H ABC DEBITE
Le pouvoir des hommes aiAn vient de celui des femmes nokes : la Eivorite de l'empereur est une
ROSA-ALBA
Jelesaisbien; mais pourquoi les femmes noires «mt-elles ici tant de crédit , tandis qu'il y en a de blanches qui sont si belles et si bonnes?
J'en ai oui conter ainsi l'histoire '. On dît qu'un roi de Maroc envoya un jour son fib pour conquérir, dans Tintérieur de l'Afrique, le royaume de G^, d'où vient le bon or. Son armée, après avoir consommé tontes ses [Hovisions en traversant les déserts de Ubye, se trouva près de périr de tùm et de soif, environnée d'une année de noirs de Gago qui étaient venus défendre leur pays. Le prince de Maroc ne pouvant, à catise de la foiblesse de ses troupes , ni donner bataille , lù s'en retourner , se trouva bien en pdne. Un soir, comme il se promenait fort triste dans son camp, il eutenditdenx soldats qui jouaient aux éâiecs , dont l'un disait à l'autre ; a Ton roi est comme notre prince , il ne ■ peut ni avancer, ni reculer. ■ Le prince fit venir le soldat, et lui dit que, puisqu'il biseit tant l'entendu et se mêlait de contrôler sa conduite , il eût à dire quel moyen il trouvait pour sortir du lieu où ils étaienL
ROSA-ALBA
C'éL^t bien difficile.
MARGDBBITB.
Le soldat, ayant demandé pardon au prince de sa banUesse , Isi répondit qu'il en imaginenùt un qui lui ferait grand honneur s'il venait à réussir : c'était d'envoyer un ambassadeur au roi auquel il avait voulu lidre la guerre , pour lui dire qu'étant jeune et désirant une femme , il avait oui bire le plus grand éloge des perfections de sa fille; qu'il était venn pour le prier de la lui donner en mariage, et qu'il ne s'était mis à la tête d'une armée que pour faire en sûreté un si grand voyage à travers tact de pays. Le prince suivit le conseil du soldat, et il eut le plus henreuz succès. Le roi
' TDTCi k Foya^em .^^-i^iie. de Jmd Hoquet . fcndatna dD JinUs roril det nanla 1 Pirif. U rMODli IntmÉnw, i no retour de MuoG , ce-mu dliUoin à uenri IV , à qal II flt bemcoop de pUilr. — Dqiper, dm « Dœripliim de l'Afriqtie , dit que le roT*iime de Gago eA m cmidiuit de ceM de Gober.— Li princ^Hle lidititiai, qid dmiDB no DOdi S toute 11 coolrée , ert 1 cent dnqiUDle UeiMi de Tooil>ot,eutre le midi et rodent. ttrei>t»«liM|de8réi de kncitode et à liiitt degr«t trenie ndinilei de IMitade.-On Imne benioonp d'or dioi ce roTVime , oA te nurcbndi de Maroc t l'eu buralr. Pour bln oe Tojiae , qid dm dTordi-
piee de deui moi», dee d^nerb Hlilanneiii et inbaMIiUei . oO Ton m troore potnl de dMmin iMttD, et oA ronn'i poor la conlntre que le nldl. Il knK et lee AoIlM, ■• ooDKnt pmd riiqiiedei'r dgircr. etdemoorirde lilmetdeMiit.— Leur prince* été trihaUire du roi de Niroc , depula ^ HaneT M nidi de II voie de GiRO, km de no eipédi treln Hisrea.CDapper, pipint, Td. In-K] J'ii raivl la tradiliaa de Hoquet, qDlMriboe lia lonnuKdeGigo.
EMPSAEL.
nègre de Gago se trouva fort honoré de donner sa fille an prince de Maroc; il combla son gendre de richesses, et lui fit présent, entre autres, de quatre grosses boules d'or : ce sont celles qui sont au sommet de la mosquée du palais, à Maroc.
Ne sont-ce pas celles qu'on voit briller de fort loin dans nos campagnes ?
MAR(;UBRITE.
Ce sont elles-mêmes. Depuis ce mariage, le riche royaume de Gago appartient aux rois de Maroc : c'est ainsi que leurs descendans sont alliés au sang des noirs.
