‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 57 sur 116 · SIDÉRALES · texte numérisé non relu

SIDÉRALES

les iniens des globales. Pcut-^tre est-ce une illusion de ma vue , comme me Tout assuré quelques pliysiciens; mais enfm je rapporte ce que j'ai éprouvé. L'existence de ces globules mou vans est aussi certaine pour moi que celle des satellites d'Herschell, invisibles à tous les bommes , est évidente aux yeux des astronomes. D'aUleurs, pourquoi notre océan d'air n'aurait-il pas des animalcules comme notre océan d'eau ? Pourquoi la lumière, qui leur donne leur couleur, leur fluidité, leur monvaiiënt , leur température , n'aurait-elle pas nonseulement ses globules , mais des babitans d'une nature céleste , semblable à la sienne ? Jamais le snfaifme Newton , qui a si bien analysé les rayons do mietl, n'a osé leur donner le nom de matière. En efTeC ils ne sont point , comme elle , divisibles et oomiptibles. On ne peut point les renfermer dans des vases , comme l'air ou comme l'eau ; ils Iravenent les tempêtes sans en être ébranlés, et la proftHideur des mers sans s'éteindre. L'astre qui BiHules envoie réunit sans doute bien d'autres propriétés inconnues , qu'il verse sur les mondes avec les flots de sa lumière. ]^ décomposition de m chaleur donne [leut-étre les formes aux objets , et eeile de son attraction leurs mouvemens, comme eeBe de sa lumière leurs couleurs. Au moins toutes les combinaisons de la forme de ses lignes, de ses angles, de ses courbes, renfermées virtuellement dans une sphère terrestre et morte, peuvent sortir actuellement d'une sphère céleste et vi- ante.

HAllMUNIES SOLAIRES

SIDERALES.

Le soleil nous paraîtrait le dieu de l'univers, s'il n*y avait pas d'étoiles; mais, avec tous ses mondes roulans, il n'est lui-même dans le ciel qu'un \mni InmineuK. Les étoiles sont des astres hifîniment éloignés et d'une grandeur immense. Herschell, qui est à plus de six cents millions de lieues de nous, les éclipse; et le télescope de son astronome, cful grossit quatre mille fois sa grandeur apparente, et nous découvre ses lunes, diminue celles des étoiles, et ne les laisse voir que comme un point , en les dépouillant de leur Imnièrc divergente et de leur sdntillalion trompeuse. Cet instrument donne à fieine aux étoiles les plus brillantes un diamètre de quelques secondes. C'est d'après ce petit angle cfiie Cassini a évalué la distance de l'étoile appelée Syrius à la terre , à (quarante-trois mille sept cents fois la distance de la terre au soleil, c'est-à-dire un billion quatre cent quatre-vingt-dix-sept milliards iieuf cent dix millions de lieues; et sa largeur à trente-trois millions de lieues de diamètre : de sorte

que son globe remplirait tout l'espace qui est entre la terre et le soleil. Il s'ensuit de là que Syrius est près d'un million de fois plus gros que notre soleil, qui est lui-même plus d'un million de fois plus gros que la terre. Si les planètes éclairées par Syrius sont , par rapport à hii , dans les mêmes propoitioiis que celles qui circulent autour de notre soleil , elles doivent être un million de fois plus grosses; il doit aussi y en avoir un bien plus grand nombre: lapins éloignée doit décrire autour de lui une orbite de phisieurs centaines de milliards de lieues ; son année doit être une longue suite de siècles. Là, sans doute, la vie a des proportions qui nous sont inconnues ; mais , quoique notre pensée ne puisse pénétrer dans ces nouveaux modes de l'existence, nous sentons que les étoiles ne sont à de si énormes distances les unes des autres, qu'afin que leurs planètes aient assez d'espaces pour circuler autour d'elles. La planète Herschell, qui n'aperçoit (ju'à peine quelques-unes de celles de notre monde, en est bien dédommagée en voyant circuler dans son voisinage celles des mondes limitrophes. Elle voit l'Herschell de Syrius plus gros que notre soleil. Quoique le nôtre soit un million de , fois p!us gras que la ten-e, il n'est, par rapport à celui de Syrius, que ce qu'une petite pirt^e est à l'égardd'un vaisseau de guerre. Qooiqo'U n'ait qne deux lunes, et qu'il soit très-éloigné de son soleil , quand il voit paraître sur son horizon cette grosse planète étrangère avec de nouveaux satellites; quand il la voit, dans la tagente de son orbite, naviguer avec lui côte à côte au sein des mers éthérées, le couvrant des reflets d'un soleil un million de fois plus brillant : alors il n'envie plus à Saturne ses sept lunes et son double anneau. S'il entrevoit à peine le système de son monde, il aperçoit l'axe des mondes voisins. Dans son année de quatrevingt-trois ans, et dans son orbite de trois milliards huit cents millions de lieues, s'il ne compte pas ses saisons, comme les planètes ses sœurs , par leurs levers mutuels, il les compte par les aurores de nouveaux soleils. Ainsi ses babitans, aux extrémités de notre monde, ne sont point abandonnés par l'Auteur de la nature, et ils reconnaissent sa providence à ses compensations.

