots y entraînent des contrées les plus éloignées. Les semences même de la Jamaïque sont portées, en hiver, jusque sur les rivages des Orcades; pourquoi celles des Orcades n'aborderaient-elles pas , en été , sur ceux de la France ? Chaque coup de rame me lève un feuillet du livre de la nature et me découvre un nouveau paysage. Ici j'aperçois, sur un banc de sable couvert de veaux marins sédentaires, des flamans couleur de feu , des aigrettes , des |)élicans et d'autres oiseaux ^ voyageurs de la zone torride; là , au sein des dunes , s'élèvent les ruines d'un monument an haut desquelles la cigogne fait son nid. Plus loin , j'entrevois l'embouchure d'une rivière bordée de saules; je la remonte au sein des prairies et des campagnes labourées , terminées à rhorizon par les tours d'une ville. Une forêt s'élève au milieo d'une Ile , je viens me reposer sous ses majestueux ombrages. L'alcyon, en rasant les flots, et l'alouette marine, par ses cris, m'annoncent-ils les appit>ches de la tempête ou de la nuit , nous ccboûons notre barque sur la grève ; nous la traînons an pied d'un vieux arbre, ou derrière un rocher, à l'embouchure d'un ruisseau. Cependant les hommes se dispersent pour la chasse on pour la pèebe; les femmes allument le feu et préparent à manger; tous se réunissent ensuite dans la barque abritée, par sa voile , de la pluie, du froid et des vents.

Le matin, nous nous rembarquons, si l'aurore notis annonce un beau jour. Notis n'avons à payer ni poste, ni aubergiste, ni péage, ni barrit; nous n'avons à montrer ni passe-port , lii certificat; nous échappons à tontes les dissensions civiles , aux guerres qui versent le sang des nations par les nations, et aux calomnies encore plus cruelles qui détruisent les hommes par les hommes , au sein même de la paix. C'est ainsi que voyageaient les Sauvages des côtes de TAsie, lore-

DES ENFANS

lOS

qa*il8 penplèreiit TAmériqne et les Iles fortunées de la mo* da Sud. C'est encore chez leurs hordes pélagiennes et errantes que la liberté et le bonheur se sont conservés; c*est ainsi que vous vivez, pauvres Patagons, méprisés des fastueux Européens; mais n'enviez point leur sort. Les Apennins, les Alpes, les Cordillères, sont leurs esclaves; mais les écueils du cap Ilom sont toujours blirea: ils silccombent sous le nombre et l'insuffeanoe de leurs lois, et vous ne connaissez que celles de la nature. Os embrassent un long avenir dans lears vains projets, et vous jouissez de la vie comme tous b recevez , jour par jour; elle n'est pour TOQS qu'un voyage innocent et rapide, qui vous mène au séjour de vos aïeux. Vous la soutenez sans crime , voos la passez sans remords , et voos la quittez sans regrets.

riARIfONlES . AQl-ATIQrES

DES ENFANS , OU mSTOlRE DTÎS' RUISSEAU.

Je me suppose instituteur. Pour donner à mes élèves le premier apprentissage des harmonies de Feau , je les mènerais à la campagne par un temps de pluie. Je leur dirais : « Mesenfans, suivons le cours du miaseau qui descend là-bas de cette colline cooverte de bois, remontons jusqu'à sa source. Il pleut; mail qu'importe la pluie à dçs hommes ? Ils doivent s'accoutumer de bonne heure à braver les éiémens, et surtout celui de l'eau. Il pleut dans noa dimats plus de la moitié de l'année. Un soldat, on marin, un cultivateur, un voyageur, un ouvrier, s'exposent fréquemment à la pluie, souvent pour leurs intérêts particuliers : vous ne devez pas la craindre, surtout lorsqu'il s'agit d'acquérir des Imnières. La pluie n'est qu'un ham. Elle est salutaire tant qu'on est en mouvement ; elle n'est nuisible que lorsque la transpiration est arrêtée par le repos : elle ne doit apporter aucun obstacle aux exercices des garçons. Il n'en est pas de même de ceux des filles, destinées par la nature à avoir soin de l'intérieur de la maison. T^ feiblease de leur sexe les dispense des fatigues que les hommes ne doivent pas craindre. C'est à elles à les soulager un jour, comme mères de familles, lorsqu'elles pourvoiront aux besoins de leurs maris et de leurs fils, revenant du travail. Qu'elles aillent donc dès à présent faire l'apprentissage de lenrs devoirs futurs, en préparant à leurs frères, de retour d'tme promenade labo^ieu^e, des vèteinens secs et des alimens chauds. Leurs frères les amuseront par le récit de leurs courses; et si elles

n'en reçoivent pas d'instniclion , au moins elles en obtiendront de la reconnaissance.