ROSA-ALBA
Votre histoire est fort curietise. Ainsi c'est l'amour qui a donné ici la puissance aux noirs par le moyen des femmes noires ; mais les blanches pourront bien avoir leur tour : Zoraîde a le plus grand empire sur l'esprit d'Einpsael. Ce terrible noir, ministre de Fez et de Maroc, n'est heureux qu'aux lieux où elle est : il préfère à la cour de l'empereur, dont il est le favori , cette solitude qu'elle aime, où il nous fait camper sous des tentes; et à son château de Maroc , cette chaumière qu'elle a foit bâtir à la mode de son pays. Depuis que Zoraîde s'y platt, il y envoie chaque jour de nouveaux meubles, des chaînes de perles, des œufs d'autruche, et des pièces de mousseline des Indes; il rassemble autour d'elle un étrange contraste de magniflcence et de simplicité, de galanterie et de guerre. Comment a-t-elle fait pour captiver ce noir d redoutable ? pour moi , je n'ose seulement le regarder deloin. Quand j'aperçois son doliman rouge, sa cuirasse de peau de léopard, son turban noir, surmonté d'une aigrette et d'un croissant d'acier, son poignard et ses deux coutelas, aussi tout d'acier, je tremble comme une feuille. Il ne met sa gloire qu'à armer des vaisseaux , afin d'avoir des esclaves de toutes les nations de l'Europe, qu'il accable de travaux dans ces déserts. Quels clianues emploie Zoraîde pour captiver cette béie féroce, qui ne se plaît que dans le carnage? Elle le mène comme un agneau : cependant elle ne sait ni clianter, ni danser, ni jouer d'aucun instrument; son esprit est peu cultivé , car elle sait à peine lire. Pour moi , mon éducation a été fort soignée, et j'avoue que le naturel heureux de cette femme surpasse tous mes talens. Certainement , belle Hollandaise, vous l'emportez sur elle par la fraîcheur de votre teint; l'Anglaise a une taille plus fine, la Russe plus d'embonpoint; on dit que j'ai plus de feu dans les yeux; cependant je trouve ZoraFdc plus aimable qu'aucune de nous mutes : elle seule me Mi supporter la perte de ma liberté. Quand
elle parait au miliea de nous, on dirai!, à nos m.
pects, des esclaves autour de leur sultane; et, à notre affection, des compagnes autour de leur amie. Vous qui avez passé une partie de vos beaux joon auprès d'elle, dites-mol quel est son pays, et par quels attraits elle sait mspirer à la fols tant de respect et d'amour : partout la destinée d'une femme est de plaire, et elle en doit étudier les moyens jusque dans les fers.
MARGUERITE
Notre maîtresse est née en France , œ pays si renommé par les agrémens de ses femmes. Pour moi, je ne lui en trouve point de plus grand qn'oneextréme sensibilité, qui, jointe à un grand fonds de bonté, la dispose toujours à faire du bien on à dire des choses aimables. Quant à ses habillemens, ils sont simples ; elle préfère une robe de toile i toutes les riches étoffes de l'Inde, et des fleurs aux pierreries. Comme elle ne vit que de végétaux , soo teint est toujours beau, sa taille parfiiite, et tous les mou vemens de son corps sont dioux comme eenx de son ame.
ROSA-ALBA
Elle a im goût exquis dans ses ajostemens. Je trouve que ses robes longues et ondoyantes , qui accomfiagnent si bien sa taille, lui vont i ravir. C'est , je crois , l'habit des anciennes fenunes grecques ; car celui des modernes est insupportable. Si jamais je suis assez heureuse pour retourner An» mon pays , je tâcherai d'y introduire la mode de ces robes antiques, si simples et si nobles.
Comment retourner dans votre pays ? on ne sort jamais d'ici ; Empsael ne donne la liberté à aocon esclave : c'est là ce qui rend Zoraîde si triste. Sa sensibilité la rend très-malheureuse ; je la surprends souvent à pleurer; mais dès qu'elle voit que je l'observe, elle essuie ses larmes.
ROSA-ALBA
Tâchons de la dissiper, et redoublons de soios pour lui plaire; mais la void qui vient, el rien n'est prêt.
ZORAlDE.
Chères compagnes, cessez vos travaux; la chaleur est grande, reposez-vous : vous mettez dans tout ce que vous Élites trop de zèle.
ROSA-ALBA , s'incUnani respectmeuiewnent Sultane, c'est vous qui nous inspirez.
ZORAlDB.
Ne m'appelez point sultane; je suis Totre amie, votre compagne, une esclave comme vous... Reposons-nous sur ces roches, où nous respirerons en liberté... Petrowna, avez- vous dit au chef des cuisines de donner des rafrakhissemens aux esclaves malades?
EMPSAEL.
PETROWNA
Oui, madame : ce.iioir a an pea mnrmuré ; mais les esdaves vous bénissent.
ZORAÎDB.
Sartoutqa'on ait soin des vieUlards : partout les yieiUards sont négligés, mais principalement dans resclayage.
PETROW5A.
Madame , on a eu un soin particulier de ceux de ?Dtre nation.
ZORAÎDE.
Tous les malheureux sont de ma nation ; il ne dut préférer que les plus infirmes. J'espère cependant être utile à ceux qui se portent bien... Rosa- Âlba, avez-vous fait dire à ce bon père de la Merci devenir me parler?