Il est très-vraisemblable qne chaque étoile a des planètes soumises à son attraction; i! est évident (pie cette attraction n^existe point entre les étoiles mêmes, et que, par conséquent, elle n'est point une qualité inhérente à la matière , et une loi universelle de la nature. Les étoiles, pour la plupart, sont immobiles, et c'est cette immobilité qui leur a fait donner le nom de fixes, par rapport à nos corps planétaires, qui sont toujours en mouve-

rm

IIAKMOMES SOLAIRES

ineiil. Il ost vrai que [ihisieiirs d'entre elles ont des inouveiuens iKirliculitTs; il y en a une (]ui décrit un cercle de deux de^n\s e( demi de diainèlre; notre soleil , tlii-on, en décrit an^si un en tournant sur lui-niênie en vin;;t-cinq jours. Il y a une chose trcs-renian[nable tlans la lumière des étoiles; celle de plusieurs va en croissant et en diminuant. Celte |K'rioile est de trois joui*s dans une étoile d'Argo, de cinq dans une de Cépliée, de six dans une de la Lyre, de cent dans une d'Antinous , de soixante dansune dMlercule , de trois cent trente et un dans une de la lUdcine , de trois cent quatrc-vin^t-{|nalorze dans la clian^eanle de T Hydre, de quatre- vins^t-dix-M-pl danslaclian^reantedu Cyizne. On en compte environ cent quarante qui ont disparu tout-à-fait. Une des sept PU'iades s'évanouit à ré|)0(|ue de la destruction de 'lYoie. L*ingénieux et seiLsi])le Ovide dit qu'elle fut si touchée du sort de cette malheureuse ville, qu'elle se couvrit le visage de ses mains. MaLs si une étoile se cachait à chaque crime de la terre , le ciel n'en aurait bientôt plus. II en parait deteini>s en tem|As de nouvelles. En 1572, on en vit une de la grandeur de Vénus dans Cassiopée , et on ne Ta plus revue depuis 1574. L'étoile de la Baleine n'est visible (pie quatre mots et demi ; elle reparaît au l>out de onze mois; celle du Cijçne au bout de treize, et celle de l'Hydre au bout de deux ans : celle-ci brille pendant quatre mois. On supiM>se <|ue toutes ces variations viennent de ce qu'elles ont un côté plus lumineux que l'autre, qui, quelquefois, est ténébreux, et que, dans leur mtation sur ellesmêmes, elles nous montrent tantôt l'un et tanl^ l'autre. Pour moi, si j'ose dire ma pensée, je crois que la lumière, cet élément céleste, est la \ie des astres; qu'il forme un oi^éan inunense dont les constellations sont les archipels , et les soleils des lies qu'il Itaigne par des flux et reflux étemels; et qu'il al)outit à des continens où la Divinité, dont la lumière n'est que l'ombre , ix'side dans son essence et dans tonte sa splendeur. Peut-être les étoiles errantes ne sont-elles que des planètes étrangères à notre soleil, ({ui se trouvent éloi|?néesdii centre de leurs systèmes , et ()ui apparaissent dans le nôtre quand elles sont à l'extrémité limitrophe de leurs orbites; {leut-étre aussi sont-ce de vraies étoiles, qui se meuvent par des lois qui nous sont inconnues. Mais si elles s'attiraient récipro()uement , le mouvement d'une seule les dérangerait toutes; la voitte céleste s'écroulerait, si les voussoirs en étaient mobiles. Dans ce nombre infini d'étoiles qui s'attiremient mutuellement, il y en aurailqui se joindraientets'amalgameraicnt ensemble : on en verrait au moins quelques-tmes de dou-

bles : celles qui le paraissent, et auxquelles oo en a domié le nom , se montrent séparées dans le télesco|ie.