» Allons , mettons-nous en marôlie , tâchons de découvrir d'où ce niisseau tire sa source; remontons le long de son cours ; diemin faisant , nous prendrons une idée des liarmonies des puissances de la nature avec Teau , sous tous les rapports que nous lui connaissons , d'évaporation , de fluidité et de congélation.

» Commençons par celles du soleil. Considérez ces brouillards qui semblent fixés sur les sonunets lointains des montagnes : ce sont eux qui fournissent l'eau qui coule à vos pieds dans ce ruisseau. Mais d'où tirent-ils eux-mêmes leur origine ? Il fut un temps où les hommes, se fuyant les uns les autres à cause de leurs brigandages , et n'obétasant qu'aux frayeurs de la superstition, s'imaginèrent que leurs rivières et leurs fleuves étaient des divinités qui versaient leurs eaux par des urnes; qu'elles habitaient les sommets des montagnes , et que les brouillards qui s'y arrêtaient étaient des nuages dont elles se voilaient aux yeux des mortels. lis croyaient que les orages qui s'y forment étaient des tonnerres et des foudres dont elles étaient années. C'est ainsi que les Grecs placèrent Jupiter fulminant au haut de l'Olympe , et que les Arcadiens, réfugiés en Italie, assuraient avoir vu ce dieu avec son égide sur la cime forestière du Capitoie , ainsi que le bon roi Evandre le racontait à Enée ' :

iloc nomus , hiinc , impiit , frondom vcrtîre roUem . Quis deas , inoertiim est , habitat dcus : Arcadn i|Muin Crcdiint8eviduseJ(ncfn, quiim sappe nigrantcm yEgîda concutt'ret deitrâ , nimlNMiue deret.

« Un dieu, dit Evandre. habite ceUe forft et cette coHine » ombragée d'un flombre feuillage. Quel est ce dieu ? On » rigmnre. Les Arcadiens cn>ient y avoir vu souvent Jupiter » lui-même agiter de sa main toute-puissante sa noire égide. » et s'environner de tempêtes. >

» Mais lorsqu'ils se rapprochèrent par leurs besoins, et mirent encominim leurs ob^rvations, ils s'assurèrent que les brouillards étaient élevés de dessus l'Océan par la chaleur du soleil, que l'air les pompait et les voiturait , que la terre les attirait par les sommets électriques de ses montagnes, ciue de là ils se résolvaient en pluie, dont les canaux de rivières recueillaient les eaux pour féconder les campagnes. Alors , au lieu de trembler devant des dieux imaginaires et terribles, au nom desquels des prêtres avares exigeaient souvent des sacrifices cruels, ils adorèrent en commun le Père de l'univers , dont les éiémens étaient les minis-

E.iÉiDB, liv. vili , vers 351.

ts.

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très, qui ne se manifestait aux hommes que par des bienfaits.

y> Considérons maintenant quelques ({ualités principales de Tean : elle est refraclaule dans ses vapeurs, retléchissante et reflétante à sa surface.

» J'api)elle réfraction la faculté qu'elle a de rompre les rayons de la lumière, et d'augmenter l'onverlure des angles des cor{)S que Ton aperçoit à travers , de manière qu'ils nous apparaissent plus grands. C'est ainsi que le soleil levant , que vous voyez à travers ce brouillard , semble une fols plus large (]u'à l'ordinaire. C'est encore par la réfraction qu'un bâton, plongé dans l'eau, y parait rompu , et d'un plus grand diamètre que la partie qui est hors de l'eau. Lorsque les vapeurs sont opposées au soleil et réunies en gouttes de pluie, elles réfractent à la fois et réfléchissent la lumière, qui s'y décompose en couleurs. Telle est la cause de cet arc-en-ciel dont vous apercevez quelques traces vers le coudiant.

