‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 53 sur 116 · DE MARS · texte numérisé non relu

DE MARS

€«rdeanniid est le plus excentrique de tons ceax que décrivent les antres planètes; de sorte qu'il apparaît à la terre quelquefois fort grand, et quelquefois fort petit : quoique plus éloigné qu'elle du sdeil, il n'a point de lune; niais il est environné d'une atmosf^ère beaucoup plus considérable. Une étoile fixe , éclipsée par lui , ne reprend la vivacité de sa lumière que quand eUe en est éloignée des deux tiers du diamètre de Mars ; ce qui suppose que cette atmos[)hère la réfracte , et qu'elle a au moins mille lieues d'élévation. EUe doit y accroître considérablement la chaleur du soleil , en réunissant une très-grande quantité de ses rayons; car, comme nous l'avons vu , l'atraosphèi'e d'une planète Êiit autour d'elle l'ofDce d'une grande loupe sphérique : le soleil doit donc apparaître sur rborizon de Mars long-temps avant son lever, et n'endisparattre que long-temps après son coucher; son diamètre doit aussi y être considérablement augmenté par la réfraction. Les nuages que sa chaleur y élève montent à une hauteur bien plus grande que ceux de la terre, qui ne parviennent guère qu'à une lieue et demie. Ceux de Mars forment , dans sa vaste atmosphère , des perspectives aériennes ravissantes, de plus de cent lieues d'élévation et de deux ou trois cents lieues de profondeur; il doit y avoir de terribles tonnerres et de prodigieux échos; les rayons du soleil doivent s'y refléter de mille et mille manières. C'est probablement à ces riches reflets que Mars doit la lumière rougeâtre qui le distingue des autres planètes; peut-être aussi la doit-il à la couleur d'un sol femigineux , comme quelques-uns le pensent. Ce qu'il y a encore de très-remarquable, est une bande obscure qui occupe quelquefois plus d'un de ses hémisphères, ainsi qu'elle apparut en 1 704 et en 4 71 7, avec cette différence qu'en i 1\ 7 eDe était plus éloignée de son éc{ualeur et plus rapprochée de son pôle méridional. En 1719, depuis le 17 mal jusqu'au mois de novembre, lorsque l'été commençait à régner sur le pôle de Mars, à notre égard le méridional , la lumière de sa zone fot très-remarquable, tandis que celle de l'hémisphère opposé, qui s'était montré auparavant dans le même éclat , disparut eniièrement. On ne peut expliquer ces variations régulières en assurant, comme quelques astronomes , qu'il s'y fait des booleversemens considérables par des Iremble-

▼In^ une secondes ; et sa révolution autour du soleil , ou son année, d'un an trois cent vingt et un Jours vingt-deux lieures dix-buit minules vingt-sept secondes. Son équateur est incliné for coo orliite de vingt-tiuit degrés quarante-deux minutes : œ <|ai hii donne une zone torride de cinquante-sept degrés vingt-^putre minutes.

mens de terre ou des submersions de mer : il serait plus naturel de supposer que les hémisphères de Mars, conome ceux de la terre, se couvrent, dans leurs hivers, de neiges qui les rendent éclatans , lorsque le soleil vient aies éclairer; et qu'ensuite ils apparaissent sombres \ lorsque ces neiges sont fondues^ par la chaleur de leurs étés. Il en doit être de même des hémisphères de la terre , qui doivent, suivant les saisons, apparaître aux liabitans des autres planètes , tantôt briUans par les neiges qui les couvrent , tantôt ternes et i^embrunis lorsque ces neiges ont disparu. Il y a sans doute dans Mars des mers dont les vapeurs produisent alternativement ses effets par leurs congélations et leurs fontes. Outre la bande de Mars, qui passe d'un hémisphère dans l'autre, alternativement sombre et brillante, quelquefois ovale, quelquefois coudée, il y a aussi deux taches temporaires, voisines de ses pôles, et plus éclatantes que le reste, mais dont on ne voit qu'une seule à la fois, étant tour à tour éclatantes après leur hiver et sombres après leur été. Il arrive de là que celte planète parait quelquefois échancrée à un de ses pôles , qui disparait entièrement. Ceux de notre terre, au contraire, doivent toujours être en évidence et lui conserver sa rondeur apparente , parce que les glaces n'y fondent jamais en entier. Les pôles de Mars ont le soleil, pendant leur été, élevé de cinq degrés de plus sur leur horizon. Ils l'y voient circuler pendant près d'un an; et, conune leur atmosf^ère est beaucoup plus étendue, il en reçoivent plus de chaleur, malgré son éloignement , et doivent perdre toutes leurs glaces. D'un autre côté , quand le soleil reparaît sur le pôle opposé , oîi les glaces ont eu le temps de s'ac cumuler pendant une nuit et un hiver de trois cent quarante-trois de nos jours, cet hémisphère jette alors un éclat si vif par la réflexion de ses glaces et la réfraction de sa vaste atmosphère, que, lorsque Mars est à la fois dans son périgée et son périhélie, son disque, étant sombre à un pôle et trèsbrillant à l'autre, il apparaît quelquefois conome le disque irrégulier d'une comète. Si on calcule la grandeur des liabitans de cette planète d'après son diamètre , ils doivent être la moitié plus petits que nous, et avoir seize fois moins de force corporelle» si on suppose la force des corps animés en raisoix de leurs cubes. Mais conune la nature, ainsi que je l'ai déjà dit, n'a pas proportionné les hommes sur la teiTc à la grandeur des Iles qu'ils habitent , mais aux rapports généraux de leur globe avec le cours du soleil , il est probable qu'ils sont de la même grandeur sur tontes les planètes. Ceux de Mars occupent un globe beaucoup plus petit que