I Ce|iendant ces étoiles , éloignées les unes tks autres à des distances auxquelles ne peut atteindre rarithmriique des hommes, sont liées entre elles^ elles sont ordonnées sur differens plans , qui s'enfoncent dans la profoudeiir'du lirnianu^nl. Les plus ap[wirente$ s'apiK'llent (-toiles de ki première gnmd(*ur, et Ton placi* dans la seizième grandeur ailles <|ui sont près d'iH'liapiier à notre vue. EUles Idûqs IKiraissent diversement groupées. Les unes sool sur la même ligne , ranime celles de la oeininre d'Orion , vulgairement appelées les Troîss-Reiiy (pii brillent du même éclat , d'antres ne cm

({u'une gra|)iie lumineuse, comme ceUei de h Poiuisinière. D'autres, encore moins distîncics, forment, par leur nuiltitude iimombraUe, dei nuages Mancs comme ceux de Magellan prèi di ]K)le sud, et surtout cette longue liande blambe et irn'gulière (fui entoure le firmament dans a. cinH)nférencc. Tons ces es^iaces blancs et luminen renfennent des millions d'étoiles que l'on dutîqgK au télesco|H*. ].es anciens ont divisé ces dilleraici n'gions du ciel en constellations. Ils en oamptùl environ soixante-troLs ; mais lablxï de La Gifflef en a ajouté (piatorze , qu'il avait formées ém r hémisphère austral , où il avait découvert muT mille ({uatre cent cin(|uante étoiles nouvelles. Loi nncieas , après avoir assemblé ces constellalîaM suivant leur fantaisie, leur donnèrent des noni aussi alisurdes (pie leurs ligures, avec lesqueles elles n'ont d'ailleurs aucune ressemblance. Ib ap- |K'lèrent constellation de l'Ourse les seiit étoiles voisines du pôle de la terre , et ({ui ne ressemblai pas )ilus à cet aniniiil ()u'au (Chariot du roi Uaiîd, dont le peuple l(4ir £nil porter le nom. Les Indien», qui con^*oivent l'univers foit comme un œuf, nganlent la bande hnnineuse qui semble le partager en deux , comme une fracture qif y a &ite le mauvais Princi|)e. Les drecs, (|ni ramonaient tout aux divinités de leur pays , imaginèrent (pie c'élait le lait «pie .Innon i*é|)andit en allaitant Hercule. L'abbé de 1^ Caille est, je crois, le premier qai ait placé dans les cieux les images des objets util» aux hommes, en (XHisacrant aux arts ses nouvelles c4)nsiellations. Il les a nommées l'Atelier du sculpteur, le Fourneau chimique , Tllorloge à pendule, le Hurin du graveur, la Boussole , le Télescope, elc. Cette id<^e était digne de la vertu de cet astronome laborieux; mais il n'y a pas d'appareuœ que on dénominations intéressent jamais les peuples, ni même les artistes, qui, d'ailleurs, ne peuvent trouver dans ces figtires aucune ressemblance aver

SIDERALES.

Xt

leurs iiislrumens. Ne vauilrail-il pas mieux donuer aux coostellaltoas vX à leurs étoiles les noms des bienfaiteurs du {^nre humain? Ces monumens célestes ne seraient pas exposés à être renversés par Fenvie ; ils brilleraient aux yeux de foutes les nations , et réveilleraient peut-être dans leur ame les sentiroens d'humanité qui devraient les réunir. Quel politique forcené, quel égoïste voluptueux ne serait pas louché d'un sentiment de bienfaisance pour tous les hommes, quand il verrait luire sur sou toit l'astre de Confucius ou celui de Fénelon ?

Bien des gens croient avoir dans le ciel chacun leur étoile , qui préside à leur naissance , et les rend heureux ou misérables pour toute leur vie. Elles les rendraient peut-être bons si elles présidaient à des vertus. Chacune d'elles parait, par son inimensité, son éclat et sa durée, un temple qui leur est élevé par la nature. La construction de ces monumens n'a pointa craindre, comme les nôties, le mauvais choLx d'un emplacement, le défaut de finances, la malédiction des peuples qu'on accable d'impôts, l'impcritie des architectes, les injures du temps , et surtout celles des factions, encore plus cruelles. La terre trouverait, à la gloire et au bonheur de ses habitans , des dépenses toutes Élites par les cieux ; il y aurait place pour tous les noms dans cet immense élysée. Herschell dit qu'il y a un si grand nombre d'étoiles, ([ue dans quelque endroit du ciel qu'il ait bra(|ué son télescope , il en a vu le cliamp tout [larsemé. Il en a com[»té cent cinquanle-huit mille dans un espace de la ▼oie lactée de (|uinze minutes, pendant trois quarts d'heure de révolution. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'un astronome moderne, de la secte des matérialistes, aflirme qu'ayant obsen^é, pendant un quart d'heure, la révolution d'une 2lone de deux degrés de largeur dans la cuisse d'Ophiuchus, il n'y en pas vu une seule. Ne serait-ce point parce qu'il n'est [joint donné aux athées de faire des découvertes dans aucun genre ? La lumière , dit I^aton , est l'ombre de la Divinité : ({uand on a étouffé le sentiment de Dieu dans son cœur, on en doit perdre la trace dans les cieux. Parmi les cent cinquante-huit mille étoiles qu' Herschell a observées à la fois, il en a vu çii et là un très-grand nombre de groupées deux à deux , trois à trois , ifuatre à quatre , cin(| t^ cinq , et même six à six. Elles ne sont point sur le même plan , mais à la suite les uns des autres, comme si on les avait mises en perspective : elles sont à des distances ÎQcalculables. Un pliUosophe anglais dit qu'il y en a de si éloignées , que leur lumière , qui f>arcourt plus de quatre millions de lieues par minute, n'a