» La réflexion saas réfraction renvoie la lumière toute pure. C'est par cette raison que ce niisseau parait là-bas, au milieu de la vallée, brillant comme un miroir.

» Le reflet est la propriété que l'eau a de représenter tes objets qui l'environnent, comme s'ils étaient renfermés dans son sein. I^ phy8i(|ue vous expliquera un jour les lois de ce mécanisme merveilleux. L'eau réfléchit la lumière au dehors sur les corps qui l'avoisinent , et elle reflète leurs formes an dedans. Si elle les eiU réfléchies comme la lumière, les formes des arbres et des terres qui bordent ses rivages eussent appara à sa surface, et cette répétition des mêmes objets sur les mêmes plans eût détruit l'unité des sites de la nature : l'illusion se fût confondue sans cesse avec la réalité. Les oiseaux eussent voltigé en vain autour d'uii saule fantastique pour y faire leurs nids, et les bœufs se fussent heurtés contre un saule réel , en le prenant pour son image. Cependant la nature a employé partout de doubles consonnanoes, mais elle les a transportées d'une puissance dans l'autre , pour ne pas les confondre. Si ce ruisseau reflète au fond de son lit la colline qui est sur ses bords , la colline de son côté répète à son sommet le murmure du ruisseau. Les reflets de l'eau sont à la terre ce que les échos de la terre sont à l'air ; mais la nature a répandu le cliarme des consonnances morales jusque dans les objets physiques.

«L'eau doit les qualités qui lui paraissent propres à des harmonies combinées. Ses vapeurs, ses pluies, sa fluidité, ses réfractions, ses réflexions, ses reflets, ses neiges , ses grêles , ses glaces , résultent de la présence on de l'absence du soleil.

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Elle doit son ascension dans l'atmosphère àlaspoogiabilité et à la pesanteur relative de l'air, ses mouvemens au cours des vents , et son équililjre avec elle-même, ou son niveau sur la terre ainsi que ses courans, à l'attraction du globe.

» La terre attire l'eau jusque dans ses parties les plus petites et les plus dures. Elle s'en imbibe comme une éponge, lorsqu'efle est en état de poussière : la pierre la plus sèche en renfehne. Voyez ce four à chaux , sur la pente de la colline ; il en sort un tourbillon épais de fumée, quoiqu'il ne soit chauffé qu'avec des bourrées , et qu'il ne aoit rempli que de pierres. Si vous mettez niéme une pierre à cliaux siu* des diarbons ardens , vous la verrez fumer; elle exhale les vapeurs de l'eau ({u'elle contenait, et qui, par leur extrême ténuité, pénètrent les corps les plus compactes : vous en pouvez voir l'effet dans un petit gravier fort estimé, à cause de la propriété qu'il a de s'imbiber d'eau très-promptement. Il est naturellement opa- (jde; mais , si on le met dans l'eau , il s*en pénètre et devient, |)ar ce moyen , demi-transparent. On l'appelle oculus muudi , œil du monde. C'est donner un grand nom à un. bien petit olqety car il n'est guère plus gros qu'une lentille, et fl resBemble au fragment de la croûte d'un caillou, dont on dit qu'il est un débris. Il y a tel de ces graviers qui a été vendu cent buis , à cause de leinr rareté. Pour moi, je trouve la pierre à chaux, sans comparaison , plus curieuse et plus utile , car, après avoir renfermé de l'eau , qu'elle rend visible par sa fumée si on la met dans le feu , die s'imbibe de feu, qu'eUe rend sensible si on la remet dans l'eau. Elle sert d'aiUeurs à une infinité d'usages.