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le nôtre, niais qui a, à proportion, plus déterres habitables, parce que ses zones glaciales se fondent entièrement : ils ont d'ailleurs le temps de les parcourir pendant des étés d'une de nos années. Si la chaleur y a moins d'hitensité, elle y a plus de durée ; ce qui établit des proportions toutes différentes des nôtres avec la maturité des fruits et les générations des animaux. Le diamètre de leur terre est une fois plus petit, et la Ions:ueur de leur année est une fois plus grande. Ils doivent découvrir sur leurs pôles, dénués de glace pendant six mois, des phénomènes que les hommes n'ont jamais pu observer sur ceux de la terre , qui restent, après leur court été, toujours couverts de glaciers de plus de quinze cents lieues de circonférence. Ils en voient le pôle aimanté à nu , ses nombreuses minéralisations , ses crêtes élevées, surmontées de cratères profonds qui ont été les berceaux de ses mers , et qui, pendant son été, se couvrent de verdure. Mais lorsque, daas son hiver, les courans du pôle opposé viennent couvrir leurs longues grèves de flots que le froid y cristallise , et que leurs vapeurs s'y accumulent en hautes pyramides de neige , alors une foule d'animaux abordent le long de ces régioas glacées, non pour y trouver des alimens (|ue la terre leur refuse, mais pour y recueillir ceux que les mers étalent sur ces rivages. C'est vers les pôles que se rendent la plupart des débris et des dissolutions de tontes les productions des continens et des eaux. C'est sans doute à des alluvions semblables qu'il feut attribuer l'iastinct qui porte les ours blancs et les renards de l'Europe à fréquenter les côtes stériles de la Nouvelle-Zemble; et les chevaux marins, les lions marins, les baleines, les pingoins, et une multitude d'oiseaux de marine , à s'approcher des lies australes et boréales. Ces animaux ne trouveraient rien sur ces terres désolées et couvertes de neiges étemelles, si les courans du pôle opposé n'apportaient, pendant l'été, sur leurs rivages, jusqu'aux arbres des pays plus méridionaux. C'est ce qu'éprouvèrent les Hollandais qui passèrent l'hiver à la Nouvelle-Zemble par le soixante-seizième degré. Les instincts des ours blancs et des renards liyperl)oréens sont de nouvelles preuves des fontes périodiques polaires , qui entretiennent ces correspondances d'une extrémité du globe à l'autre, en occasionant les courans et les flux et reflux des mers. Il y a apparence que les liabitans de Mars se livrent à des chasses abondantes sur les grèves de leurs pôles , que leur océan couvre et découvre daiLS des espaces inmienses. Leurs forêts, leurs rochers et leur vaste atmosphère retentissent du son lielliqueux de leurs cors, et peut-être

aussi de celui des tambours et des trompeUes^qû fait verser le sang des liommes; car la diasse est le premier apprentissage de la guerre, SHoéià l'extrémité de la zone tempérée câeste, ils doivent avoir des mœurs semblables à celles desTa^ tares, des Polonais et des Allemands sepCeolrionaux , placés aux confins de notre zone tempérée terrestre. La planète de Mars, suivant Topinioa des anciens , nous envoie des influences guerrières, comme le Dieu de la gnerre dont eDe porte le nom ; mais elles sont leiupérées par cdks de l'astre des amours , qui circule à la même distanee de nous dans une plus heiu^ise latitude.

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