pas encore eu le temps , depuis la création , de parvenir jusqu'à nous. Cette fx^nsée parait une hyperbole; mais les imaginatioas des hommes n'en peuvent enfanter d'assez exagérées pour atteindre à l'immensité de hk nature. Ne croyons pas ]M)uvoir nous former une idée de son ensemble. Quelque admirables (pie soient des soleils innombrables entourés de leurs systèmes planétaires , ne |)easons pas que l'univers entier en soit rempli , comme une niche l'est d'alvéoles qui se touchent par leurs côtés, ainsi (pie l'imaghiait Descartes avec ses tourbillons , et comme ils semblent s'offrir à notre vue. Les astres ne sont peut-être ()ue la plus petite modification de l'existence. Il y a sans doute ailleurs d'autres matériaux , d'autres combinaisons, d'autres lois, d'autres résultats; il n'est pas vraisemblable que l'Auteur de la nature, qui a créé avec une intelligence hifînie une multitude d'êtres organisés sur des millions de plans différens, pour peupler le globule de la terre si borné, ait répété toujours la même idée sidérale dans rimmensité d'un espace sans bornes. Nous ne sommes point en place ici-bas pour juger l'univers, nous petits êtres de six pieds, haletant sans cesse af)rès mille besoins, avec un souffle de vie. Son plan est hors de notre vue et de notre conception ; la mort seule peut nous en montrer la réaUté, comme la nuit, qui est l'image de la mort, nous en découvre ({uelques aperçus dans les étoiles. Des astronomes, sans doute pour nous faire honneur, soupçonnent que notre soleil fait fiartie de la constellation d'Hercule ; mais les étoiles (|ui se montrent avec quelque éclat sont plus considérables; témoin Syrius, qui est un million de fois plus gros. Je suis bien plutôt porté à croire le soleil une des étoiles imiombrables qui nous apparaissent comme des grains de sable dans la Voie Lactée, d'autant ([ue cette voie nous entoure au zénith et au nadir ; mais quelque part (jue nous soyons, nous n'apercevons (|ue quel(iues lies et quehiues archipels de cet océan céleste. Nous sommes si loin des plus voisines , (pie notre navigation de plus de cent quatre-vingt-dix millions de lieues par an ne change rien à leur position. Quoique notre globe coure avec plus de vitesse (}u'un l)oulet de canon, nous ne pouvons ni nous en approcher, ni nous en reculer assez |)our changer s(;ulement de pohit de vue; nous ne pouvons rien imaginer même au-delà de c^ (}ue nous montre la nature. Les révolutions de nos pensées, comme celles de notre planète, nous ramènent toujours dans notn^ petit orbite. Nous ne savons point quels sont les habitans de tant de mondes isolés; s'il y a un continent au-delà , dont ils sont