» Mais ne nous écartons pas de notre ruisseau. Une chose importante à observer est son courant; il le doit à l'attraction centrale de la terre; la terre attire l'eau à son centre, dans l'état de fluidité, et au sommet de ses montagnes, dans l'état d'évaporation. La terre est un aimant qui parait avoir plusieurs pôles; j'en distingue de trois sortes qui partent du même centre : les pâles des mont^nes, les deux pôles du globe et le pôle central , qui est le siège même de l'attraction. Voyez ce brouillard qui cou\Te le sommet de cette ooUine ; il y parait fixé : il s'y en joint d'autres qui viennent s'y rendre de différentes parties de la vallée.- Dans les pays de montagnes, vous voyez les pyramides de rochers qui les couronnent, entourées d'un chapeau de nuages. Si eUes sont fort élevées, il se forme , de ces nuages , des amas considérableii de neiges et de glaces qui durent tonte l'année ; telles .«ont plusieurs montagnes de la Suisse. Leurs glaciers ont quelquefois trente lieues de longueur sur

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cinq ou six tienes de diamètre , et jusqu*à cinq ou «X cents pieds d'élévation. Ce sont les châteaux d'eau du Rhin , du Rhône et de plusieurs autres fleuves. Les glaciers des Cordillères , en Amérique, sont beaucoup plus étendus et plus élevés; aussi il en sort des fleuves qui , comme T Amazone, ont quatorze ou quinze cents lieues de cours, et plus de cent vingt lieues d'emlwuchure. Mais CCS glaciers des Cordilières ne sont rien en companison de ceux des pôles , qui ont , dans leur hiver, quatre à dnq mille lieues de circonférence, et pent-ètre jusqu'à vingt-cinq lieues de hauteur , et dont rOcéan lui-même tire ses sources. Le courant de toutes ces eaux se dirige au centre de la terre, où est l'attraction générale de tous les corps; ces diverses attractions des montagnes , des pôles et du centre, s'étendent peut-être aux autres corps, à en juger du moins par la boussole; car , si die dirige sa pointe générale vers le pôle nord , elle la varie au voisinage de beaucoup de montagnes , et die tend aussi vers le centre de la terre par son indinalson. A la vérité, il y a grande apparence que ce sont des mhies de fer qui occasiouent ces diverses attractions; mais il est remarquahle que les sonunets des montagnes qui attirent les eaux sont, pour l'ordinaire, ferrugineux. Au reste, l'attraction centrale de la terre agit sur tous les oorps sans exception , puisqu'elle est la cause de leur pesanteur. Quoi qu'il en' soit, c'est la tendanee générale des fluides vers le «rentre fie la terre, qui forme, d'un côté le niveau des lacs, et 4le l'autre le eourant des rivières; c'est d'après celte tendance qu'on a imaginé le niveau d'eau. 1^ niveau de Peau n'étant que l'équilibre de tontes ses parties autour du centre de la terre, il s'ensuit que la sarhce d'un lac et celle de la mer sont sphériqnes. Cette courbure est très-sensible en pleine mer, car die cache le corps d'un vaisseau à une liate et demie de distance, et toute la hauteur de ses mâts à cinq ou six lieues. Il s'ensuit encore que la surface de la terre, qui offre aussi des arcs de cerde dans presque toute sa circonférence , a été dans un état de fluidité, et nivelée par les eanx.

» Voilà pour les eaux de niveau et en repos , mais il y en a bien peu qui le soient naturellement. Depuis la fontaine jusqu'à l'Océan , la plupart des eanx drculent. La pluie qui tombe forme cette source située vis-à-vis de nous; la source forme le ruisseau , le ruisseau^se Jette dans la rivière, la ri^ vièredans le fleuve, le fleuve dans la mer, cette mer dans l'océan Atlantique, dont les vapeurs nous fournissent la pluie. Pour l'ordinaire la fontaine tire sa source d'un rocher; le ruisseau d'une col-

line ; la rivière , d'une montagne ; les grands fleuves , des montagnes à glaces , telles que cdles des Alpes; la mer, des continensqui l'environnent en tout ou en partie; et l'Océan, des glaces qui couvrent les pôles du monde.

