SUR LA TERRE
Si l'on s'en rapporte aux témoignages des hommes qui sont le plus à portée, par leurs travaux , d'observer les pliases de la lune , et les plus intéressés à en connaître leâ effets, on ne peut douter qu'elle n'influe sur toutes les révolutions de l'atmosphère. Les gens de mer et les gens de terre, je veux dire les matelots et les cultivateurs, attendent toujours quelque cliaugement de temps de la nouvelle et de la pleine lune , et même de son lever et de son coucher. Les matelots disent en proverbe : « que la lune mange les nuages. » J'en n\ éprouvé plusieurs fois la vérité , surtout sur la mer,
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HARMONIES SOLAIRES
et eUe a des vé^iHaux et des animaux , car ce sont lears détriinens (\nc les rivières diarriciil sans cesse dans le bassin des mers ([ui fournissent les huiles, les biliimes et les sdiifres qui servent à Tentietien de ces feux marins, situés, par toute la terre , sur le lM>rd des eaux. Nous ne |K)uvons rien dire sur la nature de ces véî^étaux et de ces animaux lunaires , qui doivent difierer des nôtres à beaucoup (fé^anls. Ceux de rAniériipie ne ressemblent point à (!eux de TEuroite , à plus forte raison ceux d'une autre planète. QueUpies degrés, du nord au sud, en montrent sur notre glol)e de genres irès-différens ; ceux «le la lune qui éprouvent alternativement des jours et des nuils d'un demi-mois consécutif, doivent avoir des c^u'aclères |)articuliers. Les pythagoriciens qui , de tous les philosophes de Tantiquité , ont le mieux connu la nature , prétendaient que tous les astres étiient liabilés , et que les plantes et les animaux de la lune étaient ((uinze fois |)Ius grands (|ue les noires. Ils amcluaient sans doute leur grandeur de la durée des jours de leur planèle. Mais, à raisoiuier par analogie , nous ne voyons pas (pie les heii)es et les oiseaux du Spitzlx.>rg , (|ui éimiuvenl des jours de deux et tmis mois, soient plus volumineux que ceux de la môme espèce qui sont dans des latitudes où le soleil est moins long-tem|KS sur Thoiizon. A la vérité, les énonnes baleines et les oursblani» | monstrueux de ses rivages, ainsi que les grands sapins du nord, pourraient motiver en quelque sorte ropini(m des pytliagoriciens. Quoi qu'il en soit , nous ne devons [las douter que les plantes de la lune ne portent des (leurs faites autrement que les nôtres , puis<iue leurs pt'tah's sont des ré^ erhdrcs du soleil. IN os roses , qui ne vivent sur la terre que depuis son aurore juscpi^à son couchant, doivent briller ({uinze jours sur le sein des bergères. Beaucoup (res])èces d'animaux doivent y veiller et V donnir alternai ivement un demi- mois. Il y a ap])arence que plusieurs es|)èces d'oiseaux et de poisson font le tour de cette planèle avec la lumière du soleil. Comme elle n'a que deux mille trois cent (|uarante-sîx lieues de tour, ils en i»enveut venir aisément à bout en un mois , en en faisant soixante-dix-huit par jour. Les hirondelles, les frégates , les marsouins et les tlioas voyagent avec plus de vitesse.
Il n'est pas douteux (jue cette planèle ne soit habitable aux hommes, puLs((u'elle est à peu près à la même dlstanci* du soU'il (pie la terre. Ses montagnes, trois fois aussi hautes que les Cordilières, leurs vallées rondes, les pyramides de deux ou trois lieues de hauteur qui en occu|)cnt le centre, doivent offrir une multitude de tem|K>ratures
très-variées et des points de rue ravûsai». Leurs soinniels se couvrent sans doute de glaces pendant des nuits d'un demi-mois, et fxs glaces se fondcnl pendant des jours d'une égale diure. Leurs eux doivent se rassembler autour de leurs pyranûdes centrales , et y former des bassins circubires qui en relhMent les différeas as|iect8. Ces lacs, par leurs va|)eurs, couronnent de neige les sommets de ces nirhers; et ces neiges, en fondant, fournissent mille ruisseanx aux lacs qui entonmit leurs l)ases. Quand, apK's une longue nuit, le soleil œinmence à en éclairer les cimes, ainsi que celles des montagnes environnantes, il en résulte tout à coup la plus magni(i(iue illumination. On en aper- ^"oit, avec le télescope, quelque efletde la terre; car, dans la nouvelle lune, <m voit les premiers rayons de l'astre du jour y passer rapidement de pic en pic, et les glaciers et inceler successivemeot, comme des gitûns de poudre ciui s'enflamment Tun après l'autre. Ces feux nais.sans, qui lirillcnl au-dessus de ci's [irofondes et sombres vallées , y paraissent comme autant de nouvelles aurores; mais quand , au bout de quelques jours, le soleil y fait M'ntir toute sou action , et (|u'il en éclaire tous les entonnoirs, aloi's des gerbes innombrables dr sa lumière, reflétées par les vallées, les eaux ef les glaces , font couler des milliers de cascades de ces liauteurs. Les lacs répètent leurs reflets, et le> éclios leurs murmures.
Ces admirables liannonîes des neiges et de la verdure, de la lumière et des eaux, des bruits et de la solitude , dont nous voyons quelques images dans les Alpes, n'ont rien d'aussi racn*eilleux que le tableau du même genre que présente une planète entière. C'est alors que ses habitans , séduits par la longueur de lenrs jours et les beautés innombrables de tant de sites différens, se laissent aller aux conrans de leurs ruisseaux et aux flux de leurs méditerranées. Les heureux insulaires de la mer du Sud voguent d'ile en lie; ceux-ci voyagent de lac en lac jusque dans l'océan commun qui en réunit les eaux , et au golfe duquel nos astronooies ont donné des noms : mais quand le soleil s'éloigne d'eux, alors ils retournent dans leurs liabitatioos, à l'aide du reflux de leui*s martres. C'est en ce moment (pie la nuit et le silence viennent ri^^r sur leur hémisphère. Les sommets de leurs rochers sf couvrent de neiges nouvelles; les cascades de letn^ ruisseaux, frapiiées de C(mgélation, restent su.*:pendiies sur leurs flancs : Thiver est sur leur léle, mais l'été est à leurs pieds, au fond de lenrs entmnoirs. Les feux d'un grand nombre de volcans bnV lent au sein de leurs lacs, e( jettent encore de brillantes cJartiHs. On ne peut plus en douter, Uerschtll,