Slïi

IIAUMONIES SOLAIUES

les débris ; où esl le séjour de celui qui a produit tant de merveilles; quels plaisirs il s'est réservés pour son bonheur, lui qui en a tant crét> de diverses soites sur la terre |M)ur celui des êtres scnsii)ies; ce[)eudanl il existe aussi dans les cieusc. Il a lié entre elles toutes les {Kirlies de leur architecture inlinie. Non-seulement il a mis en harmonie une multitude de çrlobcs lumineux qui ne se meuvent iK)int, avec des globes opaques qui se meuvent sans cesse autour d'eux pour recueillir leur lumière ; mais il lésa mis en rap{M)rt avecThonmie. Notre système ])lanétairc, qui a plus de quinze cents millions de lieues d'élendue; ces étoiles qui sont à des distances incalculables; cette voie lactée remplie de milliards dVtoiles; toutes leurs constellât ioiLs, qui s'étendent depuis celle de l'Ourse jusqu'à celle de l'Eridan, et qui se déroulent peu à peu à ses yeux pour lui présenter de nouveaux objets; tout ce tableau incommensurable vient, dans les ténèbres , se peindre sur sii rétine qui n'a |ias une ligne de diamètre. O profondeur de la toute puissance de Dieu ! ô sagesse infinie ! vous m'anéantissez sous le poids de vos miracles : mon inCelligence succombe sous les prodiges de la vôtre; et si , sur la terre et dans un coqjs mortel, on peut en sup[ioncr un Taible aperçu, pour surcroît de merveille je le dois a la nuit et à mon ignorance profonde.

Si nous [)Ouvons connaître un jour ces harmonies sublbnes , ce ne peut être que dans le soleil , à travers cette sphère de lumière qui enviroime ses fortunés habitans; c'est son atmosphère rayonnante qui, comme un télescope céleste , nous en montrera les relations avec ses planètes et les autres soleils, conune notre petite atmosphère aérienne rassemble sur la terre les ravons de l'astre du jour iK)ur nous réchauffer et nous ranimer. La lumière du soleil forme avec celle des étoiles des rets infinis, incinTU[>tibles , éternels, (pii lient toutes les i>arties de l'univers. Quoique cet astre si brillant et si graiHl n'en soit qu'un petit nœud , il doit être un des foyers de la vérité, comme il en esl un de la lumière coqiorelle et de la vie. Ce n'est que diuis un des mobiles de la nature qu'on |>eut la coimaiti'e ; ce n*est qu'au centre de nos inondes qu'on doit jouir de leur ensemble : la vue de tout ce (|ui s*y passe est sans doute dans le globe qui les fait voir et se mouvoir. S'il est, aprî*s la morl, un point de réunion [)Our les faibles et passagers mortels, c'est dans Tastre qui leur a distri- Inié la vie; c'est là que les âmes des justes conservent le siHivenir îles vertus (prelles ont exercées )iarmi les hommes; c*est là sans doute qu'elles inilueul encore sur leur bonheur, et qu'elles aident

l'innocence malheureuse par des inspirations , des coiLsoIations, des pressentiuiens. C*est du soleil qu'elles ont une vue pure el une jouissance sans fin de la Divinité, dont elles ont été les images sur la terre. C'est là sans doute que vous vivez , bienfaiteurs du genre humain qui vous a persécutés, ()r|>liée, Confucius, Socrate, Platon, Marc-Aurèle, Épictète, Fénelon, dont les lumières et la sagesse président, comme des astres, aux destinées des natioiLs; et vous aussi, dont les veitus sont d'autant plus dignes de récom[ieii$e , que, méprisées des hommes , elles n'ont été connues que de Dieu ! C'est là sans doute «lue vouh êtes , infortuné Jean- Jacques, qui, parvenu aux extrémités de la vie ^ en entrevîtes une nouvelle dans le soleil !

Mais il n'est pas permis à d'aveugles morteb qui se traînent encore dans la i»oussière de pénétrer par la i)eiL«iée dans cette sp'ière de lumière : notre intelligence en est éblouie comme notre vue. P^r moi , stMublable à la chenille privée d'yeux, qui ram|)e sur les feuilles que lui disputent les vents, j'entoure çà et là de quehtues fils de soie le toml)eau où j'enseveUs l'iiiver de ma vie ; mais lorsque, dégagé de ma chrysalide , les ailes de mon ame seront dévelofipées par la mort , comme le pensait Platon, alors j'espère prendre mon vol vers les régions où règne un printemps étemel. Je ne ver* rai plus tjuc de loin cette terre malheureuse qui ne nourrit que des tyrans et des victimes. Cependant j'aimerai encore à frécpienter les lieux où je vécus solitaire et lieureux dans la contemplatioD de la nature , où les rayons de l'aurore , la verdure des prairies, l'ombre des forêts, les consolations de Tamitié, les ravissemens de l'amour conlinnéi |»ar des joies paternelles , me donnèrent les premières sensations de la Divinité. Je croîtrai mon bonheur dans les cieux de celui que j*aurai pu procurer aux infortunés sur la leiTC. C'est là que uous jouirons tous des harmonies ineffables de la lumière au sein même tle la lumière. En attendant, examiuons-en les effets sur notre globe , d*abord tlans l'astre des nuits , (|ui nous la renvoie du soleil.

HARMONIES SOLATRES

Page 1