» Ce faible niisseau sufflt pour nous offrir une idée de l'Océan et de son bassin, comme une petite plante peut vous donner celle d'un grand arbre. Vous voyez ici des rives , des grèves , des détroits, des isthmes, des promontoires, des caps, des baies , des bancs de sable , des hauts-fonds , des lies , des presqu'îles , des confluens , des marais même. Si la terre a des matières qui attirent l'eau, elle en a qui la repoussent; telles sont en général les glaises et les ailles. La glaise est une terre grise et compacte , grasse , et douce au toucher; on s'en sert pour faire des pots. L'argile n'en diffère que par des parties ferrugineuses qui se manifestent, surtout dans la cuisson, par une couleur rougeàtre. Vous voyez des lits de ces différentes terres dans l'escarpement des bords d'un ruisseau. Observez qu'il découle au-dessus plu-r sieurs filets d'eau. L'eau des pluies , attbrée par les rochers , pénètre la terre végétale et les couches de sable on elle se purifie; mais elle se perdrait dans l'intérieur de la terre, si elle n'était arrêtée par des lits de glaise ou d'argile que la nature y a placés à différentes profondeurs. C'est sur ces lits que reposent les nappes d'eaux souterraines qui fournissent des sources à nos rivières et de l'eau à nos puits. On retrouve ft^uemment ces sources sur les rivages de la mer, surtout quand die s'abaisse dans le reflux; car c'est sur ses rivages qu'aboutit la coupe des différeiis lits de la terre. Cette observation peut être très-importante à un homme qui a fait naufrage , même sur un banc de sable aride. Il peut trouver de l'eau douce sur le bord de la mer , en y creusant à un pied de profondeur pendant son reflux. C'est aux eaux souterraines arrêtées par des couches glaiseuses ou argi-* leuses, et quelquefois par des bancs de roche, qu'il faut attribuer les fortes transpiratioas de la terre qui, la nuit, baignent de rosée les plantes pendant les ardeurs brillantes de l'été. Sans ces , admirables prévoyances , une partie de la végétation périrait ; car il y a bien des lieux sur la terre où il ne pleut que dans une ceitaine saison.

» Mais nous voici parvenus à la source du ruisseau. Voyez comme il sort en murmurant de la fente de ce rocher couvert de capillaires et de scolopendres. Ses eaux se rassemblent dans un petit iKissin bordé déjoues et de roseaux. Tout autour sont des peupliers et des saules; plus loin , sur les hauteurs voisines , des hêtres et des châtaigniers.

HARMONIES AQUATIQUES

Obsenez d'abord que Feau coule de toutes le^ parties de ce rocher : c'est qu'il attire le brouillard de toutes parts. En temps de pluie et de dégel , vous remarquerez des effets semblables dans l'intérieur même des maisons, sur les pierres etsur les vitres, qui deviennent alors tout humides , parce qu'elles attirent les vapeurs. La source de ce ruisseau vient d'un terrain encore plus élevé que celui où nous sommes. Elle y est formée par des vapeurs rassemblées, par d'autres rochers, en filets d'eau, qui après avoir pénétré la surface de la terre, se réunissent sur un lit de roches , se dégorgent par cette ouverture, et se rassemblent dans ce bassin. Sans cesdifférens réservoirs, tant intérieurs qu'extérieurs, les eaux pluviales s'écouleraient tout d'un coup, et quand les vents n'apporteraient plus de vapeurs au haut de ces collines, leur ruisseau resterait à sec. Vous trouverez des dispositions semblables à la source de tous les courans d'eau réguliers. Si les ravines , pccasionées par les pluies , s'écoulent rapidement; si elles restent sans eau après les orages, c'est qu'elles n'ont pas dé réservoir à leur source. Le torrent est l'ouvrage du hasard , le ruisseau est celui de la nature. H y a donc des réservoirs sur toutes les hauteurs qui attirent les eaux, et à la source de tous les courans réguliers : souvent ce n'est qu'un simple bassin à celle d'un ruisseau , un étang ou un marais à celle d'une rivière; mais un grand fleuve a pour château-d'ean une montagne à glace, avec un lac à son pied qui en reçoit les fontes; et VOcéioi a dans notre hémisphère un des pôles du monde couvert d'une coupole de glaces de quatre ou cmq mille lieues de circonférence, avec des méditerranées autour, qui en distribuent les eaux à tout le globe.