ROSA-ALBA
Oui, madame; j'en ai cliargé Januario.
DALTON
n ne fiaiudrait que deux bonnes frégates de mon pays pour empêcher tous les royaumes d'Afrique de faire un seul esclave européen; elles ne coûtetaient pas en armement la dixième partie de ce qu'il en coûte en charités pour le rachat des captife. On ne réprime les barbares que par la force.
MARGUERITE
Madame , j'ai fait prévenir le juif portugais de se rendre ici.
ZORAÎDE.
Chères amies, vous allez en tout au-devant de mes désirs... (A Marguerite:) Que portez-vous là dans cette cage?
Ce sont deux oiseaux que je vous prie d'accepter : je les ai trouvés, rendus de lassitude, sur le bord de la mer, qu'ils venaient de traverser. Dès qae j'en eus pris un, l'autre, au lieu de s'enfuir, tetouma se joindre à son compagnon. Je ne sais si ce sont deux amans ou deux amis; tous deux sont de la même taille, tous deux sont gris de perle, tons deux ont la moitié d'un anneau noir autour daooo.
ZORAÎDE.
Ah ! ce sont des tourterelles de mon pays; c'est le mâle et la femelle. La nature a partagé entre ^les l'anneau conjugal, comme le signe d'une union <gale et parfaite. Je vous en prie, donnez-leur bien ^ manger ; et quand elles seront reposées , demain, jfto lever de l'aurore, rendez-leur la liberté; les oi- ^leaax de l'amour ne doivent porter que sa chaîne : laMlres amies, puissiez-vous un jour n'en pas con- ^laltre d'autres !
DALTON
Belle Zoraidé, voici de quoi mettre votre teinta Œuvres posthumes.
l'abri du soleil; acceptez ce chapeau, il est fait de paille d'Angleterre.
ZORAÎDE.
Il est charmant ; tout ce qui vient d'Angleterre est par£ût.
DALTON
U n'y a d'industrie que dans les pays libres.
ZORAÎDE.
Que m'apportez-vous là, bonne Russe?
PETROWNA
Madame , ce sont des pommes du mont Atlas.
ZORAÎDE.
Des pommes de mon pays en Afrique ! elles me font le plus grand plaisir. Le plus doux fruit est celui de la patrie.
ROSA-ALBA
Je n'ai rien à vous offrir aujourd'hui que ma plus tendre affection.
ZORAÎDE.
Aimable Napolitaine, c'est le don qui me flatte le plus; c'est celui qui me sert à m'acquitter envers vous et vos compagnes.
ROSA-ALBA
Ah ! si je pouvais, un jour, vous recevoir dans Naples, ce séjour de délices !
DALTON
Et moi, dans l'heureuse Angleterre!
MARGUERITE
Et moi, en Hollande! Sensible Zorafde, vous n'en voudriez jamais sortir : il n'y a pas un seul malheureux qui y mancpie du nécessaire.
PETROWNA
Beaux sapins de mon pays, je ne vous aurais ja-* mais quittés, si j'avais eu dans mon village une maîtresse comme Zoraîde !
ZORAÎDE.
Chères amies, qui n'a pas une patrie à regretter ! tâchons d'en af&iblir le souvenir. Nous avons travaillé tout le jour, et nous n'y pensions pas. Le travail charme les ennuis: c'est un don du del, mais le plaisir en est un aussi. Voici l'heure de nous réjouir; voilà des provisions : que chacune de vous les prépare de la manière qui lui sera la plus agréable.
DALTON
Si j'étais en Angleterre, avec du mm des Barbades et ces citrons, je vous ferais du punch meilleur que le meilleur vin de France.
RO^A-ALBA
Et moi, avec le jus de ces grenades, je m'en vais vous Caire des sorbets excellens comme ceux de Naples.
PETROWNA
Je les ferai rafraîchir dans cette neige qu'on vous
EMPSAEL.
a apportée de la montagne. La neige me réjouit , elle me rappelle mon pays. {EUes se mettent toutes à préparer des sorbets, )
ROSA-ALBA
La seule vue de la neige me fait transir. Voilà pourquoi j'aimerais beaucoup l'Afrique, si je n'y étais pas esclave : nous sommes au mois de janvier, voyez comme ces dattiers sont verts ! Quand le soleil éclaire leurs troncs, on les prendrait pour les colonnes d'un temple; et quand la nuit les couvre de son ombre , et que le ciel brille à travers leurs cimes, on dirait qu'ils portent à la fois des palmes et des étoiles. J'ai un grand plaisir d'y entendre chanter la caille et l'hirondelle , qui sont venues passer ici la mauvaise saison. Heureux oiseaux , vous ne connaissez ni les hivers ni l'esclavage ! Pour moi , j'ai passé mon enfance dans un couvent, et me voilà esclave dans un sérail! En vérité, ma bonne maltresse, sans l'amitié que je vous porte, j'ahnerais mieux être un oiseau qu'une fenmie.
