DE MERCURE
Je suppose que nous jouissions dans le soleil de toutes les harmonies de son système; nous verrions d'abord Mercure quinze fois moins gros que
la terre, c'est-à-dire de onze cent aoîiaiite-u lieues de diamètre , tracer à onze millioDS de lieues de distance du soleU un cercle annuel de quatrevingt-sept de nos jours vingt-trois heures quatorze minutes trente-trois secondes; nous apercevrions sa rotation sur lui-même ou son jour particulier , qui a écliappé jusqu'à présent à nos astronomes , parce qu'il est, par rapport à eux, ONiime perdu , dans les rayons du soleil. Cependant, à ea juger par analc^ie avec la longueur du jour de Vénus , qui est de vingt-cmq de nos jours dans II même zone torride , et avec la briéYeté de odni de Jupiter, qui n'est que de dix heures dans la zone glaciale, il est possible que celui de Merenre soit de tout son cours annuel, c'est-à-dire de quatre-vingt-lmit jours; en sorte qu'un de ses hémisphères serait constamment éclairé pendant près de six semaines. Il s'ensuivrait de là qu'un corps, qui tourne rapidement devant le feu, en est ^his pénétré que celui qui y tournerait lentement; œ qui semble contraire aux lois de notre physique. Cependant, on ne peut douter que le mouvement n'ajoute à l'action du feu, et qu'un corps planétaire , voisin du soleil , en tournant lentement ses hémisphères vers lui, ne donne à celui qui loi est opposé le temps de se refroidir : d'ailleurs fl n'en faut pas conclure avec Newton que la chaleur soit dans Mercure sept fois plus forte que dans la zone torride de la terre , et que l'eau j soit constamment bouillante. La chaleur, comme nous l'avons observé, n'étant qu'une harmonie de Fair et des rayons du soleil, peut être nulle au sommet des montagnes de Merccure , si elles sont trësélevées au-dessus de son atmosplière, comme cefles des Cordillères qui sont couvertes de glace au sein de la zone torride. Or, c'est ce que prétendent les astronomes , qui attribuent à l'élévation des rochers de Mercure les reflets brillans qu'il nous envoie quand il est à son périgée. Je suis porté à croire qu'ils n'ont tant d'éclat que parce ((u'ils sont couverts de glace; je me confirme dans cette opinion, parce (pie Mercure, an milieu de toute sa splendeur, présente des taches d»cures. Cette oliscurité ne peut provenir de ses mers, qui sont naturellement resplendissantes, conune nous le verrons ailleurs, mais du sol même de ses montagnes , dont les glaces fondent à certaines périodes. Il y a apparence que sa zone glaciale est dans sa zone torride, que dans son cours annuel il incline le plan de son orbite de qiuitre-vingt-dix degrés sur son écpiateur , et que les solstices sont dans ses pôles. Il en doit résulter, au contraire du globe terrestre, que ses pôles sont les plushabitéSf et qu'ils sont rafraldûs par des foutes périodiques
HARMONIES SOLAIRES DE VÉNUS
de glaces qui descendent des hautes montagnes de son éqnïteor; elles doivent être encore plus élevées que les montagnes de TÉthiopie , figurées en grands plateaux qui projettent des ombres profondes à leurs pieds.
- Tout ce que les deux Indes produisent sur la terre de plus précieux , n'approche point des richesses d'ur.e planète baignée de toutes les influences du soleil. Les végétaux , qui les reçoivent pen- ^bnt des jours de six semaines , doivent parvenir à des développemens et à des perfections qui ne sont comparables qu'à ceux des végétaux des terres solaires mêmes. La canne à sucre doit s'y élever à la hauteur des bambous du Garige, et la vanille, dont les siliques exhalent de si doux parfums, doit étendre ses sarmens dans les forêts aussi loin que les longues lianes de l'Amérique. Les puissances de la nature, qui semblent parvenues à leur plus liant période dans la zone torride de la terre , ne s'y sont peut-être arrêtées que parce que l'action du soleil ne les a pas portées plus loin ; mais dans Mercure elles doivent former avec lui de nouvelles harmonies, et établir dans les minéraux, les végétaux et les animaux, une multitude de genres inconnus ù nos Linnces. Les habitans forttinés de Mercure n'ont pas besoin de soutenir leor vie par la mort des animaux, ni de se livrer aux rudes travaux de l'agriculture. Des fiiiils mille fois plus délicieux que ceux de nos vergers croissent spontanément sur une planète dont les pôles, par leur température, doivent produire les litchis et les mangoustans. Le globe n'a presque que le tiers du nôtre en circonférence; mais il doit être plus difOcile d'y voyager, à cause de l'âpreté de ses rochers , et de la zone glaciale qui le divise en deux hémisplières. Le marcher et la durée de la vie des habitans de cette planète doivent être en rapport avec son étendue et ses années de trois mois ; ils doivent mourir, comme les habitans de la terre, au bout du temps nécessaire pour la parcourir en entier et en entrevoir toutes les harmonies. Si nous pouvons juger de leurs mœurs par celles des peuples qui ont vécu sous les plus belles latitudes de la terre , elles ressemblent à celles de ces bons Ethiopiens , sur lesquels Homère feint que Jupiter jetait les yeux pour les délasser des horribles combats des Troyens et des Grecs. Au sein de l'abondance et des plus ridies productions de la nature , ils doivent être semblables à ces sages Indiens , livrés aux plus douces et aux plus snblimes méditations, chez lesquels les anciens philosophes de l'Europe allaient puiser des connaissances en tout genre ; eux-mêmes en découvrent qui nous sont tout-à-fait inconnues. Dans
le voisinage du soleil , qui leur apparaît trois fois plus grand qu'à nous, ils doivent être ravis d'admiration et de joie lorsque son atmosphère ondoyante de lumière s'enlr'ouvre, et qu'ils y entrevoient ces terres célestes où coulent les sources immortelles de l'intelligence et de la vie, où ils aspirent d'arriver.
HARBIONIES SOLAIRES^