» Mais, medirez-vous, conunent des causes insensibles, aveugles et mécaniques, peuvent-elles produire des résultats si bien combinés ? La main qui trace des caractères en ignore les pensées; l'intelligence seule réside dans l'ame invisible qui les ordonne et qui meut la mam. Vous voyez donc bien qu'une Providence très-sage a combiné entre eux les élémens pour les besoins des végétaux et des animaux. EUe échappe à nos sens corporels , mais elle s'y manifeste par ses bienfaits : Mens agitai molem, Tesprit modifie la matière. Quel sera linjour notre étonnement, lorsque, étudiant les harmonies positives et négatives des végétaux avec les eaux, vous verrez ceux des montagnes élevées et des terrains arides attirer les vapeurs et les recueilUr avec des feuilles faites en pinceaux , en langues , en coupes , en écopes, comme les pins, les ormes , les diâtaigniers ; tandis que ceux qui croissent au sein des eaux, et qui n'ont pas besoin

d'être arrosés, comme les nympluea, les roseaux, les joncs, les cristes-marines, les repoussent, et portent des feuillages qui ne peuvent se mouiller ni servir d'aquéducs ! Quel sera notre ravissement lors(]ue, à l'instar des végétaux, tous verrez ks oiseaux des montagnes se plaire à arroser leurs plumes des eaux du ciel ou de celles des fontaines, tandis que les oiseaux aquatiques plongent dans l'onde sans pouvoir mouiller leur plumage ! Qoe d'instruction vous pourrez tirer des différentes manières dont voguent les habitans des eaux ! Quel Yaucanson parmi vous fonnera un joar, snr le mécanisme d'un poisson , un bateau qui en ait la vitesse ? La nature, je le sais, n'a pas besoin qoe vous vous livriez à tant de recherches pour édairer votre esprit et toucher votre cœur. Ses harmonies manifestent, sans études, l'intelligence infinie de son Auteur et ses bienfaits envers ses créatures; mais en vous invitant à étendre vos lumières ei à perfectionner vos vertus, je vous indique la natnre comme la source unique des arts et des scienoes connus et à connaître. C'est dans son sein surtoot que la physique va puiser ses lois. Isolée , elle ne tire guère sa théologie que de ses expériences, el sa morale que de ses macliines. Puissiez-vons n'en inventer jamais de cruelles aux animaux, et de funestes aux hommes !

» Il faut admirer la Providence, qui a permis que le corps humain, si délicat, pût snpporter toutes les vicissitudes des élémens, afin qu'il vécût dans tous les climats. L'habitude est pour lui une seconde nature , non parce qu'il se crée une seconde existence, mais parce qu'étant harmonie d'une mfinité de manières avec la nature, il est susceptible d'une infinité d'habitudes. Il n'en est ainsi d'aucun autre animal. C'est principalement pour l'usage de l'homme que la nature a distribué des eaux potables par toute la terre : elle les a mises en neiges, ea glaces dans les zones glaciales, et en couches souterraines dans les sables brûlans de la zone torride; elle les verse en pluie snr les vastes plaines de la mer, et elle les fait couler en ruisseaux , en rivières et en fleuves sur les oontineus. L'éléphant de la zone torride, qui ne peut boire qu'en pompant l'eau avec sa trompe, périrait de soif au milieu des neiges de la Laponie, s'A n'y mourait pas de fi^oid. Au contraire, le renne de la zone glaciale , qui broute la neige avec la mousse, mourrait de soif, et sans doute de chaud , sur les bords des eaux tièdes du Sénégal et de la Gambie. L'homme seul trouve partout des eaux potables : il y en a jusc^u'au milieu des mers australes et septentrionales. Leurs glaces flottantes^ quoique formées au sein des eaux salées, se fondent en eaux

DES ENFANS

tkNioes; le sel marin en est dégagé par la congélalîoD. Le chimiste imite ces même effets en faisant geler de i'ean imprégnée de sel ; il en tire des cristaux d'eau douce. Pour moi , je n'admire que le résultat des lois de la nature en faveur des hommes ; il semUe que ce soit pour fournir de l'eau anx navigateurs , qu'elle fait voguer des montagnes de glaces jusqu'au milieu des mers tempérées; et peut-être ces hanls-fonds illusoires de couleur de béni y si fréquens dans les mers cliaudes , et que tant de marins ont notés sur leurs journaux , ne sont que des glaces meurtries et submergées qui peuvent, au défout des pluies, leur offrir les mêmes ressources. Mais l'homme peut s'habituer à la longue à boire'de l'eau salée sans en être incommodé. Des marins hollandais, entre autres Schouten, assurent qu'ils ont rencontré, dans la mer du Sud , à )»lus de trois cents lieues de toute terre, des canots de Sauvages dont les femmes donnaient à boire de Team de mer à leurs enfaus , qui se portaient à merveille: il faut, sans doute, quei'habitude s'en prenne de bonne heure. Lorsque je passai à l'Ile de France, quelques officiers pruicipauxdu vaisseau ayant embarqué dans la cale à l'eau des barriques d'eau-de-vie, au lieu de barriques d'eau, pour les vendre aux Indes , cette friponnerie nous mit dans la disette d'eau douce , et obligea le capitaine de réduire la ration, pour chaque matelot, à une bouteille par jour. Quelques-uns de ces malheureux, pressés de la soif, tentèrent de l'apaiser en buvant de l'eau de la mer; elle leur donnait des vomissemens, et ils préferaient boire de leur propre urine.