ZORAÎDE.
Quoique la neige couvre mon pays dans cette saison, cela n'empêche pas qu'on n'y soit heureux. C'est à présent que l'on s'y rassemble pour célébrer la fête des Rois. Faisons aussi un gâteau des rois; nous en donnerons les débris à quelque pauvre esclave. C'est dans le superflu des riclies qu'est le nécessaire des pauvres.
MARGUERITE
Je vais vous en faire un à la manière de mon pays, qui sera meilleur que le couscousou d'Afrique.
ROSA-ALBA
Si Empsael arrive , cette fête ne sera pas de son goût; il préfère le rum à tous les sorbets, et une pipe de tabac à la fleur d'orange : quant aux rois, h n'en veut pomt d'autre que lui dans son sérail.
ZORAiDE.
Mon époux ne trouble pas nos plaisirs; vous ne connaissez pas ses bonnes qualités. Il n'a pas l'extérieur de la politesse européenne, mais il ne trompe jamais personne. S'il est un ennemi terrible pour ceux dont il se croit offensé, c'est un ami ardent pour qui lui a rendu le plus léger senice ; il est généreux pour tout être innocent qui souffre; il se jetterait à la mer pour sauver la vie d'un enfant. Il s'attache singulièrement à l'infortune, et je crois que, s'il m'a choisie pour son épouse, par préférence ù tant de femmes qui valaient ici mieux (jue moi, je dois sa préférence uniquement à mes malheurs.
ROSA-ALBA
Tout amant prend des qualités de l'objet ai-
mé : Empsael deviendra bon, pniaqu'il toqs aime.
PETROWNA
Ah ! l'amour rend les homnies généreux, sincères , obligeans : tout le monde serait boo, si tout le monde aimait.
ZORAÎDB.
Aimable Napolitaine, pendant que nous doo délassons de nos travaux, chantez-noos quelque chanson de voire pays ; vous improvisez à merveille.
ROSA-ALBA
Peut-on chanter dans les fers !
PETROWNA
Les oiseaux chantent bien en cage !
TOUTES
Chantez, chantez.
<t Rosa- Alba monte à la cbaamîère pour y pren- » dre une guitare. »
ROSA-ALBA
Je vous dianterai une chanson que je compost tantôt , à la vue de cette chaumière et de ces drapeaux... Bonne Russe, pendant que je m'accompagnerai de la guitare, exprimez le jus de ces grenades dans ce vase de cristal. (Elle ehamte,)
ZORAÎDE.
Cessez vos chants, j'entends soupirer. {EXleregarde au côté gauche de la colline.) O Dieu! œ sont des hommes qui souffrent ! Hélas ! ce sont des esclaves : il ne nous est pas permis de les approcher. ReUrons-nous dans la chaumière.
a Elle monte avec ses femmes dans la chao- » mière. Don Ozorio, esclave espagnol, et Ahniri, » esclave noir, chai^ de deux paniers de pierres, » s'arrêtent au bas de la colline. Ils j mettent bu » leurs fardeaux. Don Ozorio s'assied en soopi- » rant. d
DON OZORIO.
Ils nous font entourer de mors les fossés profonds où ils nous enferment la nnit.. Les ixtet me manquent, je n'irai pas plus loin.
ALMIRI.
Seigneur, donnez-moi votre &rdeaa y je suif assez fort pour le porter avec le mien.
DON OZORIO.
O mon ami ! laisse-moi finir ici ma vie. Qouid je ne mourrais pas de fatigue , je momrrais de soif: nos barbares conducteurs nous refusent à boiie l'eau qu'ils mêlent à leur mortier.
ALMIRI , prenant une calehcase qu'il porte à
son côté, et Vayant inclinée ^ dit em sospt-
raiit ;
Hélas ! il n'y en a plus.
C'était la provision de tout le jour; ta me Ttf fait boire tout entière.
EHPSAEL.
JtSl
ALMIRI.
Noos en pooTOns demander dans cette diau> mière.
DON OZORIO.
Elle est habitée par nos tyrans: regarde ces pa- Tillons.
ALIIIRI.
On y chantait tont à rheore : les gens qni se dn yertissent sont bons.
DON OZORIO.
Songe qoe c'est ici le lien de plaisance d*Empsael, rennemi le plus crud des chrétiens. Je demandends de l'eau à qui a soif de leur sang ! plutôt monrir!
ALMIRI.
Je vais en chercher là-bas.
DON OZORIO.
On en trouveras-tu dans ces sables ^
ALMIRI.
Seigneur Ozorio^ du côté de la mer^