» Hélais les nuages accumulés cheminent lentement dans les airs; le soleil les a élevés de dessus l'océan, et le vent du sud les charrie vers le pôle nord pour y adoucir les rigueurs de l'hiver, et reuouvder,. chemin foisant, les sources des mers et des fleuves. Si cet océan aimospliérique , en passant sur nos têtes , tombait par masses, il dégraderait les terres; mais il s'écoule du ciel en longs filets, comme si on le versait par un arrosoir. Les champs s'en imbibent, les plantes les reçoivent dans leurs feuilles naissantes , et les oiseaux aquatiques sur leurs plumes imperméables. La naUu*e est dans l'enfonce de l'année : déjà les pluies du ciel lavent ses premières ooudies; les ruisseaux tout jaunes Vécoulent en murmurant sur la pente des collines; ils entraînent les débris des terres , des pierres, des végétaux et des animaux victimes de l'hiver. Ils les portent dans les rivières , les rivières dans les fleuves, les fleuves dans les mers, et les courans les étalent sur leurs rivages. Là , les flots qui s'y brisent sans cesse réduisent en sables

les corps les plus durs ; et les feux des volcans dissémina sur leurs rivages consomment les huiles , les bitumes , les sels et tous les débris des animaux, et les rendent aux élémens. L'Océan est à la fois le tombeau et le berceau du globe. Les peuples ignorans ont fait des pèlerinages aux sommets des montagnes, croyant s'approcher du ciel ; les peuples éclairés devraient en faire aux rivages des mers pour y entrevoir au moins les premiers agens de la nature et de la société.

» Cependant n'ambitionnez pas le sort des navigateurs qui ont foit le tour du monde : il n'y a que ceux qui l'ont parcouru pour foire du bien aux hommes qui sont dignes d'envie. Combien en ont fait le tour pour le désoler ! combien d'autres n'y ont rien vu que le profit de leur commerce ! Mais comment admireriez-vous les mer>'eilles de la nature dans les pays étrangers , si, avant tout, vous ne connaissiez celles du vôtre? Dieu a foit deux lots des biens qu'il distribue aux hommes : d'un côté , il a mis la fortune et les dangers, la gloire et l'envie; de l'autre, la médiocrité et le bonheur, l'obscurité et le repos. Quelquefois un jeune adolescent, séduit par des relations trompeuses de voyages, quitte ses parens, s'embarcpie, et croit être plus heureux dans un auti-e climat que dans celui qui l'a vu naître. Oh! combien de fois il soupirera après le toit paternel, au milieu des mers orageuses! Combien de fois il regrettera l'humble violette de nos printemps, à l'ombre des palmiers de la zone torride ! Heureux celui qui préfère le bord de son ruisseau aux rivages de l'Océan ; qui, plem de reconnaissance pour ses parens, ne cherche d'autre fortune que celle de les soulager par son travail, d'autre contentement que celui de leur plaire , et d'autre gloire que celle de soumettre ses passions à sa raison !

» Mais déjà nous approchons de la ville ; il est temps de nous séparer : vos tendres mères et vos sœurs chéries vous attendent ; allez leur reporter l'amour de vos foyers et le goût de l'instruction. Pour vous donner une idée des harmonies des eaux , je ne vous ai point foit parcourir un cabinet de physique rempli de machines fragiles , passives et mortes^, mais je vous ai promenés au milieu d'une nature active et vivante , parmi les eaux, les vents et les rochers. »

200 lURMONIES

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